Abû `Abdillâh Ja`far bin Muhammad al SâdiqSâdiq : « authentique »", arabe : (arabe : ), né le 17 Rabi’ al-Awwal 83 AH / à Médine, et mort le 25 Chawal 148 AH / dans la même ville, aussi connu sous le nom de Jafar al-Sadiq ou simplement as-Sadiq (le véridique), est le sixième imam pour les chiites duodécimains et le cinquième pour les ismaéliens, ainsi qu'une figure majeure dans les madahib hanafites et malikites de jurisprudence sunnite. Il était un descendant du premier imam et quatrième calife bien guidé Ali du côté de son père, Muhammad al-Bâqir, et du fils du premier calife bien guidé Muhammad ibn Abou Bakr du côté maternel de sa famille, Umm Farwah bint al-Qasim. Muhammad ibn Abou Bakr a été élevé par Ali, mais n’était pas son fils. Ali avait l'habitude de dire : « Muhammad Ibn Abou Bakr est mon fils mais de la lignée d’Abou Bakr ». Al-Sadiq est le sixième imam et reconnu par tous les chiites comme une référence religieuse, et est considéré dans l’islam sunnite traditionnel comme un transmetteur de ahadith, un faqih éminent et un mystique parmi les soufis. En dépit de tout ce qui lui a été attribué dans un certain nombre de disciplines religieuses, aucune œuvre écrite par Ja’far lui-même ne subsiste à ce jour.
Al-Sadiq est né en 699, en 700 ou en 702 du calendrier julien. Il a hérité de son père la position d’imam dans la mi-trentaine. En tant qu’imam, al-Sadiq s’est tenu à l’écart des conflits politiques qui ont secoué la région, éludant les nombreuses demandes de soutien qu’il a reçues de la part des insurgés (et ce contrairement à Zayd ibn Ali, l'imam des zaydites). Victime d’un certain harcèlement de la part des califes abbassides, il fut finalement, selon la plupart des musulmans chiites, empoisonné sur ordre du deuxième d'entre eux : al-Mansour.
En plus de ses liens avec les écoles sunnites de jurisprudence, il aurait joué un rôle important dans l'élaboration de la doctrine chiite. Les traditions rapportées d’al-Sadiq seraient plus nombreuses que tous les autres hadiths des imams chiites réunis (y compris Ali). En tant que fondateur de la jurisprudence Jafarite, al-Sadiq aurait également élaboré les doctrines du Nass (désignation divinement inspirée de chaque imam par l’imam précédent), et de l'Ismah (l’infaillibilité des imams d'ahl al-bayt), ainsi que celle de la Taqiyyah, qui ont toutes contribué à sceller définitivement la différence entre sunnisme et le chiisme sur le plan théologique.
La question de la succession après la mort d’al-Sadiq fut la cause de la division entre les chiites qui considéraient son fils aîné, Ismaïl (mort avant son père), comme le prochain imam, et ceux plus importants qui croyaient que son troisième fils, Moussa al-Kazim, était l’imam. Le premier groupe est devenu connu sous le nom d'Ismaéliens (ou septimains) et le deuxième a été nommé jafarites ou duodécimains.
Naissance et premières années Ja`far al Sâdiq est né à Médine en 80 AH / 699 - 700 ou en 83 AH / 703 - 704. Du côté de son père, il était l'arrière-arrière-petit-fils d’Ali, le quatrième calife bien guidé et premier imam des chiites. Sa mère, Umm Farwah bint al-Qasim était l'arrière-petite-fille d’Abou Bakr; le premier calife bien guidé. Al-Sadiq fut le premier des imams chiites d'un aussi haut lignage car descendait à la fois d’Abou Bakr, le premier souverain du califat des Rachidoune, et d’Ali, le premier imam (par ailleurs le sang des empereurs romains Maurice et Tibère II coule dans ses veines, ainsi que celui du prophète musulman David et des empereurs sassanides Vahram V et Yazdgard III). Cependant, les chiites déconsidèrent une telle ascendance car ils croient que les califes précédents (comme Abou Bakr), en prenant le contrôle de l’Empire islamique, avaient illégalement spolié Ali, qui était l’héritier légitime du califat. Au cours des quatorze premières années de sa vie, il vécut aux côtés de son grand-père Ali Zayn al-Abidin et vit ce dernier se retirer de la politique. Il a également noté le respect que les célèbres juristes de Médine portaient à Zayn al-Abidin bien que ce dernier avait peu de partisans.
Dans la maison de sa mère, al-Sadiq interagit également avec son grand-père qui était respecté par le peuple de Médine comme un célèbre traditionaliste. Pendant cette période, le pouvoir omeyyade était à son apogée, et l’enfance d’al-Sadiq coïncidait avec l’intérêt croissant du peuple de Médine pour la science prophétique et les interprétations du Qorʾān.
Imamat
Al-Sadiq avait 34 ou 37 ans lorsqu’il hérita de l'imamat à la mort de son père Muhammad al-Bâqir. Il détint l'imamat pendant 28 ans, plus longtemps que n'importe quel autre imam chiite. Son imamat a été une période cruciale dans l’histoire islamique en ce qui concerne les domaines politiques et doctrinaux. Avant al-Sadiq, la majorité des chiites préférait la politique révolutionnaire de Zayd (l’oncle d’al-Sadiq) au calme mystique du père et du grand-père d’al-Sadiq. Zayd affirma que la position d’un imam était conditionnelle à sa comparution publique pour faire valoir ses droits. Al-Sadiq, d’autre part, aurait élaboré une nouvelle doctrine de l'Imamat, qui dit "Imamat n’est pas une question de choix humain ou d’affirmation de soi" mais que chaque imam possède un 3ilm (?) unique (connaissance) qui le qualifie d'office pour ce poste. Cette connaissance aurait été transmise par le prophète Mahomet à travers la lignée des descendants immédiats d’Ali. La doctrine du Nass, ou "désignation divinement inspirée de chaque imam par l’imam précédent", aurait donc été parachevée par al-SadiqDes sources sunnites, cependant, affirment que des doctrines telles que l’imamat ont été formulées de nombreuses années après al-Sadiq et lui ont été attribuées à tort.. Bien qu’il ait été désigné comme l’Imam, al-Sadiq ne revendiqua jamais le califat de son vivant.
Sous les souverains omeyyades L’imamat d’Al-Sadiq s’étendait sur la seconde moitié du califat omeyyade, marquée par de nombreuses révoltes (émanant principalement des mouvements chiites alides), et finalement le renversement violent du califat omeyyade par les Abbassides. Descendant de l'oncle défunt du prophète musulman Muhammad, Al-Abbas, Al-Sadiq a maintenu la politique d'apaisement de son père et n’a joué aucun rôle dans les nombreuses rébellions. Il se tint à l’écart du soulèvement de zaïdites qui se réunirent autour de l’oncle d’al-Sadiq, Zayd, qui avait le soutien des mutazilites (dont il avait embrassé la théologie) et des traditionnistes de Médine et de Koufa. Al-Sadiq n’a pas non plus soutenu la rébellion menée par son cousin, Muhammad al-Nafs al-Zakiya, inspiré par les Kaysanites (qui furent par la suite décriés comme des ghulāt et des mushrikin par la littérature jafarite). Al-Sadiq n’a joué strictement aucun rôle dans la rébellion abbasside contre les Omeyyades. Sa réponse à une demande d’aide d’Abu Muslim, le chef khorassanais d’un soulèvement contre les Omeyyades, est devenue célèbre. Al-Sadiq a demandé une lampe et a brûlé la lettre d’Abu Muslim, disant à l’envoyé qui l’a apportée : "Dites à votre maître ce que vous avez vu". En brûlant la lettre d’Abû Muslim, il aurait également dit : "Cet homme n’est pas un de mes hommes, ce temps là n’est pas le mien". Al-Sadiq ignora également les demandes d’aide à d’autres revendications du califat, sans faire avancer ses propres prétentions. Il aurait dit que même s’il était, en tant qu’imam désigné, le vrai leader de la Oumma, il ne réclamait pas sa part du califat. Cette position consciente de neutralité est probablement la raison pour laquelle Ja’far a été toléré par la cour omeyyade pendant si longtemps, au contraire des zaïdites. Cette position a également donné lieu à un précédent juridique fort pour la Taqiyyah.
Sous les souverains abbassides La fin de la dynastie omeyyade et le début des Abbassides fut une période au cours de laquelle l’autorité centrale était faible, permettant à al-Sadiq d’enseigner librement dans une madrassa qui a formé environ quatre milliers d’élèves. Une école d'une telle taille était inhabituelle pour les enseignants religieux de l'époqueJohn B. Taylor, “Jaʿfar al-Sādiq, Spiritual Forebear of the Sufis, ” Islamic Culture40/2, avril 1966, pp. 97–113.. Parmi ses élèves se trouvaient Abou Hanifa et Mâlik ibn Anas, fondateurs de deux grandes écoles de droit sunnites : le Hanafisme et le MalikismePhyllis G. Jestice, Holy People of the World: A Cross-cultural Encyclopedia, volume 1, . , Historical Dictionary of Islam, . Umar F. Abd-Allah, Mālik and Medina: Islamic Legal Reasoning in the Formative Period, . . Wassil ibn Ata, fondateur de l’école de théologie mutazilite, comptait également parmi ses élèves. Après que la révolution abbasside eut renversé le califat omeyyade, elle se retourna, après la mort d'As-Saffah, contre les groupes chiites qui avaient été ses alliés contre les Omeyyades. Les nouveaux dirigeants abbassides, qui étaient montés au pouvoir sur la base de leur descendance d'al-Abbas, l’oncle de Muhammad, se méfiaient d’al-Sadiq. En effet, les chiites ont toujours cru que le commandement de la Oumma était une nomination émise par ordre divin, réservée aux Hachémites, et qui a été donnée à chaque imam par l’imam précédent. En outre, al-Sadiq avait un large public, tant parmi les érudits que parmi ceux qui pensaient qu'il était l'imam de son temps. Pendant le règne (136 AH - 158 AH / 754 - 775) d’Al-Mansour, al-Sadiq a été convoqué à Bagdad avec d’autres hommes éminents de Médine afin que le calife les surveille de près. Al-Sadiq, cependant, a demandé au calife de l’excuser en récitant un hadith qui disait que "l’homme qui s’en va pour gagner sa vie atteindra son but, mais celui qui reste dans sa famille prolongera sa vie". Al-Mansour aurait accepté sa demande. Après la défaite et la mort de son cousin Muhammad al-Nafs al-Zakiya en 145 AH / 762, cependant, al-Sadiq a pensé qu’il était plus sage d’obéir à la convocation d’al-Mansour. Après un court séjour à Bagdad, cependant, il a convaincu le calife qu’il n’était pas une menace, et a été autorisé à retourner à Médine.
Vers la fin de sa vie, les califes abbassides le harcelèrent. Le gouverneur de Médine a été chargé par le calife de brûler sa maison, un événement qui aurait n'aurait pas blessé al-SadiqLes chiites considèrent cet événement comme une évasion miraculeuse du feu par leur imam. Dont ils disent de lui que "hardiment estampillé par les flammes", il s’exclama : "Je suis des fils d’Ismaël. Je suis un fils d’Abraham, l’Ami de Dieu", que le verset 69 de la sourate 21 (Al-Anbiya) du Qorʾān présente comme ayant échappé au feu en toute sécurité. Pour couper ses liens avec ses disciples, al-Sadiq a également été surveillé de près et occasionnellement emprisonné. De par ces essais, Al-Sadiq semble avoir poursuivi ses études et est resté un enseignant influent dans sa ville natale et au-delà.
Vie de famille Al-Sadiq a épousé Fatimah Al-Hasan, une descendante d’Al-Hassan ibn Ali, avec qui il avait deux fils, Ismaïl ben Jafar (le sixième Imâm ismaélien) et . Après la mort de son épouse, al-Sadiq a acheté une esclave berbère ou andalouse du nom de Hamidah Khātūn (arabe : حميدة خاتون), qu'il a affranchie, formée comme érudite islamique et épousée. Elle lui donna deux fils supplémentaires : Moussa al-Kazim (le septième imam des Douze), et . Elle était vénérée par les chiites, surtout par les femmes, pour sa sagesse. Elle était connue sous le nom de Hamidah la Pure. Ja’far al-Sadiq avait l’habitude d’envoyer des femmes pour apprendre les principes de l’islam auprès d’elle et aurait dit que "Hamidah est pur de toute impureté comme le lingot d’or pur".