Le Mirail, en occitan Le Miralh , est un ensemble composé de trois quartiers de Toulouse, en rive gauche de Garonne : du nord au sud, Mirail-Université, La Reynerie et Bellefontaine. Ils forment le quartier numéro 17 de la ville de Toulouse en Haute-Garonne. 67 % des logements de cet ensemble sont des logements sociaux. Au recensement de 1999, Bellefontaine comptait environ , La Reynerie et Mirail-Université .
Par analogie, le quartier prioritaire appelé Grand Mirail a été étendu aux grands ensembles antérieurs qui le jouxtent (Bagatelle, La Faourette, Papus, Tabar, Bordelongue, Basso Cambo) formant un quartier de Les quartiers prioritaires de la Haute-Garonne Insee, Dossier Occitanie n° 7 - Juillet 2018.Quartier Prioritaire : Grand Mirail sur sig.ville.gouv.fr.
Toponymie Le Mirail, en rive gauche de Garonne, se trouve dans l'aire linguistique de l'occitan gascon de variante orientale, d'expression essentiellement orale liée à une ruralité dépendante de la domination Toulouse de culture languedocienne.
Le Mirail, domaine rural d'un bourgeois de Toulouse, surnommé Miralh, car tenant en cette ville une hôtellerie "Le Miralh" (Le Miroir). Cf. Château du Mirail (Toulouse). Mirail, en occitan , "miroir", du latin miráculu(m). Prononciation de Miralh: en languedocien toulousain d'origine : ; en gascon local : , similaire à Mirail.
Les trois quartiers de la première tranche reprennent les noms des châteaux préexistants sur le site, conservés et intégrés aux espaces verts : Bellefontaine, Reynerie et Mirail. C'est le château du Mirail qui a donné son nom à l'ensemble de la ville nouvelle.
Situation thumb|Position du quartier regroupant les quartiers du Mirail dans la ville de Toulouse Les quartiers du Mirail sont situés dans le sud-ouest de Toulouse, juste à l'extérieur du périphérique toulousain. Ils se situent sur une zone qui se trouve grossièrement centrée selon un axe nord-sud sur la frontière entre la plaine basse de la Garonne et la première terrasse alluviale. Un aqueduc romain alimenté par de nombreuses sources d'eau traversait les quartiers actuels de Bellefontaine, Reynerie et Mirail Université.
Histoire En 1961, la municipalité SFIO de Toulouse, dirigée par Louis Bazerque, sensibilisé par le débat du moment sur « Paris-Parallèle »En 1960, « Paris-Parallèle » est un projet urbanistique dont l'enjeu était de construire une nouvelle ville à une trentaine de kilomètres de Paris, afin de désengorger la ville et son agglomération. Le projet est soutenu en 1960 par André Bloc, directeur de la revue L'Architecture d'aujourd’hui, et de jeunes architectes, tels Georges Candilis, Jean Ginsberg, Charlotte Perriand, Jean Prouvé et Pierre Vago. À partir de 1961, il rencontre auprès du public un écho important qui suscite des débats houleux.Elise Guillerm, « « Paris-Parallèle » : l'impossible programme d'action du Cercle d'études architecturales », séminaire Inventer le Grand Paris 2019/2020, École nationale supérieure d'Architecture de Paris-Belleville, mardi 28 janvier 2020, sur le site Inventer le Grand Paris (consulté le 22 juillet 2021)., lance un concours pour un plan d'urbanisation. La décision d'étendre la ville vers le quartier du Mirail, pour une population de 100 000 habitants, est prise par le maire et le conseil municipal ; les concepteurs sont désignés par un concours,ouvert en juin 1961, auquel participent environ 150 équipes d'architectes et d'ingénieurs, vise à retenir celles porteuses d'une « idée nouvelle ».vignette|Une des nombreuses barres d'immeubles du Mirail, ici à Bellefontaine, ou dans le langage populaire "Belfont".Les architectes Georges Candilis, P. Dony, Alexis Josic, Shadrach Woods accompagnés des ingénieurs H. Piot, J. N. Doulikian et Jean François emportent le concours. . Membres du Team X depuis 1955, Candilis et Woods ont participé à la préparation du dixième congrès des CIAM puis à la rencontre d'Otterlo de 1959. Le Mirail est ainsi l'un des rares grands ensembles français issus de cette mouvance critique du fonctionnalisme en architecture et urbanisme.
Ce n'est qu'en que le quartier de Bellefontaine est commencé. La construction du quartier, constitué essentiellement de logements sociaux pourra être terminée en 1972. Bellefontaine est alors désigné dans les documents de l'agence comme le « quartier pilote » : une première tranche expérimentale, conçue comme un laboratoire de la future ville, où l'équipe cherche à appliquer intégralement l'idée directrice élaborée pendant le concours. Une première opération de 364 logements y est engagée en 1962, étendue de 528 logements en 1964.
Un centre-ville de portée régional est prévu mais il se constitue au coup par coup: hypermarché Casino, trois organismes administratifs ou para-administratifs, l'école d'architecture, la radiotélévision, la Direction régionale des Douanes et le siège régional du Parti communiste français. Une réserve de 25 hectares doit être reliés par un réseau piéton et desservis de l'extérieur par le réseau automobile. Mais le constat est amer de la part du maire : « Ce fut mon grand échec. J'aurais voulu qu'il n'y ait pas de ségrégation, que soit mixés HLM, logements moyens et standing ». C’est un réel problème puisqu'il a contribué à une ségrégation physique entre la ville et les quartiers. Le quartier du Mirail est isolé par les zones industrielles qui l’entourent, mais aussi par la rocade.
Projet architectural et construction vignette|Un immeuble à Bellefontaine. On distingue les coursives aux et . Au début des années 1960, l'équipe de l'architecte Georges Candilis gagne un appel d'offres de la mairie de Toulouse pour un projet de ville nouvelle à l'ouest de Toulouse, dans le cadre d'une procédure de Zone à urbaniser en priorité (ZUP). Le projet présenté reprend quelques principes d'urbanisme utilisés dans les grands ensembles de la région parisienne mais y ajoute des éléments novateurs dans la conception des circulations : la séparation des piétons et des véhicules par une dalle reliant les trois quartiers, associée à des coursives courant tout du long des barres d'immeubles aux et .
Cette dalle porte dans les documents d'origine le nom de « Rue‑Centre » : un sol artificiel surélevé d'environ quatre mètres au‑dessus du terrain naturel, exclusivement piéton, qui concentre l'ensemble des équipements collectifs et la plus forte densité résidentielle, et qui devait relier les trois quartiers par des passerelles. Elle procède d'un principe théorique formulé par l'équipe sous le nom de stem , dispositif structurant commun aux projets de Caen‑Hérouville, Toulouse, Bilbao et Fort‑Lamy, ainsi qu'au projet d'université de la Ruhr à Bochum. L'objectif revendiqué était de rendre à la rue sa fonction urbaine primordiale en libérant le piéton de l'automobile. Le plancher de la Rue‑Centre était en outre conçu pour recevoir dans le temps des structures légères et démontables, un « mobilier urbain » destiné à faire évoluer l'aspect de la rue.
La dalle couvre une partie importante des espaces de stationnement, et permet de rejoindre à pied les centres commerciaux et les équipements scolaires de chaque quartier sans jamais avoir besoin de marcher au niveau de la rue. L'idée générale est de faciliter le contact et les rencontres entre habitants, faisant du quartier un objet révolutionnaire que des urbanistes du monde entier viennent visiter.
Organisées en tripodes formant des Y, les barres d'immeubles constituent des unités centrées sur des parcs, des jardins et des équipements (commerces, écoles, services). Cette forme résulte de l'articulation des immeubles à 90° ou 120° autour d'un noyau de circulation verticale regroupant ascenseurs et escaliers. Les grands immeubles s'élèvent sur six, dix et quatorze niveaux, ce qui correspond à l'implantation des coursives. Selon Jürgen Joedicke, la composition d'ensemble repose sur le principe de l'hexagone, dont les barres ne ferment jamais plus de deux ou trois côtés, créant des espaces à la fois fermés et ouverts. Il en découle qu'aucun immeuble ne possède de façade principale ni d'arrière‑cour : chaque logement étant traversant, l'un des côtés est traité en espace urbain dallé, l'autre en espace naturel planté de pelouses, de plans d'eau et d'arbres.
Des éléments du passé agricole de la zone sont conservés et sont intégrés dans les parcs, comme des pigeonniers. Des boulevards urbains marquent les limites des trois quartiers et assurent les connexions vers le centre-ville et les routes reliant les villages environnants. Les jardins et parcs des anciennes demeures forment une coulée verte linéaire continue traversant le site du nord au sud, parallèlement à la Rue‑Centre : l'équipe y voyait le contraste recherché entre les lieux de la vie urbaine active et un environnement végétal. Leur aménagement, confié à Paul Desgrez et Raymond Malebranche,
Enfin, un lac artificiel est mis en place, résultant de la remontée de la nappe phréatique dans la zone creusée pour obtenir les graviers nécessaires à la fabrication du béton des constructions. Les abords du lac ont été aménagés en parc et espaces de jeux. Le lac sert également de tampon pour réguler le débit des eaux pluviales rejetées à la Garonne. Dans le projet, ce vaste lac artificiel constituait avec la réserve foncière du centre régional l'un des deux éléments prédominants du quartier de la Reynerie : un lieu de loisirs, de promenade et de sports nautiques autour duquel devaient résider 20 000 habitants.
Le programme d'ensemble portait sur 100 000 habitants répartis en cinq quartiers de 20 000 habitants. La première tranche, qui pouvait selon ses auteurs être considérée à elle seule comme une ville nouvelle complète, portait sur 11 661 logements répartis sur 400 hectares en trois quartiers du sud au nord : Bellefontaine, la Reynerie et le Mirail. L'équipe a par ailleurs obtenu de déroger aux « plans types agréés » alors imposés à l'échelle nationale pour les établissements scolaires, qu'elle jugeait représentatifs d'une médiocrité collective, et a constitué dès le premier quartier un laboratoire de recherche sur l'équipement scolaire, de la crèche à l'université. Les trois collèges d'enseignement secondaire de la première tranche, un par quartier, reposent sur un même principe de volumes modulés et préfabriqués organisés autour de patios communicants. Le centre commercial du Mirail a fait l'objet d'un projet distinct en 1963.
vignette|Plan de situation du quartier Mirail-Bellefontaine en 1970. Les trois quartiers sont réalisés en plusieurs phases : Bellefontaine, La Reynerie puis Mirail-Université. Cependant, pour des raisons politiques puis économiques, le projet est remodelé, avec des distorsions notables par rapport aux plans initiaux. En effet, les autorisations nécessaires au démarrage des travaux tardent d'abord, entre les tergiversations et l'incompréhension d'un projet d'une ampleur alors inégalée, puis lorsqu'elles sont finalement délivrées, c'est l'économie qui se met à battre de l'aile vers la fin des années 1960. Le projet démarre donc avec 4 ans de retard, puis reste inachevé en 1972 alors qu'il est réalisé à un peu plus des deux tiers. L'urbanisation du dernier quartier se termine en particulier par la construction de pavillons, sous forme d'une « coulée verte », occupant une proportion de terrain sensiblement plus vaste que prévu. Finalement, au lieu d'accueillir cent mille habitants, le Mirail n'en héberge que moins de la moitié.
Évolutions du quartier et réhabilitations Le projet connaît une inflexion décisive avec les élections municipales de 1971 : Pierre Baudis, qui a fait campagne contre le projet Candilis, en modifie fondamentalement les perspectives et le contenu une fois élu, et Georges Candilis quitte l'opération. En moins de dix ans, la composition sociale du quartier se transforme radicalement.