Henri Pirenne, né le à Verviers et mort le à UccleHugh Robert Boudin, « Pirenne Henri », dans : Dictionnaire historique du protestantisme et de l'anglicanisme en Belgique du 16e siècle à nos jours, Arquennes-Bruxelles, 2014.Étant de religion protestante, ses funérailles, présidées par le pasteur Matthieu Schyns, eurent lieu le 31 mai 1935., est un historien médiéviste belge. Il est également l'une des grandes figures de la résistance non-violente à l'occupation allemande de la Belgique durant la Première Guerre mondiale.
La réputation de l'historien repose sur trois grandes contributions à l'histoire européenne. La première concerne les origines du Moyen Âge par la formation de nouveaux États et le déplacement du commerce vers le nord. La seconde est une vue distincte de l'histoire médiévale de la Belgique et la troisième un modèle pour le développement de la cité médiévale. Par sa méthode, Henri Pirenne a été considéré comme l'inspirateur de l'école historique française dite École des Annales.
Biographie Jeunesse Henri Pirenne naît à Verviers le . Il est l'aîné des huit enfants de Lucien-Henri Pirenne, industriel textile, et de Virginie Duesberg (1839-1924). Un de ses frères est le peintre Maurice Pirenne. Il fait ses études moyennes au collège communal (l'actuel Athénée royal). Un des moments importants de ces années d'études a été la lecture d'un poème au roi Léopold II, venu en 1878 à Verviers pour l'inauguration du barrage de la Gileppe.
Études supérieures En , il entre à l'Université de Liège où son père souhaite voir son fils aîné devenir ingénieur mais celui-ci, peu doué pour les mathématiques, entreprend des études de droit. Alors étudiant de candidature en philosophie et lettres, il est impressionné par l'érudition et l'éloquence pleine d'idéalisme de Godefroid Kurth. Il suit non seulement les leçons ex cathedra du professeur mais également les cours pratiques que ce dernier organisait chez lui, dans son cabinet de travail. C'est au contact de ce maître que naît sa vocation d'historien. Son père l'autorise à repousser ses études juridiques - qu'il ne reprendra jamais - et à préparer le doctorat en philosophie et lettres : il obtient le grade de docteur le avec un mémoire intitulé Histoire de la Constitution de la ville de Dinant au Moyen Âge. Avec ce mémoire, il est le lauréat du Concours des Bourses de Voyage qui est décerné par un jury universitaire.
Grâce à cette bourse, Pirenne a l'occasion d'étudier deux ans à l'étranger. Ces années lui permettent de rencontrer des historiens importants et de suivre des formations complémentaires. Il passe l'année académique 1883-1884 en Allemagne, tout d'abord à Leipzig, où il rencontre Georges Cornil et où il suit l'enseignement de Wilhelm Arndt. À Berlin, il va assidûment aux cours et aux séminaires d'Harry Bresslau et de Gustav Schmoller. L'influence de ce dernier est prépondérante et a fait de Pirenne un . Il est reçu régulièrement chez Georg Waitz, le président des Monumenta Germaniae Historica et l'auteur de la Deutsche Verfassungsgeschichte.
Après l'Allemagne, Henri Pirenne passe l'année académique 1884-1885 à Paris ; il y fréquente l'École pratique des hautes études et l'École des chartes. C'est dans ces deux écoles qu'il reçoit avec le plus grand profit l'enseignement d'Arthur Giry. Son cours de diplomatique aux Chartes, ses cours pratiques aux Hautes Études constituent un précieux complément à la formation que Pirenne a reçue en Allemagne. Il a l'occasion, lors de ces cours pratiques, ces « conférences » où Giry traite d'histoire urbaine, de se familiariser avec le passé des villes des Pays-Bas français.
Carrière universitaire
En 1885, il est chargé à vingt-trois ans de créer à l'Université de Liège l'enseignement de la paléographie et de la diplomatique, après des aléas politiques en pleine guerre scolaire. En effet, il aurait pu être nommé dès l'année précédente par le gouvernement libéral Frère-Orban-Van Humbeeck mais celui-ci tombe le et le gouvernement suivant dirigé par les conservateurs Malou-Jacobs-Woeste ne propose pas la nomination au chef de l'État : Pirenne avait le tort d'être libéral. Godefroid Kurth indigné de voir défaite par ses amis politiques intervient auprès de Jean-Joseph Thonissen qui est le Ministre de l'Intérieur et de l'Instruction publique du gouvernement Beernaert (également conservateur) pour relancer la nomination d'Henri Pirenne.
En 1886, il est professeur extraordinaire à l'Université de Gand et chargé d'y enseigner l'histoire du Moyen Âge et l'histoire de Belgique et le restera jusqu'en 1930. à l'exception des années 1916 à 1918, pendant la Première Guerre mondiale, où il est captif en Allemagne.
À la fin de la guerre, Henri Pirenne cesse le travail sur son Histoire de l'Europe au milieu du . À sa mort, en 1935, son fils Jacques Henri Pirenne, qui a survécu à la guerre, est devenu lui-même historien et découvre le manuscrit de lHistoire de l'Europe. Il l'édite en insérant entre parenthèses les dates dont son père n'était pas sûr et il écrit une préface expliquant la genèse de l'ouvrage.
Lors de la flamandisation de l'Université de Gand en 1930, Henri Pirenne, ne parlant pas le néerlandais, dut céder son poste de professeur d'histoire. En 1933, il fut le premier lauréat du prix Francqui.
Résistant à l'occupation de la Belgique de 1914 à 1916 Henri Pirenne a été le premier président de l'Union académique internationale, fondée en 1919 et dont le siège se trouve à Bruxelles.
La manière dont Pirenne a participé à la résistance en Belgique n'est pas connue. Ce que l'on sait, c'est que Pirenne fut interrogé par l'occupant allemand le et que cela fut suivi de son arrestation. L'armée d'occupation avait ordonné que les professeurs en grève à l'université de Gand continuent d'enseigner. Pierre, le fils d'Henri Pirenne a été tué au combat à la Bataille de l'Yser en 1914. Alors qu'il est interrogé, l'officier allemand demande à Pirenne pourquoi il persiste à répondre en français alors qu'il parle un excellent allemand et qu'il a fait des études doctorales à Leipzig et Berlin. Pirenne répond : « J'ai oublié l'allemand depuis le », date de l'invasion allemande.
Henri Pirenne est emprisonné à Crefeld, puis à Holzminden et à Iéna où il est interné le et enfin à Creuzburg du jusqu'à la fin de la guerre. en Allemagne (-). On lui refuse des livres mais il apprend le russe avec un officier russe capturé au Front de l'Est et lit par la suite des livres d'histoire russe que lui donnent des prisonniers russes. Cela donne à l'œuvre de Pirenne une perspective unique. À Iéna, il entreprend d'écrire son Histoire de l'Europe médiévale qui commence à la chute de Rome. Il écrit tout de mémoire. Plutôt qu'une chronologie période-par-période de guerres, dynasties et événements, son Histoire de l'Europe présente une approche globale avec des tendances sociales, politiques et commerciales. L'œuvre est remarquable non seulement par son intuition historique mais aussi par son objectivité, surtout si l'on considère les conditions dans lesquelles elle fut écrite.
Contributions à l'histoire du Moyen Âge Formation du Moyen Âge Il existe selon Henri Pirenne un rapport étroit entre l'expansion de l'Islam - conquête arabe - et la formation du Moyen Âge occidental.
En 1922, il écrit sur le sujet un article, « Mahomet et Charlemagne » dans la Revue belge de philologie et d'histoire qui aura un certain retentissement. L'article se conclut par ces mots : . Dès lors, il va enchaîner articles, colloques et conférences pour appuyer sa thèse, mais n'écrira que tardivement, peu avant sa mort en 1935, son ouvrage synthétisant toutes ses recherches et portant le titre de son premier article.. Le livre aura une publication posthume, en 1937.
Dans cette thèse sur les origines, il développe deux idées principales : Une continuation de la civilisation méditerranéenne après les invasions germaniques ; les peuples dits « barbares » se romanisent tant que la Méditerranée a pu jouer son rôle d'unité politico-économique et culturelle. L'Empire romain fondé sur une structure de cités et dont le commerce est centré sur la Méditerranée est donc peu touché par les invasions barbares du . La culture romaine peut se maintenir au bord de la Méditerranée, le rayonnement de Constantinople prenant le relais de Rome. La conquête musulmane en Afrique du Nord, en Occident (Espagne, Corse, Sardaigne et sud de l'Italie) et en Orient rompt l'unité méditerranéenne, sépare l'Orient de l'Occident. La Méditerranée occidentale n'est plus un lieu d'échange entre Europe, Afrique et Orient mais devient un lac musulmanMahomet et Charlemagne, version pdf de Pierre Palpant, p. 115-116 et 203.. L'Occident est alors obligé de vivre en vase clos, le pouvoir politique remonte vers le nord de l'Europe occidentale, l'État franc va se développer et une économie purement terrienne va naître.
Henri Pirenne se consacra aussi à d'autres sujets médiévistes, écrivant ainsi en 1926, un livre sur la formation des Villes au Moyen Âge.
Les historiens ont longtemps débattu de la thèse de Pirenne. Aujourd'hui, si on reconnait que la conquête arabe et l'expansion de l'Islam réduisit l'influence de l'Empire romain d'Orient, les raisons d'un basculement vers le nord de l'économie par l'arrivée de l'Islam est beaucoup plus discutée. Ainsi en 1969, Jacques Le Goff et Jean-Noël Biraben avancent l'hypothèse que la peste qui ravagea les ports de Méditerranée et les villes du sud de la Chrétienté ont joué un plus grand rôle dans ce processus.. De plus, les contacts commerciaux en Méditerranée ne cessèrent jamais. Les historiens avancent aussi comme cause du développement de l'Occident médiéval une paix relative, une cohésion religieuse et une période climatique favorable. Pour Lucie Malbos, il faut dépasser la logique Nord-Sud de ses thèses sans nier le dynamisme du bassin des mers nordiques, mais de le reconsidérer à la lumière des échanges et liens qui ont perduré avec la région méditerranéenne.
Histoire de la Belgique