L'Île-aux-Moines est une commune française, située dans le département du Morbihan en région Bretagne.

Elle est constituée de l'île aux Moines, la plus grande île du golfe du Morbihan, de l'île Creïzic, de l'île d'Holavre, et des deux îles de Brouel.

Toponymie Le nom breton de la commune est Enizenac'h, plus communément IzenahAdolphe Joanne, "Géographie du département du Morbihan", 4e édition, 1888, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k393446/f13.image.r=Izenah?rk=150215;2.

Elle fut appelée successivement Crialeis (« croix courte ») en 856 dans le cartulaire de Redon sous la forme « Crialeis, id est enes-manac ad faba », puis Enez manac'h (graphie du : Enest Manach), qui donna la contraction du breton actuel en Enizenac'h. « Île-aux-Moines » n'est que la traduction imprécise du toponyme breton qui ne parle que d'un moine (il est possible que l'île ait été le refuge d'un moine ermite) alors que la francisation en voit plusieursHenri d'Arbois de Jubainville et Émile Ernault, "Études grammaticales sur les langues celtiques", 1881-1896, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5711116g/f47.image.r=Izenah?rk=321890;0.

Géographie

Description vignette|left|Carte de la commune de l'Île-aux-Moines. L'Île-aux-Moines est située dans le golfe du Morbihan. Elle mesure de long sur de large pour une superficie de . Sa forme est celle d'une croix irrégulière et aucun point de l'île n'est situé à plus de de la mer.

Les quatre bras de la croix que dessine l'île forment à leur extrémité la pointe du Trec'h pour la branche nord, la pointe de Nioul pour la branche sud (la plus longue), la pointe de Brouel pour la branche orientale et la pointe de Toulindac pour la branche occidentale, la plus petite, mais où se trouve le port de l'île. Entre ces bras se trouvent des baies dénommées respectivement anse du Lério pour celle du nord-ouest, anse du Guéric pour celle du nord-est et anse du Vran pour celle du sud-est (les deux dernières citées sont étendues et contiennent de nombreux parcs à huîtres). Le bourg est situé au centre de l'île, au croisement des quatre branches. La petite anse du Guip, située au sud-est de l'île, abrite un chantier naval, le chantier du Guip spécialisé dans la restauration et la construction de bateaux en bois comme des bateaux du patrimoine, mais aussi des bateaux de pêche et des yachts ; ce chantier a essaimé à Brest où se trouve désormais son activité principale, ainsi qu'à Lorient..

Le relief de l'île est relativement accidenté et atteint 31 mètres d'altitude entre Kerscot et Kergonan, 20 à 26 mètres dans l'étroite presqu'île du Trec'h au nord et 22 mètres dans celle de Penhap, au sud, y compris à l'extrême sud dans la pointe du Nioul (avec des falaises assez spectaculaires à cet endroit, ainsi que vers Er Boglieux). La presqu'île orientale, celle de Brouel, est plus basse et ne dépasse pas 14 mètres d'altitude mais elle est en majeure partie à seulement quelques mètres au-dessus du niveau de la mer. L'île présente plusieurs plages, notamment la « Grande Plage » au sud du Lério, mais aussi la plage de Port Miquel et la plage du Gored, ainsi nommée car s'y trouve un ancien gored, un barrage à poissons en breton, encore visible principalement à marée basse.

L'étroitesse de l'île explique l'absence de tout réseau hydrographique notable. L'Île-aux-Moines est essentiellement granitique, son granite a été exploité et a servi par exemple pour certaines constructions de la ville de VannesMarie-France Barrier et Michel Ogier, Vannes, 1987..

Des îles annexes dépendent de l'Île-aux-Moines : l'île Creïzic au sud-ouest, l'île Holavre au nord-est, ainsi que les deux îlots dénommés « îles de Brouel » ; elles sont inhabitées de nos jours, l'île Creïzic ayant été habitée par le passé.

Habitat Outre le bourg, plusieurs hameaux existaient traditionnellement, les principaux étant ceux de Kerscot, Kergantelec, Kergonan, Locmiquel et Kerno. Un habitat dispersé, souvent constitué en partie de résidences secondaires (72,3 % des logements en 2020.), a essaimé dans une bonne partie de l'île depuis les années 1960, seules la branche orientale (de Brouel) et le sud de la branche méridionale (celle allant à la pointe de Nioul et à la pointe annexe de Brannec) ont en partie échappé à cette rurbanisation qui a transformé les paysages de l'île.

Transports Le réseau viaire de l'île est composé de routes secondaires, souvent peu larges, que seuls les modes doux ou les véhicules autorisés par la mairie peuvent emprunter.

Contrairement à l'Île d'Arz voisine, les liaisons entre l'Île aux Moines et le continent ne font l'objet d'aucune délégation de service public. Elles desservent toutes le port du Lério à l'ouest de l'île. La principale liaison, vers Port-Blanc à Baden (situé juste en face), fonctionne à l'année sans subvention. Elle est exploitée par la compagnie privée Izenah Croisières, issue du regroupement de plusieurs familles de passeurs en 1989. Les 400 m de la traversée sont parcourus en 5 minutes. Le transport des véhicules de moins de 3,5 tonnes est possible les matins de semaine, uniquement sur réservation et sur autorisation de la mairie.

D'autres liaisons sont proposées en saison touristique uniquement :

au nord, vers la gare maritime de Vannes ; à l'ouest, vers Larmor-Baden (cale de Pen Lanic) ou Locmariaquer (cale du Guilvin) ; au sud, vers Arzon (Port-Navalo ou cale de Bilouris à Kerners).

Le port d'Arradon fut autrefois le principal point d'accès à l'île (côté pointe du Trec'h), avant d'être détrôné par Port-Blanc. Des liaisons entre le port du Lério et Arradon ont été proposées par la compagnie Izenah en 2014. et en 2022 mais n'ont pas été pérennisées.

Écologie Le Conservatoire du littoral a acquis en 1980 la pointe méridionale de l'île, la pointe de Penhap qui est gérée par la commune.

Hydrographie

La commune est située dans le bassin Loire-Bretagne. Elle n'est drainée par aucun cours d'eau..

Climat

Plusieurs études ont été menées afin de caractériser les types climatiques auxquels est exposé le territoire national. Les zonages obtenus diffèrent selon les méthodes utilisées, la nature et le nombre des paramètres pris en compte, le maillage territorial des données et la période de référence. En 2010, le climat de la commune était ainsi de type climat océanique franc, selon une étude du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) s'appuyant sur une méthode combinant données climatiques et facteurs de milieu (topographie, occupation des sols) et des données couvrant la période 1971-2000.. En 2020, le climat prédominant est classé Csb, selon la classification de Köppen-Geiger, pour la période 1988-2017, à savoir un climat tempéré à été frais et sec.. Par ailleurs Météo-France publie en 2020 une nouvelle typologie des climats de la France métropolitaine dans laquelle la commune est exposée à un climat océanique.. Parallèlement l'observatoire de l'environnement en Bretagne publie en 2020 un zonage climatique de la région Bretagne, s'appuyant sur des données de Météo-France de 2009. La commune est, selon ce zonage, dans la zone « Littoral doux », exposée à un climat venté avec des étés cléments.. Elle est en outre dans la zone H2a au titre de la réglementation environnementale 2020 des constructions neuves..

Pour la période 1971-2000, la température annuelle moyenne est de , avec une amplitude thermique annuelle de . Le cumul annuel moyen de précipitations est de , avec de précipitations en janvier et en juillet. Pour la période 1991-2020, la température moyenne annuelle observée sur la station météorologique de Météo-France la plus proche, sur la commune de Séné à à vol d'oiseau., est de et le cumul annuel moyen de précipitations est de ... . Urbanisme Typologie Au , Île-aux-Moines est catégorisée commune rurale à habitat dispersé, selon la nouvelle grille communale de densité à sept niveaux définie par l'Insee en 2022.. Elle est située hors unité urbaine et hors attraction des villes...

La commune, bordée par l'océan Atlantique, est également une commune littorale au sens de la loi du , dite loi littoral.. Des dispositions spécifiques d’urbanisme s’y appliquent dès lors afin de préserver les espaces naturels, les sites, les paysages et l’équilibre écologique du littoral, tel le principe d'inconstructibilité, en dehors des espaces urbanisés, sur la bande littorale des , ou plus si le plan local d’urbanisme le prévoit..

Occupation des sols L'occupation des sols de la commune, telle qu'elle ressort de la base de données européenne d’occupation biophysique des sols Corine Land Cover (CLC), est marquée par l'importance des forêts et milieux semi-naturels (38,3 % en 2018), en augmentation par rapport à 1990 (34,5 %). La répartition détaillée en 2018 est la suivante : milieux à végétation arbustive et/ou herbacée (38,3 %), zones urbanisées (25,8 %), zones agricoles hétérogènes (20,6 %), prairies (13,2 %), zones humides côtières (1,7 %), eaux maritimes (0,4 %).. L'évolution de l’occupation des sols de la commune et de ses infrastructures peut être observée sur les différentes représentations cartographiques du territoire : la carte de Cassini (), la carte d'état-major (1820-1866) et les cartes ou photos aériennes de l'IGN pour la période actuelle (1950 à aujourd'hui).. vignette|redresse=1.4|centre|alt=Carte en couleurs présentant l'occupation des sols.|Carte des infrastructures et de l'occupation des sols de la commune en 2018 (CLC).

Histoire

Préhistoire et Antiquité L'Île-aux-Moines est habitée depuis l'époque néolithique comme l'attestent les dolmens encore visibles ainsi que d'autres vestiges.

La première mention de l'existence du cromlech de Kergonan date de 1827 et il est classé monument historique dès 1862 ; il subsiste 24 des 36 menhirs décomptés en 1877 ; ils forment désormais une enceinte en forme de fer à cheval (96 m d’ouverture et 70 m de profondeur) ; le plus grand est surnommé « Le Moine » car son aspect le fait un peu ressembler à un moine.. En 1923, Zacharie Le Rouzic observe qu'une hache est gravée sur l'un des menhirs.

René Merlet a montré en 1929 que le cromlech de Kergonan forme un ensemble avec celui d'Er Lannic : pour un observateur situé à Er Lannic le soleil lors du solstice d'été se lève exactement sur une ligne passant par la pointe d'un des menhirs de Kergonan (intégré depuis 1825 dans une maison) et le centre de l'ellipse que forme le cromlech de Kergonan. René Merlet a aussi dressé un plan très précis du monument et daté le cromlech entre et avant notre èrePanneau d'information touristique situé sur place.

Deux dolmens à couloir se trouvent l'un à Kerno, l'autre à Penhap ; deux petits dolmens sont situés côte à côte à Pen Nioul. Benjamin Girard écrit en 1889 qu'à Penhap « il n'y a pas plus d'un demi-siècle (...) on pouvait voir une ligne de tumulus dont le plus oriental était surmonté d'un menhir. Cette rangée de tombelles était précédée d'un très beau dolmen. (...) Les tumulus ont été rasés, le menhir a été employé à fermer l'entrée d'un champ ; le dolmen seul est resté »Benjamin Girard, La Bretagne maritime, 1889, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5744832r/f404.image.r=Ile%20aux%20Moines?rk=1523612;4.

Des traces d'occupation à l'époque gallo-romaine ont également été découvertes au bourg.

Moyen-Âge L'Île-aux-Moines est issue, comme sa paroisse-mère Arradon, d'un démembrement de la paroisse de Ploeren.. vignette|Les pages du cartulaire de Redon dans lesquelles il est fait mention pour la première fois de l'Île-aux-Moines lors du don de l'île fait par Erispoë à l'abbaye Saint-Sauveur de Redon. Une boîte en fer cachée dans un muret de pierres sèches et contenant des pièces de Louis le Débonnaire (mort en 840) fut découverte en 1904 à Kerscot.