Pierre Terrail, seigneur de Bayard, plus connu sous le nom de Bayard ou de chevalier BayardL'orthographe « Bayart » est cependant plus (Alfred de Terrebasse, Histoire de Bayart, 1861, ). L'apparition du « d » est consécutive à la latinisation de son nom dans certains écrits de l'époque. On trouve également l'orthographe « Baïart », sur un tableau exposé à la galerie des illustres du château de Beauregard (Loir-et-Cher)., né en 1473 ou 1474Selon l'historien Jean Jacquart, la date de naissance de Bayard doit être placée vers 1473, puisqu'il est entré comme page à la cour de Savoie en avril 1486. Cf. L'homme de guerre au , publications de l'université de Saint-Étienne, 1992, . au château Bayard (à Pontcharra), et mort le à Romagnano Sesia ou Rovasenda (en Italie dans le Piémont), est un noble français qui s'illustra notamment comme chevalier durant les guerres d'Italie ().
Sa vie est narrée par l'un de ses compagnons d'armes, Jacques de Mailles, dans la Très joyeuse et très plaisante histoire du gentil seigneur de Bayart, le bon chevalier sans peur et sans reproche. Il est à l'origine du personnage qui symbolise les valeurs de la chevalerie française de la fin du Moyen Âge« Pierre Terrail de Bayard » dans l'encyclopédie Larousse.. Une de ses devises est « » qui signifie « Il reçoit pour donner ».. Cette chronique a inspiré d'autres récits de la vie de Bayard, comme celui de Symphorien Champier son cousin par alliance et médecin, dans Les Gestes, ensemble la vie du preulx chevalier Bayard. Il est cependant admis que le récit de Jacques de Mailles s'arrête avant la toute fin de la vie de Bayard, n'étant pas un témoin oculaire de ses derniers moments.
Le manque de sources contemporaines sur Pierre de Bayard, combiné à la nécessité pour François de restaurer son image après la défaite de Pavie, a favorisé la construction d’une légende chevaleresque autour du personnage, dont la dimension héroïque et les hauts faits sont sujets à débats entre historiens.
Jeunesse et débuts militaires gauche|vignette|Portrait de Bayard, auteur inconnu, . Pierre III Terrail est le fils d'Aymon (ou Amon), seigneur de Bayard, châtelain d'Avalon, et d'Hélène Alleman de Laval, sœur de l'évêque de Grenoble Laurent Alleman. Les Terrail étaient une famille de la noblesse dauphinoise qui, depuis cinq générations, avait vu périr quatre de ses membres dans la guerre de Cent Ans. L'art de vivre et de mourir et le sens aigu de l'honneur étaient les valeurs essentielles de cette famille. Quoique nobles, ou notaires portant l'épée comme Pierre I Terrail, les Terrail ne peuvent mener grand train, leur domaine se limitant en effet à 28 journaux, soit l'équivalent de 7 hectares.
Pierre Terrail naît à Pontcharra en 1475 ou 1476, au château Bayard, une simple maison-forte construite au début du par l'arrière-grand-père de Bayard, Pierre du Terrail premier du nom (notaire qui porte l'épée). Aîné supposé d'une famille de huit enfants, dont quatre garçons. Sa jeunesse au château familial près de Pontcharra fut marquée par une éducation nobiliaire traditionnelle, axée sur la religion, le savoir-vivre et l'apprentissage des armes. S'il peut entrevoir une carrière militaire, c'est grâce à la générosité de son oncle Laurent Alleman, frère de sa mère Hélène Alleman et évêque de Grenoble. Il débute tout d'abord par de très modestes études à l'école-cathédrale de la capitale dauphinoise, à l'angle de l'actuelle rue Hache, où il apprend à écrire. Son cousin germain, Gaspard de Vallier, fils d'Odette Alleman et de noble Claude Vallier, est maréchal de l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem.
En , âgé de 11 ans, il manifesta devant son père Aymon Terrail son désir de suivre la voie des armes, conformément aux traditions de sa maison. Ce dernier, vieillissant et blessé, organisa un conseil familial en présence de l’évêque de Grenoble, frère de son épouse et oncle de Bayard, afin de décider d’un avenir honorable pour son fils. Sur proposition de l’évêque, Bayard fut présenté au duc de Savoie Charles Ier à Chambéry où il obtint, toujours grâce à son oncle, une place de page à la cour de Charles , duc de Savoie.
Peu après, le duc de Savoie se rendit à Lyon pour rendre hommage au roi de France Charles VIII. Lors de l’escorte d’accueil organisée par le roi alors que le jeune garçon n’a que 13 ans, il est invité à défiler sur un roussin dans la cour basse du château, aux côtés de son père qui part guerroyer pour Charles de Savoie. Le cheval rétif, sentant le faible poids du jeune homme, se mit à sauter pour se débarrasser de son cavalier. Devant la crainte des spectateurs, l'enfant, faisant preuve de sang-froid, utilisa ses éperons pour réprimander le cheval et le faire obéir. Il reçut alors le surnom de Riquet, puis de Piquet, en raison de son ardeur à piquer son cheval avec ses éperons..
thumb|Une belle démonstration d'équitation par Herbert Cole, 1938.|gauchePlus tard, lors d’une course à cheval devant le roi à l’abbaye d’Ainay, Bayard fit sensation. Charles VIII, charmé, demanda aussitôt au duc de Savoie de lui céder le jeune homme. Ce dernier accepta volontiers. Le roi confia alors Bayard à son vassal, le comte de Ligny, avec la recommandation de le prendre à son service et de faire nourrir son cheval avec ceux du comte.
Bayard fut ainsi officiellement admis dans la maison du comte de Ligny, où il servit d’abord comme page. Parti faire son apprentissage des armes à Turin, il termine ses études militaires à la cour de France. En 1493, à l'âge de 17 ans, il entre en qualité d'homme d'armes dans la compagnie du comte de Ligny. Il fut promu homme d’armes dans la compagnie du comte et gentilhomme de sa maison, avec un traitement annuel de trois cents livres.
Cette étape marqua le véritable début de la carrière militaire de Bayard, sous la protection d’un seigneur influent à la cour du roi de France.
Naissance de la légende Sitôt rejointe la compagnie de Louis de Luxembourg, comte de Ligny, Bayard a l'occasion de faire connaître sa bravoure, qui le rend rapidement célèbre malgré son jeune âge. Il fait dans de nombreux affrontements liés aux guerres d'Italie, sous Charles VIII.
Bataille de Fornoue vignette|Bataille de Fornoue en 1495 opposant troupes françaises et italiennes. Le roi de France Charles VIII est représenté à gauche, le chevalier Bayard à droite. Peint par Eloi-Firmin Féron en 1837 Alors âgé d’environ 20 ans, c’est à la bataille de Fornoue, le , qu’il fait pour la première fois la preuve de ses qualités dans une bataille de grande envergure.
L’armée française, de retour de Naples, est attaquée sur la rivière Taro par les forces coalisées de la Ligue de Venise. Au moment où les ennemis se ruent sur l’arrière-garde, c’est notamment dans la défense des bagages et la résistance de la cavalerie que Bayard s’illustre. Il aurait chargé avec un zèle extraordinaire, poursuivant les ennemis qui reculent et protégeant ses compagnons mis en difficulté. Ses exploits sont notés par ses supérieurs, et sa renommée commence à se répandre. Il est décrit comme infatigable, habile à cheval, et d’une hardiesse peu commune pour son âge.
Bayard contribue ainsi, dans une certaine mesure, au succès stratégique de l’armée française, qui parvient à briser l’encerclement et à se replier vers Asti. Sa bravoure à Fornoue commence à faire parler de lui en Europe.
Retour en Picardie gauche|vignette|Illustration se trouvant dans la nouvelle édition de La très joyeuse, plaisante et récréative histoire du bon chevalier sans peur et sans reproche, le gentil seigneur de Bayart par Le loyal serviteur, publié en 1882. Entre 1495 et 1498, de retour en Picardie après la première expédition italienne, Pierre Terrail, se consacra avec éclat aux joutes et tournois organisés dans les principales places d’armes de la région : il y remporta la plupart des prix. Les chroniqueurs de son histoire le décrivent comme rivalisant d’adresse et de hardiesse tout en manifestant, hors des lices, une extrême courtoisie à l’égard de la noblesse féminine. Lui est attribué un comportement généreux — partage des victuailles, distribution des récompenses et soins apportés aux blessés — et un sang-froid qui lui vaut estime parmi les gentilshommes et prestige grandissant auprès des dames. Durant ces années, il noue des liens d’amitié solide avec des compagnons d’armes tels que le seigneur de Bellabre et David de Fougas, qui forment avec lui un cercle restreint et fidèle.
Succession de la seigneurie de Bayard vignette|Vue aérienne du Château Bayard à Pontcharra en 2011 En 1496, à la mort de son père Aymon du Terrail, blessé à Guinegate et retiré au château familial, c’est son fils cadet Pierre III qui hérite de la seigneurie de Bayard, près de La Mure en Dauphiné. Le testament d’Hélène Alleman recense « quatre fils et quatre filles » et nomme expressément Pierre III « Seigneur de Bayard » parmi eux. Une fois installé comme seigneur de Bayard, Pierre III met à profit son prestige militaire pour accroître la renommée de sa terre. Il fait du château un point de ralliement pour la chevalerie française et savoyarde, y organisant tournois et rencontres d’armes. En tant qu’officier fidèle du roi de France, il entretient sa garnison personnelle sur le domaine, témoignant par là même de la puissance et de l’autonomie dont jouit sa maison. Son surnom de « chevalier sans peur et sans reproche » – forgé sur les champs de bataille d’Italie et de Flandres – rejaillit directement sur Bayard, transformant la seigneurie en un lieu mythique de la chevalerie. À la mort de Charles VIII en , et sous le règne naissant de Louis XII, Bayard connait une période plus discrète : s’il cesse temporairement de briller sur les champs de tournoi, il continue d’accomplir des missions ponctuelles de garnison et d’escorte, témoignant de sa fidélité inébranlable à la couronne. Enfin, dès 1501, fidèle au nouveau roi, il repart pour l’Italie à l’appel du comte de Ligny.
Campagne de Minerve vignette|Illustration se trouvant dans Les gestes ensemble la vie du preulx chevalier Bayard, publié en 1525, page 7 de Symphorien Champier.|gauche La campagne est un épisode survenu durant le séjour des troupes françaises en Pouille au début du . Face à l'oisiveté de la garnison stationnée à Minervino et conscient des risques d'un tel état pour le moral des troupes et l'avantage qu'il offrirait à l'ennemi espagnol, Bayard initia une reconnaissance armée vers les localités d'Andria et Barletta. Cette initiative audacieuse aboutit à une rencontre fortuite avec une troupe espagnole commandée par Dom Alonzo de Soto-Mayor. Lors de l'escarmouche Pierre Terrail captura Dom Alonzo de Soto-Mayor, officier espagnol de haut rang et parent du Grand Capitaine Gonsalve.
Remarquable par sa bravoure et son sens de l’honneur, Bayard traita son prisonnier avec une générosité peu commune pour l’époque. Logé honorablement dans une chambre du château, vêtu et soigné, Dom Alonzo jouissait d’une liberté relative, n’étant retenu que par sa parole de ne point s’enfuir. Cette confiance fut toutefois trahie : le prisonnier, profitant de la bienveillance de son geôlier, soudoya un soldat et s’enfuit au petit matin. Informé de la disparition, Bayard, indigné, dépêcha une troupe à sa poursuite. Dom Alonzo fut rattrapé peu après et reconduit au château. Bien que Bayard respectât toujours la valeur d’un homme d’armes, cette trahison le poussa à ordonner une brève incarcération, rompant ainsi avec sa coutumière clémence.