vignette|alt=deux militaires de l'ONU portant des bérets bleus au quartier général de l'opération de l'ONU. en Côte d'Ivoire devant l'emblème de l'opération de l'ONU en Côte d'Ivoire|Quartier général de l'opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire (ONUCI). La crise politico-militaire en Côte d'Ivoire ou guerre civile ivoirienne commence le , lorsque des soldats rebelles dont certains seraient venus du Burkina Faso. tentent de prendre le contrôle des villes d'Abidjan, Bouaké et Korhogohttps://www.cairn.info/revue-politique-africaine-2003-1-page-71.htm.. Ils échouent dans leur tentative de prendre Abidjan mais parviennent à occuper les deux autres villes, respectivement dans le centre et le Nord du pays.

La rébellion qui prendra plus tard le nom de « Forces nouvelles » occupe progressivement la moitié nord du pays, le coupant ainsi en deux zones géographiques distinctes : le sud tenu par les Forces armées de Côte d'Ivoire fidèle au Président Laurent Gbagbo (FANCI) et le nord tenu par les Forces armées des Forces nouvelles (FAFN).

Un début de solution se profile le avec la signature des accords de Linas-Marcoussis. Cependant, une brusque crispation en remet en cause toutes les avancées obtenues. Une promesse de règlement final se dessine enfin avec la signature de l’accord politique de Ouagadougou le , avant d'être remis en cause à l'occasion de l'élection présidentielle ivoirienne de 2010 et de la crise politique qui en résulte. Cette situation se résout à la suite de la victoire militaire des Forces républicaines de Côte d'Ivoire lors de la guerre ivoirienne de 2010-2011.

Forces en présence Trois grandes composantes armées sont en présence sur le territoire ivoirien : Les forces de l'État de Côte d'Ivoire : les Forces armées nationales de Côte d'Ivoire (FANCI) qui sont les forces officielles, également appelées loyalistes, constituées et équipées pour l'essentiel depuis l'indépendance du pays en 1960, l'État bénéficie de l'appui des Jeunes patriotes, groupe nationaliste. Issu, comme Guillaume Soro, de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire (FESCI), Charles Blé Goudé, le chef des « Jeunes patriotes » est acquis à la politique du président Laurent Gbagbo ; Les forces rebelles : les Forces armées des forces nouvelles (FAFN), qui sont les forces de la rébellion, tiennent 60 % du pays, avec environ armés. (chiffre variable, en fonction des va-et-vient d'une partie de ces hommes avec le Liberia) constituées et équipées pour l'essentiel depuis le début de la crise en 2002. Le mouvement rebelle a pu émerger et prendre autant d'importance avec le climat politique insoutenable qui suit l'élection contestée de Gbagbo en 2000, notamment à cause du concept d'ivoirité et des tentations xénophobes qui exclut tout un panel de la population de la vie politique. Ainsi, le mouvement rebelle est concentré dans le Nord et vers les frontières du pays, là où l'on retrouve une grande part d'étrangers. Le mouvement rebelle est aussi apparu en contestation d'abus et de discriminations menés par la police et les gendarmes, elles sont renforcées par des supplétifs ivoiriens dont de nombreux chasseurs traditionnels (Dozo) ; Les forces de maintien de la paix : les forces de l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (ONUCI), les forces françaises : le BIMa et les troupes envoyées dans le cadre de l'opération Licorne et sous mandat de l'ONU (Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire), soit en et en Article de Fernanda Faria, La gestion des crises en Afrique subsaharienne : le rôle de l'Union européenne, novembre 2004., les soldats de la CEDEAO, les Casques blancs, eux aussi sous mandat de l'ONU.

Origine du conflit Le règne de Félix Houphouët-Boigny Sous la présidence de Félix Houphouët-Boigny (de 1960 jusqu'à sa mort en 1993), la Côte d'Ivoire est un pays très bien intégré dans le commerce mondial. Les principales recettes de l'État viennent de l'exportation de matières premières produites dans la zone forestière, notamment le cacao (dont la Côte d'Ivoire est le premier producteur mondial), le café et le coton mais également le gaz naturel.

Ce commerce extérieur a permis au pays de se développer et aux citoyens d'avoir un bon niveau de vie. Ce « paradis » économique et social, dans une Afrique pauvre, attire de nombreux immigrants des pays voisins. C'est ainsi que, notamment, les Burkinabès et Guinéens furent nombreux à s'établir dans la zone forestière au sud du pays. D'abord comme ouvriers sur les chantiers forestiers, dans les usines et villes de la côte, dans les plantations industrielles et individuelles, ils sont devenus par la suite producteurs agricoles pour certains.

Vers la fin du règne d'Houphouët-Boigny, dans les années 1990, la Côte d'Ivoire connut des soubresauts liés à la transition du régime de parti unique à un régime multipartisan. À sa mort, le pays entra dans une crise multiforme. Ses successeurs ne surent faire face ni aux difficultés économiques dues pour une grande part à la dégradation des termes de l'échange entre pays du tiers monde et pays développés, ni aux difficultés politiques.

Le concept d'ivoirité et son application politique

Le , une révision du Code électoral impose aux candidats à la présidence de prouver leur ascendance ivoirienne, garante de leur citoyenneté, alors que pendant la période Houphouët-Boigny, les cartes d’identité avaient été largement distribuées à la majorité des étrangers vivant sur le territoire national dans un but électoralisteColette Braeckman, « Aux sources de la crise ivoirienne », Manière de voir, , février-mars 2005, ISSN 1241-6290, ..

Le , Henri Konan Bédié, alors président depuis la mort d'Houphouët-Boigny, réintroduit le concept d'ivoirité. Selon lui, ce concept permet à la Côte d'Ivoire de mieux préserver son identité. Cela lui permet également d'évincer son principal rival, Alassane Ouattara originaire du Nord du pays. Mais le fait d'avoir poursuivi ses études au Burkina Faso et d'avoir été envoyé occuper de hautes fonctions sous la houlette burkinabé ont permis son rejet.

vignette|Groupes ethniques de Côte d'Ivoire.

Ce rejet d'Alassane Ouattara s'appuyait sur le rejet ancien du dioula, l'homme du Nord pour les Ivoiriens de la côte et du centre. À une différence ethnique s'ajoute en effet une différence de religion : les Ivoiriens du Nord, majoritairement musulmans, sont soupçonnés de ne pas être Ivoiriens et sont donc rejetés par les Ivoiriens du Sud, majoritairement chrétiens. Les populations du Nord et du centre, notamment les Malinkés, ont des patronymes identiques à ceux des immigrés de même ethnie provenant des pays voisins. Ceux qui sont dans cette situation subissent toutes sortes d'injustices. Certains voient leurs pièces d'identité détruites par les forces de l'ordre. Ils n'obtiennent plus de carte d'identité, de passeport et ne peuvent ni avoir de certificat de nationalité ni voter. Bien que certains Ivoiriens du Sud (notamment les Akans) possèdent aussi des patronymes identiques à certains peuples immigrés (Ghana, Togo et Liberia), ils ne subissent pas le même traitement.

L'apparition du concept d'ivoirité s'explique essentiellement par la crise économique que connaît la Côte d'Ivoire depuis le milieu des années 1980. En effet, cette réaction xénophobe est apparue lorsque l'économie de ce pays a cessé de générer massivement des emplois. Cette situation n'a pas sensiblement réduit les flux migratoires provenant des pays musulmans pauvres et surpeuplés du Sahel. Le but de l'ivoirité semble être avant tout d'empêcher les populations étrangères, qui peuvent rentrer dans ce pays sans visa, de participer à la compétition pour le pouvoir politique et d'accéder aux emplois de la fonction publique. En effet, les étrangers représentaient 26 % de la population en 1998.

Le , contre un seul candidat (les autres candidats sont refusés par la Cour suprême ou ont boycotté l'élection), Henri Konan Bédié est élu président de la Côte d'Ivoire avec 96,44 % des voix. Fort de ce succès, il effectue en 1998 une réforme de la propriété foncière avec l'appui de tous les partis politiques, y compris celui d'Alassane Ouattara. Avec cette réforme, seuls les Ivoiriens de souche peuvent détenir des terres.

Coup d'État militaire

Le , à la suite d'une mutinerie qui se transforme en coup d'État, Henri Konan Bédié est renversé par l'armée. Le concept d'ivoirité disparaît mais la tentation xénophobe persiste.

Le général Robert Guéï est placé au pouvoir jusqu'à la tenue de nouvelles élections, l'ivoirité reste utilisée dans la politique du pays pour limiter la vie sociale des « Ivoiriens d'origine douteuse ». C'est dans ces conditions que le , une nouvelle Constitution est adoptée par référendum, tous les partis politiques ayant appelé à voter pour. Elle précise que seuls les Ivoiriens nés de parents ivoiriens peuvent se présenter à une élection présidentielle. Le débat se focalise notamment sur la mention et de l'article 35 () supposée viser Alassane Ouattara qui déclare pourtant pouvoir être candidat que la conjonction retenue soit et ou ou. Une vaste « campagne d'identification », destinée à définir la véritable citoyenneté des Ivoiriens, est entamée.

Dégradation du climat politique Après quatre années de dictature, le coup d'État du général Robert Guéï est légitimé par la reconnaissance du Front populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo et le Rassemblement des républicains (RDR) d'Alassane Ouattara. L'échec de plusieurs tentatives de coup d’État oblige les partisans d'Alassane Ouattara au sein de l'armée à fuir au Burkina Faso.

Les six candidats présentés par le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), dont Henri Konan Bédié, à l'élection présidentielle du , sont éliminés par la Cour suprême. Il en est de même pour le candidat du RDR, Alassane Ouattara, jugé non-Ivoirien. Au total, quatorze des dix-neuf candidatures à l'élection présidentielle présentées par des partis sont rejetées par la Cour suprême. Le décompte des bulletins de vote place Robert Gueï en seconde position derrière Laurent Gbagbo le ; il s'autoproclame néanmoins président de la République ce qui déclenche d'importantes manifestations de la population, bientôt suivie par la gendarmerie. Les affrontements opposent la garde prétorienne du général Gueï à la population. Les premiers sont rapidement vaincus mais les affrontements se prolongent entre partisans de Ouattara et partisans de Laurent Gbagbo. Le , Laurent Gbagbo est proclamé président sur décision de la Commission électorale. Le , un charnier de 57 corps est découvert à Yopougon qui va longtemps hanter les mémoiresAmnesty International, Côte d'Ivoire : Une suite de crimes impunis, 27 février 2003.. Le bilan officiel des violences de la fin de l'année 2000 est de 303 morts, 65 disparus et ..

Les élections municipales de se traduisent par une victoire relative pour le RDR et une victoire incontestable de la démocratie ; pour la première fois de son histoire, la Côte d'Ivoire assiste à une défaite électorale du parti au pouvoir.

Le conflit militaire (septembre 2002-2007) La rébellion vignette|La Côte d'Ivoire partagée : en rouge les territoires contrôlés par les rebelles, en .