« Auschwitz ou le grand alibi » est un article écrit par Martin Axelrad et publié en 1960 dans Programme communiste, la revue du Parti communiste international (PCI) en français, plus tard réédité sous forme de brochure. La paternité de ce texte fut parfois attribuée à Amadeo Bordiga lui-même, bien que son nom n'apparaisse pas dans l'article publié par le Programme communiste, et que celle-ci ait été largement contestée, note de Mitchell Abidor.Auschwitz ou le grand alibi..

Auteur Comme tous les écrits et publications bordiguistes, le texte a été édité sans nom d'auteur en raison du principe de rédaction collective et de refus de la personnalisation. Publié en langue française dans le 11 daté d'avril- de la revue Programme communisteArchives de Programme communiste., organe du Parti communiste international, l'article part de la critique d'une affiche du MRAP et s'appuie largement sur le livre L'histoire de Joël Brand« Auschwitz ou le grand alibi ».. Le texte ayant été publié en français et en référence à un contexte français, cela rend problématique son attribution au théoricien communiste italien Amadeo Bordiga . En réalité, l'auteur est Martin AxelradCf. l'article original et Le Maitron donnés dans les liens externes..

Thèse Selon le ou les auteurs de l'article, les nazis n'auraient pas tant exterminé les Juifs parce qu'ils étaient Juifs, que parce qu'ils constituaient en fait une fraction importante de la petite bourgeoisie, classe condamnée à disparaître « par l'avance irrésistible de la concentration du capital ». C'est pourquoi l'antisémitisme moderne aurait été développé en réalité par cette même petite bourgeoisie pour se préserver en tant que classe, quitte à sacrifier une partie d'elle-même. Le grand capital allemand, confronté à la crise économique, y aurait vu une aubaine historique : « il pouvait liquider une partie de la petite bourgeoisie avec l'accord de la petite bourgeoisie ; mieux, c'est la petite bourgeoisie elle-même qui se chargeait de cette liquidation. » Ainsi, selon le ou les auteurs, l'antisémitisme serait déterminé par les conditions socio-économiques :

Les nazis auraient tout d'abord tenté de se débarrasser des Juifs en les expulsant, mais aucun autre pays n'était prêt à les accueillir, étant eux aussi confrontés au même genre de problème avec leurs petites bourgeoisies respectives. La guerre aggravant la situation, le grand capital allemand aurait alors été amené à organiser leur mise à mort.

Après la guerre, les « démocraties antifascistes » se seraient servies de la Shoah comme élément central d'une propagande destinée à démobiliser la classe ouvrière en lui faisant croire qu'il existe une différence de nature entre elle et le fascisme, et en lui faisant oublier, par l'exhibition des « reliques de l'Extermination », que celle-ci découle de la même logique du capitalisme à laquelle elles aussi obéissent. Dans cette perspective, les exhortations à combattre le fascisme au nom de la démocratie seraient un leurre destiné à faire oublier au prolétariat que son véritable ennemi est, et demeure le capitalisme : c'est en ce sens qu'Auschwitz, pris comme symbole de la « barbarie nazie », serait le « grand alibi » des démocraties capitalistes.

Réception Les thèses d’Auschwitz ou le grand alibi ont été contestées et dénoncées par la plupart des organisations d'extrême gauche, notamment celles qui se proposent comme principal objectif ou ayant comme principe majeur la lutte contre l'extrême droite« Nouvelles attaques contre Auschwitz ou le grand alibi », Le Prolétaire, , juillet-août 2000..

En outre, Pierre Guillaume, qui fut sympathisant de Socialisme ou Barbarie puis de Pouvoir ouvrier, présenta le texte comme la première étape de ce qui fut plus tard son ralliement au négationnisme (qui fut désavoué par le PCI). Cela a fait dire à certains auteurs (notamment Daniel LindenbergIl écrit ainsi (in « À gauche de la gauche », Histoire des gauches en France (sous la direction de Jean-Jacques Becker et Gilles Candat), Éditions La Découverte, Paris, 2004 ; volume 2 : : à l'épreuve de l'histoire, p. 130) : « Mais ce sont les bordiguistes en 1960 qui “inventent” ce qui va devenir le “négationnisme” spécifique de l'ultra-gauche, et avant tout celui de la librairie La Vieille Taupe (“Auschwitz ou le grand alibi”, Il Programma communista, 1960). » ou Valérie Igounet et, de façon plus mesurée, Pierre Vidal-Naquet) que cette brochure constituerait le texte fondateur du négationnisme de gauche« 2. De la Vieille Taupe et des cannibales », extrait des Assassins de la mémoire de Pierre Vidal-Naquet sur le site anti-rev.org. :

Cette interprétation est vivement contestée par le PCI lui-même, qui nie toujours la singularité des crimes nazis et de l'idéologie nazie à l'œuvre dans l'Allemagne du Troisième Reich, préférant expliquer le génocide des Juifs par une analyse socio-économique matérialiste :

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Michel Dreyfus, L'Antisémitisme à gauche, histoire d'un paradoxe, La Découverte, 2011, 345 p. Valérie Igounet, Histoire du négationnisme en France, Paris, 2000, 691 p. Pierre Vidal-Naquet, Les Assassins de la mémoire : « Un Eichmann de papier » et autres essais sur le révisionnisme, Paris, La Découverte, 1987, 227 p. Francesco Germinario, Negazionismo a sinistra. Paradigmi dell'uso e dell'abuso dell'ideologia, Trieste, Asterios, 2017, 175 p.

Liens externes Auschwitz ou le grand alibi Unicité et négationnisme Le Maitron : AXELRAD Martin, dit Jean-Pierre, ou Nicolas, ou Mackie

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