vignette|Laurent de Médicis, dit Laurent le Magnifique, l'un des premiers mécènes. Détail d'une fresque de Benozzo Gozzoli.

Le mécénat désigne le fait d'aider et peut être par la suite de promouvoir des arts et des lettres par des commandes ou des aides financières privées, que le mécène soit une personne physique ou une personne morale, comme une entreprise. Dans une acception plus large, il peut s'appliquer également à tout domaine d'intérêt général : recherche, éducation, environnement, sport, solidarité, innovation, etc.François Debiesse, Le Mécénat, Presses universitaires de France, , 2007.Valérie Pécresse parle ainsi d'introduction du mécénat à propos de la possibilité introduite pour les entreprises dans la Loi relative aux libertés et responsabilités des universités de financer des fondations d'université..

Au cœur du mécénat se développe de plus en plus le mécénat d’entrepriseGlossaire du mécénat. qui se définit comme un soutien financier, humain ou matériel apporté sans contrepartie directe par une entreprise, mais aussi grâce à la générosité de certains milliardairesCes milliardaires français qui partagent leur fortune.. En fiscalité et en comptabilité, il est considéré comme un don. Concrètement, le mécénat bénéficie d'un régime fiscal avantageux dans la mesure où il existe une disproportion marquée entre le versement et les contreparties reçues. Le mécénat n'est cependant pas à confondre avec le parrainage car il ne demande pas — à l'inverse du parrainage — une contrepartie.

Histoire Des origines au Moyen Âge Le mot « mécénat » se réfère au personnage de Caius Cilnius Mæcenas, protecteur des arts et des lettres dans la Rome antique. Il s'est progressivement élargi pour désigner dans le langage courant une personne physique ou morale qui soutient par son influence ou par des moyens financiers un projet culturel ou un artiste. Au cours de l'histoire le mécénat a connu une importance variable et fut marqué par des personnalités : on parle ainsi du mécénat des princesses médiévales comme Mahaut d'Artois ou Isabeau de Bavière dont les commandes faisaient vivre plusieurs artistesLe mécénat des princesses médiévales, INHA..

Renaissance des vignette|Le duc d'Urbino Frédéric III de Montefeltro, l'un des plus puissants princes mécènes de la Renaissance. Tableau Le Triomphe de la chasteté par Piero della Francesca. L'âge d'or du mécénat correspond à la Renaissance italienne. Les Arti à Florence, qui protègent leurs corporations marchandes, financent également les beaux-arts et leurs artistes en commanditant des œuvres pour les édifices religieux (particulièrement l'Arte di Calimala). Les Médicis, notamment Laurent le Magnifique, sont connus pour répandre leurs bienfaits envers les artistes dont ils permettront ainsi la renommée ; amateur éclairé, Laurent de Médicis prit sous sa protection de nombreux artistes comme Michel-Ange, Andrea del Verrocchio, les architectes Giuliano da Maiano et Giuliano da Sangallo ou des humanistes ou savants comme Pic de la Mirandole. À Urbino, l'une des villes les plus représentatives de la Renaissance, le duc Frédéric III de Montefeltro finança de nombreux artistes dont Piero della Francesca. Son fils Guidobaldo Ier de Montefeltro fut le mécène du peintre Raphaël. À Ferrare, eut un rôle comparable. Le banquier siennois Agostino Chigi soutint financièrement des artistes et des écrivains tels que Le Pérugin, Giovanni da Udine, Giulio Romano, Baldassarre Peruzzi, Sebastiano del Piombo, Le Sodoma, Raphaël et L'Arétin.vignette|gauche|Portrait de Giuliano da Sangallo par Piero di Cosimo, entre 1500 et 1520.

À la même époque, le cardinal et ministre Georges d'Amboise, grand mécène, fut l'un des principaux introducteurs de la Renaissance en France. Le roi ainsi que le connétable de France, Anne de Montmorency, furent aussi de grands mécènes. Le roi se servit du mécénat afin de montrer sa puissance. On peut citer l'exemple du château de Fontainebleau qui accueillit de nombreux artistes italiens et français, et Léonard de Vinci que ramena d'Italie en 1516 et installa à Amboise, au Clos Lucé.

L'empereur fut également un grand mécène, confirmant en 1595 les privilèges de la corporation des peintres et acquérant de nombreux tableaux du Titien, d'Albrecht Dürer ou des qu'il installe au château de Prague. L'Italien Giuseppe Arcimboldo le peignit en vertumne et reçut le titre de comte palatinLe mécénat : une tradition tchèque, David Alon, Radio Prague, ..

D'autres mécènes notables de la Renaissance furent en France les Guise et les Montmorency, qui apportèrent un soutien actif à l'art et à l'architecture de style nouveau. En Scandinavie Henrik Rantzau, gouverneur du Holstein, fit construire ou reconstruire pas moins de vingt-cinq demeures et rassembla plus de six mille livres. Dans la Renaissance tchèque, Peter Vok de Rozmberk joua un rôle important, ainsi que son frère Vilém. En Espagne, il y eut Don Diego Hurtado de Mendoza. En Pologne, il y eut le chancelier Jan Zamoyski. En Angleterre, Robert Dudley fut un important mécène des lettres. Il y eut surtout Alexandre Farnèse, qui fit construire le palais Farnèse à Rome, le cardinal Granvelle, important ministre de , et William Cecil en AngleterrePetre Burke, La Renaissance européenne, Seuil, Points Histoire, 2000, .

Du vignette|Gustave Courbet - La Rencontre (Gustave Courbet représenté à droite rencontrant Alfred Bruyas et son valet) L'Italie du connut plusieurs importants mécènes, tels que ou les cardinaux Pietro Ottoboni et Benedetto Pamphilj ou Niccolò Gaetani d'Aragona et sa femme Aurora Sanseverino..

En France, la reine Catherine de Médicis, héritière des goûts des Médicis, est considérée comme l'une des plus grands mécènes du françaisChantal Turbide, Catherine de Médicis, mécène d'art contemporain : l'hôtel de la reine et ses collections, dans Patronnes et mécènes en France à la Renaissance, études réunies par Kathleen Wilson-Chevalier, Publications de l'université de Saint-Étienne, 2007, .. Elle aimait s'entourer d'artistes, de poètes, d'hommes de lettres, de musiciens et d'architectes qu'elle faisait venir à la cour et pensionnait à son propre service, ce qu'aucune reine de France n'avait fait avant elleAlexandra Zvereva, "Catherine de Médicis, et les portraitistes français", dans Patronnes et mécènes en France à la Renaissance, études réunies par Kathleen Wilson-Chevalier, Publications de l'université de Saint-Étienne, 2007, .. Au siècle suivant, le Cardinal de Mazarin fit construire le Collège des Quatre-Nations et présenta Charles Le Brun au roi . Madame de Pompadour et Joseph Paris Duverney financèrent la construction de l'École militaire (1751-1756).

La Russie connut plusieurs mécènes aux et début du , dont Ivan Chouvalov, Pavel Tretiakov, Savva Mamontov, Savva Morozov, Ivan Morozov, Margarita Morozova, etc.

Mais au , le peintre Gustave Courbet, ami de Proudhon, bouleversa la donne en faisant émerger la figure de l'artiste libre, et revendiqua à titre personnel son autonomie, dans ses choix artistiques, par rapport aux mécènes, qu'ils soient issus du pouvoir économique ou du pouvoir politique.. Un de ses tableaux, La Rencontre, symbolisait ses convictions, représentant le peintre rencontrant un de ses acheteurs et de ses soutiens les plus fidèles, Alfred Bruyas, sans aucune trace de cette déférence convenue habituellement entre un artiste et ses mécènes...

Le a marqué une période de renouveau aux États-Unis et en Europe. Parmi les grands noms de l'époque on peut citer Charles et Marie-Laure de Noailles, la famille Rothschild, Alexis de Redé, Peggy Guggenheim, le marquis de Cuevas, Marcellin et Madeleine Castaing, Francine Weisweiller, Pierre Cardin, Pierre Bergé et Yves Saint Laurent.

En France, au , quelques personnalités méritent d'être signalées, en particulier pour leur activité de mécénat en faveur de l'art contemporainArticle sur les nouveaux philanthropes français. : Antoine de Galbert, homme d'affaires et créateur de la Maison rouge, fondation promouvant les différentes formes de la création actuelle ; Ariane de Rothschild, qui gère diverses fondations, et a donné son nom au Prix Ariane de Rothschild, récompensant chaque année un artiste contemporain ; Alain-Dominique Perrin, ancien président du directoire de Cartier SA, et fondateur de la Fondation Cartier pour l'art contemporain ; Bernard Arnault, homme d'affaires et PDG de LVMH avec la fondation d'entreprise Louis Vuitton.

Une nouvelle tendance qui semble se renforcer en ce début de est la création par des fondations de lieux d'expositions, voire la privatisation momentanée de lieux publics. C'est à Paris, l'exposition Bulgari au Grand Palais en 2013 puis l'exposition Cartier en ce même lieu en 2014. Ce sont des expositions nomades, comme celles de la Petite Veste Noire, de Chanel, se déplaçant de Paris et Londres puis vers les grandes villes d'Asie. Et c'est au Palais de Tokyo à Paris, l'exposition des souliers Roger Vivier puis l'exposition consacré au parfum de Chanel, perçue par certains visiteurs comme une location d'espace..

De plus en plus de services ou d’établissements publics, culturels ou non, ont pour projet de recourir au mécénat dit participatif pour financer des projets d'intérêt général. Ils s’interrogent sur le meilleur moyen de toucher les donateurs potentiels : passage par une plate-forme de financement participatif généraliste ou plus spécialisée, ou encore sollicitation directe des internautes depuis le site Internet, voire du public directement sur les lieux mêmes de l’établissement..

Économie En France En France, de la monarchie à la République, en passant par l'Empire, l'art a longtemps été avant tout une affaire d'État. Selon Guy de Brébisson, aujourd'hui, la légitimité du mécénat demeure moindre en France qu'aux États-Unis, même si les mentalités ont nettement évolué depuis les années 1980. Il reste majoritairement une pratique des grandes entreprises, mais la participation des PME n'est plus négligeable au niveau local et régional. Les entreprises de province ne représentaient que 12,5 % des entreprises-mécènes en 1985, mais 41 % au début des années 1990.

En 1994, le poids du mécénat d'entreprise en France était évalué à 800 millions de francs, alors que le budget du ministère de la culture, hors grands travaux, s'élevait à 13 milliards et demi de francs (1 % environ du budget de l'État). Les dépenses des collectivités locales représentent près du double.

En 2008 en France, les actions de mécénat des entreprises de plus de 20 salariés étaient évaluées à 2,5 milliards d'euros. Cette somme était répartie entre la culture (40 %), la solidarité (32 %), l'environnement (15 %), la recherche (9 %) et le sport (5 %). La part apportée par les entreprises à la culture (près d'un milliard d'euros) représente donc 44 % des contributions financières du ministère de la Culture en 2008.

La taille de l'entreprise a une influence sur le mécénat, 60 % des grandes entreprises soutiennent des associations, contre seulement 36 % des PME et 20 % des TPE.

Le mécénat environnemental se développe depuis les années 1990, notamment dans le cadre du verdissement des entreprises, avec des risques d'écoblanchiment. Une Mission Mécénat d’Entreprise existe au ministère chargé de l'écologie, qui a publié un guide pratique, juridique et fiscal du mécénat environnemental a été publié par le Commissariat général au développement durable.

En 2010, le ministre français de la Culture de l'époque Frédéric Mitterrand souligne que « la responsabilité de l'État et des pouvoirs publics en général n'est pas seulement de financer la vie culturelle, mais d'encourager les initiatives de la société civile ».

Poids économique des fondations