Ludwigia peploides (autrefois aussi nommée Jussiaea peploides), aussi appelée Jussie rampante, souvent improprement nommée Jussie des marais, est une espèce de plantes à fleurs de la famille des Onagraceae. C'est une plante aquatique, amphibie et fixée, d'origine sud-américaine ou australienne.
Synonymes Jussiaea repens Kunth Jussiaea peploides L. var. glabrescens Kuntz.
Confusion possible vignette|gauche|250 px|Bras d'eau presque entièrement recouvert de jussie rampante. vignette|gauche|250 px|Jussie rampante. Les feuilles émergées de Ludwigia peploides sont arrondies et glabres alors qu'elles sont lancéolées, mais poilues chez Ludwigia grandiflora.
En France, son nom peut être confondu avec un autre nom vernaculaire de jussie des marais ou Ludwigia palustris, désignant une plante autochtone, à feuilles parfois rougeâtres et petites fleurs verdâtres sans pétales (qui est elle en régression)
Description et biologie de l'espèce C'est une plante herbacée palustre ou aquatique ne se développant bien que dans les eaux calmes, très éclairées ou sur un sol très humide. Elle possède de belles fleurs d'un diamètre de et de couleur jaune vif (couleur attirant de nombreux pollinisateurs européens). Ces fleurs ont fait son intérêt ornemental et semblent à l'origine de son introduction dans de nombreux pays. Racines et pétioles des fleurs sont parfois rougeâtres. Les feuilles immergées sont arrondies (caractère non discriminant pour l'identification de l'espèce, car partagé par d'autres jussies)
À partir des rhizomes fixés sur le fond ou les berges (de sable, vase, terre, galets...), cette jussie peut former des tapis très denses de tiges flottantes ou immergées près de la surface. Ses tiges principales (émergées ou immergées) sont rigides, noueuses, et constituent un réseau. Chaque nœud peut développer des racines adventives alimentant l'ensemble de la plante et préparant une régénération ou un bouturage en cas de casse de la tigeCollectif, 1997 - Synthèse bibliographique à caractère opérationnel sur l'écologie des espèces végétales proliférantes en France. Rapport Inter- Agences de l'eau, réalisé par le Centre de recherches écologiques de l'université de Metz, les CEMAGREF Bordeaux et Lyon, J Haury et M. Trémolières.
Elle bénéficie de deux types de racines ; des racines normales, à géotropisme positif servant à la fois d’organes d’absorption et de fixation au fond. des racines modifiées par l'évolution, à géotropisme négatif. Ces dernières produisent un tissu aérifère (dit aérenchyme) qui permet la flottaison des longues tiges propres à l'espèce.
En zone tempérée ou à hiver froid, ses parties aériennes meurent chaque hiver, mais les rhizomes peuvent survivre dans les sédiments ou le sol s'il ne gèle pas.C'est une plante de lumière, qui ne colonise pas les milieux très ombragés et ne prolifère pas dans les milieux ombreux.
Les caractéristiques biologiques et écologiques de cette espèce dans les milieux qu'elle a colonisés hors de son aire naturelle d'origine sont encore très lacunaires, comme le sont aussi les données sur la présence/absence de l'espèce en Europe. Souvent la plante n'est détectée que tardivement quand un phénomène d'invasion biologique a commencé, après une phase de latence où elle passait inaperçue. En France, un Comité régional scientifique a été instauré en Pays de la Loire pour élaborer un guide technique d'aide aux collectivités pour des interventions, cadrer et analyser des recherches scientifiques, des représentations cartographiques de l'état d'envahissement et des actions de communication.
Propriétés médicinales D'autres espèces du même genre botanique étaient connues pour synthétiser des composés antioxydantsFodouopSPC,GatsingD,TangueBT,TagneRS,Tala SD, Tchouboué J, Kuiate JR. Effect of Salmonella typhimurium infection on rat’s cell oxidation and in vivo antioxidant activity of Vitellaria paradoxa and Ludwigia abyssinica aqueous extract. Asian Pacific Journal of Tropical Disease 2015; 5: 38-46. et/ou bactéricides Firoj A, Selin MST, Shilpbi JA. Antibacterial activity of Ludwigia adscendens. Fitoterapia 2005; 76: 473- 475Aliyu AB, Musa AM, Abdullahi MS, Oyewale AO. Phytochemical and antibacterial properties of Ludwigia suffruticosa (Willd) Oliv.ex.O.Ktze (Onagraceae). International Journal Pure Applications Sciences 2008; 2: 1-5..
Une étude universitaire française a montré en 2018 (in vitro) que des extraits méthanoliques de feuilles de L. peploides ont aussi une activité antioxydante (piégeage de radicaux libres). Cette étude a également confirmé des vertus antibactériennes (détectées par Smida & al en 2015)Smida I, Charpy-Roubaud C, Cherif SY, Torre F, Audran G, Smiti S, Le Petit J. Antibacterial properties of extracts of Ludwigia peploides subsp. montevidensis and Ludwigia grandiflora subsp. hexapetala during their cycle of development. Aquatic Botany 2015; 121: 39–45. (cette fois testées contre Staphylococcus aureus, Staphylococcus epidermidis et Salmonella enterica) et anti-acnéiques. Non toxiques sur les cellules HaCaT (IC50> 200 μg mL- 1), les auteurs ont aussi montré . Ils estiment qu'étant donné son Imen Smida, Alaa Sweidan, Yasmine Souissi, Isabelle Rouaud, Aurélie Sauvager, et al.. Anti-Acne, Antioxidant and Cytotoxic Properties of Ludwigia peploides Leaf Extract. International Journal of Pharmacognosy and Phytochemical Research, Dr. Yashwant Research Labs Pvt. Ltd., 2018, 10 (7), pp.271-278. hal-01928736 .
Valeur alimentaire ? La prolifération rapide de l'espèce hors de son milieu originel laisse penser qu'elle est peu appétente, voire toxique pour de nombreux herbivores et omnivores. Son éventuelle comestibilité et sa valeur alimentaire ne semblent avoir fait l'objet que de rares étudesEx : Akmal, M., Hafeez-ur-Rehman, M., Ullah, S., Younus, N., Khan, K. J., & Qayyum, M. (2014). Nutritive value of aquatic plants of Head Baloki on Ravi River, Pakistan. Int J Biosci, 4, 115-122..
Biotopes et niche écologique L'aire naturelle de répartition de cette plante est située en Amérique du Sud, mais elle a été répandue ailleurs sur de vastes territoires par des amateurs de plantes puis passivement par boutures ou activement par les graines qu'elle produit.
Elle apprécie les eaux très ensoleillées, stagnantes ou à faible courant (mares, étangs jusqu'à de fond, cours d’eau à étiages sévères) et peut aussi coloniser les canaux, fossés, zones d'atterrissements, et différents types de zones humides.
Elle est peu exigeante en termes de nutriments et de substrat (vases émergées, bancs de galets, gravières, etc.) et sa croissance est rapide à très rapide dans les milieux eutrophes. On a observé localement une colonisation de prairies humides par exemple sur plusieurs sites des Barthes de l'Adour.
Les tiges peuvent prendre racine jusqu’à près de de fond, si l'eau est claire et le milieu idéal. Elles peuvent aussi coloniser les berges, « jusqu’à au-dessus de la surface moyenne des eaux » si le sol est assez humide. Elles puisent indifféremment leurs nutriments dans les sédiments ou en pleine eau et s'enracinent aussi facilement dans une vase très riche en nutriments que dans un sable mésotrophe (collectif, 1997). En termes de dureté de l'eau (teneur en sels minéraux) ou de pH (acidité), elles sont plus tolérantes que la plupart des autres espèces végétales.
La destruction ou l'absence de ripisylve peut la favoriser.
Plante envahissante Elle a souvent été utilisée par des paysagistes ou amateurs de plantes pour la décoration de mares et étangs, et par certains aquariophiles (en aquariums d'eau douce).
Elle est caractérisée par un pouvoir élevé de multiplication (bouturage spontané ou provoqué de fragments de tiges) et de propagation, ainsi que par une large amplitude écologique, c'est-à-dire une capacité à coloniser des milieux très variés.En l'absence de consommateurs herbivores (la plante est peu appétente, au moins à cause de sa teneur en cristaux d’oxalate de calciumCampbell, M. J. & Clark, J. W. (1983). Observations on host selection by Lysathia ludoviciana (Chrysomelidae), a bettle with a potential for biological control of certian aquatic weeds. In The Texas Journal of Science, vol. 35, pp. 165-167) ou de maladies et autres régulateurs naturels, elle se développe sous forme d'herbiers aquatiques très denses et parfois presque impénétrables, immergés ou émergés, en produisant des tapis de tiges plus ou moins rigides pouvant atteindre et même dépasser de long.
Elle a été introduite en Afrique, Amérique du Nord (États du Sud et du sud-ouest des États-Unis), en Australie et en Europe. Dans plusieurs pays européens, comme sa consœur la Ludwigie à grandes fleurs, elle a rapidement et progressivement colonisé de nombreux plans d'eau et cours d'eau (canaux et fossés, wateringues ou hortillonnagesToussaint, B. & Gavory, L. (2001). Opérations d'arrachage des herbiers de ludwigie à grandes fleurs (Ludwigia grandiflora) dans les Hortillonnages d'Amiens (Somme). In Les Invasions biologiques causées par les plantes exotiques sur le territoire français métropolitain. État des connaissances et propositions d'actions, p. 155. Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement, Direction de la Nature et des Paysages ). En France, les deux espèces de Jussies ont été signalées comme ayant été accidentellement introduites dès 1820-1830 dans le Lez à Montpellier, puis rapidement considérées comme naturalisées dans le Gard et dans l’Hérault. De là, elles ont gagné la Bretagne, le sud de la France puis sont remontées progressivement vers le nord et l'est; elles survivent par exemple aux hivers depuis 1999 dans une gravière de Nancy et sont déjà largement disséminées dans le centre et le nord du pays (Somme, Nord, Pas-de-Calais depuis la fin des années 1990) Dutartre, A. Ludwigia sp. Les jussies. In Les invasions biologiques causées par les plantes exotiques sur le territoire français métropolitain. État des connaissances et propositions d'actions, p. 93-98. Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement, Direction de la Nature et des Paysages. Ses populations semblent avoir explosé après une longue phase de latence, à partir des années 1970 dans le Sud et des années 1990-2000 dans le Nord. Elle est aujourd'hui considérée comme l'une des plantes envahissantes les plus problématiques pour l'eau dans de nombreux pays, notamment la FranceListe des plantes envahissantes, éditée par l'Agence méditerranéenne de l'Environnement (juillet 2003). Elle gagne du terrain vers le nord, probablement aussi en raison du réchauffement climatique et d'hivers plus doux.
En Europe, la Jussie rampante est inscrite depuis 2016 dans la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union européenne. Cela signifie qu'elle ne peut pas être importée, cultivée, commercialisée, plantée, ou libérée intentionnellement dans la nature, et ce nulle part dans l’Union européenne.
Capacité et mécanisme de prolifération Un herbier de Jussie rampante - dans de bonnes conditions - a une productivité telle que sa biomasse peut atteindre de matière sèche par m². De plus sa croissance, favorisée par des racines dispersées dans la couche chaude de surface, est très rapide ; en Californie une croissance correspondant à + 10 % de la biomasse par m² et par jour a été enregistréeles espèces animales et végétales susceptibles de proliférer dans les milieux aquatiques et subaquatiques (Jeu de fiches descriptives des espèces végétales exotiques et indigènes susceptibles de proliférer dans le bassin Artois-Picardie ; travail de DESS (diplôme d’études supérieures spécialisées, Gestion des Ressources Naturelles Renouvelables, par Tiphaine Saint-Maxent, année universitaire 2001-2002). Certains herbiers ont une biomasse totale pouvant presque doubler en 3 semaines. Le temps de doublement de la biomasse varie de dans les eaux stagnantes à environ dans les cours d’eau .