John Ray, né le dans le village de Black Notley, près de Braintree dans l'Essex, et mort le , est un naturaliste anglais, parfois surnommé le « père de l'histoire naturelle britannique ». Jusqu'en 1670, il signe John Wray. Contrairement aux autres naturalistes de son époque, il n'est pas médecin. Il ne s'intéresse donc pas aux plantes pour la pharmacologie mais pour des raisons plus scientifiques. Il est également l’auteur de très importants travaux en zoologie.

Ray est considéré comme l’un des fondateurs de l’histoire naturelle moderne.

Biographie Fils de forgeron, il fait ses études à l’école de grammaire de Braintree. À seize ans, sans doute grâce à une sorte de bourse octroyée par le vicaire de Braintree, il part étudier à Cambridge à St Catharine's College. En 1645, il est transféré au Trinity College où son tutor est le professeur royal de grec, James Duport ; l’un de ses camarades est le futur mathématicien Isaac Barrow. Il semble que cet établissement lui ait plus convenu que le premier. En 1649, il est élu membre (minor fellow). Il occupe une chambre que Sir Isaac Newton occupera quelques années plus tard. Il donne des conférences sur le grec (à partir de 1651), les mathématiques (1653) et les humanités (1655). Il est praelector (1657), doyen junior (1657), puis steward de l’école (1659 et 1660). Suivant les habitudes de l’époque, il peut prêcher dans la chapelle de l’école ainsi qu’à St Mary the Great with St Michael avant d’entrer dans les ordres.

Il acquiert une solide connaissance du latin. L’un de ses biographesC.E. Raven (1942)., analysant la qualité et le style de l’écriture latine de John Ray, en déduit que celui-ci l’a longuement et attentivement étudié. Contrairement à Nehemiah Grew par exemple, c'est en latin que Ray écrira. Ce choix a sans doute provoqué la méconnaissance persistante de son œuvre parmi les scientifiques anglais et américains. Pourtant, il s’intéresse également à la langue anglaise et fait paraître en 1670 une collection de proverbes sous le titre de Collection of English Proverbs.

John Ray est ordonné prêtre le . La vie calme et studieuse de Cambridge s’interrompt brutalement en 1662, Ray refusant alors d’adhérer à l’Act of Uniformity. Il quitte ses fonctions l’année même de l’entrée de Newton au Trinity College. Il se retire alors dans son village natal où, dit-il lui-même, il se fie à la Providence et à de bons amis. On pourrait croire que son départ de Cambridge le conduit à abandonner ses recherches, ne serait-ce que parce qu’il se retrouve isolé et sans disposer des riches bibliothèques de l’université. Mais Ray dispose d’une riche bibliothèque personnelleL'inventaire dont nous disposons après sa mort en dresse une liste de volumes., ses amis, en outre, doivent l’assister dans ses recherches et lui fournissent certainement des livres.

C’est durant ses années à Cambridge que John Ray rencontre Francis Willughby, entré comme membre (fellow-commoner) au Trinity College. Bientôt les deux hommes nouent une solide amitié. En 1660, ils partent observer la nature sur l’île de Man. William Derham, qui rencontre Ray à la fin de sa vie, écrira : Ces deux hommes, considérant que l’Histoire de la Nature trop imparfaite [...] concluent alors [...] qu’il doivent réduire les Ensembles de Choses à une Méthode ; et de donner des Descriptions précises de différentes espèces, à partir d’une stricte opinion. Et comme le génie de M. Willughby le conduit à principalement aux animaux comme les Oiseaux, les Bêtes, les Poissons et les Insectes et M. Ray aux végétauxThese two Gentlement, finding the History of Nature very imperfect, [...] agreed between themselves [...] to reduce the several Tribes of Things to a Method ; and to give accurate Descriptions of the several Species, from a strict View of them. And forasmuch as Mr. Wullughby’s Genius lay chiefly to Animals, therefore he undertook the Birds, Beasts, Fishes, and Insects, as Mr. Ray did the Vegetables (cité par Arber, 1943)..

Cette amitié n’est pas seulement l’occasion pour Ray d’entamer une fructueuse collaboration, Willughby, homme aisé et généreux, finance leurs voyages communs et offre à Ray, jusqu’à la fin de ses jours, un hébergement ainsi qu’une rente de soixante livres après la mort précoce de Willughby, Ray s’occupant de l’éducation de ses deux fils, Francis (1668-1688) et Thomas (1672-1729). Ray sera toute sa vie reconnaissant et écrira d’ailleurs à la sœur de Willughby : Je dois à la générosité de votre Honoré Frère, que je puisse avoir le loisir d’écrire n’importe quelle penséeI owe it to the Liberality of your Honoured Brother, that I have this leisurre to write any Thing (cité par Arber, 1943)..

Willughby meurt à seulement trente-six ans. Les historiens des sciences ont souvent tenté de mesurer la part de l’un ou de l’autre dans les ouvrages que va publier Ray après la mort de Willughby. Il est indéniable, et Ray lui-même le souligne avec une grande modestieRay écrit, dans la préface de son Ornithology de 1678 : Willughby est un homme de quick Apprehension, piercing Wit, and sound Judgment (c'est un homme qui saisit vite, est doté d'un esprit perçant et d'un jugement sûr). Il ajoute, au regard de la zoologie, que Willughy it hath not yet been my hap to meet wity any man either in England or beyond Seas of so general and comprehensive knowledge therein, et il ajoute For my part I know no man who hath seen more Species, been more exact in noting their differences, and inventing Characteristic Marks whereby they may be certainly distinguished ; or more curious in dissecting them, and observing the make and constitution of their parts as well internal as external., que l’apport de Willughby, la qualité et le nombre de ses observations, est immense. L’œuvre de deux hommes, où il est impossible de démêler avec exactitude la part prise par l’un ou par l’autre, est un bel exemple de l’amitié en science, qui n’est pas même interrompue par la mort.

Un grand voyage en Europe De 1663 à 1666, Ray et Willughby voyagent en Europe, parfois entourés d’autres compagnons. Ils visitent la France, les Pays-Bas espagnols, la Principauté de Liège , la Prusse, l’Autriche, la Suisse et l’Italie. Ils réalisent de nombreuses observations sur la flore comme sur la faune et rencontrent de nombreux savants. Le voyage est interrompu lorsque le roi de France émet un édit en 1666 qui interdit la présence de Britanniques sur le sol du royaume. Les deux hommes rapportent une immense moisson d’observations qu’ils commencent alors à organiser.

Ray rencontre, de passage à Montpellier en 1665, Niels Stensen (1638-1686), auteur (publié en 1669 et traduit en anglais en 1671). C’est dans ce traité, à la suite de Robert Hooke (1635-1703), que Stensen établit pour la première fois la vraie nature des fossiles.

Six ans plus tard, Willughby meurt. Quatre ans plus tard, Ray publie l’Ornithology au nom de son ami, suivi, en 1686, de son Historia Piscium. Celui-ci est considéré, plus encore que l’Ornithology, davantage comme l’œuvre de Ray que de celle de Willughby.

John Ray est élu membre de la Royal Society en 1667. Willughby et Ray font bientôt paraître dans les mémoires de la Royal Society leur première publication scientifique, elle est consacrée à la circulation de la sève dans les arbres. John Wilkins (1614-1672), qui avait activement participé à la création de la Royal Society, lui demande de traduire en latin son livre Real Character.

En 1673, il se marie avec Margaret Oakley de Launton. En 1676, il s’installe à Sutton Coldfield, puis en 1677 à Falborne Hall en Essex. Finalement, en 1679, il s’installe à Black Notley où il mourra.

En 1693, il publie A Collection of Curious Travels and Voyages (en deux tomes : dans le premier tome, il décrit le voyage de Leonhard Rauwolf dans les pays de l'Est et le deuxième tome regroupe plusieurs voyages d'autres biologistes).

La botanique Ses premiers travaux de botanique Il commence à s’intéresser aux plantes alors que, malade, il doit faire de longues marches dans la campagne. Il dira plus tard que l’étude des plantes peut être un loisir qui permet de contempler ce que l’on a constamment sous les yeux et que l’on piétine sans y penser, d’admirer la beauté des plantes et l'art habile de la nature. D'abord la diversité des plantes de printemps, puis la forme, la couleur et la structure de plantes particulières m'a fasciné et absorbé : l'intérêt pour la botanique est devenu une passionThere was leisure to contemplate by the way what lay constantly before the eyes and were so often troddeen throughtlessly under foot, the various beauty of plants, the cunning craftsmanship of nature. First the rich array of spring-time meadows, then the shape, colour and structure of particular plants fascinated and absorbed me : interest in botany became a passion (Cité par Raven, 1942)..

En 1660, il fait paraître anonymement une flore des environs de Cambridge, où il expose ses premières observations en suivant l’organisation de l’ouvrage de Gaspard Bauhin (1560-1624), , publié en 1622. Il décrit pas moins de 558 espèces des environs de Cambridge qu’il a toutes examinées directement. Chaque fois qu'il aborde une espèce nouvelle, il donne des informations sur une description morphologique, son habitat, sa floraison et des indications thérapeutiques. Il suit la classification de Jean Bauhin (1541-1613), frère de Gaspar Bauhin. L'ouvrage connaît un immense succès.

Thomas Johnson (1604/5-1644) et son ami John Goodyer (1592-1664) avaient envisagé dès 1641 de réaliser une flore britannique, mais la mort de Johnson durant le siège de Basing House met un terme à ce projet. Ray entreprend alors de poursuivre un projet identique et de réaliser une flore de l’Angleterre. Ce projet ne trouvera un aboutissement qu'avec la parution de son Iter plantarum de 1690.

Après son départ de Cambridge, Ray entreprend de faire un grand voyage d'étude botanique qui le conduit, du au de la même année, à visiter la région de Northampton, Warwick, Coventry, Derby, Buxton, Anglesey, Worcester, Gloucester, etc. En 1670, il publie Catalogus plantarum Angliæ et insularum adjacentium, première flore anglaise.

Historia plantarum... Ray envisage la publication d'une flore européenne et étend ses voyages à l'Europe. Il commence à travailler sur ce nouveau projet en 1682 et fait paraître la première partie en 1686, sous le titre d’, première tentative d'une flore mondiale. Cet ouvrage possède des clés d'identification dichotomiques mais ne possède ni schéma ni dessin. C'est seulement en 1690 que Ray inclut de nombreux dessins à l'aquarelle dans son ouvrage Synopsis methodica stirpium Britannicarum. Il utilise d'ailleurs le terme Anthropomorpha dans cet ouvrage pour décrire les singes. La publication de son Historia plantarum s’achève en 1704 avec la parution de la troisième partie. Ray ajoute aux espèces européennes les plantes qui lui sont envoyées par les explorateurs européens. La taille très imposante de ces volumes, que la présence d’illustrations n’explique pas, les rend difficilement maniables, surtout dans le cadre de leur consultation sur la table d’un naturaliste. Selon Arber (1943), c’est sans doute l’une des raisons qui ont fait des de Joseph Pitton de Tournefort (1656-1708), livre de petite taille et très maniable, un ouvrage de référence pour les botanistes du début du , bien plus que les qualités intrinsèques de la classification de John Ray. Celui-ci décrit dans son Historia plantarum espèces selon leur aspect et même si la plupart ne sont pas des nouveautés, les descriptions, brèves et complètes, sont d’une grande qualité.

John Ray touche vingt livres pour chacun de trois volumes de l’Historia plantarum ainsi que vingt exemplaires gratuitement. Compte tenu du coût de fabrication de cet ouvrage et des standards de l’époque, c’est plutôt une bonne rémunération.

La classification botanique