La grande guerre du Nord est un conflit qui, entre 1700 et 1721, oppose la Suède de , alliée à une partie de la noblesse polonaise (Stanislas Leszczynski), aux cosaques ukrainiens d'Ivan Mazepa et à l'Empire ottoman, d'une part, à la Russie de Pierre le Grand d'autre part, alliée au roi de Pologne et électeur de Saxe Auguste II, au Danemark de , à l'électeur de Hanovre et roi d'Angleterre et à l'électeur de Brandebourg et duc, puis roi en Prusse (à partir de 1701), .

L'alliance anti-suédoise associe au départ la Russie, le Danemark et la Saxe, qui déclarent la guerre à la Suède et lancent une triple offensive contre les possessions suédoises, profitant de l'arrivée sur le trône de , âgé de seulement . Mais la Suède repousse les forces russes à Narva, impose une paix séparée au Danemark (Travendal, 1700) et contraint les forces d'Auguste II à se retirer en Saxe puis à signer le traité d'Altranstädt (1706). Ce dernier doit notamment renoncer au trône de Pologne, occupé depuis 1704 par Stanislas Leszczynski, sous la protection de l'armée suédoise qui occupe le pays.

se lance alors dans une grande offensive contre la Russie, mais cette campagne se termine par le désastre de la bataille de Poltava et l'exil de Charles dans l'Empire ottoman où il demeurera jusqu'en 1714. Après Poltava, la coalition initiale anti-suédoise est rétablie et redevient alors roi de Pologne. Les forces suédoises du sud et de l'est de la mer Baltique sont chassées et les dominions suédois sont divisés entre les membres de la coalition. La Suède est même envahie par le Danemark à l'ouest et par la Russie à l'est. L'offensive danoise est repoussée à Helsingborg (1710), mais la Russie parvient à s'emparer de la Finlande et à infliger de lourdes pertes à la marine et aux fortifications côtières suédoises.

La coalition est rejointe par en 1714 comme électeur d'Hanovre puis en 1717 comme roi de Grande-Bretagne, et par en 1715. , rentré de Turquie, ouvre un front en Norvège, mais est tué à .

La guerre prend formellement fin avec les traités de Stockholm (1719) entre la Suède, le Brunswick-Lunebourg (Hanovre) et la Prusse, le traité de Frederiksborg (1720) entre la Suède et le Danemark et par le traité de Nystad (1721) entre la Suède et la Russie. Par ces traités, la Suède renonce à son exemption des droits de passage dans l'Øresund, perd tous ses dominions à l'exception de la Finlande et de la partie nord de la Poméranie suédoise.

Cette défaite de la Suède, où la mort de met fin à la monarchie absolue et où commence « l'ère de la Liberté », fait de la Russie la puissance principale en mer Baltique et un acteur important dans les affaires européennes.

Contexte thumb|left|La Suède dans les années 1650.

L'empire suédois De 1560 à 1660, la Suède, qui contrôle la Finlande depuis le Moyen Âge, a conquis des territoires au sud et à l'est du golfe de Finlande, les provinces de Carélie, d'Ingrie, d'Estonie et de Livonie. La période du Temps des troubles en Russie débouche sur des gains territoriaux de la Suède, entérinés lors du traité de Stolbovo en 1617, qui prive la Russie d'un accès direct à la mer Baltique.

D'autre part, au cours de la guerre de Trente Ans (1618-1648), la Suède a conquis au sud de la mer Baltique des territoires du Saint-Empire, notamment l'ouest de la Poméranie occidentale, Wismar, Brême et Verden.

Elle a aussi envahi les provinces danoises et norvégiennes situées au nord de l'Øresund (Scanie).

Bien qu'inférieure en nombre, l'armée suédoise est à cette époque beaucoup mieux organisée que la plupart des armées d'Europe, grâce à la modernisation de l'administration civile et militaire au cours du , permettant une mobilisation efficace des ressources. Toutefois, le principe est que, à l'étranger, l'armée doit se financer et se ravitailler sur place en pillant et en taxant les territoires conquis, procédure d'ailleurs utilisée par toutes les puissances de l'époque. Malgré tout, il a fallu recourir aux ressources de la Suède proprement dite pour faire face aux longues campagnes (notamment celles de Gustave-Adolphe).

La république des Deux Nations (Pologne et Lituanie) La Suède contrôle donc une bonne partie du littoral de la mer Baltique, le reste relevant de la république des Deux Nations (capitale : Varsovie), entité créée en 1569 (Union de Lublin) et associant le royaume de Pologne et le grand-duché de Lituanie ; certaines provinces du royaume de Pologne sont cependant tenues en fief, soit par l'électeur de Brandebourg (duché de Prusse, capitale : Königsberg), soit par le duc de Courlande.

La république des Deux Nations s'étend vers le sud et l'est au-delà de la Pologne et de la Lituanie actuelles : le royaume de Pologne inclut l'Ukraine à l'ouest du Dniepr jusqu'à Pervomaïsk, au confluent du Boug méridional et de la Syniukha. Le grand-duché couvre les territoires actuels de la Lituanie et de la BiélorussieLe grand-duché indépendant incluait l'Ukraine, mais celle-ci est devenue polonaise dans le cadre de la République des Deux Nations..

En 1697, après la mort du roi , le nouveau roi (et grand-duc) élu par la Diète est , électeur de Saxe, qui prend en Pologne le nom d'. Toutefois, alors qu'en Saxe il dispose des pouvoirs d'un roi absolu, il n'en va pas de même en Pologne, où la Diète joue un rôle essentiel dans la vie politique.

Durant la grande guerre du Nord, la Pologne ne sera pas officiellement en guerre, mais va être un enjeu important de la lutte entre la Suède et la Saxe dans les années 1700-1709.

La Russie et les débuts du règne de Pierre le Grand

À la fin du , l'accession au pouvoir de Pierre le Grand (1682) est marquée par sa volonté de faire de la Russie une puissance et, pour commencer, de récupérer les territoires perdus antérieurement. Les interventions étrangères en Russie pendant le Temps des troubles avaient en effet abouti à des gains suédois dans le traité de Stolbovo (1617). Le traité a privé la Russie d'un accès direct à la mer Baltique, mais la fortune russe a commencé à s'inverser dans les dernières années du . À la fin des années 1690, l'aventurier Johann Patkul réussit à allier la Russie avec le Danemark et la Saxe par le traité secret de Préobrajenskoïé, et en 1700 les trois puissances attaquèrent.

Autres protagonistes

Le Danemark contrôle alors la Norvège. , cousin de , a succédé à en 1699, et a poursuivi la politique anti-suédoise de son prédécesseur. Son objectif est de récupérer les terres danoises perdues au profit de la Suède au cours du .

L'électorat de Brandebourg, dont la capitale est Berlin, contrôle le duché de Prusse et a des visées sur les territoires polonais situés entre ces deux entités (notamment Dantzig/Gdansk, principale ville de Prusse occidentale). En 1701, cessant de relever de la Pologne, le duché de Prusse devient un royaume (hors du Saint-Empire). L'ensemble Brandebourg-Prusse est en passe de devenir une autre puissance importante.

La Saxe au contraire est plutôt en déclin.

La période des succès de Charles XII 1700 (mars-août) : l'offensive des coalisés et la neutralisation du Danemark , de Danemark dirige une attaque contre les Holstein-Gottorp. Les forces danoises s'emparent alors de plusieurs de leurs forteresses.

Après la déclaration de guerre à la Suède (), une armée danoise met le siège devant Tönning en mars. Simultanément, les forces d' avancent en Livonie suédoise, prennent Dünamünde et mettent le siège devant Riga.

thumb|250px|left|Bataille de Narva (1700).

Mais le roi de Suède réagit énergiquement : il concentre ses premières attaques contre le Danemark. La flotte suédoise réussit à contourner le blocus établi dans l'Øresund et débarque une armée près de Copenhague. Cette attaque surprise et les pressions des deux grandes puissances maritimes, le Royaume-Uni et les Provinces-Unies, amènent le Danemark à se retirer du conflit en signant la paix de Travendal ().

1700 (août-octobre) : la guerre dans les provinces baltes : la victoire de Narva Charles XII est alors en mesure de transférer son armée sur la côte orientale de la mer Baltique pour affronter ses autres adversaires : l'armée d' en Livonie, l'armée du tsar qui se prépare à envahir l'Ingrie suédoise et commence le siège de Narva (). En novembre, les armées russe et suédoise s'affrontent lors de la première bataille de Narva, où les Russes subissent une sévère défaite.

Après cette double victoire, le chancelier suédois tente de « mettre aux enchères » l'alliance suédoise entre la France et les deux puissances maritimes, alors sur le point de s'affronter dans la guerre de Succession d'Espagne, afin de mettre fin à la guerre du Nord et de faire de Charles un arbitre en Europe, sans résultats probants.

1701-1706 : la neutralisation d'Auguste II

se tourne alors vers le sud pour affronter . Il envahit la république des Deux Nations en franchissant la Daugava ().

En 1702, il affronte les troupes de l'hetman de Lituanie, Michał Serwacy Wiśniowiecki (récent vainqueur dans la guerre civile de Lituanie de 1700), et s'empare de la capitale Wilno (Vilnius) en avril. Il lance alors une offensive dans le royaume de Pologne et, le , écrase l'armée saxonne, renforcée par des unités polonaises, lors de la bataille de Kliszów, à au nord de Cracovie. Auguste II se replie vers Sandomierz (à l'est) tandis que Charles XII avance vers Cracovie, qu'il occupe, avant de s'installer à Varsovie. Auguste II se retire alors en Saxe.

le fait détrôner et organise des élections (1704) pour porter sur le trône un homme d'assez haute noblesse Stanislas Leszczynski, qui avait été envoyé auprès de lui comme représentant des adversaires d'Auguste II et est devenu son ami.

Le , est vaincu à Fraustadt (aujourd'hui Wschowa), tout près de la frontière de la Silésie (province alors autrichienne), et signe le traité d'Altranstädt () par lequel il renonce à ses droits sur la couronne polonaise et reconnaît Stanislas Leszczynski comme roi de Pologne ; et met fin à son alliance avec la Russie. Il livre aussi à Charles XII Johann Reinhold von Paktul, ambassadeur de Russie, au départ sujet suédois et un moment officier de l'armée suédoise, qui est condamné à mort pour haute trahison et subit le supplice de la roue en 1707, ce qui sera considéré comme abusif par beaucoup de nobles polonais, étant donné son statut de diplomate.

D'une façon générale, l'occupation suédoise en Pologne et le gouvernement sous protectorat suédois de Stanislas Leszczynski posent un certain nombre de problèmes et suscitent des oppositions.

La confrontation avec la Russie 1702-1707 : le redressement de la Russie après Narva

Malgré le revers subi à Narva, le mouvement de l'armée de vers la Pologne et la Saxe permet à de reprendre l'offensive dans les provinces baltes. Les victoires d'Erastfer et de Nöteborg (Chlisselbourg) donnent à la Russie un accès à l'Ingrie où lance la construction d'une nouvelle capitale, Saint-Pétersbourg, sur le site de l'ancienne forteresse suédoise de Nyenskans. Il commence à mettre en place une marine et une armée modernes, fondée sur une infanterie entraînée au maniement des armes à feu.

Cependant, quand il reprend l'offensive, le général Adam Ludwig Lewenhaupt repousse les Russes avec des armées inférieures en nombre à Jēkabpils () et à Gemauerthof () et la Suède conserve la plus grande partie de ses provinces baltes.

Après la victoire remportée par Charles XII sur Auguste II en 1706, propose de tout rétrocéder à la Suède à l'exception de Saint-Pétersbourg et des territoires situés au nord de la Neva, mais refuse, préférant attaquer la Russie. Le refus de cette offre de paix, alors que tous les ennemis de la Suède sont vaincus ou neutralisés, va avoir des conséquences tragiques.

1708-1709 : la campagne de Russie de Charles XII