La révolution iranienne, également appelée révolution islamique est la révolution de 1979 qui a transformé l'Iran en république islamique, renversant l'État impérial d'Iran et la dynastie Pahlavi.
Le mécontentement grandit pour des raisons politiques et économiques. Le shah Mohammad Reza Pahlavi a mis en place un pouvoir autocratique qui étouffe toute opposition. L'inflation attise l'irritation. Un assouplissement de la répression à la fin des années 1970 permet à l'opposition de faire entendre sa voix. Elle est menée au début par des libéraux démocrates. Mais le clergé s'est aussi élevé contre les réformes entreprises dans les années 1960. La répression dont ces oppositions font ensuite l'objet, radicalise les manifestants qui se tournent vers l'ayatollah Khomeyni. Le Shah est contraint de quitter le pays, les tentatives de compromis échouent, et les partisans de Khomeyni instituent une théocratie.
Éléments précurseurs de la révolution (1941-1976) Un pouvoir autocratique En 1941, le chah Mohammad Reza Pahlavi prend le pouvoir en Iran, après le départ de son père Reza Chah Pahlavi, forcé d'abdiquer en 1941 par l'invasion des Britanniques et des Soviétiques. Après une période d'interrègne civil, un attentat manqué en 1949 sert de prétexte pour mettre en place un régime autocratique. Un coup d'État, appuyé par une opération clandestine de la CIA et du MI6, l', renverse en 1953 le gouvernement de son Premier ministre Mohammad Mossadegh pour mettre un terme à sa politique nationaliste et consolider le pouvoir du chah. Pahlavi maintient de bonnes relations avec les États-Unis, mais son gouvernement est critiqué pour sa corruption et les pratiques violentes de la SAVAK, ce qui suscite une condamnation de la part de nombreux membres de la communauté internationale. En effet, après le coup d'État, Mossadeq est placé en résidence surveillée, son ministre des Affaires étrangères exécuté, son parti, le Front national d'Iran, interdit. L'autre principal parti d'opposition, le parti communiste Tudeh, n'échappe pas à la répression, puisque 5 000 de ses membres sont arrêtés. L'Iran tombe sous un chape de plomb dont le poète Akhavan-Thaleth exprime l'atmosphère dans son poème Zemestān (« L'hiver »).
Les oppositions Une forte opposition politique se forme dans de nombreuses franges de la société pendant le règne du chah. À cet égard, les intellectuels laïques et libéraux, les mouvements populaires aux idéaux tiers-mondistes et nationalistes ont une importance particulière au sein de l'opposition en IranJean-Pierre Digard, Bernard Hourcade et Yann Richard, L'Iran au , Fayard, 1996, p. 155.. Par ailleurs, depuis la révolte du tabac en 1891, le clergé a acquis progressivement une influence politique autant que religieuse. Alors que cette opposition augmente, le chah réprime fortement les dissidents. Mehdi Bazargan quitte en 1961 le Font National d'Iran, laïc, pour créer avec l'ayatollah Taleqani le Mouvement de Libération de l'Iran (MLI), fidèle aux idéaux de Mossadeq, mais plus favorable à une démocratie islamique. Cette opposition ne subsiste que dans la clandestinité.
Le programme de réformes du chah est connu sous le nom de « révolution blanche ». Ce programme abolit le système agraire inégalitaire existant jusque-là (ayant par exemple pour conséquences de diminuer la taille des propriétés du clergé, diminuant par conséquent leurs revenus), et accorde en 1962 le droit de vote aux femmes, auquel le clergé s'oppose parce qu'il y voit une « conspiration » pour faire éclater la famille. Le Shah attise la colère des religieux en accordant, en 1964, une immunité aux personnels militaires américains et à leurs familles. La mesure est dénoncée par l'ayatollah Khomeini, un des chefs de file de l'opposition religieuse, qui proclame que le règne du chah est une tyrannie. La révolte conduite par le clergé est réprimée par la force le 15 khordad (5 juin 1963). Après son arrestation, Khomeini est exilé vers la Turquie en 1964. Les leaders du MLI, qui ont soutenu le mouvement du 15 khordad, sont arrêtés.
La crise économique et la montée des extrêmes Entre 1963 et 1967, l'activité économique croît considérablement, grâce à une augmentation des prix du pétrole ainsi qu'aux exportations d'acier. Mais l'inflation augmente au même rythme. Les prix de l'immobilier à Téhéran augmentent de 300 % en 5 ans. Après la crise pétrolière de 1973, l'économie du pays entre en surchauffe. Les réformes ont modernisé l'économie, mais provoquent un fort exode rural, qu'une politique urbaniste hasardeuse peine à absorber. Le Shah fait porter la responsabilité aux commerçants, à qui il impose un contrôle des prix.
L'échec de l'opposition politique encourage des groupes à prôner la lutte armée. Le premier est le Mouvement pour la Libération du peuple iranien () fondé par Kazem Sami et Habibollah Payman. En février 1971, un mouvement de guérilla rurale, inspiré du foquisme, prend forme dans le Guilan à Siahkal. En dépit de l'échec des insurgés face aux forces de l'ordre du régime, cet événement marque le point de départ de nombreux mouvements de guérillas dans le pays au cours des années 1970, dont les Moudjahedines du peuple et les Fedayines du peuple iranien.
En , le shah organise la célébration du de la fondation de l'empire perse. Cette célébration se tient sur trois jours à Persépolis, avec plus de étrangers. Les cérémonies en costumes d'époque achéménide sont grandioses, et les banquets qui les suivent mobilisent plus de , spécialement venus de France à cette occasion. Une polémique dans la presse sur le coût des festivités contribue à ternir encore l'image du shah. Khomeyni dénonce le faste outrancier de ces célébrations.
Faisant face à une opposition grandissante des dirigeants religieux, rejoints par les propriétaires de petites entreprises en 1975, le shah tente un nouvel effort pour reprendre le contrôle de la société iranienne. Cet effort consiste à essayer de minimiser le rôle de l'islam dans la vie de l'empire, en louant à la place les réalisations de la civilisation perse pré-islamique. En 1976, le début du calendrier solaire iranien est donc déplacé depuis l'Hégire à l'ascension au trône de Cyrus le Grand (). Dans le même temps, les publications marxistes et islamistes sont fortement censurées : le seul fait d'avoir en sa possession un livre interdit peut conduire à la prison.
Conditions pré-révolutionnaires en Iran (1963-1976) Les réformes du shah entamées pendant la « révolution blanche » ne tiennent pas toutes leurs promesses ; la réforme agraire a des ratés et mécontente fortement le clergé chiite, qui tirait une part de ses revenus de biens de main-morte (vaqf) dont la réforme le prive, et les autres grands propriétaires terriens. Mais elle ne satisfait pas tous les paysans : la redistribution des terres est insuffisante, beaucoup ne deviennent propriétaires que de quelques hectares, insuffisants pour assurer leur subsistance. Les nouveaux petits propriétaires ne bénéficient pas de l'infrastructure nécessaire pour une exploitation agricole rentable. Leur renoncement alimente l'exode rural et le surpeuplement des grandes villes.
La frange la plus pauvre de la population iranienne est aussi la plus religieuse et la plus opposée à l'impérialisme étranger. Les pauvres sont majoritairement ruraux, ou habitent dans des quartiers pauvres des grandes villes, particulièrement à Téhéran. Les réformes permettent des progrès dans l'accès aux soins et à l'enseignement. Mais le progrès social est très inégal. Beaucoup de ceux qui se sont installés dans la capitale ne voient pas leurs conditions de vie s'améliorer et souhaitent un retour au style de vie antérieur. Le parti Tudeh échoue à s'implanter auprès des paysans. Le Front national recrute ses adhérents dans la classe moyenne. Le discours habilement populiste de Khomeyni saura séduire le plus grand nombre.
De plus, dans les années qui suivent sa restauration sur le trône en , la position du shah devient périlleuse. Cela est dû dans une large mesure à ses relations étroites avec l'Occident, aux réformes qui n'ont pas réussi pendant la révolution blanche, à la corruption et à la nature autoritaire de son gouvernement, particulièrement à cause de sa police secrète connue sous le nom de SAVAK (remplacée après la révolution par la « VEVAK »). Une opposition aussi nombreuse qu'hétérogène au régime du shah commence à prendre forme, au sein de laquelle coexistent une opposition laïque et démocratique, mais aussi une extrême-gauche révolutionnaire, une gauche islamiste, des religieux favorables à la démocratie et des religieux réactionnaires.
Elle se compose de mouvements différents : le Front national, composé de notables mossadeghistes et d'intellectuels libéraux urbains ; l'extrême gauche urbaine (Organisation des moudjahiddines du peuple iranien), groupusculaire ; le parti communiste iranien (Tudeh) qui avait une base au sein de la population ouvrière ; l'organisation marxiste des Fadaiyan-e-Khalq, qui rassemblait étudiants et ouvriers.
Premières protestations en 1977 En 1977, le candidat démocrate Jimmy Carter devient président des États-Unis. Il a concentré sa campagne sur le thème des violations des droits de l'homme et de la liberté politique, et il a désigné l'Iran, dont le cas a été mis en lumière par Amnesty International. Le Shah redoute qu'il n'arrête les livraisons d'armes. Il assouplit le régime répressif en libérant plus de 300 prisonniers politiques, la censure se relâche, et le système de justice est réformé. Carter fait surtout pression pour la liberté d'association, ce qui entraîne par la suite une multiplication des campagnes pour la liberté d'expression, de la part des intellectuels.
Relance de l'opposition Ce début d'ouverture a pour effet d'encourager l'opposition, menée par Mehdi Bazargan et son « Mouvement pour la Liberté de l'Iran », un parti progressiste, libéral, et le Front national de l'Iran (laïc), fondé par Mohammad Mossadegh, dont il est assez proche, qui connaissent vite un soutien assez significatif en Iran et à l'étranger, notamment en Occident. Le FNI, fidèle à son fondateur, demande le respect des libertés et de la Constitution de 1906. Il n'exige pas un changement de régime, mais est disposé à accepter une monarchie constitutionnelle.
Ali Shariati est plus révolutionnaire : ce professeur et philosophe cherche à obtenir la justice sociale et la démocratie à travers une interprétation moderne de l'islam. Avant l'ascension de Khomeini, Shariati est le plus célèbre et populaire opposant au shah. Ses lectures à l'Hosseiniyeh Ershad captivent les foules. Sa mort soudaine à Southampton (Angleterre) en juin 1977, attribuée à la SAVAK, contribue grandement à l'augmentation des tensions.
Le clergé se divise, certains s'alliant avec les libéraux laïques, et d'autres avec les marxistes. Khomeini, alors en exil en Irak, mène une petite faction de l'opposition favorable à la fin du régime et à l'établissement d'un État théocratique. Il a exprimé sa vision d'un gouvernement islamique dans ses cours au séminaire de Najaf : le seul gouvernement juste selon lui est celui qui repose sur la volonté de Dieu, non sur la volonté du peuple ; les seuls compétents pour interpréter cette parole, mise par écrit dans les livres saints, sont les membres du clergé, à qui le gouvernement doit donc être confié. Mais pour l'heure, il tient un discours plus rassembleur et modéré. Il évite avec soin toute référence à sa doctrine du velayat-e faqih (l'autorité du clergé).
Les groupes d'opposants opèrent depuis l'extérieur de l'Iran, principalement depuis Londres, Paris, l'Irak et la Turquie. Les discours des chefs de ces groupes sont introduits clandestinement en Iran afin d'être diffusés à la population.
États-Unis vignette|Le shah d'Iran rencontrant Alfred Atherton, William Sullivan, Cyrus Vance, le président Carter, et Zbigniew Brzezinski, 1977