Nicolae Ceaușescu ( ), né le à Scornicești et mort le à Târgoviște, est un homme d'État roumain, dirigeant central de la Roumanie communiste, entre 1974 et 1989.
Après la mort de Gheorghe Gheorghiu-Dej, en 1965, il accède à la tête du pays en devenant secrétaire général du Parti communiste roumain (PCR). Il est élu président de la république socialiste de Roumanie par la Grande Assemblée nationale de Roumanie en 1974 (réélu en 1980 et 1985) et exacerbe le culte de la personnalité, dont il sera le dernier dirigeant et dont la police politique nommée Securitate forme l'armature. Il se décerne les titres de « Conducător », « génie des Carpates » et « Danube de la pensée », et pratique le népotisme.
Le régime communiste qui a été mis en place le , et dont Ceaușescu est l'ultime dirigeant, s'effondre le , lors du coup d'État faisant suite aux révoltes de la population débutées à Timișoara. Trois jours plus tard, le , Nicolae Ceaușescu et son épouse Elena sont jugés, condamnés et exécutés à l'issue d'une parodie de procès semblable à celles que le régime utilisait contre les opposants et les dissidents.
Biographie Jeunesse
Nicolae Ceaușescu naît dans le village de Scornicești dans le județ d'Olt, le troisième d'une famille paysanne de dix enfants (dont un meurt en bas âge)L’un de ses frères porte exactement le même prénom. Afin de les distinguer, ce dernier est généralement appelé . Selon des journalistes roumains, ils portent tous deux le prénom de l’ancien dictateur en raison d’une erreur de leur père qui, souffrant d’alcoolisme, aurait oublié l’avoir déjà attribué à son fils aîné.. Il est le fils d'Andruță Ceaușescu (1886-1969) et d'Alexandrina Ceaușescu, née Lixandra Badea (1888-1977). Son père, Andruță Ceaușescu, est un fermier propriétaire de trois hectares de terres agricoles et de bétail : ce n'est pas un prolétaire (terme réservé aux ouvriers agricoles sans terre) mais, selon le nomenclateur social marxiste-léniniste, un (paysan moyen). Nicolae étudie à l'école du village jusqu'en 1929, et sait lire et écrire quand il fuit définitivement son père, brutal et alcoolique, à l'âge de onze ans. Il s'installe à Bucarest la même année et y vit avec sa sœur, Niculina Rusescu. Apprenti cordonnier, il est vite « connu des services de police ». Selon l'histoire officielle, il est d'origine prolétarienne et adhère au Parti communiste de Roumanie dès 1932, avant d'être arrêté l'année suivante pour activités séditieuses au cours d'une grève, puis de nouveau en 1934 pour avoir collecté des signatures pour une pétition contre un procès à l'encontre de cheminots, et encore en 1936 pour activités anti-fascistes. Sa fiche de police présentée de 1972 à 1989 dans tous les musées d'histoire de Roumanie, contenait les appréciations suivantes : et . Mais après 1989, plusieurs biographies indiquent qu'il aurait été arrêté pour des affaires de droit commun, et que c'est dans la prison de Doftana qu'il aurait connu des communistes et qu'il les aurait rejoints, en 1937 ou 1938, deux ans avant l'instauration du régime fasciste.....
En 1939, il fait la connaissance d'Elena Petrescu, fille d'un cafetier, qui devient son épouse en 1946 et qui connaît la même ascension et la même chute finale. Soucieuse d'égalité hommes-femmes, son influence et son rôle grandissent au fil des années.
En 1940, Nicolae Ceaușescu est à nouveau arrêté et emprisonné, ce qui lui évite la mobilisation. En 1943, il est transféré au camp d'internement de Târgu Jiu, où il fait la connaissance de Gheorghe Gheorghiu-Dej, dont il devient le protégé. Il fait dès lors partie de l'« aile nationale » du Parti communiste roumain, dite aussi « aile des emprisonnés », par distinction de l'« aile moscovite », dite aussi « aile des parachutés », dont les membres, réfugiés à Moscou pendant la guerre et employés par le Komintern et le Kominform, sont revenus par avion en Roumanie fin (non sans avoir auparavant été « purgés » par Staline). Il est libéré, avec les autres prisonniers politiques, à la suite du coup d'État du 23 août 1944, qui renverse le maréchal Antonescu.
Ascension vers le pouvoir left|thumb|Nicolae Ceaușescu, alors militaire et commissaire politique, en 1954. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, alors que la Roumanie est occupée par l'Union soviétique, il devient secrétaire de l'Union des jeunesses communistes (1944-1945).
Après la prise du pouvoir par les communistes le et l'abolition de la monarchie en , il devient successivement ministre de l'agriculture, puis ministre délégué aux forces armées de la République populaire roumaine sous la direction de Gheorghe Gheorghiu-Dej. En 1952, quelques mois après l'éviction de la ministre des Affaires étrangères Ana Pauker, il est nommé au comité central du Parti ouvrier roumain (nom du PCR à l'époque).
En 1954, Nicolae Ceaușescu est promu au bureau politique et son influence s'accroît jusqu'à faire de lui le « numéro deux » du parti.
Exercice du pouvoir Arrivée à la tête de l'État En , trois jours après la mort de Gheorghe Gheorghiu-Dej, Nicolae Ceaușescu est coopté comme premier secrétaire du Parti ouvrier roumain. L'une de ses premières décisions est de changer le nom du parti en « Parti communiste roumain » et de déclarer que son pays, plutôt qu'une « république populaire », est désormais la « république socialiste de Roumanie ». Ceaușescu consolide sa position en se faisant élire, en 1967, président du Conseil d'État. En 1974, il ajoute à sa liste de titres officiels celui de président de la RépubliqueCes décisions de Nicolae Ceaușescu s'inscrivent dans la pensée officielle se réclamant du marxisme-léninisme : elles signifient que la Roumanie a franchi une étape importante dans la construction de la société communiste, que le « socialisme » (dans le sens communiste du terme) y est non seulement en voie de s'imposer par la lutte des classes contre les anciennes élites dépossédées, la vigilance révolutionnaire contre les idées réactionnaires et le combat aux côtés des « pays-frères » contre l'impérialisme capitaliste, mais est désormais en voie de réalisation avec l'assentiment du peuple unanime..
Culte de la personnalité
thumb|upright|Timbre postal à l'effigie de Nicolae Ceaușescu, diffusé en 1988 pour les du dictateur. Ceaușescu reprit le qualificatif de « Conducător » (guide) jadis employé par le dictateur fasciste Ion Antonescu, et y ajouta d'autres qualificatifs reprenant la géographie roumaine : « génie des Carpates » (Geniul Carpaților) et « Danube de la pensée » (Dunărea gândirii). Il mit également en scène son action politique dans une perspective historique le positionnant comme l'héritier des luttes nationales des grands princes roumains : Michel le Brave et Étienne le Grand.
L'épouse du dictateur, Elena, fut associée à ce culte de la personnalité en étant présentée par la propagande du régime comme « docteur, académicienne et scientifique de renommée internationale », alors qu'elle avait seulement une formation de couturière et que sa culture générale était lacunaire. Elle fut également promue à des fonctions ministérielles importantes : elle devint vice-Première ministre à partir de 1980.
Le culte de la personnalité déployé autour du couple Ceaușescu fut décliné sous toutes les formes : ouvrages, films, émissions de télévision, concours de poésies, peintures, spectacles chorégraphiques, etc.
Les slogans du régime sont moqués sur les murs des villes : ainsi, l'omniprésent « Ceaușescu-Eroism, România-Comunism » (« Ceaușescu : héroïsme ; Roumanie : communisme ») est inversé en « Ceaușescu-Comunism, România-Eroism » (« Ceaușescu : communisme ; Roumanie : héroïsme »).. Pour autant, aucune critique des dirigeants n'est tolérée : de sévères peines de prison ou de camp sont prononcées contre les citoyens protestataires (accusés de « sabotage ») et les écrivains dissidents, comme Virgil Ierunca, Paul Goma ou Virgil Tănase, exilés à Paris, ne sont pas à l'abri des tentatives de meurtre de la Securitate, la police politique du régime..
Le népotisme est également une caractéristique de l'époque Ceaușescu : outre son épouse, d'autres membres de leurs familles respectives bénéficient de multiples avantages matériels et honorifiques. Leur plus jeune fils, Nicu (1951-1996), premier secrétaire des Jeunesses communistes et héritier politique présomptif, profita des largesses du régime communiste. Sa réputation de grand amateur de femmes et d'alcool fut mise en avant lors de la révélation (a posteriori de la révolution de 1989) que sa relation avec la gymnaste Nadia Comăneci (triple championne olympique aux Jeux d'été de Montréal en 1976) avait été imposée par le régime. Les autres enfants, Valentin (né en 1948) et Zoia (1949-2006), ont l'un et l'autre des diplômes universitaires en physique ou en mathématiques. Or, seule Zoia était une vraie mathématicienne, auteur d'une trentaine d'articles publiés dans des revues d'audience internationale. On considère généralement qu'elle se tenait à l'écart des affaires publiques et qu'elle a contribué à protéger la communauté mathématique roumaine durant la dictature de son père, permettant à la Roumanie de continuer à former des mathématiciens de premier plan, conformément à sa tradition. Zoia entra d'ailleurs très vite en conflit avec son père, allant même jusqu'à renier son nom de famille (elle se faisait appeler uniquement « Mademoiselle Zoia »). Nicolae Ceaușescu la fera alors surveiller en permanence par la Securitate.
Valentin resta, lui, totalement à l'écart du pouvoir, qui ne l'intéressait pas. Il était en opposition constante avec ses parents, qui n'hésitèrent pas à le rejeter, et s'était marié avec Iordana (dite Dana) Borilă, fille de Petre Borilă, l'un des plus sérieux rivaux de son père au sein du parti. Ses parents désapprouvèrent cette union. Ce comportement rebelle explique certainement les rumeurs colportées à son sujet sur la prétendue absence de liens de parenté entre lui et le couple Ceaușescu. Ces rumeurs semblent infondées puisque, à la demande de Valentin lui-même, des analyses d'ADN ont été réalisées sur les restes des époux Ceaușescu à des fins d'identification en .. Il s'exilera pendant plusieurs années avec sa femme et ses enfants au Canada. Revenu en Roumanie dans les années 1980, il s'investira dans la direction du club de football Fotbal Club Steaua Bucarest, aux côtés de son oncle paternel Ilie.