Les Archives nationales conservent les archives des organes centraux de l’État français, exception faite des fonds du ministère des Armées, du ministère de l'Économie et des Finances et du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères. Elles ont été créées par décret de l'Assemblée constituante en 1790. Ce service à compétence nationale dépend du ministère chargé des affaires culturelles depuis la création de ce dernier en 1959. Le siège des Archives est situé à Pierrefitte-sur-Seine mais certains fonds sont conservés à Paris. Ces deux sites conservent un total de linéaires d'archives permettant de documenter l'histoire de France depuis le jusqu'à nos jours.
Certains fonds d'intérêt national sont conservés dans deux autres services : les Archives nationales d'outre-mer à Aix-en-Provence (archives des colonies) et les Archives nationales du monde du travail à Roubaix (archives privées d'entreprises et d'associations).
Les ministères des Armées, de l'Économie et des Finances et de l'Europe et des Affaires étrangères ont leurs propres services d'archives depuis le , appelés respectivement service historique de la Défense (SHD), service des archives économiques et financières (SAEF) et Archives diplomatiques. Les archives des services déconcentrés de l'État sont conservées par les Archives départementales.
Les droits de réutilisation des documents conservés par les Archives nationales sont gratuitsarchives-nationales.culture.gouv.fr : https://www.archives-nationales.culture.gouv.fr/fr/web/guest/reutilisation-des-donnees-publiques.
Historique thumb|Façade de l'hôtel de Clisson, Paris.
Les Archives nationales sont indissociables de l'Assemblée constituante qui, dès son règlement du , se dota d'un archiviste chargé d'un dépôt de conservation pour les . C'est Armand Gaston Camus, député de Paris, qui est élu archiviste le . Il fut l'artisan infatigable de la création des Archives nationales et notamment du décret du où est définie pour la première fois cette nouvelle institution, ..
Cependant ce premier décret ne prenait en compte ni le sort des archives autres que celles de l'Assemblée ni celles des institutions supprimées par le passé. La loi du 7 messidor an II ( dans le calendrier grégorien) marque les Archives nationales de son empreinte centralisatrice, notamment par l'article III qui affirme que - Bulletin des lois 12, , p. 2.. La mainmise du pouvoir législatif prend fin avec la mise en place d'un régime à l'exécutif plus fort, le Consulat, qui par un arrêté du 8 prairial an VIII () fait passer les Archives nationales sous l'autorité directe du gouvernement et soumet la nomination du Garde des Archives nationales à la volonté du Premier consul.
La loi du 7 messidor an II Cette loi fondatrice des Archives nationales définit l'organisation et les objectifs de l'institution qui a vocation à accueillir non seulement les archives « papier » produites depuis la préparation des États généraux de 1789, mais également les objets fondateurs de la République, tels que les sceaux, les étalons des poids et mesures. Les bibliothèques, et notamment la Bibliothèque nationale, se voient confier la récupération des manuscrits touchant aux sciences et aux arts et pouvant servir à l'instruction.
La loi crée donc une Agence temporaire de triage des titres pour séparer les documents historiques, destinés à être la Bibliothèque nationale, des documents domaniaux et judiciaires, ces deux dernières typologies étant à l'origine des deux premières sections des Archives nationales. Cette agence, qui prit ensuite le titre de Bureau, permit également aux Archives nationales de faire entrer des fonds qui ne leur étaient pas destinés à l'origine comme, à Paris, les fonds ecclésiastiques, les papiers des émigrés ou encore des corporations.
Localisation d'origine des Archives nationales thumb|Hôtel de Soubise, Paris.
Avant leur installation à l'hôtel de Soubise en 1808, les Archives nationales furent d'abord situées dans une des salles de la Constituante à Versailles, avant de partir pour Paris à la suite d'un arrêté du , d'abord dans la bibliothèque des Feuillants, rue Saint-Honoré, puis dans l'ancien couvent des Capucins situé dans la même rue. C'est là que fut installée l'armoire de fer, toujours visible aujourd’hui dans les Grands dépôts des Archives nationales, coffre-fort conçu à l'origine pour la conservation des planches à assignats victimes de falsification. Bientôt les lois et décrets, ou encore l'acte constitutionnel vinrent les rejoindre, symbole du lien organique entre les Archives et le pouvoir législatif.
La Convention fit déplacer les archives au palais des Tuileries en 1793 où elles restèrent jusqu'en 1800, date de leur déménagement (avec la bibliothèque des Archives) pour le palais Bourbon, à l'exception de l'armoire de fer qui y demeura. Même si les autres dépôts de la capitale sont théoriquement regroupés en 1793, sous la responsabilité de Camus et par conséquent des Archives nationales, en deux Sections, la judiciaire d'une part et la domaniale et administrative de l'autre, les dépôts sont distincts : pour la première Section, assez naturellement, le Palais de justice et la Sainte-Chapelle, et pour la seconde, le Louvre puis, sous le Consulat, le palais Bourbon.
Statuts et missions Statuts Les Archives nationales dépendent du ministère chargé de la Culture et plus précisément de la direction générale des Patrimoines, qui définit, coordonne et évalue la politique de l'État en matière d'architecture, d'archives, de musées, de patrimoine monumental et archéologique. Depuis le , elles constituent un service à compétence nationale sur trois sites (Paris, Fontainebleau et Pierrefitte-sur-Seine). Certains fonds d'intérêt national sont conservés dans deux autres services : les Archives nationales d'outre-mer à Aix-en-Provence (archives des colonies) et les Archives nationales du monde du travail à Roubaix (archives privées d'entreprises et d'associations).
Missions Les Archives nationales ont pour missions la collecte, le classement, la conservation, la restauration, la communication et la valorisation des archives publiques des services centraux de l'État et des pouvoirs centraux constitués depuis l'origine, les opérateurs nationaux et les minutes des notaires de Paris. Il s'agit de missions régaliennes, déléguées par le code du patrimoine. Ces missions sont exercées en étroite collaboration avec le bureau des Missions du Service interministériel des archives de France (SIAF). En matière d'archives privées, la politique de collecte est déterminée par rapport aux compétences propres des autres services à compétence nationale que sont les Archives nationales d'outre-mer et les Archives nationales du monde du travail. Les fonds collectés émanent de particuliers, de familles, d'associations et d'institutions ayant joué un rôle historique d'importance nationale. Les archives privées entrent par dons, dépôts, legs, achats ou dations.
Constitution des fonds Les fonds d'archives publiques sont issus des ministères et de l'administration, qu'ils soient de l'Ancien Régime ou des périodes plus contemporaines. Ils suivent l'ordre du cadre de classement méthodique, créé par Pierre Daunou, garde des archives, en 1808. Les césures dans les fonds, tant chronologiques qu'institutionnelles, sont issues de réflexion et de choix liés au début de l'histoire de cette institution. Le système de cotation est complexe, c'est pourquoi, pour certains domaines d'étude, il est nécessaire de parcourir avec attention de grands ensembles de séries. Pour les fonds postérieurs à 1958, le classement se fait en continu en fonction des années de versement.
Collecte Dans la liste des missions traditionnellement attribuées aux archivistes (les fameux 4 C : collecte, classement, conservation, communication), la collecte est la première des tâches. La collecte est l’ensemble des actions menées pour obtenir de nouvelles entrées d’archives afin d'enrichir les fonds déjà conservés.
La collecte d'archives publiques En France, les archives publiques font l’objet d’un versement de caractère obligatoire et réglementaire dans un service d’archivesArticles R. 212-13 et R. 212-14 du code du patrimoine. Les Archives nationales travaillent au sein du Service interministériel des Archives de France de la direction générale des Patrimoines avec un réseau d’archivistes dans chacune des institutions publiques émettrices de documents. Elles coordonnent et organisent la collecte régulière des archives et les consultations ultérieures, en étroite collaboration avec les Missions des Archives de France, placées directement auprès des ministères pour conseiller, établir des règles de conservation et aider les services à verser leurs documents de conservation définitivePour en savoir plus sur les règles générales et obtenir des indications pratiques relatives aux entrées d’archives publiques aux Archives nationales : Vademecum des entrées d’archives publiques en ligne sur le site Internet des Archives nationales. Les Archives nationales accueillent ainsi en moyenne d’archives par an.
Sous sa présidence, Valéry Giscard d'Estaing inaugure le versement systématiques des papiers, notes et dossiers de la présidence de la République aux Archives nationales, pratique suivie par tous ses successeurs. Il déclare dans le documentaire Les Trésors des Archives nationales (2014) : . En 1981, au terme de son mandat, il en verse 4200 aux ArchivesClaire Bommelaer, « La mémoire de la France », Le Figaro, encart « Culture », 2 janvier 2014, p. 30..
La collecte d’archives privées Les Archives nationales collectent également les fonds de personnes ou d’organismes privés d’importance nationale, ce qui permet d’enrichir et de compléter la vision donnée par les fonds d’origine publique. Ces fonds d’origine privée (ou entrées extraordinaires) peuvent arriver aux Archives nationales selon différentes voies : Les Archives nationales sont habilitées à recevoir des donations, consacrées par un acte notarié dans (art. 931 du Code civil), ou bien des dons manuels, par simple remise matérielle des archives concernées. (art. 894 du Code civil). Les donations se font par acte notarié (art. 931 du Code civil). L’intérêt principal de cette forme d’entrée est que le service d’archives devient pleinement propriétaire des archives qui lui sont données. Le donateur ou ses héritiers ne peuvent contester le don que s’il y a vice de forme ou non-respect des conditions. On peut citer l'exemple des fonds Bassompierre, Crussol, d'Ogny (coté 5, 6 et 7 AP), entrés par don du marquis de Chantérac. Les Archives nationales peuvent recevoir des legs de particuliers comme celui fait par Louis Carré du fonds Sambon (coté 613 AP). Les legs doivent nécessairement figurer dans un testament, sous l’une des trois formes reconnues par le Code civil (art. 969 et suivants). Les Archives nationales ont la possibilité de procéder à des achats, soit directement auprès de particuliers, soit chez les libraires et marchands d’autographes, ou encore en ventes publiques. Un des derniers achats effectués par le Service interministériel des Archives de France pour le compte des Archives nationales est un manuscrit de Robespierre écrit vers 1791 et consacré en grande partie aux finances. La « dation en paiement » permet à un particulier de payer en nature certains impôts (droits de succession, droits de mutation à titre gratuit entre vifs, impôt de solidarité sur la fortune), en remettant à l’état des archives de haute valeur historique (loi du et décret du ). Une partie du fonds Murat (31 AP 1 à 607) est entré par dation aux Archives nationales.