Christo et Jeanne-Claude, est le nom d'artiste sous lequel est identifiée l'œuvre commune de Christo Vladimiroff Javacheff (Христо Владимиров Явашев en cyrillique), né le à Gabrovo en Bulgarie et mort le à New York « Legendarisch kunstenaar Christo (84) is overleden », sur nieuwsblad.be, 31 mai 2020.« L'artiste-plasticien Christo est mort à 84 ans », lefigaro.fr., et de Jeanne-Claude Denat de Guillebon, née le même jour à Casablanca au Maroc et morte le à New York.. Ce couple d'artistes contemporains s'est rendu célèbre à la fois par le gigantisme de ses réalisations et par leur caractère éphémère.
Biographie
Christo Javacheff Né à Gabrovo en Bulgarie le 13 juin 1935, il se dit bulgare macédonien d'origine tchèqueInterview dans Madame Figaro, , 18 décembre 2010.. Son père possédait une usine de textile et sa mère était secrétaire générale de l’Académie des Beaux-Arts de Sofia jusqu’en 1931. Sa mère avait quitté la Macédoine en 1913, fuyant la Deuxième guerre balkanique. La famille de Christo a beaucoup servi de refuge à des artistes et des amis fuyant les bombardements des villes par les Alliés.
Au nombre des souvenirs d’enfance de Christo figurent aussi les corps de partisans exécutés dans les rues et l'entrée de l’Armée rouge en Bulgarie en 1944. Le père de Christo a été harcelé et emprisonné par le nouveau régime communiste pour « sabotage ». On peut donc dire que l’enfance de Christo a été assez rude et qu’elle a sûrement eu un impact important sur l’artiste. Très tôt il eut des contacts avec l’art. À l’âge de 6 ans, il fit des portraits de nombreuses femmes du village. En 1953, il commença sa formation artistique aux Beaux-Arts de Sofia où il étudia la peinture, la sculpture et l’architecture jusqu’en 1956. Il est chargé, par le pouvoir en place, d'aménager les abords du train Orient-Express pour donner aux passagers occidentaux une image riante de la Bulgarie. Cependant, en raison de la forte propagande du régime, seuls les vrais partisans du parti communiste, ce que Christo n’était pas, pouvaient accéder au diplôme. En effet, Christo défiait le système en peignant des toiles allant à l’encontre de l’idéologie (comme des paysans se reposant). Il eut donc quelques ennuis avec le réalisme socialiste qui était la norme et qui imposait un traitement marxiste-léniniste des sujets comme du style. Il décide en 1956 de fuir à Vienne.
Il s’installe à Paris en 1958. Pour vivre il fait des portraits à l'huile qu'il signe de son nom « Javacheff » et c'est en livrant le portrait de l'épouse du général Jacques de Guillebon, directeur de l'École polytechnique, qu'il rencontre sa fille Jeanne-Claude, une « rousse flamboyante comme empaquetée d'un film plastique ». En 1963, il côtoie le groupe des nouveaux réalistes. Ses premières œuvres sont des peintures abstraites et des empaquetages d’objets (bouteilles, bidons, cartons, tables, etc.) ou de modèles vivants dans de la toile ou du plastique. En 1964, il empaquette d'un voile transparent la statue du Printemps réalisée par Paul Niclausse sur le parvis du Trocadéro« L'Arc de Triomphe empaqueté : l'œuvre ultime de Christo », Paris 16 Le Mag, magazine d'information de la mairie du 16 arrondissement, n°8, septembre 2021, p. 19.« La statue du Printemps empaquetée par Christo », histoires-de-paris.fr, 19 août 2020..
Il meurt le à New York.
Jeanne-Claude Denat de Guillebon Française, elle est née à Casablanca au Maroc (où son père, un officier de l'armée, était en poste) — Christo et elle seraient nés le même jour à la même heure. Sa mère, Précilda, avait 17 ans lorsqu'elle a épousé le père de Jeanne-Claude, le major Léon Denat. Précilda et Léon Denat ont divorcé peu de temps après la naissance de Jeanne-Claude et Précilda s'est remariée trois fois.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Jeanne-Claude a vécu avec la famille de son père pendant que sa mère combattait dans la Résistance française. En 1946, Précilda épouse l’influent général Jacques de Guillebon. La famille a vécu à Berne de 1948 à 1951, puis en Tunisie de 1952 jusqu'à leur retour à Paris en 1957. Elle passe son baccalauréat de philosophie et de latin en 1952 à Tunis..
Elle rencontre Christo Javacheff en 1958, année qui marque le début de leur collaboration. Christo travaillait déjà à Paris en tant qu’artiste ; l'année suivante, elle quitte son mari pour épouser ChristoChristo et Jeanne-Claude, Erreurs les plus fréquentes, Paris, éditions Jannink, 2000..
Après avoir émigré aux États-Unis en 1964 et s'être installés à New York, ils commencent à réaliser des projets de grande envergure, intervenant de façon directe et éphémère sur des édifices, des monuments ou des paysages entiers.
À l’origine, le couple signe ses œuvres « Christo ». À partir de 1994, ils prennent la décision de changer leur nom pour « Christo et Jeanne-Claude ». Tous deux sont reconnus comme coauteurs de chacune de leurs installations. Le projet est conçu en collaboration, puis le travail est divisé : Christo développe l’œuvre à l'aide de maquettes et de dessins, tandis que Jeanne-Claude se charge d’assurer les démarches administratives et coordonne la réalisation. Porte-parole du couple, elle passe ainsi plusieurs années à défendre leurs projets lors de nombreuses audiences publiques, devant des tribunaux et à l'occasion de sessions parlementaires. À titre d'exemple, il leur aura fallu dix ans pour emballer le Pont-Neuf à Paris (1985) et vingt-cinq ans de préparatifs avant de pouvoir empaqueter le Reichstag de Berlin, en Allemagne (1995).
Jeanne-Claude travaillait sur un projet, conçu en 1992, de suspension d'une toile de dix kilomètres au-dessus de la rivière Arkansas (Colorado) quand elle meurt en à New York des suites d'une rupture d'anévrisme.
Vie privée Depuis 1964, le couple, naturalisé américain, vivait à New York, dans le quartier de SoHo, à la lisière du quartier chinois.
Démarche Le couple met en scène toiles, câbles et structures métalliques, pour créer des œuvres éphémères qui durent deux semaines en moyenne. Leur travail consiste en l'« empaquetage » de lieux, de bâtiments, de monuments, de parcs et de paysages. Ils s’approprient un lieu ce que l’on appelle une œuvre . Certaines de leurs œuvres pionnières se rapprochent du Land art en raison de leur gigantisme ou plus généralement de leur réalisation hors des traditionnels sites : atelier, galerie, musée. Le couple refuse cependant l'appellation « Land Art »Christo et Jeanne-Claude, Most Common Errors, 1998 (en ligne)., précisant que ses interventions ne sont jamais réalisées dans le désert : un argument assez discutable au regard de la diversité des pratiques de ce mouvement artistiqueCf. Michael Heizer Levitated Mass, 1969-2012. Ils prétendent s'intéresser à la structure, à l'usage, à la beauté ou à la dimension symbolique des lieux sur lesquels ils interviennent temporairement, qu'ils « révèlent en cachant ».
Christo et Jeanne-Claude réalisent un travail monumental et éphémère, c’est ce qui marque leur originalité, prendre autant de temps uniquement pour un résultat qui ne durera qu'un court laps de temps. Selon Albert Elsen, « aucun artiste de l’histoire n’a passé autant de temps à voyager pour se présenter lui-même ainsi que son œuvre. Le succès de leurs projets auprès du public […] est dû pour une part non négligeable à leur facilité de contact et à leurs dons naturels de pédagogues. Ils furent les premiers créateurs à étudier de lui-même l’impact tant humain qu’environnemental de leurs projets. La plupart des artistes pensent que l’éducation du public prend trop de temps au détriment de leur travail ». Pour Christo, « l’interactivité verbale avec le public » fait partie intégrante de sa créativité. Toujours selon lui, « son art est le résultat d’une réflexion et d’une intuition esthétique imposée à un environnement naturel et construit »Albert Elsen, The Freedom to be Christo and Jeanne-Claude, Stanford Presidential Lectures, 1998..
thumb|Christo en 1972. Christo est un ingénieur et un entrepreneur, réalisant des projets techniques alors qu’il n’a aucune formation dans le génie civil. L’œuvre de Christo et Jeanne-Claude, c’est aussi l’art de travailler en équipe avec de grands moyens. Toute l’organisation et la logistique de leurs œuvres font partie intégrante de leur art. Comme le disait Marina Vaizey, «sa méthode est inséparable de son art »Marina Vaizey, Christo, Rizzoli International Publications, 1990, p. ?.
L'œuvre de Christo et Jeanne-Claude est éphémère. Pour Christo, « l'urgence d'être vu est d'autant plus grande que demain tout aura disparu… Personne ne peut acheter ces œuvres, personne ne peut les posséder, personne ne peut les commercialiser, personne ne peut vendre des billets pour les voir… Notre travail parle de liberté »Christo, Le laboratoire du geste. Le travail de Christo et Jeanne-Claude est la création d'objets temporaires de grande échelle conçus pour des sites extérieurs spécifiques.
Principales réalisations Iron Curtain - Mur de barils de pétrole Apatride sans passeport, réfugié d’un pays communiste, Christo fut révolté par la construction du mur de Berlin en . Lui et Jeanne-Claude conçoivent le projet de barrer la rue Visconti à Paris par un mur de barils de pétrole, mais la mairie leur refuse l'autorisation en dépit du descriptif détailléBaal-Teschuva J, « Révélation par dissumalation », in Christo et Jeanne-Claude, éditions Taschen, 1995. Malgré l'interdiction, le , les artistes profitent de la nuit pour bloquer la rue pendant huit heures et réaliser leur mur de Wall of Oil Barrels - The Iron Curtain haut de . Ils sont emmenés au commissariat sans être poursuivis. Ils souhaitèrent des années plus tard réaliser à New York un projet identique en fermant la avec .
Avec cette œuvre, Christo et Jeanne-Claude font descendre l’art dans la rue en se servant de barils de pétrole et de la présence des passants même s'ils n’ont pas tous approuvé le message de l’œuvre. Cette nouveauté dans l’art et l’insistance sur le caractère temporaire ont toujours été fondamentales dans l’approche artistique de Christo et Jeanne-Claude. Cependant, selon les périodes, Christo et Jeanne-Claude ont donné des explications différentes sur leurs motivations (protestation contre la société de consommation, message d'alarme sur une France coupée en deux, simple installation artistique de bidons…)Happening rue Visconti..
Valley Curtain (1970-1972)
thumb|Valley Curtain, un rideau safran barre une vallée entière dans le Colorado.
Le projet Valley Curtain commencé en 1970 s’est enfin réalisé le avec un groupe de 35 ouvriers et de 64 intérimaires dont beaucoup d’étudiants en art, de collégiens. C’est un rideau de carrés de nylon tissé orange, de de large et de de haut. Les câbles qui le maintiennent en place, ont une portée de , pèsent et sont fixés à de fondations de béton : un travail gigantesque pour une préparation de 28 mois. Cependant, le rideau n’est pas resté longtemps en place car les vents soufflaient trop fort avec des rafales de 100 kilomètres par heure sur cette grande voile.
Running Fence en Californie
Running Fence, la « Barrière qui court » évoquant la muraille de Chine, se dresse le jour même de la mort du Grand Timonier : le , au nord de San Francisco, dans les comtés de Sonoma et de Marin, Christo et Jeanne-Claude font serpenter sur près de un ruban de toile de nylon blanche de mètres carrés. Ce projet fait penser à la grande muraille de Chine et c'est un hasard que cela coïncide avec le jour de la mort de Mao Ze Dong: ce qui a involontairement accru l’impact de l’œuvre. L’œuvre fait de haut et 39, de long. Ce mur resta en place 14 jours et aucune trace du projet n’est restée sur le sol comme pour les autres sculptures de Christo et Jeanne-Claude. Cette barrière artificielle reliant la terre à la mer et au ciel est comme une métaphore du caractère arbitraire des frontières politiques et géopolitiquesVoir sur le site des artistes..
Surrounded Islands (1980-1983)