Samarobriva est le nom de la ville d'Amiens à l'époque gallo-romaine. À la suite des destructions de la Seconde Guerre mondiale, des fouilles archéologiques furent entreprises dans le centre-ville et de nombreux vestiges de la ville romaine furent mis au jour avant de procéder à la reconstruction de la ville. Samarobriva est, de ce fait, l'une des cités antiques les mieux connues de la Gaule belgique.
Localisation
Le site sur lequel la ville romaine a été bâtie correspond à une terrasse alluviale qui repose sur une nappe de silex et de craie allant jusqu'à d'épaisseur par endroit, recouverte par le lœss constitué de sédiments siliceux et calcaires.
Le site de Samarobriva est, en outre, celui d'une double confluence de la Somme et de l'Avre, en amont, de la Somme et de la Selle en aval de la ville.
Toponymie
Le nom Samarobriva apparaît à trois reprises dans la Guerre des Gaules de Jules CésarCésar, Guerre des Gaules, V, 24, 47, 53. et dans les lettres de Cicéron à son protégé Trebatius Testa, en 54 av. J.-C.Cicéron, Ad Familiares, VII, 13 Dans sa Géographie (rédigée entre 120 et 160), Ptolémée mentionne Samarobrioua ou Samarobriga selon les manuscrits qui nous sont parvenus. Sur la Table de Peutinger et l'Itinéraire d'Antonin, Samarobriva est aussi mentionnée. Sur la Colonne milliaire de Tongres du début du est gravé Samarabriva. Enfin, sur un petit autel découvert rue des Jacobins à Amiens, à la fin du , est gravé le nom de SamarobrivaInscription et photographie sous ce lien ..
Le toponyme Samarobriva signifierait, en gaulois, « Pont ou passage (gué) (briva) sur la Somme (Samara) » mais aucune trace épigraphique antique nommant le fleuve ne nous est parvenue. En outre, l'archéologie n'a pas révélé à ce jour de trace d'occupation gauloise du lieu.
Comme un peu partout en Gaule, le nom du peuple, les Ambiens, a fini par se substituer à celui de son chef-lieu Samarobriva (le -s final d'« Amiens » et de nombreuses autres villes s'explique par l'accusatif pluriel Ambianos, ou bien par l'ablatif-locatif pluriel Ambianis).
Histoire Le site d'Amiens fut occupé sur les terrasses fluviatiles dominant la Somme et l'Avre dès le Paléolithique inférieur (~).
Au moment de l'arrivée des Romains, la région était occupée de part et d'autre de la Somme par une tribu gauloise : les Ambiens depuis au moins le
On a retrouvé un monnayage apparu au début du , inspiré des statères de Tarente, qui montre que les Ambiens étaient un peuple de commerçants.
Les fouilles archéologiques nombreuses, entreprises depuis le et surtout depuis 1945, n'ont pas révélé jusqu'à présent l'existence d'un habitat gaulois sur le site d'Amiens.
Naissance de la cité Jules César fit entrer Samarobriva dans l'Histoire en citant ce lieu dans son ouvrage De Bello Gallico (La guerre des Gaules).
vignette|150px|Buste supposé de Jules César retrouvé dans le Rhône à Arles, en 2007. Il y explique qu'après sa première tentative de conquête de la Bretagne (l'actuelle Grande-Bretagne), il a pris ses quartiers d'hiver à Samarobriva de l'automne 54 av. J.-C. au printemps 53 av. J.-C.. Il y a convoqué deux fois un concilium Galliae (un conseil de représentants de tribus gauloises)
Cependant, l'existence hypothétique d'un camp romain ne signifie pas fondation d'une ville. La Gaule belgique fut, selon Tite-Live, secouée par plusieurs révoltes : en 46 av. J.-C., une révolte éclata et le légat Decimus Junius Brutus Albinus l'aurait répriméePeriochae de Tite-Live, 114. Selon Dion Cassius, en 38 av. J.-C. de nouvelles révoltes éclatèrent en Gaule belgique. Octave chargea Agrippa de rétablir l'ordre. En 30 av. J.-C., les Morins et les Bellovaques voisins des Ambiens s'étaient encore soulevés. Auguste dut renoncer à son projet d'expédition en Bretagne, en 19 av. J.-C., et Agrippa fut à nouveau chargé de rétablir l'ordre. Auguste vint en personne en Gaule en 16 av.. J.-C. Dans ces conditions, il n'était guère possible de construire une ville avant la fin du Ier siècle av. J.-C.. Les traces archéologiques sur l'existence d'un camp militaire sur le site de Samarobriva sont, de plus, lacunaires. Il semble plus probable que c'est la création du réseau routier en Gaule confiée en 19 av. J.-C. par Auguste à Agrippa qui fut déterminant dans la construction d'une ville romaine à Samarobriva. La conquête de la Bretagne à partir du milieu du Ier siècle permit l'essor de la ville.
Développement de la cité sous le Haut-Empire Une position de carrefour Marcus Vipsanius Agrippa, gouverneur de la Gaule en 19-20 av.-C., sur les instructions d'Auguste, décida la construction d'un réseau de villes et voies romaines à partir de Lugdunum (Lyon), afin de contrôler et de romaniser des Gaulois.
400px|vignette|gauche|Extrait de la table de Peutinger où figure Samarobriva Samarobriva fut construite sur le passage de la Via Agrippa de l'Océan qui reliait Lugdunum (Lyon) à Gesoriacum (Boulogne-sur-Mer), à l'endroit où elle franchissait la Somme. Samarobriu (Samarobriva Ambianorum) figure sur la Tabula Peutingeriana (table de Peutinger).
La ville primitive qui succéda au camp romain (dont on n'a pas retrouvé de vestiges à ce jour) fut construite selon un plan en damier caractéristique des villes antiques, les rues se coupant à angle droit pour former des insulae (îlots d'habitations). Un premier quadrillage datant du tout début du laisse apparaître le tracé de quatre decumani et de six cardines sur une superficie de 20
La ville, chef-lieu d'une civitas, se développa au alors que l'empereur Claude décidait de conquérir la Bretagne (Grande-Bretagne actuelle) jusqu'à atteindre une superficie de . et une population de environ.
La position de carrefour de Samarobriva fut renforcée par la construction de nouvelles routes en Gaule belgique : La Via Agrippa de l'Océan reliant Lugdunum (Lyon) à Gesoriacum (Boulogne-sur-Mer) traversait la ville en diagonale. Vers le nord, elle atteignait Gesoriacum en passant par Duroicoregum (Domqueur) et Pontes (Ponches-Estruval). Vers le sud, plusieurs tracés s'offraient aux voyageurs : par Rodium (Roiglise), Noviomagus (Noyon), Augusta Suessionum (Soissons), Durocortorum (Reims) et Andemantunnum (Langres) - important carrefour sur l'axe Lugdunum / Augusta Treverorum (Trèves) ; ou par Estrées-sur-Noye, Paillart, Saint-Just-en-Chaussée, Augustomagus (Senlis), Iatinum (Meaux), Agedincum (Sens), Autessiodurum (Auxerre), Augustodunum (Autun), pour les deux principauxP. Leman, Les Voies romaines de la Belgique seconde, thèse de IIIe cycle, Université de Lille III, 1972, pp. 234-238. une voie reliait Samarobriva à Nemetacum (Arras) ; une voie la reliait à Camaracum (Cambrai) et Bagacum Nerviorum (Bavay) ; une voie la reliait à Augusta Viromanduorum (Saint-Quentin) ; une autre à Briga (Eu) ; une autre à Rotomagus (Rouen) ; une autre voie encore conduisait à Caesaromagus (Beauvais).
En plus de ces voies romaines, il convient de ne pas oublier le rôle important que joua la Somme, principal cours d'eau navigable au nord de la Seine drainant une partie du trafic avec la Bretagne et l'intérieur de la Gaule. Samarobriva, de plus se trouvait au centre d'un chevelu hydrographique qui permettait de faire converger des campagnes vers la ville par les affluents et sous-affluents du fleuve les marchandises sur une distance de 20 à .
Activités économiques
Samarobriva était indubitablement un carrefour commercial, un centre de redistribution pour les campagnes alentour. Le long du Fossé des Tanneurs ont été mis au jour des vestiges de quais ou de simples appontements renforcés par une double rangée pieuxErnest Will, « Informations archéologiques », Gallia, n° XVII, 1959, p. 260-261.. Le trafic des pondéreux se faisait sur le fleuve, sur des barques à fond plat dont plusieurs exemplaires furent retrouvés dans les vallées de la Somme et de l'Ancre. Faute de document épigraphique ou iconographique (pas de trace de l'existence d'une corporation de Nautes comme à Lutèce par exemple), la perception de l'activité commerciale de Samarobriva reste lacunaire. Si l'essentiel du commerce se faisait à l'échelle de la civitas, le grand commerce a laissé de nombreuses traces à Amiens comme en témoignent le nombre important d'amphores retrouvées en provenance de différentes parties de l'empire d'où étaient acheminés du vin, de l'huile, des condiments, des épices, du poisson, de la saumure etc.
Produits agricoles : les grands domaines ruraux envoyaient vers la ville, par voie fluviale essentiellement, des produits agricoles (céréales, bétail etc.) qui étaient de loin la part essentielle du commerce. Une ville de habitants environ consommait entre et quintaux de céréales par an. Le bétail outre la viande fournissait le cuir, la laine, la corne et l'os matières premières pour l'artisanat.
Céramique : Les amphores retrouvées, de différentes formes portent des inscriptions indiquant leur contenu et leur provenance. Le vin provenait de Bétique (Andalousie) ou de Gaule narbonnaise, l'huile provenait également de Bétique. La présence abondante d'objets en céramique sigillée (On compte 250 marques de potiers différentes) représente le quart de la vaisselle du milieu du Ier siècle retrouvé lors de fouilles. À la fin Ier siècle av. J.-C., la céramique sigillée provenait essentiellement des ateliers de La Muette (Lyon), au milieu du Ier siècle, elle provenait essentiellement de La Graufesenque et au de Lezoux.
Verrerie : les verreries retrouvées à Amiens principalement dans les sarcophages de nécropoles sont composées de flacons, bocaux, verres à pied dont les plus beaux spécimens provenaient des ateliers de Cologne.
Métallurgie : le travail du métal était présent à Samarobriva, les vestiges d'une forge furent retrouvés rue de Noyon, ce ne devait pas être la seule de la ville si l'on prend en compte l'importance et la diversité des objets en fer utilisés dans la construction (clous, tenons crampons, gonds, charnières, serrures, clés), dans la fabrication d'outils (serpe, faucille, pelle, hache, scie, burins, marteau, soc de charrue, couteau, sceau, chaîne, balance, hipposandale etc.). Le travail du bronze était également présent, on a retrouvé des statuettes de bronze, copies surmoulées à partir d'originaux comme le lare de Camon, une main votive, une statuette de Vénus inspirés vraisemblablement d'originaux de Durocortorum (Reims)Marie-Josèphe Lussien-Maisonneuve, Les statuettes en bronze d'époque romaine découvertes dans le Nord de la France, thèse de troisième cycle, Université de Lille III, 1978. Le travail du plomb était lui aussi présent, pour la fabrication et l'entretien des conduits, en plomb pour l’adduction d'eau. La découverte d'une trentaine de sarcophages en plomb à Amiens, Pont-de-Metz et Saleux, pose la question du lieu de leur fabrication, aucun atelier de fabrication local n'a été retrouvé à ce jour.
Textile : la production textile n'a pas laissé de trace jusqu'à présent excepté quelques pesons servant à tendre les fils de chaîne sur les métiers à tisser. L'Édit du Maximum de Dioclétien, du tout début du , atteste la fabrication de sagas (manteaux de laine) chez les Ambiens, mais aucun vestige de métier à tisser en bois n'a été retrouvé à ce jour. Ces sagas étaient connus dans tout l'empire car ils équipaient vraisemblablement l'armée romaine.
Organisation politique de la cité Nous sommes peu renseignés sur l'organisation politique et sociale de Samarobriva sous le Haut-Empire romain. La ville était le chef-lieu de la civitas des Ambiani, c'était une cité stipendiaire comme les cités voisines des Bellovaques, des Morins, des Atrébates, des Viromanduens. Elle était sous le contrôle du légat de l'empereur qui siégeait à Durocortorum (Reims), mais possédait une administration autonome. Le pouvoir était exercé par une assemblée de notables qui formaient l'ordre des décurionsLe sénat local. Une inscription retrouvée dans un sanctuaire rural de Bois-l'Abbé dans la forêt d'Eu dépendant de la civitas des Ambiens :