La Forêt perdue est un roman-poème écrit par Maurice Genevoix et publié chez Plon en 1967, alors que l'auteur est âgé de 77 ans.

Place dans l'œuvre de Genevoix La Forêt perdue est un ouvrage-clé de l'œuvre de GenevoixMaurice Genevoix confiera : Interview en préface de l'ouvrage réédité en 1971 dans la collection « Bibliothèque du Club de la femme », aux Éditions Rombaldi.. Mais c'est dans l'ensemble de ses livres qui touchent à l'enfance, à la mort et à l'accord organique à la création, que l'on trouve les clés de ce roman initiatique. La mort elle-même, chez Genevoix, est la même chez la bête tirée, et chez l'homme tombant au front. Il s'en est expliqué peu de temps avant sa mort, évoquant l'expérience de la mort durant la Première Guerre mondiale :

Le personnage de Waudru, d'essence plus poétique que réelle, constitue le personnage central du roman. Il incarne de près une figure mythique vers laquelle Genevoix tend inlassablement dans l'ensemble de ses livres consacrés à la nature : à la question du questionnaire de Marcel Proust, Genevoix répond sans surprise : .

Le thème du Paradis originel Le parallèle entre la Forêt perdue et le paradis perdu est à l'évidence immédiat. Le roman a pour scène , un monde presque onirique où la poésie touche à la magie, qui s'étendait . Une histoire venue , vaguement située . La forêt décrite dans La Forêt perdue se situe entre les communes de Tigy et de Vannes-sur-Cosson, dans le département français du Loiret. Cette propriété du nom de Chérupeaux (nom repris avec exactitude dans le livre) était une des propriétés de son éditeur et ami Sven Nielsen, le fondateur des Presses de la Cité. Maurice Genevoix avait pour habitude de s'y rendre pour écrire au cœur même de la région naturelle de la Sologne qu'il aimait tant. , dira l'écrivain dans la préface d'une réédition de la Forêt perdue. Ajoutant :

Waudru, « petit homme à la peau brûlée », « un berdin, un innocent, une créature des eaux, de la forêt, alliée des bêtes comme lui innocentes », simple parmi les simples, presque divinité, « génie charnu » comme Genevoix les affectionneInterview en préface de l'ouvrage réédité en 1971 dans la coll. « Bibliothèque du Club de la femme », aux Éditions Rombaldi., a touché le cœur de la forêt. Il sait. Aussi dira-t-il à Florie : Et la petite fille saura l'écouter, le moment venu… Dans un état entre le songe et l'extase, proche de la voyance, reprenant à son compte la quête du piqueux, qu'elle entrevoit reculer devant le Cerf, acceptant ainsi sa propre condition de mortel, elle en fait même l'expérience magique, avant de quitter définitivement cette forêt perdue :

Un prolongement de La Dernière Harde Laissant filer sa plume, Genevoix redonne vie à plusieurs personnages de La Dernière Harde (1938). Le Cerf rouge et le piqueux La Futaie, devenu La Brisée, piqueux de Chérupeaux, y sont à nouveau les protagonistes principaux. Mais la forêt y est cette fois plus profonde, plus secrète, elle se dérobe davantage. Cette forêt qui invite à une ferveur presque religieuse, où , ce cerf royal qui tient son empaumure bien haut , se défendront contre la quête des hommes.

Dans les dernières lignes du roman, il ne restera plus de cette forêt qu'une image fugitive au petit jour, à peine esquissée : Cette même image qu'il voyait depuis sa chambre, lorsqu'il était enfant, comme il s'en expliquera dix ans plus tard dans Solognots de Sologne, évoquant à nouveau .

Analyse de l'œuvre L'argument L'histoire découle du serment de La Brisée, âgé de vingt-huit ans : Par contraste mais aussi par sagesse, le vieux seigneur Abdon déclare sur son lit de mort au contraire respecter la forêt

La symbolique On y retrouve, comme dans Raboliot, le thème de l'homme tout abandonné à sa passion, partagé entre sa condition d'homme et la quête secrète qui l'anime. Tout au long de l'œuvre, les héros évoluent autour du mythe de la recherche d'un paradis perdu. La Brisée et Bonavent, fils d'Abdon, tenteront de pénétrer la forêt, d'en percer le secret, d'en toucher le cœur. En vain, car cette forêt , les ignorant superbement, vivant .

Florie, fille de Bonavent, revêtue d'une « sensibilité profonde », pure dans la fraîcheur de son enfanceUne enfance que Maurice Genevoix n'a cessé de magnifier dans l'ensemble de son œuvre., connaît seule le chemin qui mène au cœur de la forêt, au paradis perdu lui-même. Le piqueux La Brisée, malgré sa science des bêtes, apparaît au contraire maladroit, malmené par sa condition d'adulte : La forêt s'accorde à l'enfant mais elle se dérobe à l'homme :

Dans cette chasse épique, La Brisée courra au-devant de sa propre mortComme l'avait fait également Raboliot (prix Goncourt 1925), perdu par sa passion de la chasse., trompé par la vanité de son rêve d'homme : Néanmoins clairvoyant, conscient de ses propres errances d'adulte, il confiera deux fois à Florie la charge de mener à bien sa propre quête, précisément par les mêmes mots : On retrouve là le message central de l'œuvre de Genevoix : seule la réminiscence de l'enfance peut éclairer notre chemin, et la vraie quête de l'homme peut trouver son accomplissement dans la seule poésie.

Il faut savoir accepter sa condition d'homme. Lorsqu'il écrit ce roman, Maurice Genevoix y a consenti depuis longtemps. Et alors que le Cerf meurt enfin de sa belle mort, et que la forêt se dérobe tout à fait au jour naissant, Florie revêt ses habits de femme et retrouve sa condition de femme.

Analyse littéraire Dit sur le ton du conte, Genevoix s'adresse régulièrement au lecteur, en l'interpellantPar exemple : (Rombaldi, p. 23), ou bien : (p. 51), ou encore : ..

Les récurrences, Les parallèles sont nombreux au fil de l'œuvre. Les chapitres et se closent par la même exhortation de La Brisée. De même, La Brisée et Florie expérimenteront tous deux la même course magique, comme un vol suspendu au-dessus des ronciers. Ainsi de Florie : La Brisée, quelques années plus tôt, avait lui-même rêvé de cette course, les yeux grand ouverts. Il avait confié ce rêve à Florie :

Par des effets de perspective, Maurice Genevoix sait également dessiner la profondeur d'un regard. Il lui suffit pour cela de présenter l'objet réellement vu en arrière-plan de ce qui semble regardé. Ainsi, à la mort d'Abdon, les yeux de La Brisée aperçoivent, au-delà du lit du mourant, la petite Florie debout dans l'échancrure de la porte. Plus tard, la même Florie entreverra le Cerf, au-delà de la flèche encore fichée dans l'écorce d'un arbre.

Mais, comme de coutume chez Genevoix, c'est le charme d'un vocabulaire d'antan, la cadence poétique amicale et l'extraordinaire puissance évocatrice de ses touches successives qui confèrent à ce roman sa dignité littéraire.

Notes et références

Catégorie:Roman français paru en 1967 Catégorie:Roman de Maurice Genevoix Catégorie:Œuvre littéraire se déroulant en France Catégorie:Forêt dans la fiction