thumb|Finale du premier championnat de France de rugby à XV à Bagatelle en 1892.
Le championnat de France de rugby à XV, dénommé Top 14 depuis 2005, est une compétition annuelle mettant aux prises les meilleurs clubs professionnels de rugby à XV en France. Créé en 1892 sous l'égide de la fédération omnisports USFSA, il est alors organisé par un comité chargé du rugby, avant d'être pris en charge à partir de l'édition 1921 par la toute jeune Fédération française de rugby. Depuis 1998, c'est la Ligue nationale de rugby qui l'organise.
Le vainqueur du championnat de France remporte comme trophée le Bouclier de Brennus. Au cours de sa longue histoire, le championnat de France a été marqué à plusieurs reprises par des cycles de domination de certains clubs pendant dix à quinze ans. Dans l'ordre chronologique, on relève l'hégémonie des deux clubs parisiens du Racing club de France et du Stade français Paris (1892-1903), puis celles du Stade bordelais (années 1900), du FC Lourdes (années 1950), de l'AS Béziers Hérault (années 1971-1984) et du Stade toulousain (années 1920, puis 1985-2001).
Entre 1994 et 2008, période synonyme de début du professionnalisme dans le rugby français, le Stade toulousain le Stade français Paris et le Biarritz olympique se sont partagé les quinze titres mis en jeu. Cette hégémonie à trois prend fin en 2009 avec la victoire de l'USA Perpignan et le championnat connaît ensuite des vainqueurs différents dont le Castres olympique, le RC Toulon, l'ASM Clermont Auvergne, le Racing 92 ou encore pour la première fois le Montpellier Hérault Rugby. En 2026, vainqueur pour la quatrième fois de suite sur les cinq dernières éditions, le Stade toulousain porte son record à 25 titres remportés.
La formule du championnat a été plusieurs fois modifiée au cours de son histoire. Avec l'introduction du professionnalisme en 1995, le nombre de clubs de la division d'élite a diminué notablement, passant de 24 à 16 puis à 14 clubs en 2005. Il s'est ainsi successivement appelé « Top 16 », « Top 14 », « Rugby Top 14 Orange » à la suite d'un partenariat de la ligue avec l'opérateur de téléphonie en 2008Le Top 14 change de nom sur rugbyrama.frLe championnat de France devient le RUGBY Top 14 Orange, lnr.fr, puis à nouveau « Top 14 ».
Le championnat se déroule en deux phases : une phase dite de qualification, qui est disputée par toutes les équipes, et une phase finale regroupant les six meilleurs clubs (les quatre meilleurs jusqu'à la saison 2008-2009) de la phase de qualification, qui se joue par élimination directe. Depuis la saison 2017-2018, le dernier de cette phase qualificative est relégué en Pro D2 et remplacé par l'équipe gagnante de la finale de Pro D2, l'avant-dernier joue son maintien par un match de barrage face à l'autre finaliste de Pro D2.
Attirant dans ses clubs les meilleurs joueurs des deux hémisphères, monnayant des droits de diffusion TV avantageux, populaire auprès du public qui garnit les stades, le Top 14 est aujourd'hui considéré comme le championnat national de rugby le plus riche au monde..
Historique vignette|Match de rugby entre le Racing et le Stade français en région parisienne dans la décennie 1890. thumb|Finale du championnat de France à Courbevoie le 5 avril 1896. Olympique de Paris contre Stade français.
Naissance du rugby en France Le rugby à XV a été introduit en France vers 1870 par des Britanniques travaillant dans l’Hexagone. Dès 1872, certains d’entre eux fondent le Havre Athletic Club avec lequel ils pratiquent une forme hybride de rugby et de football qu'ils appellent combination.
Le premier véritable club de rugby français est le English Taylors RFC, fondé par des hommes d'affaires anglais à Paris en 1877, suivi par le Paris Football Club l'année suivante.. Ce dernier a une durée de vie éphémère. Sa scission entraîne la formation du Racing club de France en 1882, du Stade français en 1883 (ou 1887) et de l'Olympique en 1888, entièrement ou en partie par des Français.
Le développement du rugby est favorisé en France par Pierre de Coubertin, passionné de rugby et qui souhaite reproduire ce modèle éducatif anglais dans les grands établissements parisiens en guise de rééducation physique et morale des futures élites du pays qui a connu la défaite de 1870.
La belle époque (1890-1914) Le premier titre de champion de France de rugby à XV est décerné le à la suite d'un simple match entre le Racing et le Stade français au Bois de Boulogne. Arbitré par le baron de Coubertin, la rencontre est remportée par les Racingmen sur le score de 4 à 3. Les trois clubs parisiens (Racing, Stade français et Olympique) remportent tour à tour le titre de champion de France jusqu'en 1898. Le championnat n'est alors disputé que par des clubs de Paris ou de la région parisienne et le nombre de participants est au maximum de six clubs (en 1898).
Le rugby se développe particulièrement en Aquitaine sous l'influence des échanges commerciaux avec l'Angleterre friande des vins de Bordeaux, les négociants en vin britanniques formant dans cette région une colonie vinicole et rugbystique. Le rugby s'y diffuse par la suite par l'arrivée d'étudiants et de fonctionnaires de la région parisienne, par l'influence de Philippe Tissié (1852-1935), promoteur du rugby dans l'éducation scolaire de la Ligue girondine d'éducation physique. Son enracinement dans le Sud-Ouest s'explique aussi grâce aux stations climatiques et sportives (Pau, Biarritz) où les aristocrates anglais font des cures hivernales. Les clubs de province sont autorisés à disputer le titre en 1899. Le championnat se joue alors entre le champion de Paris et celui des départements. Le Stade bordelais (SBUC) en profite aussitôt pour remporter son premier titre. En 1901, le SBUC gagne la finale à la régulière sur le score de 3 à 0. Mais l'USFSA annule le résultat et décide que la finale doit être rejouée à Paris, le Stade bordelais ayant en effet fait jouer trois joueurs irrégulièrement. Le SBUC refusant cette décision, le Stade français est déclaré vainqueur.
thumb|left|alt=Les sports à Toulouse : un match de rugby sur la prairie des Filtres - une prise ballon.|Le rugby se développe dans le Sud, des parties sont organisées à Toulouse (1906).
À partir de 1904, la suprématie des équipes de la moitié Sud de la France devient écrasante. Le SBUC dispute toutes les finales entre 1904 et 1911 et n'en perd que deux. Le rugby s’enracine profondément dans un rectangle Lyon-La Rochelle-Biarritz-Toulon : la vallée du Rhône, le Languedoc, le Roussillon, le Béarn, le Pays basque, la vallée de la Garonne et les Pyrénées succombent au charme du ballon ovale. Naturellement, de grands clubs apparaissent. L'Aviron bayonnais, en 1913, apporte dans le sillage du Gallois Owen Roe, partisan d'un jeu très ouvert, le premier titre à une "petite ville" de Province.
Les finales de 1906 et 1907 sont arbitrées par Allan Henry Muhr qui est alors joueur international, ancien champion de France en 1901 et 1903 et futur patron des sélectionneurs du XV de France de 1911 à 1919 (il sera aussi sélectionneur de l'équipe de France de Coupe Davis en 1922 et 1923).
Henri Amand est un des grands joueurs de l'époque avec cinq titres remportés, puis l'arbitre de la finale de 1913, Marc Giacardy a fait de même avec six titres et une finale arbitrée en 1912. Avec eux, on peut citer Louis Dedet, Marcel Laffitte, Auguste Giroux, Maurice Bruneau, P. do Rio Branco da Silva Paranhos et Henri Martin qui ont tous remporté six fois le championnat de France.
En raison de la Première Guerre mondiale, le championnat est interrompu entre 1914 et 1919. Pendant cette période, le championnat est remplacé par la Coupe de l'Espérance qui est disputée surtout avec des jeunes gens non appelés sous les drapeaux. La compétition a été disputée quatre fois mais ne fait pas partie du palmarès officiel du championnat.
Crise de l'entre-deux guerres (1920-1939) Le Stade toulousain connaît sa première période de domination du rugby français en remportant cinq titres de champion de France en six ans, de 1922 à 1927. C’est alors le règne de la « Vierge Rouge », comme on surnomme le club rouge et noir à la suite de son titre de 1912 au cours de laquelle l’équipe reste invaincue pendant toute la saison.
Les années 1930 sont dominées par le Biarritz olympique (quatre finales disputées et deux titres de champion) et le Lyon OU (trois finales et deux titres).
Hors du terrain, les années 1920 et 30 sont des années de crise pour le championnat. Le titre de champion de France attise les convoitises et entraîne des dérives : violence sur les terrains et accusations d’amateurisme marron rythment de plus en plus souvent les saisons. En , quelques clubs dénoncent le professionnalisme déguisé pratiqué par certaines équipes (un patron peut salarier ses joueurs dans son entreprise comme celui de l’US Quillan, trois fois finaliste entre 1928 et 1930, et champion en 1929, dans une ville de trois mille habitants) et font sécession. Dix clubs fondent l’UFRA (Union française de rugby amateur), qui se targue de rester fidèle aux idéaux de et d’amateurisme du rugby, et demande à la Fédération française de remettre de l’ordre dans la maison. Sept d’entre eux sont d’anciens champions de France, mais ils sont exclus du championnat. Au total, quatorze clubs font sécession dont sept anciens champions de France : le FC Grenoble, l'US Perpignan, le Stade toulousain, le Stade français, la Section paloise, le Stade nantais, le Biarritz olympique, le FC Lyon, l'AS Carcassonne, le SAU Limoges, l'Aviron bayonnais le suivis du RC Narbonne et du Stadoceste tarbais le Les étapes du conflit U.F.R.A. / F.F.R., l'Auto, le 5 mars 1934, .
À la suite de ces tensions, le XV de France est boycotté par les équipes britanniques qui voient ces dérives d’un très mauvais œil, au point d’être exclu du Tournoi des Cinq Nations. La FFR trouve enfin un accord en 1932 avec les clubs entrés en dissidence, mais les conséquences de la crise sont profondes : ses effectifs diminuent très fortement et le nombre de clubs passe de 784 en 1930 à 663 en 1934 et 558 en 1939, de nombreux clubs arrêtent purement et simplement le rugby, alors que d'autres rejoignent le rugby à XIII, professionnel, lancé en 1934 en France.
Le XV de France n’est de nouveau autorisé par les Britanniques à disputer le Tournoi qu’en 1940, mais cette édition n’a jamais lieu en raison de la Seconde Guerre mondiale.
Période 1942-1970 La Seconde Guerre mondiale interrompt le championnat de 1940 à 1942 et parallèlement le régime de Vichy interdit le rugby à XIII.. Pour la saison 1941-1942 est créé officiellement en remplacement sous la Présidence du Docteur Albert Ginesty un "Challenge de l'Amitié", divisé en 4 poules répartissant 32 clubs… mais sans demi-finale ni finaleLe Miroir des sports, 15 décembre 1941.. Ginesty démissionne de sa présidence fédérale le , car il se trouve en désaccord avec le délégué aux sports du gouvernement de Vichy, le colonel Joseph Pascot (avant de devenir le maire de Toulouse en 1944). Après trois saisons de compétitions non officielles, la FFR décide, le , de rétablir le championnat de France. Le championnat est désormais disputé par quarante clubs de la zone occupée, et cinquante-cinq clubs de la zone libre. Après l'invasion de la zone libre par les Allemands en , la Fédération changea les appellations en « zone Nord » et « zone Sud ». La finale est disputée entre Bayonne et Agen, qui ont remporté respectivement les compétitions des zones Nord et Sud.
Le nombre de clubs participants augmente régulièrement, passant de 95 en 1942-43 à 154 en 1945-46. Après la guerre, le nombre de clubs de l'élite est réduit à 64 clubs pour la saison 1946-47 et varie par la suite entre 40 et 80 jusqu'à la saison 1991-92.