Triumph est une marque britannique de motos fondée par l'Allemand Siegfried Bettman en 1885. Elle appartient depuis 1983 à la société britannique Triumph Motorcycles Ltd, basée à Hinckley. Triumph est l'une des seules marques de motos à avoir été en activité sans interruption depuis le début du , avec plus d'un million de motos produites jusqu'à nos jours.

La première moto Triumph est produite en 1902. La marque se développe rapidement avant la Première Guerre mondiale, connait des difficultés durant l'entre-deux-guerres et retrouve la croissance après la Seconde Guerre mondiale. Dans les années 1950 et 1960, Triumph est une marque de premier plan dans son domaine : les Triumph sont exportées dans de nombreux pays et notamment en Amérique du Nord, marché qui représente jusqu'aux trois quarts des ventes de la marque.

Triumph fait de nouveau face à des difficultés dans les . Reprise en 1983, la marque est spécialisée dans la production de modèles de forte cylindrée à vocation routière et tout-terrain dotés de moteurs à deux ou trois cylindres, comme ses modèles phares, la Bonneville et la Tiger. La marque detient la deuxieme moto la plus cylindrée apres la Boss Hoss .

Historique Débuts En 1883, , né en Allemagne, émigre vers la Grande-Bretagne. Il crée en 1885 une activité de fabrication de bicyclettes., et en 1886 lui donne un nom de marque qui sonne aussi bien au Royaume-Uni qu'en France et en Allemagne : Triumph.

En 1886, Bettmann s'associe à Moritz Schulte, ingénieur en mécanique originaire de Nuremberg. Les deux associés. lèvent des fonds auprès de leurs familles respectives et s'installent à Coventry, dans la région alors la plus industrialisée de la Grande-BretagneAlors que la marque est déployée mondialement, l'implantation industrielle de Triumph, à l'exception de la filiale allemande TWN, est restée concentrée jusqu'aux années 2000 sur un petit périmètre géographique : les principaux sites historiques de la marque (Coventry jusqu'en 1940, Meriden entre 1942 et 1983, et Hinckley à partir de 1984) sont distants d'une vingtaine de kilomètres seulement les uns des autres.. Ils ouvrent leur première usine, destinée à la fabrication de bicyclettes. En 1896, ils créent une filiale à Nuremberg, la Triumph Werk Nûrnberg (TWN) et en 1897 la société mère anglaise prend le nom de Triumph Cycle Company.

Premières motos (1902-1914) Bettmann et Schulte importent en 1897 une moto Hildebrand et Wolfmüller, et mettent au point un prototype de vélo à assistance motorisée vers 1901..

L'année suivante, ils lancent le tout premier modèle de moto Triumph : il est doté d'un moteur monocylindre à quatre temps de la marque belge Minerva de installé dans un cadre semblable à celui des vélos Triumph. La puissance annoncée est de et la transmission finale est par courroie. Ce modèle sera produit avec des moteurs JAP de de 1903 à 1905Le prix catalogue en 1903 est de ..

En 1905, Triumph lance son propre moteur : un monocylindre de à soupapes latérales commandées mécaniquementCes solutions techniques sont avancées pour l'époque.. La cylindrée de ce moteur est progressivement augmentée jusqu'à atteindre en 1914, la puissance annoncée passant de 3 à . Les modèles ainsi motorisés ont un frein arrière commandé par pédale au pied droit et un frein avant commandé au guidonLe frein avant est à mâchoires, comme celui des vélos de l'époque. Le frein arrière est à sabot : lors du freinage, le sabot vient s'appuyer sur la grande poulie arrière supportant la courroie de transmission.. Ils acquièrent rapidement une réputation de fiabilitéCe moteur a une telle réputation que BSA le copiera ouvertement à partir de 1912. et assurent une forte croissance à Triumph : la production passe de en 1905 à en 1909.

La puissance relativement modeste des Triumph ne les empêche pas de briller en compétition, avec notamment une deuxième place du Tourist Trophy de 1907 et la victoire l'année suivante, à une vitesse de . Siegfried Bettmann, le fondateur, est naturalisé anglais.

Triumph introduit ensuite des innovations significatives dans sa gamme : fourche à absorbeur de chocs (1906)Brevetée en 1905 par Triumph au Royaume-Uni sous la référence GB190512165A, cette fourche est désignée en anglais comme étant une « rocking-action fork »., carburateur développé par la marque (1908)Triumph utilisait jusqu'alors des carburateurs Brown & Barlow., commandes au guidon (1908), double poulie d'entraînement (1908)Ce système permettait deux vitesses différentes : à l'arrêt, le pilote pouvait déplacer la courroie d'une poulie à l'autre, changeant ainsi le rapport de démultiplication de la transmission., débrayage de la roue arrière (1911)Dénommé « Free engine », ce système, actionnable par le pilote, permet de débrayer la transmission secondaire, ce qui permet notamment de démarrer la moto sans la mettre sur béquille., système à trois vitesses (1913)Les trois vitesses sont logées dans le moyeu de la roue arrière comme sur certains vélos de l'époque.

Dans un catalogue Triumph de 1914Ce catalogue composé de 44 pages est commun aux vélos et aux motos de la marque., deux pages présentent succinctement sept modèles de la gamme. : Roadster A, B et C ; TT Roadster D, E et G ; TT Racer F, à des prix allant de 54 à 2 options de moteurs sont proposées pour certains modèles.. Ce sont des monocylindres équipés de moteurs de / ou /. Ils se différencient notamment par leur transmission : système à trois vitesses (modèles C et G), moteur en prise constante« Fixed engine » en anglais. (modèles B, D et F) ou débrayable (modèles A et E).

La gamme comprend également, à partir de 1913, un autre modèle : la Junior. Dotée d'un monocylindre deux temps de , la « Baby » comme elle sera surnommée, connait le succès, notamment grâce à sa légèreté (), sa selle basse, et son rapport qualité-prix : pour , elle propose notamment une transmission à deux vitesses et la fourche amortie TriumphLa Junior n'a ni pédales ni kick : le pilote la démarre en poussant.. La Junior sera produite jusqu'en 1926Des modèles sous licence seront produits en Allemagne (Knirps) et aux États-Unis (Excelsior L18 avec un moteur de )..

La renommée de Triumph et son implication locale amènent Siegfried Bettmann à devenir conseiller municipal de Coventry en 1907, puis maire en 1913-1914Malgré son implication locale et bien qu'il ait été naturalisé anglais, S. Bettmann fut en 1914 la cible d'une campagne de calomnie l'accusant, en raison de ses origines, d'être un espion à la solde de l'Allemagne. Il fut contraint de démissionner de ses fonctions politiques en 1914 et de confier la direction de Triumph à des citoyens anglais « de souche ». Il ne retrouva jamais ses mandats politiques mais, blanchi par les tribunaux, put reprendre la tête de son entreprise après-guerre. Il poursuivit son implication dans la société anglaise en créant, en 1920, une fondation d'aide aux jeunes entrepreneurs, la Annie Bettmann Foundation, encore active de nos jours..

Première Guerre mondiale et années 1920 : l'essor gauche|vignette|Triumph H durant la bataille de la Somme (1916). Le Royaume-Uni entre en guerre le et décide d'utiliser massivement des motos pour assurer les communications sur les champs de bataille. Après avoir réquisitionné des motos civiles et commandé une centaine de modèles A, l'armée britannique passe un important contrat concernant la fourniture à partir de 1915 d'un modèle tout juste lancé par Triumph : le modèle H, qui sera produit à plus de pendant la durée du conflit. Le modèle H est toujours un monocylindre à soupapes latérales de / et transmission finale par courroie, mais il innove dans deux domaines importants : le démarrage se fait par kick-starter, et surtout il est doté d'une véritable boîte de vitesses à trois rapports, d'un embrayage et d'une transmission primaire par chaîne. Sa fiabilité vaudra à la marque d'être surnommée « Trusty Triumph », et aura de positives retombées sur les ventes civiles après-guerre : il est vendu jusqu'en 1923 avec vendus vignette|redresse|Logo Triumph, années 1920. Les années 1920 voient un essor exceptionnel de Triumph, dont la production annuelle passe de avant-guerre à en 1925Ce qui fait de Triumph le mondial de l'industrie, juste derrière Harley-Davidson..

Deux évènements importants marquent l'organisation de la société juste après la fin de la guerre : Moritz Schulte, l'un des deux cofondateurs, quitte Triumph en 1919 et se voit remplacé par l'italien Harry RicardoCertains historiens de la marque affirment que le départ de Schulte est la conséquence d'un désaccord avec Bettmann, Schulte pensant qu'il fallait vendre les activités vélos et motos pour se concentrer exclusivement sur l'automobile. Schulte est parti de Triumph avec une prime, très généreuse pour l'époque, de . ; Triumph décide de se lancer dans la production d'automobiles. Ceci conduira au rachat de la société anglaise Dawson et la création de la Triumph Motor Company en 1921, puis à la sortie des premiers modèles en 1923.

Juste après la guerre, Triumph, qui emploie trois mille personnes, doit faire face à une forte inflation, une importante compétition et une intense guerre des prix. La société réagit en introduisant sur le marché plusieurs modèles et innovations, parmi lesquels : la SD, une monocylindre à soupapes latérales de . Avec une boîte trois vitesses conçue par TriumphTriumph utilisait jusqu'alors des boîtes Sturmey Archer., c'est le premier modèle Triumph à transmission finale par chaîne, à frein avant à tambourMais le frein arrière est toujours à sabot : la grande poulie attachée à la roue, désormais sans utilité pour la transmission, subsiste uniquement pour le freinage. et à fourche DruidLa fourche Druid est une des nombreuses variantes de fourches à parallélogramme de l'époque.. La SD est en outre équipée d'un système amortisseur de chocs de la transmission, connu sous l'appellation « Spring Drive », qui lui donne son nom. En 1925, elle sera la première Triumph à recevoir un frein arrière à tambour ; la R ou Riccy, monocylindre de à vocation sportive doté du premier moteur à soupapes en têteLes moteurs à soupapes en tête sont dénommés « OHV » en anglais, sigle signifiant « ». de la marque, mis au point par l'ingénieur Harry Ricardo. Les modèles R seront surnommés « Riccy » ; la CTT, , une monocylindre à quatre soupapes de également à vocation sportive, qui remplace la R à partir de 1927 ; la ST, une monocylindre dérivée de la TT pour un usage moins sportif.

Triumph propose également, outre la Junior, plusieurs modèles d'entrée ou de milieu de gamme, notamment : la LS : un monocylindre de à soupapes latérales avec boîte trois vitesses entièrement intégrée au moteur et lubrification automatique. C'est un échec commercial et la LS ne sera produite que de 1924 à 1927 ; la P : lancée en 1924 au prix de seulement. C'est un modèle dépouillé de dont la production monte rapidement à mille unités par semaine. Mais la P souffre de gros problèmes de conception et de qualitéAffectant notamment les soupapes du moteur et le frein avant. générant l'insatisfaction des clients et de nombreuses réparations sous garantieVingt mille exemplaires seront vendus avant la sortie, fin 1925, d'une version fiabilisée.. Elle restera au catalogue jusqu'à la fin des .

À la fin des années 1920, Triumph dispose d'une gamme de sept modèles monocylindres quatre temps allant de la modeste W (/) à la moderne et sportive ST ( OHV/). Plusieurs modèles, dont le milieu de gamme CN de , sont dotés pour la première fois chez Triumph d'un circuit de lubrification à recirculation.. Et tous bénéficient de cadres modernes et de réservoirs aux formes plus arrondiesCette forme de réservoir est alors dénommée « saddle tank »..