thumb|Poche de sang pour transfusion
Une transfusion sanguine est une opération consistant à injecter, par perfusion intraveineuse, du sang ou des dérivés sanguins.
Histoire La transfusion sanguine est très ancienne : l'histoire des anciens Égyptiens et le Traité d’anatomie d'Hérophile en font mention. Dans la plupart de ces tentatives, le sang employé était d’origine animale.
En 1492 : le pape Innocent VIII aurait subi le premier traitement de cellules vivantes. Persuadé par un médecin que le seul traitement était une transfusion, il se serait fait injecter successivement le sang de trois garçons de dix ans qui en moururent. Le traitement lui aurait apporté la mort. Cependant, selon le médecin et essayiste Gérard Tobelem, « aucun récit historique fiable ne permet d'authentifier » l'événement (Histoires du sang, Plon, 2013).
En 1616 : William Harvey, un médecin anglais commence à parler dans ses cours de la circulation du sang. En 1628, il fait publier sa découverte. Cela prouve que le sang sert à transporter quelque chose mais à l’époque on ne sait pas encore quoi. Il s'agit là des connaissances de l'Occident. En fait la petite circulation sanguine (pulmonaire) avait déjà été décrite par Ibn al Nafis (1223-1288) médecin de l'école de Damas, dont les travaux ont été redécouverts en Allemagne en 1927. vignette|Verre utilisé dans l'ancienne méthode de transfusion sanguine. En 1667 : Le , Jean-Baptiste Denis, un médecin français très réputé à l’époque, médecin personnel de Louis XIV, est le premier à faire injecter, de manière bien documentée, le sang d’un animal à un homme. Il injecte le sang d’un jeune agneau à un garçon d'une quinzaine d'années atteint d'une fièvre qui avait résisté à une vingtaine de saignées. Dans l'idée qu'il pouvait avoir été affaibli par ce traitement, il lui injecta neuf onces (environ ) de sang artériel d'agneau. Le patient, suivant le récit, guérit aussitôt de façon définitive.
En 1668 : Antoine Mauroy, un malade qui présentait des accès de folie furieuse répétés, est transfusé par Jean Baptiste Denis avec du sang de veau à deux reprises. Il présente à la suite des symptômes aujourd'hui interprétables comme résultant d'une allergie : malaise, hématurie. Il meurt à la suite d'une tentative de troisième transfusion. Sa veuve porte plainte. Denis, qui déclare n'avoir pas pu faire la troisième transfusion faute de trouver de veine, est mis hors de cause. Mais le tribunal du Châtelet décide que les transfusions ne pourront se faire qu'après autorisation par les médecins de la faculté de Paris. En 1675, le Parlement de Paris aggrave l'interdiction en limitant la transfusion à l'expérimentation animale et en interdisant la transfusion chez l'homme sous peine de punition corporelle.
En 1788 : on peut à cette date démontrer qu’un chien affaibli par une perte de sang a uniquement besoin d’une injection de sang pour être réanimé. Donc la même chose est envisageable pour les hommes. On sait aussi alors que le sang sert à transporter de l’oxygène indispensable à la vie.
En 1818 : pendant cette année, les premières transfusions de sang d’humain à humain ont lieu. Le sang des animaux n’est plus utilisé car trop de patients sont morts. On espère plus de résultats avec le sang humain mais les médecins à cette époque ignorent l'existence des groupes sanguins - système ABO et groupe rhésus. Donc peu de chances de réussite mais beaucoup plus qu’avec du sang d’animal. Les premières bénéficiaires sont des femmes après leur accouchement, affaiblies par les pertes de sang, comme le fit l'obstétricien britannique James Blundell qui transfusa un décilitre de son sang à sa femme.
En 1820 : la transfusion avec du sang animal refait une petite apparition parce que de nombreux problèmes surviennent comme la coagulation du sang humain (beaucoup plus rapide que celle du sang animal) mais aussi de nombreuses maladies et épidémies se propagent par le sang humain.
En 1900 : l’Autrichien, Karl Landsteiner découvre la notion de différents groupes sanguins (A-B-O (le groupe AB a été découvert en 1901), en comparant le sang de différents sujets. Il constate que le sang agglutine ou non avec les globules rouges des autres patients. Désormais la plupart des transfusions réussissent. Il obtient le prix Nobel de médecine en 1930.
Le : Première transfusion sanguine réussie par poche, réalisée par le Belge Albert Hustin sur un patient anémié par des hémorragies coliques de longue durée.
En 1916 : première réussite par Albert Hustin sur la conservation du sang humain : en ajoutant du citrate de soude, il ne coagule presque plusP. Loodts, Médecins de la Grande Guerre: Histoire de la transfusion sanguine pendant la Grande Guerre.. Par ailleurs, Rous et Turner, ont l'idée d'ajouter un sucre, le dextrose, pour augmenter la durée de conservation du sang. Mais cette méthode ne pourra être appliquée qu'à partir de 1943, avec Loulit qui montre qu'il faut ajouter un peu d'acide citrique pour éviter l'inconvénient de la caramélisation du sucre lors de la stérilisation des flacons. La conservation du sang peut ainsi atteindre trente à quarante jours, alors qu'elle n'était que de quatre jours en 1915.
En 1917, Emmanuel Hédon ranime des animaux saignés à blanc, en leur transfusant leur propre sang rendu incoagulable par l'addition de citrate. Les 13 et de cette même année, le médecin major Émile Jeanbrau utilise cette méthode avec succès pour les trois premières transfusions de « sang conservé ». Il met au point une méthode de prélèvement permettant la diffusion de ce geste.
En 1918 et pendant toute la Première Guerre mondiale de nombreux progrès ont été faits en médecine et en particulier sur le sang. C’est pendant ces années que les premières « vraies » transfusions ont lieu à grande échelle (transfusions en tenant compte des groupes sanguins) et en particulier à l'Ambulance de l'Océan à La Panne (Belgique).
Le , dans Madrid assiégée par les franquistes, Norman Bethune réussit la première transfusion sanguine sans que le donneur soit présent au côté du receveur. Norman Bethune, médecin communiste, est venu de l’hôpital du Sacré-Cœur de Montréal pour s'enrôler dans les Brigades internationales. Il a l'appui du tchèque Bedrich Kisch, responsable des unités médicales des Brigades internationalesJorge M. Reverte, La Batalla de Madrid, Ed. Planeta d'Agostini, 2005, pp. 462-463.
En 1940 : Karl Landsteiner et son compatriote Wiener découvrent ensemble le facteur rhésus du nom du singe de race macaque ayant servi à l’expérience. Les transfusions deviennent de plus en plus sûres pour les receveurs.
C'est Charles Richard Drew qui conceptualisa et organisa la première banque du sang, qui permit d'apporter du sang aux Britanniques durant la Seconde Guerre mondiale, entre 1940 et 1941.
En 1942, aux États-Unis, la Croix-Rouge abandonne la distinction entre sang « noir » et sang « blanc », qui fondait l’interdiction de la transfusion entre personnes de groupes raciaux différents..
De 1985 à 1990 (affaire du sang contaminé) : sont contaminées par le virus du sida après administration de produits sanguins. (Voir ci-dessous : les risques ; risques infectieux.)
En 1995, création de l'AFS (Agence Française du Sang), regroupant l'ensemble des divers établissements de transfusion, Postes, centres National, Départementaux, Régionaux, de Fractionnement, au nombre de près de 160 à l'époque, sous son autorité.
En 1998 (avril) : filtration systématique des prélèvements de sang (sang total, plasmas, plaquettes) afin d'éliminer les globules blancs (déleucocytation).
En 2000 (janvier) : création de l’Établissement français du sang, opérateur unique de la transfusion sanguine en France. Les employés ne sont pas bénévoles, ils sont salariés de l'Établissement.
En 2001 (juillet) : un dépistage systématique très sensible (dit génomique) du virus du SIDA et de l’hépatite C est fait sur chaque don. Cette recherche directe du virus par biologie moléculaire permet de dépister une éventuelle contamination du donneur avant sa séroconversion (apparition des anticorps).
Produits sanguins labiles Produits issus de dons de sang et utilisés directement ou après un traitement effectué au niveau des plateaux techniques des EFS. Par opposition aux MDS (Médicaments dérivés du Sang) traités industriellement à partir du plasma des nombreux donneurs - Immunoglobulines, Fractions coagulantes, Fibrogamine, C1 estérase, etc.
Transfusion de sang total N'existe plus en pratique.
Pour une exsanguino-transfusion, par exemple, on utilise simultanément d'une part un CGR (concentré érythrocytaire), et un PFC-VA (Plasma Frais Congelé viro-atténué) d'autre part. On peut également reconstituer une unité thérapeutique prête à l'usage en préparant un mélange du CGR dont on a retiré une partie du liquide de conservation (SAG Man = saline adénine glucose mannitol) et d'une partie du PFC, de telle sorte que l'hématocrite atteigne 50 à 55 % -hématocrite normale d'un nouveau-né. Mais cette dernière technique, plus simple pour l'utilisateur, nécessite un délai de préparation au niveau du plateau technique de préparation des PSL (Produits Sanguins Labiles) et de temps de transport. La durée de conservation du produit est également limitée, du fait même de la technique utilisée pour cette préparation -circuit ouvert ou clos, voir nomenclature officielle des PSL.
Transfusions homologues Le sang provient d’un donneur humain, jamais transfusé lui-même (pour limiter le risque de transmission d'agents pathogènes, virus ou prions, et, accessoirement d'immunisations anti HLA responsables de TRALI), autre que le patient lui-même à la condition que les groupes sanguins soient compatibles entre donneur et receveur.
Transfusion de concentrés érythrocytaires (Concentrés de Globules Rouges - CGR) Le sang total donné va subir une déleucocytation puis une centrifugation qui va permettre de séparer les cellules sanguines du plasma, les globules rouges étant majoritaires et représentant de 40 à 45 % du volume, on appelle le sédiment « CGR » — concentré de globules rouges. Il se conserve pendant à en lui ayant ajouté 100 ml d'une solution conservatrice « SAG Man » — saline, adénine, glucose, mannitol. La transfusion de CGR est depuis plus de trente ans utilisée à la place de la transfusion du sang total car elle évite le risque de surcharge en augmentant uniquement l'hématocrite dans le cadre des anémies sévères mal tolérées, et permet de disposer du plasma pour la préparation des médicaments dérivés du sang par le LFB. On distingue le CGR standard, le CGR phénotypé, le CGR CMV négatif, le CGR déleucocyté (ils le sont tous, le CGR non déleucocyté n'ayant en pratique plus d'indication), le CGR irradié et le CGR congelé, de phénotype rare, conservé à la Banque Nationale des Sangs de Phénotype Rare et de durée de conservation très longue.
Perfusion de concentrés plaquettaires
Ne sert que pour la lutte contre les troubles hémorragiques (les situations de transfusion massive inclus) , surtout en cas d’insuffisance médullaire, plus rarement en cas de trombopathies constitutionnelles ou induites (Clopidogrel).
Plasma sanguin