Louis Lumière, né le à Besançon (Doubs) et mort le à Bandol (Var), est un ingénieur et industriel français qui a joué un rôle déterminant dans la photographie et dans la mise au point du cinéma.

Louis Lumière est le plus souvent associé au nom de son frère aîné, Auguste Lumière, sous la dénomination des frères Lumière. Ce rapprochement est un peu abusif en ce qui concerne l’invention du cinématographe, puisqu'en réalité, Auguste a échoué dans sa tentative de fabriquer une première machine, et a passé la main à son frère qui a fait aboutir l’invention. D’autre part, Louis a été le réalisateur de toutes les premières vues photographiques animées de la Maison Lumière, auxquelles Auguste n’a assisté parfois qu’en tant que comédien amateur (Le Repas de bébé, La Pêche aux poissons rouges, Démolition d'un mur, etc). Mais le contrat passé entre les deux frères prévoyait qu'ils soient associés systématiquement, aussi bien moralement que financièrement, dans tous leurs travaux et découvertes. .

Biographie Jeunesse Les frères Lumière sont les fils de l'industriel, peintre et célèbre photographe Antoine Lumière, né le à Ormoy (Haute-Saône), et de Jeanne Joséphine Costille, née le . à Paris. Antoine et Jeanne se sont mariés le à la mairie du de ParisRegistre d'état civil du de Paris, 1861, Archives de Paris. et en l'église Saint-Étienne-du-Mont. Antoine gagne sa vie en peignant des lettres sur des façades de magasins, Jeanne est blanchisseuse. Le couple s’installe d'abord à Dole, dans le Jura, où Antoine s'initie à la photographie, puis à Besançon, en Franche-Comté, où un premier fils naît en 1862, Auguste.

Louis Jean Lumière naît le au 143 Grande rueRegistre d'état civil de Besançon (1864) : L'an mil huit cent soixante-quatre, le cinq octobre à onze heures du matin. Nous, Claude François Brulard adjoint délégué du Maire de Besançon, faisant les fonctions d'Officier public de l'état civil, avons constaté la naissance de Louis Jean, né ce jour à une heure du matin fils de M. Claude Antoine Lumière, peintre et photographe, âgé de vingt quatre ans, né à Ormoy (Haute-Saône), et de D. Jeanne Joséphine Costille, sans profession, âgée de vingt trois ans, native de Paris (Seine), Époux demeurant à Besançon grande-rue où l'enfant est né, présenté par le dit sieur Lumière, père de l'enfant. Le sexe de l'enfant a été reconnu être masculin, en présence de M. Victor Jeanneney, artiste peintre, âgé de trente deux ans, demeurant à Besançon, et de M. Achille Pechelache, horloger, âgé de vingt huit ans, demeurant à la dite ville, témoins qui ont signé avec nous après lecture ainsi que le déclarant. Archives municipales de Besançon..

Mais Antoine ne s’attarde pas dans cette petite ville qui est menacée en 1870 par le déclenchement de la guerre franco-allemandeEntrée de lEncyclopédie Larousse [en ligne], sur le site des Éditions Larousse (consulté le 19 janvier 2017). et l’avancée des troupes de la coalition prussienne. Le couple part s’installer au 15, rue de la Barre à Lyon en 1870. Antoine se fait remarquer en tant que photographe de portrait, et son talent fait de lui une sommité de la ville.

Après quelques années passées dans l'Institut Raison, à Monplaisir, les deux frères profitent de leur ascension sociale pour suivre les cours élitistes de l’école de La Martinière de Lyon, lycée d'enseignement scientifique et technologique dont ils sortent, Auguste en 1878 et Louis en 1881A. S., Les frères Lumière dans Les archives de l'imprimerie (Genève), d'août 1897.. Pendant ce temps, Antoine monte un petit atelier de fabrication de plaques photographiques. À cette époque, la photographie utilise des plaques de verre, que l’on enduit juste avant la prise de vue d’une émulsion photosensible de collodion humide qui exige son utilisation dans la demi-heure suivante. Le travail de l’atelier consiste à découper puis à enduire les plaques de verre aux formats exigés par les différentes chambres photographiques, ces gros appareils que l’on dispose sur un trépied afin qu’ils ne bougent pas lors de la prise de vue. Le collodion humide est très contraignant et ne favorise pas la photographie instantanée. L’affaire n’est pas florissante et Antoine envisage même de la fermer.

L'Étiquette Bleue Lumière Alors qu’il n’est âgé que de 17 ans, en 1881, Louis Lumière, féru de chimie, met au point une émulsion sèche de gélatino-bromure sur plaque de verre, que la famille met en vente sous l’appellation « Étiquette bleue »http://www.autochromes.culture.fr/index.php?id=62. Consulté le 20 juin 2017.. Le succès de ces plaques prêtes à l’emploi et que l’on peut stocker, qui est énorme, va changer la destinée de cette famille. Louis et sa sœur Jeanne (11 ans), travaillent de 5 heures du matin jusqu’à 23 heures pour répondre à la demande. Avant la fin de la décennie, l’atelier produit quotidiennement d’abord quelque plaques et Antoine doit racheter les terrains qui entourent le petit édifice devenu trop exigu, puis [?] plaques par jour. En pleine production, la quantité de plaques produites annuellement ira jusqu'à http://cinematographes.free.fr/lumiere.html. Consulté le 24/06/2017..

L’Étiquette bleue fait la fortune d’Antoine et de ses six enfants. À l’usine, les conditions de production sont terribles. Les plaques sont « mises à la sauce », c’est-à-dire enduites à la main par des ouvrières plongées, durant les premières années, dans le noir complet, éclairées par la seule lumière orange foncée (afin de ne pas impressionner accidentellement l’émulsion qui est insensible aux radiations rouges). La lumière rouge provoquant des aberrations de la vision chez ces ouvrières, la lumière verte lui succède. Louis met toute son imagination au service de la fabrication et invente des machines pour compenser la dureté du travail des ouvrières. Dans les nombreux ateliers, la poussière est l’ennemie numéro 1. Les ouvrières portent des pantalons de toile bleue et une vareuse serrée à la taille et boutonnée jusqu’au cou, que la société entretient. Leurs cheveux qu’à l’époque encore les femmes portent longs, sont remontés en chignon serré strictement. Les enfants peuvent travailler dès 10 ans (une nouvelle loi interdit de les engager avant). Les 300 personnes employées à Monplaisir sont mal payées, mais,

Le Cinématographe Lumière Pendant que Louis et Auguste s’attellent maintenant à l’invention d’un procédé d’enregistrement des couleurs, leur père Antoine monte à Paris en et assiste à une démonstration d’une invention qui fait grand bruit dans le monde scientifique : les films, c’est-à-dire des photographies qui captent le mouvement d’un sujet, et qui peuvent le reproduire. , mot anglais qui désigne une couche, un voile, c’est ainsi que l’inventeur et industriel Thomas Edison nomme les bobineaux impressionnés sur un nouveau support, souple et robuste, en nitrocellulose, découvert par l’Américain John Carbutt en 1888, et commercialisé dès 1889 par l’industriel George Eastman (qui créera Kodak). Cette invention résout tous les problèmes rencontrés jusque-là en résistant à l’effort mécanique intense que réclame l’enregistrement de photographies successives à grande cadence (au moins 12 photogrammes par seconde). , perforations destinées à faire entraîner la pellicule par des débiteurs à dents. Edison et son bras droit, William Kennedy Laurie Dickson ont inventé et mis au point une machine qui permet l’impression photographique à cette cadence, le kinétographe, la première caméra de cinéma en état de marche, que l’on charge d’un bobineau permettant tout au plus 1 minute de prise de vues.

Antoine Lumière n’assiste pas au fonctionnement de cette caméra, car Edison, qui l’a protégée par de nombreux brevets internationaux, la garde jalousement à Orange, dans le New Jersey. En revanche, le succès de sa machine à visionner individuellement les films, le kinétoscope, a fait entrer en ébullition le milieu international de la photographie. L’équipe d’Edison a réussi le pari d’enregistrer des images photographiques en mouvement et de les faire visionner spectateur par spectateur. En utilisant les mêmes principes mécaniques, le défi maintenant est d'adapter le procédé à la projection collective, à la façon des lanternes magiques. Une tâche qui ne semble pas impossible. Tous les chercheurs d’Europe, d’Asie et d’Amérique travaillent en ce sens. Malgré les exhortations de Laurie Dickson, qui pressent que la finalité des films est d’être vus par un public rassemblé, Edison se refuse à mettre au point une machine à projeter les films sur grand écran, ce qui ne lui poserait aucun problème insoluble, mais il est persuadé que le kinétoscope individuel est plus rentable. Il a d'ailleurs ouvert, ou fait ouvrir sous licence, les ancêtres des salles de cinéma : les Kinetoscope Parlors, où s'alignent plusieurs appareils proposant autant de films différents. Antoine Lumière, lui, est persuadé qu’il y a là au contraire un superbe marché à prendre au plus vitehttp://www.institut-lumiere.org/musee/les-freres-lumiere-et-leurs-inventions/breve-histoire.html. Consulté le 23/06/2017., d’autant qu’il s’est aussi rendu sur les boulevards parisiens, quelques centaines de mètres plus loin, au Musée Grévin où il a vu en projection, debout parmi un large public, les premiers dessins animés du cinéma, dessinés directement sur la pellicule, présentés depuis 1892 par Émile Reynaud dans son « Théâtre optique ». Cette présentation d’Émile Reynaud est à la base du cinéma tel qu’il nous est parvenu de nos jours, trois ans avant les projections Lumière. .

Antoine revient à Lyon, porteur d’un fragment de film au format 35 mm que lui a gracieusement confié l’envoyé de l’industriel américain. Il décide ses fils à mettre provisoirement de côté leurs recherches sur une émulsion couleurs, et de faire porter tous leurs efforts sur la mise au point d’une caméra et d’un appareil de projection utilisant comme Edison le support souple d’Eastman. Le , un article du Lyon républicain rapporte que . Cet article, qui cite le kinétographe préexistant, montre bien que les deux frères lyonnais travaillent sur la piste ouverte par Edison. Le petit-fils de Louis, Maurice Trarieux-Lumière, souligne la généalogie des inventions : Maurice Trarieux-Lumière (entretien avec le petit-fils de Louis Lumière, président de l'association Frères Lumière), La Lettre du premier siècle du cinéma no 7, association Premier siècle du cinéma, supplément à la Lettre d'information du ministère de la Culture et de la Francophonie , du 3 décembre 1994 . p. 9.

Auguste Lumière se lance le premier dans la conception du « kinétographe Lumière »Auguste Lumière, Mes travaux et mes jours, autobiographie, Éditions La Colombe, Lyon, France, 1953, pp. 32 ss.Jacques Rittaud-Hutinet, Les Frères Lumière, l'invention du cinéma, Flammarion, Paris, 1995, p. 158Georges Sadoul, Louis Lumière, Éditions Seghers, 1964, p. 10Paul Vigne, La vie laborieuse et féconde d'Auguste Lumière, Durand-Girard, Lyon, 1942, p. 77. avec un mécanicien, Charles Moisson. Mais il échoue et c'est Louis qui prend le relais.

droite|thumb|Le cinématographe de Louis Lumière (la manivelle est à l'arrière). 100px|thumb|gauche|Modèle de film cinéma Edison 100px|thumb|gauche|Modèle de film cinéma Lumière