thumb|Chanoine portant l'aumusse.

Un chanoine (du nom latin médiéval canonicus de même sens, lui-même issu de l'adjectif du latin classique canonicus : « relatif à une règle, régulier » ; et du grec ancien , « règle ») est un clerc (voire un laïc) appartenant à un chapitre ou à une congrégation, et consacré à la prière liturgique au chœur (chanter la gloire de Dieu en plain-chant monodique fait partie intégrante de la liturgie), à la prédication, au secours des pauvres, ainsi qu'à la direction du chœur professionnel (le « bas-chœur ») conjointement à une fonction d'enseignement dans le but de pouvoir diriger le chœur d'enfants (la maîtrise). Cette fonction de maître de musique, même lorsque celui-ci devient chanoine, installe généralement son bénéficiaire à un rang inférieur dans la hiérarchie canoniale, etc. Il s'agit à l'origine d'un clerc séculier doté d'une règle canonique (règle d'Aix) analogue à celle de saint Benoît et détenteur d'une prébende. Bien que cette règle s'inspire de la tradition apostolique de renoncement, elle permet aux chanoines de posséder des biens privés, ce qui les distingue des moines..

Progressivement, la très grande variété des intitulés des dignités et des offices selon les chapitres (différents selon leur fondateur, la richesse de leur patrimoine) a donné naissance à différentes catégories de chanoines qu'il est difficile de sérier. Au haut Moyen Âge, le mot peut désigner certains membres du personnel laïc des églises. Aujourd'hui, il existe des chanoines ecclésiastiques (séculiers ou réguliers), des chanoines laïcs et des femmes religieuses régulières (chanoinesses).

Histoire de la vie canoniale Origine L'expression clerici canonici, d'où provient le terme « chanoine », apparaît au et désigne alors certains des nombreux clercs affectés au service de la cathédrale qui, menant une vie commune, sont bientôt soumis à une règle (en grec ancien : ), peut-être celle qu'Augustin, évêque d'Hippone, donne à ses clercs.

thumb|upright|Chanoine agenouillé (Normandie).

La distinction d'un corps des chanoines par rapport au reste du clergé pourrait remonter à Chrodegang, évêque de Metz et auteur en 763 d'une règle de vie communautaire (la Regula vitae communis) inspirée de la règle d'Augustin. Selon cette règle, les membres du clergé vivant en commun sous le toit épiscopal n'ont pas à faire vœu de pauvreté mais doivent respecter un certain nombre d'obligations, telles que le travail manuel et la confession deux fois par an. Les évêques de Lyon Leidrade puis Agobard introduisent dans la capitale des Gaules la réforme canoniale voulue par Charlemagne. Cette réforme est renouvelée et diffusée par Louis le Pieux au cinquième concile d'Aix-la-Chapelle en 816 (règle d'Aix).

Il y est précisé qu'ils devaient entendre deux fois par jour un chapitre (latin capitulum) de la règle de leur fondateur. Le terme aurait ensuite changé de sens pour désigner la réunion du conseil de l'évêque avec les clercs qui l'assistent : le chapitre canonial. Les chanoines prennent alors une part de plus en plus importante à l'administration de l'église épiscopale.

Les chanoines au Moyen Âge À l'époque carolingienne Dès la période carolingienne, la vie canonique (latin vita canonica) devint un objet de préoccupation des conciles, notamment afin d'éviter l'enrichissement personnel des chanoines et d'assurer le respect de la règle.

La réforme grégorienne Durant la réforme grégorienne, diverses réformes sont entreprises par les souverains pontifes, comme (en 1059), (en 1063, créant les chanoines réguliers, et excluant les laïcs de ces sortes de communautés). L'attrait prioritaire de la prébende, qui fait recruter les chanoines auprès de la haute bourgeoisie et de la noblesse locale, les cas nombreux de concubinageLes domestiques des chanoines dans les inventaires après décès montrent la présence de bonnes vivant en concubinage avec ces clercs, malgré l'interdiction du concile de Clermont à ce sujet. Cf. . et l'abandon de tout service paroissial sont les causes de tentatives éparses de redressement, dès l'an mil, puis d'une reprise en main venue de Rome, au cours du , dans la mouvance de cette réforme..

Dès la première moitié de ce siècle, de nombreux chapitres en Europe entreprennent d'eux-mêmes de reprendre une vie commune en respectant la règle d'Augustin d'Hippone. Les régions les plus gagnées par ce premier élan sont la Provence, la Toscane, la Lombardie et le Latium. Dans la seconde moitié du siècle, de nombreuses autres régions d'Europe s'engagent dans cette voie. Toutefois, de nombreuses communautés résistent à cette réforme et ne reprennent pas de vie commune ou s'engagent dans la pauvreté, tel le chapitre cathédral de Lyon par exemple.

Du à la fin du Moyen Âge D'autres rappels à la règle sont faits par (et le concile du Latran, en 1139), ou encore (en 1339).

À l'époque moderne La séparation des menses qui a entraîné l'autonomie croissante des chapitres, est à l'origine de nombreux conflits entre les chanoines et les évêques : droits de préséance et de juridiction capitulaire et épiscopale, problèmes relatifs aux dignités et aux bénéfices, aux répartitions des offrandes, des profits liés à la vente de cire (due à la récupération des cierges, chandelles et luminaires qui brûlent dans les chapelles). Les chanoines sont ainsi en procès continuels avec les évêques, ce qui impose régulièrement le recours à l'arbitrage d'une autorité ecclésiastique extérieure (le pape lorsque ces procès concernent des diocèses importants)...

Depuis le jusqu'à nos jours Les chanoines relèvent dans le Droit canonique de la section consacrée aux chapitres de chanoines. Le Code de 1917 en traitait aux -422, , , , , , soit ; le nouveau Code de 1983 en traite aux canons 503-510, au , , , , , soit seulement. La réduction drastique des canons les concernant marque la disparition de leur puissance, leur rôle étant désormais de facto honorifique.

Typologie Aujourd'hui, l'on distingue principalement : les chanoines séculiers, qui sont généralement des clercs attachés à un chapitre, cathédral ou collégial, ou, plus rarement, des clercs membres d'une congrégation de chanoines séculiers, qui ne prononcent pas de vœux religieux ; les chanoines réguliers, qui sont des clercs vivant en communauté, faisant des vœux religieux et suivant une règle monastique ; les chanoinesses, qui sont, de nos jours, des religieuses ; les chanoines laïcs.

Les chanoines séculiers Les chapitres de chanoines

vignette|195px|Vitrail de saint Chrodegang de Metz Le terme de chanoine séculier désigne le plus souvent un clerc séculier, membre d'un chapitre de chanoines attaché à une église et (can. 503, CIC/1983).

Les chanoines se consacrent, principalement, au chant choral de l'office divin et de la messe capitulaire. Ils appartiennent à un collège appelé chapitre, collégial ou cathédral, selon que l'église où il officie est collégiale ou cathédrale, et dont les activités sont réglées par des statuts, sous l'autorité d'un doyen, prévôt ou primicier. La particularité du gouvernement de ces chapitres est d'être collégial, le doyen n'étant qu'un primus inter pares présidant et représentant le chapitre. Les chanoines ne prononcent pas de vœux religieux et restent, de ce fait, propriétaire de leurs biens.

C'est semble-t-il à partir du que, insensiblement, le terme canonicus est réservé aux clercs — ou au moins à certains des clercs — des églises cathédrales et des églises collégiales. Les chanoines forment alors le chapitre tel que nous le connaissons aujourd'hui.

Les chanoines peuvent être de simples clercs, mais sont de nos jours quasiment tous prêtres (can. 509 § 2). Les églises cathédrales possèdent ordinairement un chapitre de chanoines (beaucoup n'en ont plus aujourd'hui, le can. 508 § 2 ne le rendant plus obligatoire), dont les membres composaient jadis le conseil de l'évêque ; avant le code de droit canonique de 1983, les fonctions curiales de la cathédrale leur appartenaient à tous collegialiter (collectivement) et étaient exercées en pratique par l'un d'eux — le vicaire-curé ou capitulaire — au nom du chapitre. Désormais les chapitres sont séparés des paroisses (can. 510 § 3).

Le titre de chanoine est, depuis le , conféré à titre de retraite ou surtout de récompense, et exclusivement « à des prêtres remarquables par leur doctrine et l'intégrité de leur vie, et qui ont exercé le ministère de façon méritoire » (can. 509 § 2).

Dans la cité de LiègeLe Chapitre cathédral de Saint Lambert à Liège au XVIIe siècle (présentation en ligne)., les écolâtres étaient des chanoines qui avaient des responsabilités de contrôles, plus ou moins étendues selon les époques, des écoles élémentaires. Y furent écolâtres au : Christophe Blocquerie, Nicolas Rave, Gilles de Bocholtz, Jacques de Chocquier, Laurent de Méan, Jean-Ferdinand de Méan et Jean-Pierre Burman.

Les congrégations de chanoines séculiers

Le terme de chanoine séculier désigne, également, un clerc séculier qui, sans avoir prononcé de vœux religieux, vit en communauté et exerce un apostolat, selon les constitutions d'une congrégation.

Les congrégations de chanoines séculiers sont nées au , de la volonté de faire revivre la vie communautaire des séculiers.

Parmi elles, on peut citer la congrégation de Saint-Georges in Algha (ou in Alga), fondée à Venise en 1404, sous le pontificat de , dont était membre Laurent Justinien, et qui comprenait également une branche féminine de chanoinesses, et la congrégation de Saint-Jean-Évangéliste, au Portugal, fondée en 1425. Selon Maria Castro Pino, la particularité de cette congrégation est liée au type d’exercice de l’autorité qui s’y pratique, et qui suit de près, en quelque sorte, celle des Dominicains.

Les chanoines réguliers

vignette|170px|Vitrail de saint Augustin d'Hippone (église Saint-Denis, Lyon). Les chanoines réguliers sont des clercs qui vivent en communauté et exercent un apostolat selon les principes d'une règle.

Au cours des siècles, plusieurs règles de vie ont été observées par les communautés de chanoines réguliers.

Règle de Chrodegang de Metz (vers 760). Règle d'Aix-la-Chapelle en 816 (autorise la propriété privée). Règle de saint Augustin.

La règle de saint Augustin s'est imposée progressivement entre le et 1215 dans le sillage de la réforme grégorienne. Quasiment tous les réformateurs et fondateurs de communautés canoniales depuis le finirent par l'adopter. On parle alors de famille (et non d'ordre) des chanoines de saint Augustin, parce que leurs établissements pouvaient se donner des constitutions particulières qui précisaient l'application de la règle (par exemple : les chanoines de Saint-Victor).

Jusqu'au , ils ne furent pas astreints à la mise en commun de leurs biens. Au , l'évêque Pierre Damien considère que cette mise en commun est ce qui les distingue des chanoines séculiersContra clericos regulares proprietarios, PL 145, col. 479 et suiv..

Ils vivent dans des abbayes qui ont pu avoir la puissance et le rayonnement attachés aux établissements monastiques. Ils mènent pourtant une vie non cloîtrée, et s'investissent de missions sacerdotales ou d'enseignement, voire sont responsables de paroisses.

Actuellement, certains d'entre eux mènent une vie consacrée, généralement en prononçant les vœux religieux, à l'instar des religieux, mais ils exercent le ministère des âmes en prêchant, enseignant, et administrant les sacrements comme le clergé séculier. Contrairement aux moines, certains ne sont pas tenus à la stabilité dans leur monastère de profession.

L'ordre Teutonique, réformé en 1929, est un institut de vie consacrée qui prend place parmi les chanoines réguliersAnnuario Pontificio 2014, Libreria Editrice Vaticana, Città del Vaticano, p. 1411 .

Les chanoinesses