thumb|right|Solidus de , d’un poids de 4,42 g, frappé à Constantinople en 705.
thumb|right| Solidus d’Irène et de son fils , d’un poids de 4,47 g, frappé entre 793 et 797.
La monnaie byzantine, utilisée dans l’Empire romain d’Orient après la chute de Rome en 476, reposait sur deux types de pièces : le solidus ( solidi) d’or qui sera appelé nomisma (pl. nomismata)Ce nom est à l'origine des mots « numismate » et « numismatique ». lorsque le grec remplaça le latin comme langue d’administration, et diverses pièces de bronze. Les pièces d’argent, absentes au début de l’empire en raison de la difficulté de fixer leur parité avec l’or, ne firent leur apparition que vers la fin de l’empire.
Ce système monétaire, dans lequel le nomisma sera remplacé par l’hyperpère sous , devait perdurer jusqu’à la chute de Constantinople en 1453 de façon relativement stable, sauf vers la fin de l’empire lorsque la dévaluation de la monnaie d’or força à remplacer l’or par l’argent et à créer des pièces de cuivre se dépréciant rapidement.
Après sa création sous , le système fut réformé à plusieurs reprises, les principales réformes ayant lieu sous (), () et ().
Les monnaies d’or
vignette|Semissis d’ (2,25 g).
vignette|Tremissis de .
Frappé pour la première fois à l'atelier de Trèves vers 310, le solidus était une monnaie d’or créée par () pour financer son armée; il remplaça l’aureus ou denier d’or qui avait jusque-là été la monnaie officielle de l’empireJarpagon (2007) .. Valant à la fin du 1/ de livre, d’une pureté de et pesant , il restera le pivot du système monétaire byzantin pendant dix sièclesMorrisson (2004) . et servira longtemps de monnaie d’échange autour de la Méditerranée jusqu’à ce qu’il soit concurrencé par le dirham d'argent arabe, puis par les devises des républiques italiennes, Venise (sequin), Gênes (genovino) et Pise.
Aux , on frappa également des solidi d’un poids d’environ portant une marque particulière. On ignore à quel usage ils étaient destinés. Les chercheurs ont donné des explications diverses : paiement de tribut après une défaite militaire, commerce avec l’étranger ou essais techniques dans le cadre d’une réforme des pièces de bronze.
Sous Théodose ( 379-395), la création du demi-solidus, dit semissis, et surtout du tiers de solidus, ou trémissis ( d'or), abondamment frappé, rendit l'or plus accessible aux particuliers et augmenta sa diffusion dans les circuits économiques Petit (1974) .. Ces deux pièces seront frappées à Constantinople jusque sous ( 811-813) et à Syracuse jusque sous ( 867 -886).
thumb|right|Tetarteron de Nicéphore II Phocas (4,10 g.).
thumb|right|Histamenon de Nicéphore II Phocas (4,42 g.).
( 963-969) mena de nombreuses campagnes contre les Arabes. Pour financer celles-ci, il créa une nouvelle pièce appelée tetarteron. Quoiqu’échangée au pair avec le nomisma dans les transactions officielles, elle était de 1/ plus légère que celui-ci et servit probablement à payer les vétérans inactifsTreadgold (1997) . Hendy (1985) .. Pour distinguer les deux pièces, on appela le nomisma lourd : « nomisma histamenon » ou “nomisma standard”. Divers numismates ont avancé l’hypothèse que cette réduction lui donnait un poids semblable au dinar fatimide et facilitait ainsi le commerce international. Le tetarteron sera utilisé jusqu’en 1092 alors qu’il sera remplacé par une pièce de cuivre du même nom ayant cours jusqu’au milieu du .
Si le nomisma « lourd » et le nomisma « léger » avaient la même apparence au départ, ils prirent des formes différentes sous l’empereur ( 976-1025) alors que le tetarteron devint plus petit et plus léger et que l’histamenon devint plus gros et plus épais. Sous l’empereur ( 1025-1028) l’apparence des deux pièces commença également à se modifier. Alors que le nomisma originel avait un diamètre de , le tetarteron n’avait plus qu’un diamètre de et un poids de . alors que l’histamenon atteignit un diamètre de en prenant une forme concave dite « skyphate », du nom du skyphos, vase à boire courants chez les Grecs et les Romains. Une gamme d’hypothèses a été avancée concernant l’origine de cette forme particulière qu’adopteront plus tard les monnaies d’électrum (alliage or et argent) et de billon (alliage argent et cuivre). L’hypothèse la plus vraisemblable est qu’elle rendait les pièces plus faciles à empiler.
Jusqu’au début du le nomisma (tant l’histamenon que le tetarteron) demeurera d’une relative pureté, son contenu en or variant entre 23 et 23,5 carats. À partir de l’empereur ( 1034 – 1041), né dans une famille de changeurs en Paphlagonie et ayant lui-même exercé ce métier avant d’épouser l’impératrice Zoé Kazhdan (1991) « Michael IV Paphlagon » ., on assista à une dévaluation progressive de la valeur de la monnaie byzantine par l’affaiblissement de son contenu en or.
D’abord lente, cette dévaluation s’accéléra progressivement. D’une pureté de (87,5% pur) sous ( 1042-1055), on passa à (75% pur) sous ( 1059-1067), à 16 carats (66,7% pur) sous ( 1068-1071), à 14 carats (58% pur) sous ( 1071-1078), à 8 carats (33 % pur) sous ( 1078-1081) et de 8 à près de durant la première partie du règne d’ ( 1081-1118).
Au cours de la deuxième partie de son règne, procéda à une réforme radicale de la monnaie. L’histamenon et le tetarteron disparurent pour être remplacés par une nouvelle pièce d’or, l’hyperpère (hyperpyron), pur à 90 %, d’un poids de . et d’un diamètre légèrement moindre que l’ancien nomisma.
L’hyperpère demeura en circulation jusqu’à la chute de Constantinople en 1453. Toutefois, il se déprécia considérablement après le rétablissement de l’empire en raison de la déperdition de son contenu en or jusqu’à ce que, sous les règnes conjoints de et de (1347-1353), il cesse d’être frappéSear (1987) No 2526.Sommer (2010) No 84,1..
Les monnaies d’argent
thumb|right| Silique de Jovien (363-364).
thumb|right|Hexagramme de Constant II et de Constantin IV.
thumb|right| Reproduction du premier miliaresion frappé par l’empereur iconoclaste Léon III pour célébrer le couronnement de son fils Constantin V; noter l’absence de figure humaine remplacée par la croix.
Pendant longtemps l’argent ne joua qu’un rôle d’appoint dans le système monétaire byzantin, la valeur de ce métal fluctuant trop régulièrement par rapport à l’or. La silique fut une petite monnaie romaine d'argent dont la frappe commença au de notre èreSacra-moneta, La silique, une monnaie romaine en argent du IVe siècle, URL http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http%3A%2F%2Fwww.sacra-moneta.com%2FNumismatique-romaine%2FLa-silique-une-monnaie-romaine-en-argent-du-IVeme-siecle.html.. Créée sous le règne de Constantin pour rétablir un système monétaire datant d’Auguste, la silique appelée keration (pluriel keratia) dans l’empire byzantin avait un poids de 2,24 grammes d'argent soit la moitié d'un solidus d'or. L’empereur Heraclius (r. 610–641), fit frapper en 615 une pièce d’argent, appelée « hexagramme » pour répondre aux besoins de sa guerre avec l’empire sassanide, se servant pour ce faire de plats confisqués aux églises. D’un poids de 6,84 g. elle valait 1/12 de solidus, fut utilisée sous son successeur Constant II, mais disparut progressivement à partir de Constantin IV (r. 668–685)Grierson (1999) . Kazhdan (1991) « Hexagram » vol. 1 ..
Sous Léon III (r. 717 – 741) apparut une nouvelle monnaie d’argent appelée miliaresion parce que lors de sa première apparition au elle valait 1000 nummi (une petite monnaie de cuivre de l’époque). Frappée pour célébrer le couronnement de son fils Constantin comme coempereur en 720 et modelée sur le dirham arabe, elle valait 1/ nomisma et comblait le vide entre le nomisma d’or et le follis de cuivre, ce dernier s’échangeant alors à 288 pour un nomismaTreadgold (1997) ..
Les monnaies de cuivre
thumb|right|Nummus de Léon (457 - 474) 0,91 g.
thumb|right|Pièce de 40 nummus (K) d’Anastase (512-517) 17,50 g.
Vers 294, pendant la tétrarchie, une nouvelle pièce de monnaie en bronze mesurant trois centimètres de diamètre, apparut : le nummus (du latin signifiant « pièce de monnaie », pl. nummi). Il s’agissait d’une très petite pièce de bronze d’un diamètre de 8 à 10 mm, pesant 0,56 g. Sa valeur était officiellement de 1⁄7200 solidus en or, mais se transigeait généralement entre 1⁄6000 et 1⁄12000Kazhdan « Nummus », vol. 3, .. Nécessaire pour les petites transactions, son peu de valeur la rendait toutefois peu utile. Aussi l’empereur Anastase, lors de sa réforme (voir plus bas) interrompit la circulation des pièces d’un nummus et introduisit des multiples, avec des dénominations de quarante nummi (aussi connue sous le nom de follis), vingt nummi (semifollis) et dix nummi (decanummium, δεκανούμμιον), leur valeur étant représentée par le numéral grec : M = 40; K = 20; I = 10; E = 5Grierson 1999, ..
Au la pièce de 40 nummi ou follis était la seule encore en existence, mais son volume avait été considérablement réduit. Justinien II (r. 685-695 et 705-711) tenta de ramener son volume à ce qu’il était sous Justinien , mais bientôt celui-ci décrut à nouveau. Jusqu’alors, le follis portait à l’avers le portrait de l’empereur. À partir du , on frappa des follis « anonymes » qui portaient le buste du Christ avec la mention XRISTUS/BASILEU/BASILE (Christ, Roi des rois).
Sous Alexis apparaitra le staminum, fait de billon (alliage argent et cuivre), et valant 1/ d’hyperpère. Comme l’histamenion, il prendra la forme skyphate.
Les réformes du système monétaire
thumb|right|Nomisma histamenion d’Alexis avant la réforme monétaire de 1092.
thumb|right|Nomisma histamenion représentant Nicéphore II et son beau-fils, le futur Basile II.
thumb|right|Aspre trachy d’ Alexis III (1195-1203), 4,97 g. À remarquer la forme « skyphate ».
Diverses réformes affectèrent le système monétaire byzantin auxquelles il a été fait allusion précédemment. Les principales sont les suivantes.
Dioclétien parvint à stabiliser la situation politique et militaire, mais l'inflation galopante persista. Fin 294, il procéda à une réforme monétaire, diminuant l'aureus d'Aurélien, qui passa de 1/50 à 1/60 de livre d'or, et créant de nouvelles monnaies : l’argenteus ou denier d'argent à 1/ de livre d'argent, de même qualité que l'ancien denier de Néron, et trois monnaies de bronze dont une avec un faible pourcentage d'argent, le follis ou nummus. Au toutefois, la valeur de la monnaie romaine était tombée à néant avec comme résultat une hausse phénoménale des prix et un retour à l’économie de troc, surtout en Occident. Constantin, qui avait dépensé tout son capital pour devenir le seul maitre de l’empire dut à son tour déprécier le solidus qui passa de 1/60 à 1/72 de livre d’orTreadgold (1997) . Ostrogorsky (1983) ..
Le début de ce que l'on appelle proprement "monnaie byzantine" commença avec la réforme monétaire d'Anastase (r. 491-518) en 498. Trente ans après les ruineuses expéditions de Léon (r. 457 – 474) contre les Vandales et après avoir réussi à vaincre la révolte des Isauriens, Anastase s’attaqua à la réforme des finances publiques. Avec l’aide de son comte des largesses sacrées, il abolit d’abord certains impôts et substitua des paiements en argent à ceux qui pouvaient encore être acquittés en nature. Pour faciliter les échanges, il conserva la pièce d’or, le solidus, mais abolit la pièce de bronze, le nummus, qui n’avait pratiquement plus de valeur, pour la remplacer par des dénominations clairement affichées et liées à la monnaie d’or : 5, 10, 20 et 40 nummi. Évalué à 288 pour un nomisma, le nummus/follis équivalait au prix d’une miche de pain Treadgold (1997) ..