GüntherQuand le caractère ü n'est pas disponible ou n'est pas désiré, le prénom peut être représenté comme « Guenther ». von Kluge, parfois surnommé Hans von Kluge, est un officier général allemand né le à Posen (Province de Posnanie) et mort le près de Dombasle-en-Argonne (France), probablement par suicide alors qu'il était en route pour Berlin.

Il a atteint le grade de Generalfeldmarschall au début de la Seconde Guerre mondiale et était le commandant en chef du front de l'Ouest pendant la bataille de Normandie, au moment de sa convocation à Berlin.

Biographie

Fils du général prussien La particule von n’est attribuée qu‘en 1913 à son père, alors Generalleutnant dans l’Armée prussienne., Günther Kluge suit les traces de son père et s'engage le , comme LeutnantÉquivalent en France de sous-lieutenant. dans le Deutsches Heer, l’Armée de terre de l'Empire allemand. Surnommé der kluge HansLe prénom « Hans » ne fait pas partie de son état-civil. Mais par analogie avec les contes « Die kluge Else » et « Der gescheite Hans » des frères Grimm, ses camarades du début de sa carrière militaire lui ont forgé le surnom der kluge Hans. Der kluge Hans peut se traduire en français par « Hans le Malin » ou « Hans l'Intelligent ». Ce surnom est aussi un jeu de mots irrévérencieux, qui évoque Kluger Hans, un cheval dressé, capable de « prouesses arithmétiques », qui défraya la chronique au début du . par ses camarades, le jeune Günther est affecté au d'artillerie de campagne, où il fait fonction d'aide de camp.

En 1908, Kluge suit une formation à l'académie militaire. Il en sort OberleutnantÉquivalent en France de lieutenant. en . En 1912, il est affecté à l'état-major.

Première Guerre mondiale À la déclaration de guerre en , Kluge (qui bénéficie désormais de la particule von héritée de son père) est promu HauptmannÉquivalent en France de capitaine.. Il sert notamment sur le front de l'Est à l'état-major du . En 1918, il fait fonction de chef du personnel à l'état-major de la . À , il est gravement blessé près de Verdun en Lorrainevon Kluge, Günther Adolf Ferdinand sur le site allemand Lexikon der Wehrmacht..

Entre-deux-guerres À l'issue de la guerre, Günther von Kluge reste dans l'Armée. Il est promu MajorÉquivalent en France de commandant. le , alors qu'il travaille pour le ministère de la Défense de la république de Weimar. Il est affecté ensuite dans un centre de formation militaire. Le , il est nommé commandant d'une compagnie du . Promu OberstleutnantÉquivalent en France de lieutenant-colonel. le , il est affecté à la en 1928. Là, il est promu OberstÉquivalent en France de colonel. le , avant d'être nommé chef de corps du le . D’ à , il sert à l'état-major de la division . Le , Kluge est promu GeneralmajorÉquivalent en France de général de brigade.. Chargé de l'inspection des troupes de transmission, il est promu GeneralleutnantÉquivalent en France de général de division. en . Le , il est affecté à la der Reichswehr. Le , il est affecté à l'état-major au . Promu General der ArtillerieÉquivalent en France de général de corps d'armée, dans une arme particulière, en l'occurrence ici l'artillerie. le , Kluge est nommé commandant en chef du , le groupe d'armées . En , comme la plupart de ses collègues qui ne sont pas favorables à une politique étrangère agressive vis-à-vis de la Tchécoslovaquie, Kluge est évincé. Il est cependant rapidement rappelé, et nommé le chef du . Il participe alors, à la tête de ce corps, à l’occupation de la région des Sudètes.

Campagnes de Pologne et de France vignette|Bâton de Generalfeldmarschall de Kluge, reçu en 1940. En , il commande la armée durant l’invasion de la Pologne et joue un rôle important dans les combats du corridor de Dantzig, puis dans ceux de la Vistule. Le , pour la qualité de son commandement, il reçoit la croix de chevalier de la croix de fer.

Le , Günther von Kluge est promu GeneraloberstÉquivalent en France de général d'armée..

Lors de la bataille de France en et , Kluge mène ses troupes de la Belgique au sud-ouest de la France. Ses qualités, sa grande intelligence, son énergie et son professionnalisme le font remarquer par Hitler, qui l’inclut dans la promotion des douze Generalfeldmarschall du .

Front de l'Est Opération Barbarossa vignette|Kluge (de dos) et Heinrici (à droite) en 1943, étudiant des cartes en Union soviétique. Aux premiers jours de l’invasion de l'Union soviétique, le , Kluge donne pour consigne de fusiller non seulement tous les civils trouvés en possession d'une arme blanche, mais aussi les femmes en uniforme. Il annule toutefois cet ordre après la réception d’une consigne de l'OKH relative aux femmes soldats, mais face aux excès provoqués par son ordre, il ordonne le suivant de traiter les soldats soviétiques qui se rendent comme des prisonniers de guerre.

Sa armée, forte de treize divisions, prend Smolensk en , puis est envoyée en Ukraine.

Trois mois plus tard, elle reçoit l’ordre d'attaquer Moscou, mais est finalement bloquée.

Kluge remplace BockBock est officiellement indisponible pour raisons de santé mais, en fait, il fait partie des quarante officiers de haut rang relevés de leur fonction à la suite de leur échec devant Moscou. Battle of Russia, Battlefield : Battles that Won the Second World War — Series 2. Universal Pictures Video. . à la tête du groupe d’armées « Centre » à la . Sa réputation est alors celle d’un stratège et d’un chef énergique, mais aussi d’un homme impulsif et de caractère difficile. Ainsi, après s’être opposé au Generaloberst Hoepner à qui il reproche son inactivité devant Moscou, ce qui vaut à ce dernier d'être congédié par Hitler, il s'en prend à Guderian, avec lequel il a déjà eu plusieurs différends au cours de la campagneKluge reproche notamment à Guderian d'avoir fréquemment désobéi à ses ordres., et qui subit le même sort en se faisant retirer le commandement de la blindée. Une totale et durable inimitié se crée ainsi entre les deux hommes.

Accident en Biélorussie et convalescence Après avoir dirigé son groupe d’armées pendant près de deux ans notamment lors de la bataille de Koursk, Kluge, de retour d’une permission passée à Berlin, est sérieusement blessé quand sa voiture se retourne sur la route reliant Orcha à Minsk, à la .

Renvoyé en convalescence dans sa famille, Kluge est remplacé le par le Generalfeldmarschall Ernst Busch.

Retour sur le front de l'Ouest vignette|Kluge, qui vient d’être nommé commandant en chef sur le front de l'Ouest, est en visite sur la côte de la Manche en , à distance des zones où ont débarqué les Alliés. Il ne reprend un service actif qu’au début du mois de en succédant au Generalfeldmarschall von RundstedtEn effet, Hitler remplace Rundstedt qui préconise des négociations avec les Alliés. comme Oberbefehlshaber WestCommandant en chef sur le front de l’Ouest, en français. et chef du groupe . Deux semaines plus tard, il prend aussi le commandement du groupe à la suite de la blessure de Rommel, dont la voiture a été mitraillée par un avion allié.

Attentat contre Hitler Sollicité depuis plusieurs années par les opposants à Hitler avec qui il entretient des liens d’amitié, Kluge se fait leur complice à l’issue de l’attentat du en relayant trop vite l’annonce de la mort du Führer. Fort des informations qui lui auraient été communiquées par GuderianÀ la suite de l’attentat du qui a blessé Heusinger, Guderian succède à ce dernier en tant que chef d'état-major adjoint de l'Armée de terre., Hitler ordonne une enquête, enquête qui finalement n’aboutit pas. Soupçonné par la Gestapo, Kluge conserve cependant son commandement, pour quelques semaines encore.

Dans son roman Les ombres de Katyn, Philip Kerr évoque ainsi le maréchal von Kluge : Philip Kerr - Les ombres de Katyn - Prologue - Livre de Poche

Échec des contre-attaques en Normandie Kluge se montre incapable de mener à bien la contre-attaque de Mortain et sera incapable d'enrayer l’encerclement des forces allemandes autour de Falaise qui la suit. Comprenant que la rupture du front ouest est maintenant inévitable, il transmet à l’OKW, depuis le QG de la armée, un memorandum proposant à Hitler l’évacuation totale de la France. Son plan consiste à évacuer le maximum d’hommes et de matériel, y compris les troupes du groupe d'armées G de Blaskowitz disposées dans le sud de la France, afin de tenir une ligne de front plus courte sur la frontière allemande .

Perte de confiance d'Hitler À la suite d’un incident qui isole Kluge de son état-major pendant plusieurs heures le , Hitler prend prétexte de ce qu’il soupçonne être une tentative de passer à l’ennemi pour le relever de ses fonctions et le remplacer par le Model ; ce dernier, dès qu'il arrive en France, invite Kluge à rejoindre immédiatement Berlin pour qu'il s’explique devant le Führer.

Retour en Allemagne et suicide Le , Kluge doit prendre la route pour rejoindre Berlin. Augurant d’une arrestation, il préfère le suicide au déshonneur : peu avant Verdun, entre Clermont-en-Argonne et Dombasle-en-Argonne, il profite d'une pause déjeuner au bord de la route pour croquer une capsule de cyanure de potassiumBradley, Dermot, K-F. Hildebrand and M. Roverkamp : Generale des Heeres, 1921-1945, , Biblio Verlag, Osnabruk, 2002.. Il laisse une lettre à Hitler. Dans cette lettre, il se justifie de l'échec en Normandie et appelle le Führer à mettre fin à la guerre :

Selon l'auteur à succès allemand Paul Carell :

Il est le , près du village de Böhne, dans la province du Brandebourg, à proximité immédiate du mausolée des familles von Briest et von Briesen.

Aucun dignitaire politique n'était présent au service funèbre. Il a été enterré dans la terre à sa demande. Pour ses funérailles, à Kluge, honneurs qu'il accorde pourtant quelques semaines plus tard à Rommel après l'avoir contraint au suicide.

Controverse sur les circonstances de sa mort Les circonstances de la mort de Kluge soulèvent des questions. Les sources historiques soviétiques, allemandes, françaises, américaines et polonaises parlent de « suicide ». Cette version officielle est mise en doute par certains auteurs, dont Kazimierz Moczarski, un journaliste et écrivain polonais.

Hypothèse de l'homicide

Moczarski affirme, sans apporter de preuves, qu'il a été tué par Jürgen Stroop. Le récit de Moczarski est séduisant : Moczarski lui-même et un officier SS du nom de Schielke passent avec Stroop dans la même cellule, en 1949. Stroop est déjà condamné à mort et il est en attente d'une deuxième condamnation à mort. Dans ce contexte, où Stroop ne semble plus rien avoir à perdre, l'écrivain polonais relate ses déclarations :

Le au petit matin, [Jürgen Stroop] j'eus un deuxième entretien avec Kluge. Mais cette fois, je fus sec. Je lui déclarai qu'il avait le choix : suicide ou comparaître devant le tribunal du peuple. Kluge répondit à cela que nos « propositions impudentes » ne l'intéressaient pas. […] Kluge souriait et jetait quelques phrases de temps à autre sur un ton autoritaire. Ses brèves formulations étaient d'une logique extraordinaire. Je ne pus lui faire entendre raison. Je laissai un pistolet chargé dans la pièce et sortis. Je pensais qu'il aurait recours au Selbstmord« Suicide » en allemand.. Je revins au bout de quinze minutes. Finalement, je repris l'arme et laissai un verre d'eau et du poison sur la table. Tout cela en vain. Il ne céda pas. Il écrivit seulement une lettre à Adolf Hitler. […] Ici, Stroop s'interrompit et se mit à ranger ses affaires. Au bout de quelques minutes, je [Kazimierz Moczarski] demandai : « – Et comment tout cela s'est-il terminé ? » D'abord, Stroop ne répondit pas. Lorsque je renouvelai ma question il dit, avec une hésitation très nette : « – Il a pourtant fini par se retrouver sur le plancher, sur un joli tapis, avec un trou dans la tête… – Vous l'avez assassiné !!! m'écriai-je. »