thumb|« Nucléaire ? Non merci ! », autocollant de 1975 contre l'énergie nucléaire.

Le mouvement antinucléaire est l'ensemble des personnes et organisations (associations, syndicats, partis politiques) qui s'opposent de façon générale (philosophiquement, idéologiquement ou politiquement) à l'utilisation civile ou militaire de l'énergie nucléaire sous une forme ou sous une autre. Cette opposition peut s'étendre de la bombe atomique aux différentes armes utilisant l'uranium appauvri, jusqu'à la production d'électricité d'origine nucléaire, l'irradiation des aliments et l'utilisation de la radioactivité.

Les opposants au nucléaire soutiennent que l'arme nucléaire est inutile, coûteuse, et dangereuse pour la vie sur la planète Terre, de même que la production d'électricité d'origine nucléaire, qui pourrait selon eux être remplacée par les économies d'énergie et les énergies renouvelables tandis que l'uranium serait, de même que les énergies fossiles, une source d'énergie dont l'épuisement serait attendu dans quelques décennies.

Certains opposants au nucléaire considèrent qu'il existe des liens étroits entre le nucléaire civil et militaire, et que le nucléaire dit « civil » a une lourde responsabilité dans la prolifération nucléaire.

Origine

La technologie nucléaire est tenue par le mouvement antinucléaire comme une « technologie à haut risque » pouvant mettre en danger sur une longue durée les populations environnantes et même éloignées. Le mouvement a pour motivation les problèmes de sécurité et de sûreté que cette technologie implique : conséquences quasi-irrémédiables sur la santé et poursuite de vie intenable en cas d'accident nucléaire « grave », y compris pour la descendance des victimes. Dans l'argumentaire s'ajoute l'absence de solution pérenne pour la gestion des déchets radioactifs à vie longue, rejetant la solution de stockage géologique profond dont le laboratoire Cigéo étudie la réalisation…

Des centaines de groupes de toute taille, régionaux, nationaux ou internationaux, de toute importance politique – Greenpeace, le WWF, les Amis de la Terre (Friends of the earth), le Réseau Sortir du nucléaire, la (Nouvelle-Angleterre), l' (Californie), Stop Golfech (Tarn-et-Garonne)… – s'opposent au développement de l'énergie nucléaire.

Ces associations pensent de la technique nucléaire : qu'elle engendre de la pollution radioactive ; qu'il y a des risques de prolifération nucléaire civile et militaire ; qu'une trop grande vulnérabilité existe face aux actions de terrorisme de pays tiers et de groupes armés ; que l'autorité de sûreté nucléaire ne peut pas la contrôler.

Certains groupes utilisent une justification économique pour son effet de sensibilisation des populations, remettant en cause la compétitivité du nucléaire. ; ces « coûts cachés » sont dénoncés par la prospective écologique antinucléaire.

Certains groupes ont pu organiser des actions de désobéissance civile non-violente, .

Les propositions d'alternatives technologiques décentralisées – comme les économies d'énergie et les énergies renouvelables – ou sociales – comme la non-violence et la démocratie participative dont fait partie la procédure de débat public–, l'effort de développement nécessaire des énergies renouvelables, deviennent la plupart du temps des références. La réaction de refus du nucléaire dans tous ces mouvements est dénigrée et qualifiée de NIMBY par ceux qui les désapprouvent, ceux que les « antinucléaires » qualifient globalement de « pronucléaires ».

Certains observateurs mettent en évidence un lien fort entre les opposants à l'énergie nucléaire et ceux qui, dans l'histoire mondiale, demandaient un désarmement unilatéral pendant la guerre froide. D'autres rattachent le mouvement antinucléaire à des courants du mouvement écologiste qui prônent le respect de l'environnement et la responsabilité de léguer aux générations futures une terre sans déchet.

Histoire Après la Seconde Guerre mondiale

thumb|Symbole de la Campagne pour le Désarmement Nucléaire de 1958, devenu ensuite « Symbole de la paix » Le mouvement antinucléaire est né après la Seconde Guerre mondiale, en réponse aux bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki. Le mouvement antinucléaire est alors un mouvement pacifiste, pour lequel les considérations écologiques sont absentes ou secondaires.

En France est créé le , le groupe des Combattants de la Liberté qui deviendront en 1951 le Mouvement de la paix. Issu de la Résistance, ce mouvement participe aux conférences mondiales.

Le , l'appel de Stockholm de Frédéric Joliot-Curie, scientifique français, président du Conseil mondial de la Paix, vise à interdire la bombe nucléaire dans le monde. Aux États-Unis, des personnalités telles que Barry Commoner ou Linus Pauling s'opposent aux essais nucléaires vers la fin des années 1950.

La bombe Castle Bravo d'une puissance de 15 mégatonnes testée dans l'atoll de Bikini en 1954 a provoqué un drame humain et écologique dans une zone de plusieurs centaines de kilomètres autour du lieu d'explosion. Ces conséquences déclenchèrent un mouvement d'opinion global critique à l'égard des tests et, plus généralement, du développement des armes nucléairesLes cobayes du Folamour, Le Monde..

thumb|Manifestants à l'entrée du centre d'essais du Nevada en 1963

En 1956, le philosophe allemand Günther Anders publie un texte intitulé « Sur la bombe et les causes de notre aveuglement face à l'apocalypse ».

En 1957 a lieu le premier accident grave du nucléaire civil du monde occidental à la centrale de Windscale en Angleterre (renommée Selafield depuis) .

En 1958, sous l'impulsion de Bertrand Russell la Campagne pour le désarmement nucléaire Campaign for Nuclear Disarmament en Grande-Bretagne lance la première marche d'opposition aux armes nucléaires, de Londres à Aldermaston, lieu où une usine de fabrication de missiles nucléaires avait été installée. Le logo imaginé pour ce mouvement par le designer Gerald Holtom restera comme un symbole de paix universel (associé au mouvement beatnik et plus tard au mouvement hippie ou Peace and love).

La première manifestation en France contre l'armement atomique se déroule le . Quatre-vingt-deux personnes pénètrent dans l'usine nucléaire de Marcoule (Gard) qui produit du plutonium pour la bombe atomique..

En 1962 est créée la première association antinucléaire française : l'APRI - association pour la protection contre les rayonnements ionisants. C'est aussi en 1962 que Satish Kumar et E. P. Menon font leur « Pèlerinage pour la paix » de plus de , et rencontrent quatre chefs d’États nucléaires à Moscou, Paris, Londres et Washington, DC.

En 1963 Claude Bourdet et Jean Rostand créent en France le Mouvement contre l'armement atomique (MCAA) qui deviendra le Mouvement pour le désarmement, la paix et la liberté (MDPL). La même année, le Traité d'interdiction partielle des essais nucléaires propose l'arrêt des essais atomiques atmosphériques au sol et dans les eaux : il est signé par plus de 150 nations à l'exception de la Chine et de la France. En 1964 a lieu la conférence internationale de Thyringen en Suède réunissant des organisations opposées à l'armement nucléaire se réclamant du non-alignement. Le est organisé un rassemblement de à l'appel du Comité national contre la force de frappe (CNFF) dans le parc des Sceaux à Paris. Le est signé le Traité de non-prolifération nucléaire.

Années 1970 vignette|Maître Jean-Jacques de Felice, Théodore Monod, le pasteur René Cruse et Yvon Montigné, le , en tête de la marche du Groupe d'action et de résistance à la militarisation, de Lyon au Mont-Verdun, contre la force de frappe nucléaire. thumb|Manifestation antinucléaire à Bonn en 1979. thumb|Main Verte monument Erdeven 1975.

Dans les années 1970, l'apparition de sensibilités environnementalistes ouvre le débat sur les conséquences de l'utilisation des technologies complexes, dont l'énergie nucléaire notamment, parce qu'elle est alors dans une phase de développement et sans références techniques encore bien établies. Elle est intimement liée aux technologies et concepts de l'arme nucléaire, dans un rapport qui a été codifié lors de la signature du traité de non-prolifération nucléaire : la nuit du 30 au , quelques militants du Groupe d'action et de résistance à la militarisation (GARM) pénètrent clandestinement au cœur du chantier du poste de commandement de la force de frappe nucléaire du Mont-Verdun, près de Lyon et s'y laissent arrêter ; : Première manifestation contre le nucléaire civil en France, participent à la marche sur Fessenheim (Alsace - France) organisée par le Comité pour la sauvegarde de Fessenheim et de la plaine du Rhin ; Le , à l'initiative du Groupe d'action et de résistance à la militarisation, , avec à leur tête Théodore Monod, marchent de Lyon au Mont Verdun et y participent à une fête. 10 et : marche pacifique face à la centrale nucléaire du Bugey réunissant à Vidéo tournée lors de la manifestation anti-nucléaire de Bugey, le 10 juillet 1971, à laquelle participent des membres du groupe Survivre et vivre, dont le mathématicien Alexandre Grothendieck Céline Pessis - L'engagement d'Alexandre Grothendieck durant la première moitié des années 1970 (conférence à l'IHES)Céline Pessis, Survivre et vivre - Critique de la science, naissance de l’écologie, Éditions L'échappée, 2014, ; : nouvelle intrusion du Groupe d'action et de résistance à la militarisation au Mont-Verdun ; : le Garm organise un rassemblement antimilitariste au Mont Verdun ; : « Appel des 400 », des scientifiques opposés au programme nucléaire français. Création du Groupement des scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire (GSIEN) par des physiciens à l’origine de cette mobilisationSezin Topçu, Les physiciens dans le mouvement antinucléaire : entre science, expertise et politique - , Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique, 102 | 2007, 89-108. ; : rassemblement de à Erdeven (Morbihan - France). Abandon du projet de centrale en novembre ; 1975 : occupation du chantier de la centrale nucléaire de Wyhl (Bade-Wurtemberg - Allemagne) par pendant ; 1975 : de Kaiseraugst (Suisse) à Gerstheim (Bas-Rhin - France), 12 projets de réacteurs sur le Rhin sont abandonnés ; : rassemblement de opposants venus manifester contre Superphénix. Ils organisent un sit-in « dans le calme »Histoire de la lutte contre Superphénix ; : manifestation contre Superphénix de et mort de l'une d'elles (Vital Michalon) à Creys-Malville (Isère - France) ; 1979 : accident nucléaire de Three Mile Island aux États-Unis sans rejet d'effluents radioactifs ; 1979 : vote par référendum de l’ « arrêt du nucléaire » en Suède.

Années 1980 thumb|Manifestation contre la construction de Cattenom en 1980. Dans les années 1980, l'opposition à l'énergie nucléaire s'exprime sur des bases environnementales : pollution de l'eau des fleuves et rivières, accidents de réacteur nucléaire connus, fuites connues de produits radioactifs pendant des livraisons. Le stockage ou traitement des déchets radioactifs à long terme reste tenu comme un risque à forte probabilité : 1976-1981 : opposition et arrêt du projet de centrale nucléaire de Plogoff (Finistère - France) ; 1980-1982 : réalisation du projet de centrale nucléaire de Chooz-B (Ardennes - France) par le gouvernement socialiste nouvellement élu assortie de la « répression de l'opposition du mouvement antinucléaire » ; 1982 : l'entrée de la doctrine du no first use dans le droit international entérine une revendication minimale du mouvement antinucléaireMeyrowitz Henri. « Le débat sur le non recours en premier aux armes nucléaires et la déclaration soviétique du 15 juin 1982 », Annuaire français de droit international, volume 28, 1982, pp. 147-167, Lire en ligne ; 1986 : catastrophe de Tchernobyl (Prypiat - Ukraine) avec rejet d'effluents radioactifs ; 1986 : vote par référendum de l'arrêt du nucléaire en Italie ;