upright=1.5|thumb|Altocumulus lenticularis : exemple d'un nuage qui pourrait entraîner une méprise. Le modèle sociopsychologique du phénomène ovni est une thèse visant à expliquer la plupart des observations d'objet volant non identifié dans un cadre sociopsychologique, c'est-à-dire dans un milieu social dans lequel les individus peuvent s'influencer mutuellement (soit par communication directe, le bouche à oreille, soit par l'amplification qu'en donnent les médias directement implantés dans ce milieu).

La théorie qui consiste à chercher une explication dans ce modèle repose en partie sur le principe du rasoir d'Ockham, selon lequel l'explication la plus simple à un phénomène a priori inexplicable doit être privilégiée au détriment de thèses plus compliquées (particulièrement lorsqu'elles mettent en avant des éléments non prouvés comme des visites de la Terre par des extraterrestres). Cette hypothèse qui explique le phénomène ovni par des méprises, des erreurs d'interprétation, des hallucinations ou de faux souvenirs, reçoit le soutien d'une partie de la communauté scientifique.

L'influence de récits de science-fiction sur les allégations d'observations d'ovnis et d'enlèvements par des extraterrestres est également relevée par plusieurs auteurs.

Origines Michel Monnerie a fait connaître en France l'hypothèse sociopsychologique avec la publication en 1977 de son ouvrage Et si les ovnis n’existaient pas ?Michel Monnerie, Et si les ovnis n’existaient pas ?, Les Humanoïdes Associés, Paris, 1977.. Cette thèse a été popularisée en Grande-Bretagne par des auteurs comme David Clarke, éditeur du magazine Magonia, et des journalistes écrivant pour le magazine Fortean Times. Aux États-Unis, l'hypothèse sociopsychologique est défendue par une organisation de sceptiques, le .

Claude Maugé, professeur de mathématiques et de physique et journaliste de la revue Inforespace, a proposé d'utiliser, à la place de « modèle sociopsychologique du phénomène ovni », l'expression « théorie réductionniste composite du phénomène ovni »Une approche de la théorie réductionniste des ovnis.L'entrée « Ufologie » du Dictionnaire sceptique (traduction française) Robert Todd Carroll, The Skeptic's Dictionary: A Collection of Strange Beliefs, Amusing Deceptions, and Dangerous Delusions, John Wiley & Sons, 2003, ..

Les mécanismes psychosociaux

Phénomènes psychologiques thumb|250px|Gravure du illustrant le phénomène de foudre en boule.

Des commissions américaines (le projet Grudge, le projet Livre Bleu ou le rapport Condon) concluent que la plupart des observations d'ovnis sont la conséquence d'une mépriseVoir l'étude de Toselli, P. (1983). S'il n'y a pas l'ovni, on le crée. Inforespace, , p. 4-6.Témoignage d'ovni et psychologie de la perception, Jimenez, M. (1994). avec des objets volants de conception humaine (avion, ballon sonde, satellite artificiel, rentrée atmosphérique, etc.), ou des phénomènes astronomiques (comète, bolide, planète, comme la planète Vénus qui pourrait être confondue avec un objet artificiel, sa luminosité étant de magnitude -4, c'est-à-dire extrêmement brillante, d'autant que dans des conditions particulières, le scintillement d'une étoile peut également donner l'impression du mouvement), ou encore des phénomènes météorologiques (foudre en boule, altocumulus lenticularis, nuage qui pourrait être pris pour une soucoupe).

Selon certains auteurs, la perception est décrite comme une construction cognitive. Les hallucinations, les faux souvenirsLes faux souvenirs, article de Elizabeth Loftus dans Pour la Science, , décembre 1997. Le même article en anglais : Creating False Memories voire certaines psychopathologies, comme dans l'« affaire Bidule » ou des troubles psychologiques ont été diagnostiqués chez les deux témoinsInforespace , décembre 1989Les Cahiers Zététiques , Printemps 9. page 29, Un "cas Béton" de la Sobeps, le cas "Bidule" deux patientes, mère et fille, ayant témoigné avoir vu un ovni, furent examinées par un médecin qui diagnostiqua une paraphrénie pour la mère et à une épilepsie temporale pour la fille, en seraient des cas de figure. Selon cette approche, la psychologie du témoin d'un évènement étrange ou exceptionnel, comme la vision d'un OVNI, jouerait un rôle dans le contenu du témoignage, une hypothèse invoquée dans les cas d'enlèvements par les extraterrestres. Susan Clancy, psychologue Susan Clancy, Abducted: How People Come to Believe They Were Kidnapped by Aliens, explique ceux-ci par une paralysie du sommeil combinée à un syndrome des faux souvenirsLa page du Skepdic en anglais : Alien Abduction. Selon l'auteur Elaine Showalter Showalter, E. (1998). Hystories: Hysterical Epidemics and Modern Media Colombia: Colombia University Press., il pourrait s'agir d'une forme contemporaine d'hystérie (parmi d'autres telles que par exemple le trouble dissociatif de l'identité, le syndrome de fatigue chronique ou encore le syndrome de la guerre du golfe). Une recherche menée par le psychologue Nicholas Spanos et collaborateurs Spanos N. P., Cross P. A., Dickson K. & Dubreuil S. C. : Close Encounters: An examination of UFO experiences (1993). Journal of Abnormal Psychology, 102, 4, p. 624-632 semble indiquer à l'inverse que les personnes déclarant avoir été enlevées par des extraterrestres ne souffriraient pas d'une psychopathologie.

Dans des expériences sous LSD, le psychiatre Stanislav Grof observe l'apparition de visions rappelant les ovnis, ainsi que des rencontres avec des êtres que le sujet qualifie d'"extra-terrestres"( Stanislav Grof, Royaumes de l'inconscient humain, La psychologie des profondeurs dévoilée par l'expérience LSD, Éditions du Rocher, p 224-225).

Phénomènes sociologiques Le journaliste et ufologue sceptique américain Philip J. Klass a proposé une hypothèse générale pour les vagues de témoignages d'apparitions d'ovnis :

« Lorsque la couverture médiatique conduit le public à croire qu'il y a des ovnis dans les environs, il y a de nombreux objets naturels ou artificiels qui, particulièrement lorsqu'ils sont vus la nuit, peuvent prendre des caractéristiques inhabituelles dans l'esprit d'un observateur plein d'espoir. Leurs observations d'ovnis s'ajoutent en retour à l'excitation de masse, ce qui encourage encore plus de témoins à chercher à voir des ovnis. Cette situation se nourrit d'elle-même jusqu'à ce que les médias perdent leur intérêt pour le sujet, et alors le phénomène retombe. » Klass, P. (1986). UFOs : The public deceived. New York : Prometheus Books, p. 304..

Selon la psychologue Elisabeth Loftus, notre mémoire est changeante, influençable et il pourrait y avoir distorsion du témoignage en fonction des questions posées par un enquêteur Changing Beliefs About Implausible Autobiographical Events Our changeable memories: legal and practical implications.

Le cas de Beert En , cinq personnes déposèrent à la rédaction du journal belge néerlandophone De Standaard une photographie de ce qu'ils appelèrent le cas du siècle. Le journal publia la photo avec un article demandant s'il y avait des témoins. La rédaction fut assaillie de coups de fil de témoins qui jurèrent avoir vu exactement le même objet. Ce fut une mini-vague d'ovnis. Après quelques jours les cinq personnes reconnurent que le cliché était un faux. L'expérience montra qu'à partir d'un faux cas (ici un canular), on peut engendrer d'autres témoignages tout aussi faux par la simple contagion psychologiqueLes sciences parallèles ou la sagesse des fous, Marc Hallet, Espace de Libertés, 1992.

Les partisans de la thèse extraterrestre crièrent au scandaleInforespace , pages 28-29 sans pouvoir invalider la justesse de la démonstration.

Interprétations de cas selon le modèle

1942 et 1946 : Bataille de Los Angeles et fusées fantômes La bataille de Los Angeles au cours de laquelle la DCA a ouvert le feu en 1942 pendant une heure sur d'hypothétiques avions japonais est devenue une légende urbaine ufologique. Selon certaines explications officielles, les éclats de tirs dans le ciel eux-mêmes ont pu être pris par les témoins pour des aéronefs. À la suite de quoi, des équipages militaires aériens ont commencé à déclarer des Chasseurs fantômes, décrit comme des sphères colorées.

1947 : Kenneth Arnold Selon certaines sources, l'observation de Kenneth Arnold, à l'origine du phénomène ovni, pourrait être interprétée comme une méprise avec un vol de pélicans blancs américains UFOs par Janey Levy, Rosen Classroom, 2005, p. 8. Arnold déclare avoir observé un objet en forme de boomerang Ultraterrestrial Contact: A Paranormal Investigator's Explorations Into the Hidden Abduction Epidemic, Philip J. Imbrogno, Llewellyn Worldwide, 2010, p. 3 (ainsi que huit autres objets formés d'un demi-cercle et d'un triangle), et pas en forme de soucoupe. Par contre, il aurait décrit aux journalistes le mouvement de ces objets comme similaire à ceux de soucoupes qu'on lancerait sur l'eau (un déplacement par ricochets Conspiracy Films: A Tour of Dark Places in the American Conscious Par Barna William Donovan, McFarland, 2011, p. 102). Le journaliste s'est trompé dans son article et a dit que les objets avaient des formes de soucoupe, ce qui donna le terme de soucoupes volantes. Dans les semaines qui suivirent, des dizaines de témoins se manifestèrent pour dire qu'ils avaient vu des « soucoupes volantes », décrivant non pas la forme observée par Arnold mais celle véhiculée par la presse. Ce cas est présenté par des sceptiques comme un cas probant de suggestionVoir à ce propos l'article de Robert Sheaffer : The Truth is: They never were saucers by the Committee for Skeptical Inquiry. par les médias, et de leur influence sur les témoignages fortéens en général, ou d'ovni en particulier.

1947 : Roswell thumb|left|Un ballon sonde

L'Incident de Roswell a été officiellement expliqué par les autorités comme le crash d'un ballon Mogul. Différents enquêteurs sceptiques sont arrivées à la même conclusion après leurs propres enquêtes indépendantes : Philip J. Klass Philip J Klass (1997). The Real Roswell Crashed Saucer Coverup. Buffalo: Prometheus. et Kal K. Korff Korff, Kal K (1997). The Roswell UFO Crash - What They Don't Want You to Know. Buffalo: Prometheus., pour ne citer que les deux plus célèbres d'entre eux. Le projet Mogul était un projet top secret qui, au début de la guerre froide, consistait à envoyer des ballons-sondes dans la haute atmosphère afin d'espionner l'URSS pour surveiller d'éventuels tests nucléaires. Un lancement de ballon Mogul a été réalisé peu avant le crash allégué de Roswell. Les débris sur la photo de presse où les militaires montrent les restes de la « soucoupe » correspondent aux débris d'un ballon-sonde du Projet Mogul.

Dans les années cinquante, l'Air Force déclare avoir procédé à des parachutages en haute altitude de mannequins anthropomorphes, pour tester d'éventuelles éjections de pilotes. Selon le second rapport de l'Air Force intitulé "The Roswell Report : Case Closed", ce sont ces mannequins qui auraient été vus au sol par des témoins qui, des années plus tard, ont rattaché ces événements à ceux de Roswell et parlé alors de Les nouvelles révélations de l'Air Force, Barry Greenwood, traduction Pierre Lagrange et franck Périgny, Anomalies , pages 17-20. Le rapport explique ce phénomène par la compression temporelle, tentative de reconstituer l'ordre chronologique des faits longtemps après qu'ils sont survenus. Le magazine américain Omni Star witness, Paul Mc Carty, Omni vol.17 relate le cas d'une infirmière qui a prétendu avoir été témoin de l'autopsie des extraterrestres. Selon certaines sources, cette infirmière se révèlerait n'avoir jamais existéL'infirmière disparue n'avait jamais existé, traduction de Omni, Anomalies , page 19.