Nimroud (en , Nimrūd) est un site archéologique qui tire son nom du personnage biblique de Nimrod, sur lequel se trouvent les ruines de la cité assyrienne appelée Kalkhu (Kalḫu, Calah dans la Bible). Ce tell est situé à l'est du Tigre, à quelques kilomètres au nord de son confluent avec le Zab supérieur. Kalkhu était située à de Ninive (un faubourg de l'actuelle ville irakienne de Mossoul).
Kalkhu fut l'une des plus grandes métropoles de la Mésopotamie antique. Elle s'étendit sur environ 360 hectares à son apogée, lorsqu'elle fut la capitale de l'Assyrie, à partir du règne d' (883-). Ce dernier a en effet entrepris de la reconstruire complètement et de l'étendre pour qu'elle reflète la puissance de son royaume. Elle eut le rang de capitale jusqu'à la fin du , où elle fut supplantée par Dur-Sharrukin (Khorsabad), puis par Ninive. Elle fut détruite dans les années 614-, lors de la chute de l'Empire assyrien sous les coups des attaques conjuguées des Babyloniens et des Mèdes.
Les fouilles de l'ancienne Kalkhu se sont concentrées essentiellement sur le tell de Nimroud mais également sur le tell Azar voisin, correspondant à un ancien arsenal (« Fort Salmanazar »). Elles débutèrent dès les années 1840, en même temps qu'étaient découvertes plusieurs autres capitales de l'ancienne Assyrie (Ninive, Dur-Sharrukin). Ces fouilles furent poursuivies à plusieurs reprises depuis, sous la direction de plusieurs équipes d'archéologues, principalement britanniques et irakiennes. Elles permirent la mise au jour de plusieurs bâtiments remarquables, dont en premier lieu le palais sud-ouest d'Assurnasirpal II et plusieurs temples, ainsi que d'autres palais sur le tell de Nimroud, et un autre édifice servant d'arsenal aux armées assyriennes de Fort Salmanazar.
Les archéologues y ont exhumé de nombreuses sculptures sur pierre, notamment des statues colossales de génies gardant les portes de ses édifices (taureaux et lions androcéphales ailés) et des bas-reliefs représentant des génies protecteurs, ainsi que des scènes de victoire des troupes assyriennes. Parmi les autres découvertes notables, on compte des milliers d'objets en ivoire sculpté, provenant pour la plupart de Syrie et de Phénicie. On a également retrouvé des bijoux finement ouvragés en or et en pierres précieuses, dans des tombes de reines assyriennes qui furent mises au jour dans le palais sud-ouest. De nombreuses tablettes cunéiformes ont également été exhumées.
Après avoir été reconstruit par les autorités irakiennes à partir des années 1950, le site a subi de nombreuses dégradations, à la suite de la déstabilisation de la situation politique du Nord de l'Irak dans les années 1990 et 2000. Il a ensuite été l'une des cibles de la campagne de destruction du patrimoine culturel par l’État islamique en . Les principaux monuments et œuvres d'art qui étaient demeurés sur le site de Nimroud ont été détruits au bulldozer et à l'explosif à cette occasion.
Le site de Nimroud à l'époque contemporaine : redécouverte, restaurations et destructions Le site de Nimroud fut mentionné pour la première fois sous ce nom dans les sources modernes par le Danois Carsten Niebuhr, alors qu'il séjournait à Mossoul en 1776. Il avait alors reçu le nom du chasseur et fondateur de cités Nimrod, un personnage légendaire mentionné dans la Genèse (X, 11-12) et repris dans les traditions juive et islamique en relation avec le patriarche AbrahamM. E. J. Richardson, « Nimrūd », dans Encyclopédie de l'Islam VIII, Louvain, 1993, .. Du fait de son caractère de fondateur de cités, les habitants de l'Irak avaient nommé plusieurs sites de ruines antiques d'après son nom car ils lui en attribuaient la fondation (c'est également le cas de Birs Nimroud dans le Sud où se trouvent les ruines de l'antique Borsippa) C. Uehlinger, « Nimrod », dans K. van der Toorn, B. Becking et P. W. van der Horst (dir), Dictionary of Deities and Demons in the Bible, Leyde, Boston et Cologne, 1999, .. Le site fut exploré à partir des années 1840, période de la redécouverte des capitales assyriennes par des diplomates anglais et français, qui s'improvisaient archéologues avec des méthodes encore peu abouties, plus orientées vers la recherche d’œuvres d'art à rapporter dans leur pays.
Les fouilles britanniques du
Le site de Nimroud attira d'abord l'attention de l'Anglais G. P. Badger en 1844. L'année suivante, son compatriote Austen Henry Layard entama les premières fouilles, croyant alors avoir trouvé NiniveOn trouvera un récit de ces fouilles par leur auteur dans A. H. Layard (trad. Ph. Babo), Les Ruines de Ninive, Paris, 1999.. Seulement aidé dans la direction des fouilles par le chrétien irakien Hormuzd Rassam, et financé d'abord par l'ambassadeur britannique dans l'Empire ottoman, Stratford Canning, puis par les Trustees du British Museum, il conduisit ses travaux de 1845 à 1847 puis de 1849 à 1851. Ses campagnes marquèrent un tournant dans l'essor de l'archéologie mésopotamienne, en raison de l'ampleur des découvertes, contemporaines de celles des consuls français à Khorsabad. Layard put dégager une partie du Palais nord-ouest, ainsi que les temples de Ninurta et d'Ishtar, la ziggurat, les palais central, sud-est et sud-ouest, et aussi le Fort Salmanazar. Il exhuma surtout les bas-reliefs du palais principal et les statues colossales gardant les portes des édifices, ainsi que d'autres œuvres remarquables comme l'obélisque noir de ; J. Reade, « Nineteenth-Century Nimrud: Motivation, Orientation, Conservation », dans ..
Le British Museum, qui récupéra les sculptures et autres œuvres remarquables trouvées sur le site pour les exposer dans ses collections (mais un certain nombre fut vendu à diverses institutions et personnes privées, ce qui explique leur éparpillement actuel), poursuivit le financement de fouilles après le départ de Layard : Henry Rawlinson en 1852 avec l'aide de Felix Jones, capitaine de l'Indian Navy qui dressa un plan du site, puis Rassam en 1852–54, et William K. Loftus et William Boutcher en 1854–55, qui dégagèrent les palais central, sud-est et nord ouest ainsi que le temple de Nabû. À la lecture des inscriptions du site, Rawlinson avait alors compris qu'il ne s'agissait pas de Ninive comme le pensait Layard, mais d'une autre capitale assyrienne, Kalkhu (Calah dans la Bible).
Le site fut ensuite visité par des représentants d'autres pays, à la recherche de bas-reliefs à acquérir : le Français Pacifique-Henri Delaporte en 1862, et le Suisse Julius Weber en 1864. Les fouilles reprirent brièvement sous la direction du britannique George Smith en 1873, puis à nouveau de Hormuzd Rassam en 1878-1879, qui explora à son tour les palais sud-est et central, le temple de Nabû, et découvrit le temple de Kidmuru.
Les fouilles de l'après-guerre et les restaurations vignette|L'intérieur d'une salle du Palais nord-ouest après les restaurations des services archéologiques irakiens (photographie de 2008).
Les campagnes de fouilles reprirent à Nimroud en 1949, à l'initiative de l’École britannique d'archéologie en Irak (British School of Archaeology in Iraq, BSAI, aujourd'hui British Institute for the Study of Iraq, BISI). Treize campagnes furent conduites, sous la direction de Max Mallowan jusqu'en 1957 H. McCall, « Max Mallowan at Nimrud », dans . (accompagné de son épouse Agatha Christie, qui a laissé des témoignages de ces fouilles dans son Autobiographie C. Trümpler, « Agatha Christie and Archaeology », dans .). Elles se poursuivirent sous la conduite de David Oates qui avait accompagné Mallowan depuis ses débuts, et enfin en 1963 sous celle de Jeffrey Orchard. Ces campagnes furent en particulier l'occasion de dégager la partie privée du Palais nord-ouest, où furent mis au jour de nombreux objets en ivoire, et de poursuivre l'exploration des autres monuments de l'acropole (les temples de Ninurta et de Nabû, le Palais brûlé, le Palais du Gouverneur, le Palais sud-est, le Bâtiment de 1950, les résidences situées contre l'enceinte) et de Fort Salmanazar ; D. Oates, « The Excavations of the British School of Archaeology in Iraq », dans .. La BSAI/BISI entreprit également la publication des tablettes cunéiformes retrouvées à Nimroud dans la série d'ouvrages Cuneiform Texts from Nimrud (CTN)Ouvrages disponibles sur ..
Parallèlement, le Département des Antiquités irakien conduisit des fouilles dans le Palais nord-ouest sous la direction de Behnam Abu es-Soof, entre 1956 et 1959, avec le projet de restaurer les salles de l'édifice pour le préserver et l'ouvrir au tourisme, en commençant par la salle du trône. À partir de 1969, les équipes irakiennes reprirent leurs campagnes de fouilles et de restaurations des édifices de Nimroud essentiellement dans le Palais nord-ouest. Une partie des œuvres dégagées fut transférée au Musée de Mossoul, qui ouvrit ses portes en 1974. Parmi les découvertes marquantes, de nouveaux ivoires furent découverts en 1975 dans une pièce du sud du Palais nord-ouest M. Jabr, « The Work of the Iraq Department of Antiquities at Nimrud », dans ; R. al-Qaissi, « Restoration Work at Nimrud », dans .. Parallèlement, de 1974 à 1976, une équipe d'archéologues polonais dirigée par Janusz Meuszynski fouilla les bâtiments du centre du tell (Bâtiment central, Palais central). Entre 1987 et 1989, ce furent des équipes italiennes qui rejoignent le site, effectuant une prospection de surface et poursuivant les fouilles du Fort Salmanazar. En 1989, une équipe du British Museum revint pour fouiller le même édifice..
La trouvaille la plus spectaculaire des dernières campagnes de fouilles de Nimroud fut celle, entre 1988 et 1991, des tombes souterraines de plusieurs reines assyriennes, situées dans la partie sud du Palais nord-ouest, qui livrèrent une impressionnante quantité d'objets de luxe. Les travaux de fouilles et de restauration, interrompus par la Première guerre du Golfe, reprirent brièvement à partir de 2001, en particulier dans le secteur du temple d'Ishtar M. Mahmud Hussein, « Recent Excavations in Nimrud », dans ..
Les destructions vignette|Le site archéologique de Nimroud avant sa destruction (source UNESCO) Dans les semaines qui suivirent la chute du régime de Saddam Hussein., dès 2003, le site de Nimroud fit l'objet des premières dégradations. Les pilleurs tentèrent d'enlever des bas-reliefs et d'en fracturer plusieurs, et se livrèrent également au pillage du musée national d'Irak et du musée de Mossoul qui contenaient une partie des œuvres provenant de Nimroud. Le trésor des tombes des reines fut épargné, mis à l'abri dans la Banque centrale irakienne. Le site fut ensuite placé sous la protection de l'armée américaine, jusqu'au retrait de celle-ci du pays.