Les tempestaires (du latin ) sont des individus qui prétendent, ou sont présentés comme étant doués du pouvoir de contrôler des phénomènes météorologiques (tempêtes, orages, vents, pluie, grêle) par la magie.

Les tempestaires sont présents dans de nombreuses mythologies. Les premiers de l'histoire sont des dieux. Tlaloc, le dieu aztèque de la pluie et de la végétation, pouvait choisir d'envoyer la pluie, la foudre, la famine, la maladie ou la sècheresse aux humains.

Des pouvoirs de tempestaires peuvent être attribués aussi à des animaux, comme l'aigle blanc ou le corbeau.

Histoire

En 319, l'empereur Constantin autorise l'activité des tempestaires à condition qu'elle n'affecte pas la production agricole : l’État romain y prélève de lourdes taxes Code Théodosien, , 16, 3 : ..

Sous le règne du roi wisigoth Chindaswinth (642-653), une loi condamne les tempestaires à recevoir deux cents coups de fouet et à être promenés en public le crâne rasé , , 2, 4, dans à, (1902), ..

Plus tard, les livres pénitentiels les vouent à sept ans de pénitence ou à l'excommunicationCitons notamment : , c. 18, éd. R. Kottje, . Turnhout, Brepols, 1994 (= CCSL, 156), ; Burchard de Worms, (compilés vers 1020), , et , dans Patrologie latine, , et ..

À partir du , les tempestaires de la vallée du Rhône exercent une pression économique importante sur la paysannerie ; ils monnayent leur protection contre une part de la récolte. Leur activité concurrence la dîme ecclésiastique. Ils se vantent de contrôler l'endroit où tombe la grêle ou la foudre. À partir de 790, plusieurs disettes frappent le pays. Au cours de l'hiver 792-793, se produisent des cas de cannibalisme Annales Mosellani, éd. I.M. Lappenberg, dans , série , , , 1859, , 792 (793), ..

En 806, l'empereur Charlemagne décide, pour prévenir la pénurie, de fixer un prix maximum pour les biens de première nécessité, ce qui aggrave la situation des paysans, livrés aux spéculateurs. De 810 à 820, des récoltes sont mises à terre Capitulaire de Nimègue (), c. 18 ; éd. A. Boretius, dans . , 1883, , ..

En 815 ou 816, l'évêque de Lyon Agobard enquête sur les agissements des tempestaires de son diocèse ; ils prétendent être des intermédiaires auprès des créatures de la « Magonie » (pays imaginaire). Elles sont une sorte d'extra-terrestres qui viennent, à bord de bateaux aériens, chercher leur part des fruits de la terreCette croyance, très largement répandue selon Agobard, est exposée dans son traité , datant probablement de 816 ; éd. L. van Acker, (= , , ). Turnhout, Brepols, 1981, .. Agobard rapporte comment il mit fin aux ruses de ces magiciens qui s'emparaient des récoltes des paysans et privaient l'Église lyonnaise de la dîmeOn consultera à ce sujet : M. Blöcker (1981) ; C. Lecouteux (1998) ; P.E. Dutton (2004) ; H. Platelle (2004), ; J. Jolivet (2010) ; (2012)., en particulier, pour quatre « Magoniens », et comment il fit triompher la véritéOn lui amena, nous dit-il, quatre personnes (trois hommes et une femme) impliquées dans ce trafic, et qui avaient été appréhendées par des paysans pour être jugées et mises à mort. Ces individus se disaient (ou bien on les disait) tombés des vaisseaux aériens. Se faisaient-ils passer (ou les prenait-on) pour des Magoniens, ou seulement pour des tempestaires montés à leur bord pour leur apporter le butin promis ? Le texte d'Agobard ne permet pas de trancher. L'évêque de Lyon présente en tout cas ces quatre personnes comme des êtres humains ordinaires. Suggérant la nature irrationnelle du scénario (où le lecteur croit bien déceler un délire collectif ou une psychose, à moins qu'il ne s'agît, aux yeux d'Agobard, d'une machination ou d'un « règlement de comptes »), il affirme, pour conclure, qu'il fit triompher la vérité en confondant les soi-disant justiciers (et non, notons-le bien, les prétendus malfaiteurs)

Le texte latin de ce passage se lit dans l'édition de L. van Acker, : . Traduction : « Nous avons vu et entendu beaucoup d'hommes plongés dans une si grande stupidité, noyés dans de telles profondeurs de folie, qu'ils croient à l'existence d'une contrée nommée Magonie, où des bateaux voguent dans les nuages pour emporter dans ce lieu les fruits de la terre que la grêle fait tomber ou que les tempêtes détruisent ; l'équipage de ces vaisseaux verserait des gratifications aux tempestaires en échange de blé et d'autres produits agricoles. Parmi ces gens dont la folie aveugle était assez profonde pour leur faire croire que ces choses-là fussent possibles, j'en ai vu quelques-uns extraire d'une assemblée quatre personnes ligotées , qui, prétendaient-ils, étaient tombées de ces navires ; après les avoir gardées en détention pendant plusieurs jours, ils les avaient enfin amenées sous bonne escorte pour les exhiber en notre présence, comme nous l'avons dit, et ce, afin qu'ils fussent lapidés. Cependant la vérité triompha : après beaucoup d'argumentation, ceux qui les avaient montrés furent confondus tout comme le voleur, selon le prophète, est confondu quand il est surpris. » Le prophète auquel Agobard renvoie ici est Jérémie (2, 26)..

Vers le deuxième quart du , une note est rédigée de la main du diacre et bibliothécaire lyonnais Florus (mort en 860) dans la marge d'un manuscrit du traité Contre Fauste le manichéen de saint Augustin (, )Manuscrit de Lyon, Bibliothèque municipale, 610.. Elle traite du mythe manichéen (et gnostique)Sur le mythe gnostique, voir Jean-Daniel Dubois, « Gnose et manichéisme », in Annuaire de l'École pratique des Hautes Études, année 2005, 114, , qui renvoie à W.P. Funk (, fasc. 15/16, Stuttgart, 2000, ), lequel met en relation sur ce point deux kephalaia coptes manichéens, à savoir les keph. 56 () et 156 ().. Elle explique l'origine de la matière par la chute sur la terre des avortons des archontes, mentionne la légende « magonienne » en des termes qui montrent que Florus a lu Agobard (au service duquel il travailla). Il a peut-être assisté, encore enfant, au jugement des tempestaires lyonnais (en 815/816). Florus déforme, sans doute à dessein, le nom Magonia en Maonia et y ajoute l'ethnique Maones, attesté dans d'autres sources , en l'apparentant à Manes, nom latin de l'hérésiarque ManiNotamment le Scarapsus de saint Pirmin, , éd. E. Hauswald (2006), : qui dicunt quod maones fructa tollere possent. Voir (2012), ..

Les récits concernant la Magonie et son peuple censé naviguer dans le ciel sont à ses yeux une () et meurtrière puisqu'elle se traduit fréquemment par la mise à mort de tempestaires complices avec les Magoniens.

La note du diacre lyonnais affirme que ces fables reposent sur le vieux mythe manichéen des avortons archontiques tombés sur la terreLa découverte et le commentaire de la note de Florus sont dus à Pierre Chambert-Protat ; voir bibliographie..

Plus tard, dans le courant du Moyen Âge, les sorcières, mais aussi certaines sortes de nains et de géants étaient soupçonnés d'ensorceler le ciel pour provoquer des gelées et des orages et gâcher les récoltes. Un sermon de saint Bernardin de Sienne (1380-1444) montre que la croyance aux tempestaires et à un pays des nuages appelé « Magonie » était encore vivante dans l'Italie du Saint Bernardin de Sienne, , dans . , 1950-1965, , : ..

Annexes Sources Édouard Brasey, Des peuples de l'ombre (= Encyclopédie du merveilleux, ). Paris, Le Pré aux Clercs, 2006.

Bibliographie , . Monica Blöcker, « », in Francia, 9 (1981), . Pierre Chambert-Protat, « Florus de Lyon et les extra-terrestres ». En ligne : https://florus.hypotheses.org/292 Bruno Dumézil, « La mitre et les ovnis », in Historia, Hors Série, (juillet-), . Paul Edward Dutton, « », in Id., . New York & Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2004, . Jean Jolivet, « Agobard de Lyon et les faiseurs de pluie », in Mireille Chazan & Gilbert Dahan (éd.), La méthode critique au Moyen Âge. Turnhout, Brepols, 2010, . Claude Lecouteux, « Les maîtres du temps : tempestaires, obligateurs, défenseurs et autres », in Joëlle Ducos & Claude Thomasset (éd.), Le temps qu'il fait au Moyen Âge. Phénomènes atmosphériques dans la littérature, la pensée scientifique et religieuse. Paris, Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, 1998, . Henri Platelle, Présence de l'au-delà. Une vision médiévale du monde. Villeneuve d'Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2004. , « », in , & Werner Verbecke (ed.), . , , 2012 (= . , Studia, 43), .

Filmographie Stéphane Valentin, Tempestaïres et faiseurs de pluie, documentaire, , 2002 Jean Epstein, Le Tempestaire, court-métrage, 23 min, 1947

Notes et références Notes

Références

Articles connexes Magonie (folklore)

Catégorie:Être imaginaire associé à la foudre Catégorie:Créature légendaire influençant le climat Catégorie:Magie (surnaturel)