Les Fêtes de Jeanne d'Arc d'Orléans sont une manifestation annuelle française célébrée à Orléans (Loiret) depuis 1431 ou 1432 pour fêter la délivrance, le , par Jeanne d'Arc et son armée, de la ville assiégée par les Anglais. Cette manifestation est inscrite depuis à l'inventaire du patrimoine culturel immatériel en France en tant que pratique rituelle et festive.
Déroulement
Déroulement des Fêtes de Jeanne d'Arc contemporaines
Les fêtes sont présidées chaque année par deux invités de marque (un pour les cérémonies et festivités civiles, l'autre pour les cérémonies religieuses). Il est de tradition que le président de la République nouvellement élu fasse le voyage à Orléans (l'année qui suit son élection depuis que celle-ci a lieu en mai). Presque tous les présidents de la Cinquième République ont répondu à l'invitation, depuis Charles de Gaulle. Valéry Giscard d'Estaing n'a pas présidé les fêtes en 1975 mais plus tard, en 1979. François Mitterrand, élu pour deux septennats, est venu deux fois. Jacques Chirac a répondu à l'invitation dès 1996. Nicolas Sarkozy s'est fait représenter en 2008 par Rachida Dati, alors ministre de la Justice.
En 1998, les festivités civiles ont été présidées par Ségolène Royal (PS), ministre déléguée à l'Enseignement scolaire du gouvernement de Lionel Jospin. En 1999, c'est Élisabeth Guigou (PS), députée au Parlement européen et Garde des Sceaux, qui présida ces mêmes festivités civiles. Le maire d'Orléans était alors Jean-Pierre Sueur, ancien député rocardien.
En 2015, c'est la journaliste Audrey Pulvar qui a présidé ces mêmes fêtes. Elle a abordé la question de la place de la femme. Le au matin, sur France Bleu, elle a également fait remarquer que Jean Jaurès était un fervent admirateur de Jeanne d'Arc. Côté présidence religieuse, trois évêques originaires d'Orléans ont été invités. L'évêque d'Orléans, Jacques Blaquart, a par ailleurs annoncé que des représentants musulmans étaient présents à la messe solennelle, aux côtés de représentants chrétiens orthodoxes, et d'autres délégations religieuses. Audrey Pulvar n'a pas assisté à cette messe, contrairement à la coutume. La raison de cette absence n'est pas connue. Sur France Bleu, le matin du , le programme de la journée a été annoncé, mais cette messe ne l'a pas été. Au cours de son homélie, l'évêque a évoqué les idées de risque et de bonheur.
En 2016, Emmanuel Macron, ministre de l'Économie et des Finances du président François Hollande, a été appelé à présider les fêtes civiles. Le jour du , France Info, radio nationale, a déclaré et répété, jusqu'à l'heure où il a prononcé son discours, qu'il venait pour « rattacher Jeanne d'Arc, sainte catholique, souvent courtisée par l'extrême droite, à l'idéal républicain ». Cette façon de voir les choses, totalement erronée, provenait en fait de « l'entourage d'Emmanuel Macron »Le Monde. 8 mai 2016. Emmanuel Macron attendu à Orléans pour un hommage à Jeanne d'Arc et à la République. Il était en réalité invité par la mairie d'Orléans, pour présider une cérémonie civile et pas du tout pour présider une cérémonie religieuse. Il s'agit en effet, pour ce type de présidence, de rendre hommage à une libératrice, une « héroïne » ayant fait lever un siège mené par une armée étrangère, et en aucun cas de se référer à une sainte ni même de se positionner par rapport au Front national.
L'après-midi du , le cortège a été perturbé par une nuée de journalistes, qui avaient entrepris d'interviewer Emmanuel Macron sur le parcours même du défiléLa République du Centre, 9 mai 2016, .. Finalement, « Les médias [...], tout au moins la presse nationale, ont été tout simplement virés ! Faut-il s'en offusquer ? Non. On récolte ce que l'on sème. Et le manque de respect pour l'événement et cet acharnement à vouloir transformer les fêtes johanniques en une stratégie de comm' d'un hypothétique candidat à la présidentielle ne méritait [...] pas plus d'égards »« Médias... Macron, la grande foire ». La Tribune / L'Hebdo. Le magazine d'information d'Orléans et de l'agglo, . 11 au 17 mai 2016, .. « Le départ des parlementaires LR qui ne souhaitaient pas emboîter le pas au ministre de l'Économie sera passé totalement inaperçu. Quant aux quelques huées entendues lors de l'arrivée d'Emmanuel Macron [...], elles n'ont pas duré et ne se sont pas reproduites durant le parcours. [...] on a surtout entendu les Orléanais s'offusquer de cette prise de pouvoir des médias lors du défilé [...] »Id..
Daniel Fontaine, qui a conçu le son et lumière présenté le au soir, a été impressionné par la popularité des Fêtes de Jeanne d'Arc à Orléans : <ref>'La République du Centre, .</ref>.
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, on célèbre le même jour la capitulation de l'Allemagne nazie (8 mai 1945). Fatalement, la teneur des discours s'en ressent. Toutes les municipalités, de quelque bord politique qu'elles soient, organisent ces fêtes chaque année, depuis bientôt six siècles (leur déroulement n'a été interdit qu'en de rares occasions, par exemple entre 1941 et 1944, par les autorités d'Occupation).
En , année du cinquième centenaire de la libération de la ville, célébré avec un faste particulier, c'est Gaston Doumergue, premier président de la République de confession protestante, qui était venu présider les fêtes. À l'époque, le Cartel des gauches est au pouvoir. Doumergue dirigera quelques années plus tard un gouvernement d'union nationale.
En , les fêtes, prévues les , ont été annulées in extremis, du fait de l'assassinat à Paris, quelques jours auparavant, du président de la République, Paul Doumer.
À l'époque du Front populaire (), Jean Zay, membre du gouvernement, participa au défilé traditionnel..
En le think-tank orléanais Tous Orléans appelle à en publiant cinq propositions.. Le maire d'Orléans indique que certaines pistes sont intéressantes et que les Fêtes de Jeanne d'Arc sont déjà populaires, déclarant ainsi .
En , c'est la femme de lettres et résistante d'origine iranienne Chahdortt Djavann qui a présidé les fêtes civiles. Pour avoir connu la contrainte du voile islamique et fait de la prison à l'âge de dans son pays natal, elle considère comme de la maltraitance l'imposition, qui est faite aux femmes, de porter ce vêtement décrit comme discriminatoire. Elle développa ce thème, et d'autres, lors de son discours prononcé l'après-midi du .
Au , le collectif Maintenant Orléans et la Fondation Jean-Jaurès ont organisé une conférence intitulée Jeanne d'Arc, une inspiration républicaine ? à laquelle ont participé différentes personnalités de gauche, orléanaise et/ou nationale. Il était annoncé qu'il serait question de la place de l'héroïne dans l’Histoire. Dans les faits elle y a été clairement envisagée comme une figure républicaine, les intervenants se déclarant en lien avec les travaux publiés au () par l'historien Jules Michelet, tout en faisant de l'héroïne un personnage du , à construire au travers de futures Fêtes de Jeanne d'Arc..
Déroulement traditionnel des fêtes
Leur conception et leur déroulement a plusieurs fois varié au fil des siècles. Avant la Révolution de 1789, c'était avant tout une « procession générale », qui avait lieu le 8 mai uniquement et où défilaient les différents corps de la villeLe 9 mai, à la collégiale Saint-Aignan, on célébrait un office pour les morts du siège de 1429 et de la guerre de Cent Ans.. À certains endroits (par exemple devant la chapelle de l'église Saint-Paul), au cours de cinq poses, les chœurs - professionnels - de la cathédrale et de la collégiale Saint-Aignan, faisaient entendre des antiennes en chant grégorien (qu'on appelait alors plain-chant) auxquelles on ajoutait des motets polyphoniques composés spécialement pour l'occasionFrançois Le Maire, Histoire et Antiquitez de la Ville et Duché d’Orléans, Orléans, Maria Paris, 1645-1646, (les textes des motets chantés le 8 mai : Motets chantés devant l’église de Nostre Dame des Miracles de S. Paul ; Motets chantés devant la Porte d’Unoise [dunoise]). Textes et musiques d'Eloy d'Amerval.. À l'époque, comme dans les autres chapelles musicales ecclésiastiques en France et en Europe, les choristes (tous des hommes) étaient au nombre d'une douzaine dans chaque chœur (les jours de fête, en plus de ces musiciens ordinaires, on faisait appel à des chantres « habitués » ou « extraordinaires »). La voix aiguë du chœur (la voix de « dessus ») était chantée par des garçons (à Orléans, les postes étaient au nombre de 8 dans le premier et sans doute de 6 dans l'autre). On constate qu'il s'agit toujours d'un nombre pair, pour pouvoir permettre le dialogue au sein même d'un pupitre vocal. Cette procession fut supprimée au début de la Première République.
Après le Concordat de 1801, Bonaparte l'autorisa de nouveau, même si les formes que la fête avait pris sous l'Ancien Régime ne pouvaient pas survivre telles quelles aux bouleversements. Les choses évoluèrent en fonction des différents régimes politiques qui se succédèrent au cours de ce siècle instable... Voici la description d'une partie des fêtes johanniques, telles qu'elles se déroulaient (déjà...) en 1878, dans les premières années de la République : « Le 7 mai, à huit heures du soir, un cortège militaire part de l'extrémité sud du pont d'Orléans, à l'endroit même où étaient les Tourelles. Accompagné d'hommes qui tiennent des torches allumées, ce cortège se dirige vers la cathédrale au son des clairons et des tambours, en suivant l'itinéraire de Jeanne d'Arc. Arrivé sur la place Sainte-Croix, il va chercher à l'Hôtel-de-Ville le Conseil municipal et le Maire d'Orléans, qui porte la bannière de Jeanne. Les grandes portes de la cathédrale s'ouvrent, et l'Évêque d'Orléans, entouré de son Clergé, se place sur le parvis pour recevoir la bannière que vient lui remettre le Maire de la ville. À ce moment, on illumine aux feux de bengale les tours de Sainte-Croix ; le Clergé chante le Magnificat et le Regina cœli [- tirés du répertoire grégorien, ou peut-être mis en polyphonie -] et l'Évêque d'Orléans donne solennellement sa bénédiction au peuple »Tel que rapporté par Frédéric Godefroy dans la Mission de Jeanne d'Arc, Paris : Philippe Reichel, 1878.. À cette époque (de 1865 à 1890), le maître de chapelle et compositeur de la cathédrale était Alexandre Lemoine, formé au chant grégorien à l'abbaye de Solesmes auprès de Dom Prosper Guéranger, à partir de 1851Jules Brosset, Alexandre Lemoine, professeur de musique au lycée de Vendôme, maître de chapelle de la cathédrale d'Orléans (1815-1895), Vendôme, Vilette, 1907, 19 p.. Le maître de chapelle, qui avait participé aux recherches sur la restauration de ce chant proprement liturgique, était également féru de culture classiqueAlexandre Lemoine, Cantiques faciles ... mis en musique à l'usage des maisons d'éducation, Paris, Fouraut, 1860, 1867, VIII-98 p..