Friedrich Wilhelm von Seydlitz (francisé en Frédéric-Guillaume de Seydlitz), né le à Kalkar dans le duché de Clèves et mort le à Ohlau en Silésie, est un militaire prussien, considéré comme l’un des plus grands généraux de cavalerie de l’histoire de la Prusse. Il commanda l’une des premières unités de hussards formée dans l’armée de et permit à la cavalerie prussienne d’atteindre un niveau d’efficacité encore inégalé pendant la guerre de Sept Ans. Son père, cavalier lui aussi, mourut alors que Seydlitz n’était encore qu’un enfant. Son éducation fut alors prise en charge par le margrave de Brandebourg-Schwedt. Excellent cavalier, doté d’un caractère impétueux, Seydlitz servit avec distinction en sous-ordre et se forgea une redoutable réputation de Rittmeister lors de la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748).
Seydlitz devint une figure légendaire dans l’armée prussienne, à la fois pour sa très grande bravoure et son sens du commandement. Durant la guerre de Sept Ans, il fut un général de cavalerie apprécié pour son coup d’œil, son habileté à évaluer rapidement la situation sur un champ de bataille et sa compréhension intuitive des ordres qu’il recevait ; il excellait ainsi à convertir les directives du roi en tactiques flexibles et applicables. À la bataille de Rossbach, sa cavalerie joua un rôle essentiel dans la déroute de l’armée franco-autrichienne avant de contribuer grandement au succès de la bataille de Leuthen, où ses escadrons taillèrent en pièces le flanc gauche de l’armée des Habsbourg. Blessé plusieurs fois au cours de ces différentes campagnes, Seydlitz prit une semi-retraite après la bataille de Kunersdorf en afin de récupérer de ses blessures. lui confia alors la protection de Berlin. Sa mauvaise santé le tint à l'écart du service pendant quelque temps et ce ne fut qu'en 1761 que Seydlitz réapparut sur un champ de bataille.
Titulaire de la croix Pour le Mérite pour sa participation à la bataille de Kolin, Seydlitz fut décoré peu après de l’ordre de l’Aigle noir par en personne sur le champ de bataille de Rossbach. Son amitié avec le roi, jadis très forte, se termina à la suite d'une incompréhension et ce ne fut que durant son agonie, quelques semaines avant sa mort, qu'ils renouèrent contact. Après son décès, les successeurs de Frédéric firent inscrire le nom du général sur la statue équestre de à Berlin.
Biographie
Jeunesse Friedrich Wilhelm von Seydlitz naquit à Kalkar, dans le duché de Clèves. Son père, Daniel Florian Seydlitz, servait comme major dans la cavalerie prussienne au sein du margrave Frédéric-Guillaume de Brandebourg-Schwedt. En 1726, ce dernier quitta l'armée et déménagea avec sa famille à Schwedt, en Prusse-Orientale, où il devint maître forestier. Il mourut deux ans plus tard, en 1728, laissant sa veuve et ses enfants dans une situation financière délicate. Le jeune Seydlitz reçut une éducation élémentaire ; les sources sont contradictoires sur sa maîtrise du français, utilisé plus tard comme langue véhiculaire à la cour de . L'un de ses biographes, Bernhard von Poten, affirme que son allemand était bon et que, s'il connaissait le français, il préférait utiliser l'allemand qu'il écrivait . Il s'exprimait également assez bien en latin. , son futur souverain, s'adressait toujours à lui en allemand.
À 7 ans, Seydlitz était déjà un cavalier de talent qui n'hésitait pas à faire la course avec des garçons plus âgés que lui. Il est décrit dans la plupart des récits comme un enfant sauvage et plein d'entrain. À l'âge de 14 ans, il fut envoyé comme page à la cour du comte Frédéric-Guillaume de Brandebourg-Schwedt, ancien colonel de son père. Celui qu'on appelait le comte transmit au jeune Seydlitz la passion des acrobaties équestres. Ces dernières ne se limitaient pas seulement aux chevaux ; un jour, répondant à un défi du comte, il alla jusqu'à chevaucher un cerf sauvage. Il devint en peu de temps un cavalier émérite et de nombreuses histoires circulèrent à propos de ses exploits, comme celle où il galopa entre les ailes d'un moulin en pleine rotation. Le , il fut nommé cornette dans le régiment des cuirassiers prussiens du comte von Schwedt, l'ancien régiment de son père.
Carrière militaire
Les premiers mois du cornette Seydlitz furent difficiles. En effet, le colonel de son régiment, qui le considérait comme un espion du margrave, le maltraitait en le chargeant de missions inutiles et lui fit clairement comprendre qu'il ne pouvait espérer rivaliser avec lui tant qu'il serait sous ses ordres. L'année où Seydlitz entra au régiment, le vieux roi mourut et son fils lui succéda sur le trône de Prusse. Revendiquant la Silésie, possession des Habsbourg, à l'impératrice Marie-Thérèse, Frédéric se prépara à la guerre. Les hostilités éclatèrent en 1740 et le régiment du Margrave joua un rôle important dans le conflit. Au cours des combats, Seydlitz se fit remarquer à plusieurs reprises par le souverain. Un jour, alors que Frédéric demandait le calibre de l'artillerie qui bombardait les troupes prussiennes, son état-major ne put lui fournir qu'une réponse approximative. Seydlitz se plaça alors à quelque distance de la batterie, ramassa le premier boulet tombé à proximité, l'enveloppa ensuite dans un mouchoir et vint le présenter personnellement au roi.
vignette|Hussard prussien du , par Adolph von Menzel.
En , alors qu'il se trouvait avec son régiment à Kranowitz pendant la première guerre de Silésie, son colonel lui ordonna de prendre 30 hommes et de tenir un poste avancé jusqu'à l'arrivée de l'infanterie. Malgré une fusillade intense, le colonel, toujours en mauvais termes avec Seydlitz, ne lui envoya pas les renforts promis. Informé de la situation, le général commandant la brigade tenta de se porter au secours de Seydlitz avec trois escadrons de cavalerie lourde mais ces derniers furent repoussés par le feu autrichien. Seydlitz fut contraint de se rendre peu après et fut fait prisonnier avec quelques-uns de ses plus proches camarades, parmi lesquels . offrit de l'échanger contre un capitaine autrichien. À son retour de captivité, Seydlitz eut le choix entre occuper la première lieutenance disponible dans un régiment de cuirassiers ou bien prendre immédiatement le commandement d'un peloton de hussards avec le grade de capitaine. Les hussards étaient alors une des formations les plus récentes de l'armée prussienne et ne bénéficiaient pas du prestige des cuirassiers, mais Seydlitz décida tout de même d'y être affecté. En 1743, le roi le nomma capitaine au sein du , lui faisant ainsi sauter le grade de lieutenant. Stationné avec son unité dans la ville de Trebnitz, Seydlitz rendit son escadron remarquablement efficace.
En , Frédéric entra en Bohême, occupa Prague et se dirigea ensuite vers le sud. Le lieutenant-général comte Nassau dirigeait l'avant-garde et Seydlitz participa à cette campagne avec le de hussards von Natzmer, commandé par le major , un homme violent dont Seydlitz désapprouvait la conduite.. Il servit également lors de la seconde guerre de Silésie. Le , le général Hans Karl von Winterfeldt, apprécié du roi pour sa bonne connaissance des hommes, écrivit à Frédéric : . À la suite de sa conduite à la bataille de Hohenfriedberg et de la recommandation de Winterfeldt, Seydlitz fut promu major par le roi le , à l'âge de 24 ans. Il mena son escadron à la bataille de Soor le , repérant la position de l'ennemi avant la bataille et participant activement aux combats. Le , il fut présent lors du combat de Katholisch-Hennersdorf, qui convainquit du bénéfice d'un soutien rapproché lors d'une charge de cavalerie. Le 27 du même mois, il commanda efficacement quinze escadrons dans une attaque contre l'arrière-garde autrichienne qu'il dispersa et détruisit presque entièrement.
Développement des tactiques de cavalerie
vignette|Seydlitz donne le signal de l'attaque à ses cavaliers lors de la bataille de Rossbach, en . Détail d'une peinture de Richard Knötel.
Après la signature de la paix le , Seydlitz retourna avec son escadron à Trebnitz. Il profita des années de paix pour améliorer les tactiques de la cavalerie prussienne et soumit au roi un nouveau programme d'entraînement et d'évolutions tactiques pour les unités à cheval. Frédéric donna son accord et Seydlitz instaura de nouvelles méthodes d'entraînement particulièrement rigoureuses. Il prit ainsi l'habitude de quitter son propre domaine en sautant par-dessus le portail avec sa monture et exigea de tous ses soldats — cuirassiers, hussards ou dragons — un niveau d'équitation similaire. Ces derniers apprirent également à chevaucher sur des terrains accidentés, à manœuvrer en formation et à se battre en combat rapproché, ainsi qu'à soutenir l'infanterie dans ses attaques et à réagir à n'importe quel mouvement de l'ennemi. Sous la direction de Seydlitz, la cavalerie prussienne apprit à se servir exclusivement du sabre car les pistolets ou les carabines n'étaient pas assez précis et devaient être rechargés à chaque fois. Frédéric ayant un jour ordonné aux cavaliers de faire feu sur des mannequins en paille, les tirs furent terriblement imprécis. À l'inverse, grâce aux tactiques développées par Seydlitz, les soldats qui se servaient d'une épée atteignaient leur cible à tous les coups.. Les chevaux équipant la cavalerie étaient généralement de robustes trakehners à sang chaud issus du haras de Trakehnen en Prusse-Orientale..
Le , à l'issue d'une revue au cours de laquelle les différents corps de la cavalerie firent montre de leurs capacités, le roi promut Seydlitz au rang de lieutenant-colonel et lui confia le commandement de toute la cavalerie. Le suivant, il le nomma commandant du de hussards Wurtemberg, cantonné à Treptow. Frédéric, mécontent des performances de ce régiment, ordonna à Seydlitz de le . En 1753, il fut placé à la tête du de cuirassiers. Sous ses ordres, ce régiment devint rapidement un modèle pour le reste de l'armée. En 1755, il fut élevé au grade de colonel. Au début de la guerre de Sept Ans, les changements introduits par Seydlitz avaient fait de la cavalerie prussienne la fierté de : remarquablement entraînée, elle disposait d'un authentique esprit de corps, renforcé par l'estime dont elle jouissait auprès du souverain et par la confiance que Seydlitz inspirait aux cavaliers. Le roi ordonna qu'aucun cavalier prussien ne se laisse dorénavant attaquer sans adresser une riposte équivalente, sous peine d'être renvoyé. La cavalerie prussienne se tailla rapidement une réputation d'agressivité et d'impétuosité, devenant aux yeux du roi l'élément dynamique de son armée et l'outil devant lui permettre de se mesurer aux plus grands empires. En 1756, la cavalerie de Seydlitz était devenue l'arme de choix de .
Guerre de Sept Ans
La guerre de Sept Ans, l'année suivante, immortalisa son nom. En 1757, sans se soucier de la coutume de garder en réserve la cavalerie lourde, Seydlitz emmena son régiment à la garde avancée pendant la bataille de Prague et manqua de perdre la vie en essayant de franchir un marécage. À la bataille de Kolin, à la tête d'une brigade de cavalerie, il se distingua en stoppant la poursuite autrichienne par une charge pleine d'audace. Le roi le nomma deux jours plus tard major-général et lui décerna l'ordre Pour le Mérite, promotion qu'il reconnut mériter, puisqu'il répondit aux félicitations de Zieten : .