vignette|Procession funéraire juive en Pologne, en 1939. vignette|Obsèques de Marguerite Moreno, 1948, Archives de Toulouse, France.

Un rite funéraire, rituel funéraire, rite mortuaire, des funérailles ou encore des obsèques, est un ensemble de gestes, de rites et de paroles et dans certains pays de danses, accompagnant l'agonie puis la mort d'un être humain pour lui rendre hommage et, en quelque sorte, l'accompagner grâce à une cérémonie. Les anthropologues considèrent généralement que les rituels funéraires sont un des fondements du passage à la civilisation. Ces rites semblent relever depuis toujours de la religion, mais la reconnaissance dans le monde contemporain d'une philosophie agnostique modifie la prise en compte des derniers instants de la vie et/ou permet l'émergence d'un nouveau type de rites et cérémonies.

La nature du rituel varie selon l'époque, le statut social du défunt, les croyances d'une société, les conditions du décès et parfois selon la volonté du défuntPar exemple, en 1883, Victor Hugo ajoute un codicille à son testament rédigé deux ans plus tôt : . Cette volonté sera respectée, bien que des funérailles nationales lui fussent aussi organisées.. L'étude rétrospective des rituels funéraires par les indices laissés dans les tombes, croisées avec d'autres éléments archéologiques, permet de délimiter l'aire géographique et parfois l'histoire de sociétés disparues. De même l'ethnologie attache une grande importance à l'étude des rites funéraires, qui éclaire la compréhension des rapports entre les individus et avec le monde tel qu'ils le conçoivent.

Les funérailles et le deuil collectif sont aussi l'occasion de moments particuliers de sociabilité qui marquent l'histoire d'un groupe. Un moment clé — pour un individu ordinaire — est l'embaumement (soins de thanatopraxie), la crémation (le terme d'incinération est plutôt réservé aux animaux) ou l'inhumation (enterrement) et plus rarement l'immersion en mer, la cryomation, l'anthropophagie (vraie ou symbolique, avec par exemple la consommation des cendres du cadavre brûlé) ou l'offrande du cadavre (généralement découpé, comme chez les peuples de l'Himalaya) aux vautours. Les personnages célèbres ont parfois droit à des funérailles « exceptionnelles »Voir notamment le Panthéon de Paris en France. La nature de l'hommage ultime et collectif ainsi que la mise en scène de la cérémonie, et l'érection d'un monument laissé à la postéritévoir en France les cérémonies à l'occasion de transferts de cendres au Panthéon de Paris., varient suivant les époques et les périodes. Il est arrivé qu'on sacrifie l'entourage du défunt à sa mort.

Des comportements évoquant des rites funéraires ont été observés chez les animaux comme les éléphants, les singes et les hippopotamesOn consultera à ce sujet l'ouvrage de Julian Huxley, Le Comportement rituel chez l'homme et chez l'animal - Le Comportement rituel chez l'homme et chez l'animal, chez Gallimard, 1971..

Dans le monde entier, les rituels funéraires sont variés mais correspondent tous, selon l'ethnologue Arnold van Gennep, à un rite de passage en trois étapes (certaines plus ou moins atténuées selon les époques et les civilisations) : étape de séparation concrétisée par le décès, le rite de la vérification du décès et de l'annonce du décès (« clochetteur » en campagne ou campanier, crieur des morts en ville au Moyen Âge) ; liminarité avec l'exposition du défunt, la veillée funèbreCette veillée ou visitation à domicile est de plus en plus remplacée par des visites au salon funéraire., le convoi funéraire, la messe des morts, l'inhumation ou crémation ; étape d'agrégation (repas de funérailles, commémorations) qui survient après une période de deuil plus ou moins longue selon les époques et les appartenances religieuses. Selon l’anthropologue et médecin David Rouach les rituels funéraires obéissent à une triple finalité : Une finalité pour le défunt. La règle dominante est que les morts font peur, et le problème majeur est de s’en débarrasser c’est-à-dire de les séparer sans retour du monde des vivants. Jusqu’à la disparition des parties molles du cadavre, la mort demeure à proximité des vivants et peut venir perturber leur existence; une finalité pour les survivants. Le but essentiel des funérailles demeure la codification et la régulation du chagrin de l’endeuillé; une finalité pour le groupe. Les rites permettent au groupe de transcender le désordre causé par la mort et de rétablir une normalité gravement mise en cause.

Histoire Préhistoire

thumb|Sépulture de l´enfant aux bois de cerf dans la grotte de Qafzeh (Israël), avant notre ère.

Pour certains scientifiques, les premières pratiques funéraires connues datent du Paléolithique inférieur (gisement de la Sima de los Huesos, Espagne). La sépulture d’El Tabun, en Israël, attribuée à l’Homme de Néandertal, date de .

Une des plus anciennes sépultures de la préhistoire se trouve dans la grotte de Qafzeh, Israël. Il y a près de des hommes, de plus âgés que les hommes de Cro-Magnon, attachent un soin particulier aux dépouilles de leurs défunts. Une tombe est particulièrement remarquable : celle de l´enfant aux bois de cerfshominides.com.

À partir du Néolithique, les structures funéraires deviennent de plus en plus élaborées. Les tumulus sont parmi les plus anciennes marques que l'Homme a laissées sur le paysage. Les Natoufiens élaborent des rites sophistiqués d'inhumation dont témoigne la grotte d'Hilazon Tachtit. À la fin de l'âge du bronze, la crémation supplante partout l'inhumation en Europe.

Antiquité polythéiste Mésopotamie

Égypte antique

La famille exprime sa peine en couvrant les cheveux de limon ; chaque membre se frappe la tête avec la main gauche (main de la mort). Les hommes de la famille ne se rasent pas pendant 70 jours. Les premiers essais de momification égyptienne datent d'environ 3000 av. J.-C. La technique connaît son apogée au Le corps est conduit dans l'atelier de momification : les prêtres-embaumeurs proposent à la famille plusieurs séries de momies, plus ou moins coûteuses. Le Livre des morts est l'ensemble des papyrus contenant des formules magiques mis à l'intérieur du sarcophage. L'ouverture de la bouche du mort symbolise le retour du ka dans le corps.

Le corps est étendu sur un lit de pierre aux pieds ayant la forme de pattes de lion. On injecte dans le crâne une résine par un entonnoir. Le prêtre affublé du masque d'Anubis, pratique une entaille au côté gauche (le souffle vital entre par l'oreille droite et ressort par la gauche). Il enlève les viscères sauf le cœur, car il sera pesé par Anubis dans l'au-delà. Les viscères sont lavés avec du vin de palme puis du natron. Ils sont conservés dans 4 vases canopes. On peut aussi placer des oignons dans le corps, symbole de la renaissance. Le bain de natron dure environ 70 jours, puisque si la durée du bain est trop longue les os deviennent cassants, si par contre elle est trop courte, la peau ainsi que les os ne se conserveront pas assez longtemps. La plaie recousue est recouverte d'une petite plaque de cire d'abeille ou de métal, décorée d'un oudjat (œil d'Horus, enlevé par Seth et remis par Thot). Le visage est maquillé, une perruque est parfois posée. Comme le natron détruit les yeux et la langue, il faut les remplacer par des faux yeux en pâte de verre, en pierre, en oignons ou en feuilles d'or. Il faut de bandelettes pour entourer le corps d'un adulte. La dernière étape est la pose d'un masque de carton, de bois (rare donc cher), de plâtre ou d'or-argent.

Les premiers sarcophages datent de (en roseau et de petite taille). Sur le couvercle, les décorations représentaient Nout, aux ailes déployées ; un œil oudjat qui permet au mort de voir ; un pilier Djed ; les 4 fils d'Horus, et les déesses Isis et Nephtys. Les Égyptiens situaient le royaume des morts sur la rive occidentale du Nil, là où se couche le soleil : on transporte donc le corps du défunt avec un cortège de pleureuses. Le convoi apporte des cadeaux, de la nourriture… La momie est couverte de fleurs posée sur un traîneau en forme de barque tiré par deux bœufs. En tête de la procession se trouve un prêtre vêtu d'une peau de léopard qui écarte les mauvais esprits grâce à de l'encens, du lait et de l'eau du Nil. Les gens sont habillés en blanc, la couleur du deuil en Égypte. Un deuxième traîneau apporte les vases canopes. Devant la tombe, muni d'une herminette, le fils du défunt touche la bouche, les narines, les yeux et les oreilles du mort pour qu'il puisse retrouver ses sens. Ce rite permet au ka et au ba de réintégrer le corps. Ensuite, on fait généralement le sacrifice d'un bœuf. La veuve embrasse la momie et lui donne un collier de fleur de lotus bleu, symbolisant le ciel. Puis on l'enferme dans son sarcophage avec le Livre des morts. On dresse des tentes devant la tombe pour un banquet : c'est l'occasion de déguster le bœuf sacrifié. Les invités portent un collier de fleur de lotus bleu.

Pour qu’une âme ne soit pas errante, il lui fallait une demeure. Si elle n’était pas fixée dans un tombeau et alimentée par des offrandes, elle errait, sans cesse et ne tardait pas à devenir malfaisante. Elle tourmentait les vivants, leur envoyait des maladies et faisaient de fréquentes apparitions nocturnes pour rappeler aux vivants qu'ils lui devaient une sépulture. Cette croyance a créé une règle de conduite. Le mort ayant besoin de nourriture et de breuvage, on estima que c’était un devoir pour les vivants de satisfaire ces besoins. À cette condition, il protégeait tous les membres de sa famille, de sa tribu et même de sa bourgade. L'usage de pleureuses professionnelles était courant.

Proche-Orient ancien

Grèce antique

Le premier rite était la toilette du mort. Dans l'Iliade, Patrocle est premièrement lavé par son ami Achille, Chant XIII, 345. Ensuite venait l'exposition du défunt sur un lit. On huilait le corps, que l'on couvrait d'un drap. Les pleureuses, professionnelles de la lamentation, se griffaient le visage devant lui, se tiraient les cheveux en pleurant. Enfin avait lieu le cortège funèbre et le corps était inhumé ou incinéré. Ainsi, on retrouve dans le texte de l'IliadeInspiré de la traduction Leconte de Lisle de 1866. :

Le mort était incinéré avec une Obole (monnaie) dans la bouche afin de payer à Charon (mythologie) le passage de la rivière souterraine Styx. Ceux qui ne pouvaient pas payer le passage devaient errer au bord du Styx pendant 100 ans. Enfin, une dernière étape consistait en un repas funéraire dans la maison du défunt, ou chez un de ses proches, afin d'honorer le mort au troisième, neuvième et trentième jour après les funérailles, ainsi qu'aux anniversaires.

La mort sans sépulture ne permettait pas au défunt de descendre aux Enfers, et il devait errer dans l'Érèbe. À cette époque, la mort est considérée comme une délivrance, un honneur, si les rites sont effectués correctement. À titre d'exemple, on peut rappeler le sacrilège des généraux athéniens vainqueurs à la bataille des Arginuses punis de mort (-406, « Brulé41 »), exécutés pour n'avoir pas réussi à recueillir les morts et les survivants de la bataille à cause d'une violente tempête — certains ne furent donc pas enterrés (I, VII, 34) ; (XIII, XXVI, 101, 7 ; 102, 5).. Le , le et le après la mort du défunt, il y avait un repas organisé pour le mort.

Rite funéraire étrusque

Rome antique

Dans la Rome antique, l'appartenance à la classe sociale influence le faste des rites. Les riches se font en principe incinérer, les plus pauvres comme les esclaves sont jetés dans des fosses communes sans cérémonie. Les rites ont également changé avec l'abandon de la religion romaine au profit des cultes orientaux comme le christianisme. Il est courant que certains hommes, dont les empereurs à travers le culte Impérial, fassent l'objet d'un culte après leur mort.

Celtes, Germains et Scandinaves

Les Celtes et les Gaulois procèdent aussi bien la crémation que l'inhumation.