Un limogeage est le fait, pour un officier général ou par extension pour une personne occupant un poste élevé, d'être privé brutalement par sa hiérarchie de ses responsabilités et de son poste, parfois en étant nommé à un poste d'égale valeur mais purement symbolique afin de le neutraliser.

L'origine de la notion remonte à la Première Guerre mondiale, notamment à l'été 1914, après les premiers revers militaires de la France, Joseph Joffre estime que de nombreux officiers généraux (près de 40 %) font preuve d'incompétence ou d'apathie. Ainsi, il prévoit dans le télégramme du la mise à la retraite sur simple rapport motivé, sans évoquer de localité particulière.

Il décide d'abord de les écarter du front puis les assigne à résidence à l'arrière, dans la militaire, dont la capitale est Limoges. De cet épisode est né le terme Le Populaire du Centre, et .. Cependant, dans les faits, les officiers ont été répartis un peu partout en France ( la liste) : paradoxalement, le Limousin ne fut pas particulièrement représenté dans les limogeages (autour d'une vingtaine dans la région dont une dizaine à Limoges sur 162).. L'expression s'étant surtout imposée, après coup, à partir de 1916 du fait de l'euphonie..

Généraux relevés de leurs fonctions en 1914 Les premiers limogeages font partie des conséquences des toutes premières défaites françaises en Haute-Alsace les 10 et (bataille de Mulhouse), en Lorraine (combat de Lagarde), le général Joffre désignant ses subordonnés comme responsables de l'échec : sont relevés de leur commandement et « mis à la disposition du ministre » les généraux CuréLe général Pau, qui avait demandé son limogeage, s'étant aperçu après avoir rencontré le général Curé que celui-ci n'avait fait qu'obéir aux ordres de son supérieur le général Bonneau, demandera à Joffre de lui redonner un poste. Le général Curé reprendra une division, puis commandera plus tard un corps d'armée.(, remplacé par Villaret dès le ), Lescot (commandant la , remplacé par Varin le 13), Bonneau (, par Vautier le 14) et Aubier (, remplacé par Mazel le 16)..

À la suite des défaites françaises lors de la bataille des Frontières (bataille de Sarrebourg, de Morhange, des Ardennes et de Charleroi) du 21 au , Messimy, ministre de la Guerre, ordonne le à Joffre de relever de leur commandement les généraux défaillants et de les renvoyer à l'arrière, mais sans indiquer de lieu. Dès le lendemain, Joffre répercute l'ordre à ses commandants d'armée, mais toujours sans indication de lieu d'assignation. C'est seulement le 27 qu'il choisit la région militaire, dont le siège est à Limoges ; le 26, il envisageait encore la , celle de Bourges. Les généraux devaient être assignés à résidence par mesure disciplinaire dans la ; certains avaient même l'obligation de se considérer aux arrêts de rigueurService historique de la Défense, Vincennes, Service historique de l'Armée de Terre, cote 16 N 459..

Moins d'une dizaine d'officiers furent envoyés à Limoges, quelques autres résidant dans d'autres villes de la région militaire (Bergerac, Brive). Et de nombreux officiers furent en fait « limogés » dans d'autres régions ou villes (Clermont-Ferrand, Nantes, Boulogne-sur-Mer, Bordeaux, Rennes, Amiens, Lyon, Arcachon, Villeurbanne)Service historique de la Défense, Vincennes, Service historique de l'Armée de Terre, cotes 16 N 490 à 16 N 492.. Parmi les limogés célèbres, on compte deux généraux commandants d'armée, Ruffey et Lanrezac. Le premier résida à Dijon et le second ne vint jamais à Limoges. De même, à titre d'exemple, les généraux Poline (relevé de son commandement le , donc avant les ordres de Messimy et Joffre), Régnault (relevé le ) ou Legrand-Girarde (relevé le ), ne furent envoyés ni à Limoges ni même dans une localité dépendant de la .

Certains limogeages frappèrent des généraux qui estimèrent n'avoir nullement démérité : par exemple, ce fut le cas de Lanrezac (qui fut limogé non pas pour incompétence mais pour avoir contrarié Joffre en ordonnant (en présence de Joffre à son QG) une brillante manœuvre qui n'était pas en conformité avec les ordres reçus, lesquels, la situation ayant changé, n'étaient plus adaptés) ou de Trentinian, qui exprimèrent leur point de vue dans leurs mémoires. Plusieurs officiers furent « affectés au cadre de réserve » (c'est-à-dire mis à la retraite), d'autres reçurent une affectation dans un service ou commandement à l'arrière (général Legrand-Girarde, par exemple, nommé commandant de la région militaire de Bordeaux)Service historique de la Défense, Vincennes, Service historique de l'Armée de Terre, cote 9 Yd 505., d'autres enfin retrouvèrent un commandement au front (général Régnault, par exemple, nommé en 1915 à la tête de la )Service historique de la Défense, Vincennes, Service historique de l'Armée de Terre, cote 9 Yd 577..

Tous les généraux relevés de leur commandement en 1914 ne sont pas forcément des « limogés ». Le général Virvaire a été victime d'une attaque d'hémiplégieService historique de la Défense, Vincennes, Service historique de l'Armée de Terre, cote 16 N 491., et le général Hollender a été blessé au combatService historique de la Défense, Vincennes, Service historique de l'Armée de Terre, cotes 16 N 508, 26 N 498/7 et 9 Yd 542..

Témoignages sur l'origine du terme Joffre évoque dans ses mémoires la décision qu'il a prise de destituer les commandants reconnus inaptes, mais ne parle pas de leur envoi à Limoges ou dans d'autres lieux.

Messimy, ministre de la Guerre jusqu'au , s'attribue, dans ses mémoires, l'invention de la chose et du mot : . Et, toujours dans ses Mémoires : . En fait, lorsque, le , le choix est fait, Messimy n'est plus ministre de la GuerreAlexandre Millerand est nommé ministre de la Guerre le ..

Le général Guillaumat écrivait, le . : . Aujourd'hui, on les laisse aller où ils veulent, mais l'expression est restée.

Si le général de Trentinian écrivait en 1927 : ., dans Le Figaro du , le général Gamelin donne une autre version de l'origine du fait et du mot : le choix aurait été envisagé entre Limoges et Toulouse, et l'auteur fait dire au général Buat, chef de cabinet du ministre de la Guerre Millerand : . Ce témoignage de Gamelin doit être rejeté, car il date l'incident qu'il relate du , début de la bataille de la Marne, alors que le choix de la militaire est du . Mais cette phrase souligne à juste titre l'euphonie du mot limoger, qui fit son succès.

Liste de généraux limogés en 1914 Selon l'ouvrage de Pierre Rocolle., (ou colonels faisant fonction de généraux de brigade) sont relevés de leur commandement entre la mobilisation du et le . Albert d'Amade, le (envoyé à Marmande en Lot-et-Garonne) ; Louis Archinard, le (à Paris) ; Louis Aubier, commandant la de cavalerie, le (à Paris, puis à Villeurbanne) ; Léon Bajolle, commandant la d'infanterie, le (à Paris) ; Louis Baquet, le (à Amiens) ; César Marie Frédéric Besset, le ; Bizot, le , (à Limoges) ; Louis Bonneau, commandant le d'armée, le ; Frédéric Bourderiat, commandant la d'infanterie, le ; Charles Brochin, le ; Eugène Calvel, le (à Bayonne) ; Louis de Castelli, commandant le d'armée, le ; François Colle, le (à la Garde-Freinet, dans le Var) ; Hyacinthe Coquet, le nommé adjoint à Orléans ; Gilbert Étienne Defforges (ou Desforges), commandant du d'armée, le ; Louis Espinasse, commandant le d'armée, le ; Henri de Ferron, le (à Rennes) ; Gustave Fraisse, le (à Brive-la-Gaillarde) ; François Ganeval, avant le ; Edmond Gillain, le (dans le département de Seine-et-Oise) ; Charles Lanrezac, le (à Bordeaux) ; Émile Edmond Legrand-Girarde, le (à Chalons-sur-Marne puis à Bordeaux) ; Antide Léon Lescot, le ; Edouard Levillain, le (à Lyon, puis à Neuilly-sur-Seine) ; Jacques de Mas-Latrie, commandant le d'armée, le (à Arcachon, puis à Limoges) ; Victor Michel, le (à Paris) ; Fernand du Moriez, le (à Montpellier) ; Henri Néraud, le (à Chaumont) ; Alexandre Percin, le (à Besançon) ; Arthur Poline, commandant le d'armée, le (à Toulouse) ; Paul Pouradier-Duteil, commandant le d'armée, le (à Lyon) ; Charles Régnault, le (à Bordeaux) ; Pierre Xavier Emmanuel Ruffey, le (à Dijon) ; Henry Sauret, commandant le d'armée, le (à Limoges) ; André Sordet, commandant le corps de cavalerie, le , inspecteur des dépôts de cavalerie ; Paul Superbie, commandant la d'infanterie, le ; Louis Taverna, commandant le d'armée, le (à Boulogne) ; Edgard de Trentinian, le ; Mardochée Valabrègue, le , inspecteur des dépôts d'infanterie ; François de Villeméjane, le (à Montauban) ; de Woirhaye, le (il écrit au ministre qu'il se rendra ) ; {....}

Notes et références Notes

Références

Voir aussi

Bibliographie Marie-Noëlle Agniau, Capture, Culture &Patrimoine en Limousin, 2014. . Laurent Bourdelas,Plaidoyer pour un limogeage, Ed.Lucien Souny, 2001. . . . . . . . . . . .

Articles connexes Vie militaire à Limoges Bataille des Frontières Ordre de bataille de l'armée française en

Catégorie:Jargon militaire Catégorie:Limoges