L'église Saint-Nizier est une église catholique de la ville de Lyon, située place Saint-Nizier au cœur de la Presqu'île, entre la place des Terreaux et celle des Jacobins, dans le quartier des Cordeliers. Elle constitue l'un des plus importants lieux de cultes de la capitale des Gaules, aussi bien en termes d'ancienneté et de prestige que de visibilité architecturale et monumentale.

Dédié à Nizier, l'un des évêques de Lyon, l'édifice est attesté dès le Haut Moyen Âge. Après l'an mille, alors que l'importance politique et économique de la ville s'affirme, celle de Saint-Nizier va croissant, ce qui n'est pas sans créer des tensions avec la principale église lyonnaise, la cathédrale Saint-Jean, et en particulier avec son chapitre canonial.

Entièrement reconstruite aux en style gothique flamboyant, l'église fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840.

Histoire

Hypothèses sur les premiers édifices Le premier édifice religieux situé sur le site de l'église actuelle serait un monument romain et pourrait être un temple d'Attis, parèdre de la déesse Cybèle, dont le culte n'est peut-être pas étranger au martyre des chrétiens de Lyon en 177Origine romaine des constructions sous la chapelle de saint Ennemond sur visiteLyon.fr.. Cette hypothèse n'est pas reprise par Jean-François ReynaudLyon, Rhône, aux premiers temps chrétiens, basiliques et nécropoles, Paris, Ministère de la culture et de la communication - La Documentation française, 1986 (Guides archéologiques de la France), 143 p. . De même, une légende tardive expose que Pothin aurait fondé une chapelle à l'emplacement de l'église actuelle. Ces légendes, habituelles pour la plupart des édifices religieux, ne peuvent s'appuyer sur des recherches archéologiques, aucune fouille sérieuse n'ayant été faite sous le sol de l'édifice actuel. En revanche, il est établi qu'à l'instar d'autres églises lyonnaises (Saint-Just, Saint-Irénée, Saint-Georges ou Saint-Pierre), Saint-Nizier est construite à l'emplacement d'un cimetière du Lugdunum antique ., comme le prouvent les découvertes au voisinage de l'église d'épitaphes dédiées aux dieux Manes et d'une épitaphe chrétienne datée de 495, dédicaces référencées , et .

Une bulle d'Innocent IV de 1252 affirme qu'elle aurait été la première cathédrale de la ville, mais rien ne l'atteste. L'historiographie du continue à voir dans Saint-Nizier la première bâtie par l'évêque Patient en 469. Ainsi, Amable Audin, trompé par le texte ambigu de Sidoine Apollinaire ainsi que par des considérations faussées sur l'emplacement antique du confluent entre Rhône et Saône, réfute-t-il en 1947 la possibilité que ladite soit tout simplement Saint-Jean, et ne voit que Saint-Nizier pour correspondre à la description de la basilique. En effet, cette dernière est la seule église médiévale lyonnaise à être strictement orientée d'ouest en est .. Néanmoins, les études plus récentes ne laissent aucun doute subsister : l'édifice de Patient est bâti sur l'emplacement de l'actuelle cathédrale..

Moyen Âge Avant l'actuel édifice : la basilique des Saints-Apôtres et la première église Saint-Nizier

Selon une tradition rapportée indiquée au par l'évêque Adon de Vienne, saint Eucher, évêque de Lyon, bâtit au sur les ruines de l'édifice (l'oratoire de saint-Pothin) une basilique pour abriter les reliques des martyrs de Lyon suppliciés en 177. L'église est désignée sous le vocable d'« église des Saints-Apôtres (Pierre et Paul pour lesquels Pothin a dédié, avec la Vierge Marie, son oratoire, puis des autres après 177 et le martyre de saint Pothin) et des quarante-huit-martyrs », par le Martyrologe d'Adon de VienneJean-François Reynaud, Lyon, Rhône, aux premiers temps chrétiens, basiliques et nécropoles, Paris, Ministère de la culture et de la communication - La Documentation française, 1986 (Guides archéologiques de la France), 143 p. .

Sachant donc aujourd'hui que la "Maxima Ecclésia" était celle de Saint-Jean et non Saint-Nizier, nous pouvons en déduire que la Basilique a été faite "pour" les martyrs, mais que les 48 premiers ne l'ont pas été à cet endroit, seuls les évêques de Lyon, ne le sachant pas alors, s'y furent enterrés durant tout le , en particulier saint Nizier (décédé en 573) et Sacerdos.

Le corps de Nizier attire une foule si grande, les miracles qu'on lui prête sont si nombreux que l'église finit par prendre son nomAnne-Catherine Le Mer, Claire Chomer, Carte archéologique de la Gaule, Lyon 69/2, Paris 2007, à 343 .. Un archevêque d'Arles, Aurélien mort dans cette ville le vendredi , y a été également inhuméMichel Baudat et Claire-Lise Creissen - Les saints d'Arles - Éditions « Rencontre avec le Patrimoine religieux », 2013 - , p. 119.. La crypte dans laquelle sont réalisées ces inhumations existe toujours, enchâssée dans le dallage de l'actuelle église. Il s'agit d'un édicule en forme de croix grecque dont chaque branche, terminée par une abside en cul-de-four, vient s'appuyer sur un transept rectangulaire de quatre mètres carrés ..

Des reliques de saint Nizier ont, pour des raisons qui ne sont pas connues, été transportées par Gallomagne, douzième évêque de Troyes, de Lyon à la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Troyes au Crété-Protin I (2002). Église et vie chrétienne dans le diocèse de Troyes du . Villeneuve-d'Ascq : Presses universitaires du Septentrion..

À la fin du , sous l'épiscopat de Priscus, successeur de Nizier, l'église est desservie par plusieurs clercs, dont au moins un diacre sous la conduite d'un .. Sur le plan architectural, les détails de cette basilique ne nous sont pas parvenus. L'on sait toutefois qu'elle est de dimensions un peu plus réduites que celle érigée par Clovis à Paris (qui devient plus tard l'abbaye Sainte-Geneviève .). Sur le plan pastoral local, on ignore si c'est Saint-Nizier ou Notre-Dame de la Platière qui constitue l'église paroissiale du burgus carolingien ..

L'église est peut-être abîmée lors des conflits entre les Sarrasins remontant la vallée du Rhône au et les contre-attaques franques, notamment de Charles Martel. Elle est reconstruite au , sous le règne de Charlemagne, sur l'ordre de l'évêque Leidrade, qui en fait part à l'empereur et l'informe qu'il y a installé un chapitre de chanoines.

Le quartier de l'église devient le cœur de la bourgeoisie de la ville entre le . Ceux-ci en font leur église principale, en opposition à Saint-Jean et Saint-Just, qui sont celles des élites cléricales et nobiliaires. Ils s'y réunissent, ainsi qu'à la chapelle Saint-Jacquème toute proche, pour prendre les décisions communes. Jusqu'au , l'édifice est inséré dans une abbaye canoniale où les membres sont astreints à la vie commune, mais non à la pauvreté.

Pierre Valdo, au , en est un paroissien ; ses disciples y mettent le feu en 1253, détruisant alors de nombreuses reliques. Au cours de la seconde moitié du , les bourgeois souhaitent l'agrandir, la rénover, en faire le pendant de Saint-Jean en termes de prestige.

Construction de l'église gothique

vignette|Plafond de l'église. En 1306, l'archevêque Louis de VillarsDominique Bertin, Nicolas Reveyron, Jean-François Reynaud, Lyon et ses églises. Découvrir la ville autrement., Éditions lyonnaises d'art et d'histoire, mai 2010, . institua un chapitre canonial, ouvert largement aux familles bourgeoises, qui n'avaient pas accès aux autres chapitres de la villeAbbé Adolphe Vachet, Les anciens couvents de Lyon, 1895, , lire en ligne et, de ce fait, érigea l'église en collégiale.. Les paroissiens médiévaux de Saint-Nizier étaient pour une part importante des bourgeois. Habitants de la presqu'île et donc à l'écart de la tutelle directe de la rive droite, ils cherchaient à s'en émanciper plus encore, notamment de l'influence du chapitre cathédral. Ils affirmèrent donc que Saint-Nizier est la première cathédrale dont Lyon se soit dotée. Les documents l'affirmant, tous rédigés aux , ont été pris comme témoignage historique au .. Saint-Nizier n'est d'ailleurs pas la seule église française à contester sa primauté urbaine à la cathédrale. De même, Saint-Marcel à Paris ou Saint-Seurin à Bordeaux s'insurgent, pour des raisons plus politiques et économiques qu'hagiographiques ou ecclésiologiques, contre les prééminences des cathédrales de ces villes..

L'église actuelle est commencée au , et la principale période de sa construction s'étend jusqu'à la fin du .. Comme fréquemment, l'avancée de la construction est chaotique et dépend de la fortune des donateurs. Les grandes catastrophes, telles l'épidémie de 1348 ou l'approche des conflits de la guerre de Cent Ans au centre du , arrêtent plus ou moins les travaux. Pour trouver des ressources, outre les habituels mais irréguliers dons et legs, de l'argent est obtenu en octroyant des concessions aux confréries, ou en louant les espaces pour des boutiques le long des murs, essentiellement sur la face nord, rue de la Fromagerie.

L'édifice est classiquement entamé par le chœur, le transept puis les travées de la nef. Le clocher nord est posé en 1481, en même temps qu'une première horloge construite et entretenue par des artisans lyonnais.

Les récentes études sur l'archéologie du bâti y montrent les nombreuses interactions entre tailleurs de pierres et charpentiers, voire une mainmise de ces derniers sur les prérogatives des premiers. Sont employées notamment les techniques du goujon pour réaliser les claveaux des arcs-doubleaux. et celle du dé carré, employée notamment par Philibert Delorme dans le triforium et la voûte de la nef, ainsi que dans le quatrième arc doubleau.. Dans le cas de l'utilisation du goujon, la réalisation est techniquement bien effectuée, mais la qualité de la pierre utilisée laisse à désirer (calcaire fragile), ce qui laisse supposer le travail d'un artisan peu expert en maçonnerie et au contraire au fait de la charpente..

D'un point de vue urbain, l'édifice déroge à l'alignement qui s'impose peu à peu comme règle dans la perspective des deux ponts ..

Place de l'église dans le Lyon médiéval vignette|Vitrail contemporain de Lucien Bégule représentant la lecture des statuts de la confrérie de la Sainte Trinité.

De manière plus générale, durant au moins toute la seconde partie du Moyen Âge jusqu'à la Révolution — en fait, durant toute la période sous laquelle la ville est sous le contrôle plus ou moins grand du chapitre cathédral — Saint-Nizier, par opposition à une cathédrale qui rassemble les élites, est l'église du peuple lyonnais... Cette rivalité de pouvoir, ou tout au moins d'éclat, transparaît également dans l'architecture, les deux édifices cherchant à rivaliser de prouesses architecturales pour éblouir le spectateur, le visiteur, le paroissien et l'éventuel donateur. Cette division entre les rives droite et gauche de la Saône culmine en 1269-1270 avec le conflit armé entre les bourgeois lyonnais et le chapitre. Ulcérés par le règlement du conflit plus favorable à ce dernier qu'à leur camp, les notables lyonnais choisissent de rediriger leurs dons à la reconstruction de Saint-Nizier plutôt qu'à celle de la primatiale saint-Jean ..

Entre 1360 et 1390, la cure de Saint-Nizier est détruite. Ces destructions ont été imputées par l'historiographie du mi- aux ravages de la guerre de Cent Ans . ; les études plus récentes tendent plutôt à incriminer les révoltes locales de la population lyonnaise contre les élites urbaines et surtout les fonctionnaires royaux ..

Le registre de Saint-Nizier Le livre médiéval des comptes du chapitre de Saint-Nizier a été préservé. Il montre que l'église possédait, depuis 1305, une riche collection de tissus précieux utilisés pour les cérémonies, et que chaque chanoine s'engageait par serment à fournir de nouvelles étoffes au trésor du chapitre.