Jean Lafitte, né dans les années 1770-1780 dans le Sud-Ouest de la France ou peut-être à Saint-Domingue, et mort vraisemblablement entre 1823 et 1827Les documents contemporains des frères Lafitte ne mentionnent pas leurs dates de naissance et donnent des informations contradictoires quant à leur lieu d'origine (voir début de section « Biographie ») ; le décès de Jean Lafitte a lieu vraisemblablement entre 1823 et 1827 : selon la première hypothèse, au large d'Omoa, Honduras (Davis (2005), ), et selon la seconde, sur l'île Mujeres au nord-est du Yucatán (Ramsay (1996), ). Selon son « journal » controversé, Lafitte disparait après 1850, sans mention de lieu., est un flibustier et négrier français qui écumait le golfe du Mexique au début du .

Il crée son propre « royaume de Barataria » dans les marais et les bayous près de La Nouvelle-Orléans afin de contrôler l'embouchure du Mississippi après l'achat de la Louisiane en 1803, avec sous ses ordres plus de mille hommes. Son soutien au général américain Andrew Jackson fait basculer la bataille de La Nouvelle-Orléans, en 1815. Il prend part au trafic des esclaves, alors interdit. Son frère et lui fondent ensuite Galveston, premier port cotonnier du Texas, où ils espionnent au service de l'Espagne contre les révolutionnaires mexicains entre et , selon les archives espagnoles à Séville Page en anglais sur le bayou Dickinson.. De nombreux sites en Louisiane et au Texas portent son nom.

Biographie thumb|left|Portrait anonyme du début du traditionnellement considéré comme représentant Jean Lafitte ; Rosenberg Library, Galveston.

Selon les archives de la paroisse Saint-Martin de Biarritz, il pourrait être originaire du quartier de Beaurivage à Biarritz, il aurait grandi rue d'Espagne. On retrouve sur une maison du quartier une plaque où est inscrit le nom « Lafitte ». Jack C. Ramsay propose qu’il serait né à Saint-Domingue, mais William C. Davis pense avoir retrouvé la trace de sa naissance à Pauillac en 1782Davis, . Le nom « Lafitte » est d'origine gasconne et il est encore très présent en Béarn.

Le biographe William C. Davis dessine un tout autre portrait de l'enfance de Lafitte. Dans son ouvrage paru au début des années deux mille, il avance que ce dernier aurait vu le jour à Pauillac, ou dans ses proches environs, de l'union de Pierre Lafitte et de sa seconde épouse, Marguerite Desteil. De ce mariage naquirent six enfants, parmi lesquels au moins trois filles. Si Jean Lafitte est vraisemblablement né au début des années mille sept cent quatre-vingts, son baptême ne fut célébré que quelques années plus tard. Pierre Lafitte père avait également un fils aîné, prénommé Pierre comme lui, issu d'un premier lit avec Marie LaGrange, emportée en couches. Les deux frères reçurent une éducation catholique rudimentaire.

Bien que les vingt premières années de la vie de Lafitte demeurent enveloppées de mystère, Davis suggère que le jeune garçon passa une grande partie de son enfance en mer, sans doute à bord des bâtiments de son père, un négociant de renom. L'auteur situe d'ailleurs le frère de Lafitte, Pierre, à Saint-Domingue au tournant du dix-huitième siècle. Fuyant les violences grandissantes de la Révolution haïtienne, ce dernier embarqua au début de l'année mille huit cent trois sur un navire de réfugiés à destination de La Nouvelle-Orléans. Ce fut précisément l'année où Napoléon Bonaparte renonça définitivement à reprendre le contrôle de Saint-Domingue. Face à l'effondrement de ses troupes, l'Empereur mit un terme aux ambitions françaises en Amérique du Nord et céda aux États-Unis les territoires à l'ouest du Mississippi, scellant ainsi la célèbre Vente de la Louisiane. Dès lors, plusieurs « Capitaine Lafitte » écumaient les eaux de La Nouvelle-Orléans ; il est fort probable que Jean Lafitte ait été l'un d'entre eux.

Ses différents biographes présentent des lacunes mais s'accordent sur le fait qu'on retrouve sa trace comme capitaine du navire la Sœur chérie, à partir de 1804 par Krzysztof Wilczyński, A Biography of Jean Laffite, . peu de temps après l'échec de l'expédition de Saint-Domingue, au cours de laquelle il aurait été lieutenant de l'armée française, après avoir vécu dans la colonie française de Saint Domingue Ce document offre une chronologie des événements concernant Lafitte et expose les principales théories circulant à son sujet..

Peu de temps après la vente de la Louisiane aux États-Unis en 1803, il retrouve son frère , engagé dans la contrebande et la flibuste, opérant au nom de son Royaume de Barataria Série d'articles sur crimelibrary.com (par Joseph Geringer) qui proposent de nombreux détails biographiques et théories sur Lafitte., ne reconnaissant de ce fait la souveraineté d’aucune autre nation.

Selon son biographe William C. Davis, Jean Lafitte, appelé alors « Jean Lafette » convoyait des esclaves de Saint-Domingue à bord de la Sœur chérie, avec deux autres navires, pour les importer illégalement en Louisiane, contournant La Nouvelle-Orléans pour arriver en à Fort Plaquemine William C. Davis, The Pirates Laffite : The Treacherous World of the Corsairs of the Gulf, car les États-Unis avaient interdit dès 1803 l'importation en Louisiane d'esclaves de Saint-Domingue. Officiellement, le navire a quitté Les Cayes le , six jours avant que le général Jean-Baptiste Brunet ne se rende aux Britanniques, en signant un traité promettant de cesser tout acte de piraterie contre les Espagnols William C. Davis, The Pirates Laffite : The Treacherous World of the Corsairs of the Gulf, . La révolution haïtienne et les guerres napoléoniennes favorisent alors la piraterie des années 1800 dans la Caraïbe. Les historiens David Stephen Heidler et Jeanne T. Heidler estiment que les forces rassemblées par la piraterie des années 1800 dans la Caraïbe, dans l'archipel de Barataria représentaient un total de à clandestinsDavid Stephen Heidler, Jeanne T. Heidler, Encyclopedia of the War of 1812, ..

thumb|La maison de Jean Laffite, rue Bourbon à La Nouvelle-Orléans, construite par Jean-Louis Dolliole.

Jean et Pierre Lafitte s'installent à Barataria dans les îles côtières de la Louisiane vendue par Napoléon I aux Américains en novembre 1803. Il faut attendre dix ans avant que ce territoire devienne un État à part entière et les frères Lafitte profitent de ces vides institutionnels et juridiques pour développer une économie parallèle. L'importation d'esclaves est interdite en 1807 par le congrès des États-Unis, ce qui fait monter en flèche le prix des esclaves. Lafitte fait de ce trafic son fonds de commerce clandestin. Parmi ses relations d'affaires, Rezin Bowie, renommé James Bowie, futur fondateur du Texas, et son frère John Bowie, qui revendent, avant de s'y installer, des esclaves dans la paroisse de Saint-Landry où est installé le planteur de coton Hippolyte Chrétien, ami de Laffite, ainsi que Rosette Rochon, fille du planteur et premier armateur de Mobile, Pierre Rochon, et de nombreux réfugiés français de Saint-Domingue en Amérique.

Barataria est un territoire difficile d'accès composé de trois îles principales toutes idéales pour dissimuler ses bases, sa flotte navale et les « produits de contrebande » : les esclaves qu'il vole aux Espagnols. La navigation incessante de ses navires autour de ses possessions en interdit presque totalement l'accès.

En 1812, le Royaume-Uni entre en guerre contre les États-Unis, dont la marine est faible. Lafitte, avec 500 hommes et des canons volés aux Espagnols est sollicité par les Britanniques. Il décide de se ranger du côté américain avec le général Andrew Jackson, futur Président des États-Unis en 1829, qu'il avertit de l'imminence d'une attaque. Il négocie son aide contre le pardon pour lui et ses hommes. Jackson refuse d'abord de collaborer avec un criminel mais finit par accepter son aide après avoir lancé seul une première attaque désastreuse. Le , les canons de Lafitte volés aux Espagnols contribuent à blesser ou tuer près de à la bataille de Chalmette – plus communément appelée bataille de La Nouvelle-Orléans – pour 55 hommes perdus côté américainLa Nouvelle-Orléans et nous les Haïtiens, article évoquant la participation massive d'anciens esclaves à cette bataille aux côtés de Lafitte.. Cette bataille permet à Jean Lafitte de gagner une certaine notoriété, ainsi que le pardon pour ses actes répréhensibles, mais il perd la souveraineté sur son royaume au profit des Américains. Jean Lafitte est aussi soutenu par ses amis Hippolyte Chrétien et James Bowie. Le pardon avait aussi été offert à Jean Laffite en échange de son soutien aux Britanniques lors du siège de la Nouvelle Orléans"The Slave Trade: The Story of the Atlantic Slave Trade: 1440-1870", par Hugh Thomas, page 614 .

thumb|Carte dressée par le National Park Service, montrant les itinéraires que Lafitte aurait le plus logiquement empruntés pour se livrer à la contrebande.

Au sommet de son activité, Jean Lafitte commandait une cinquantaine de vaisseaux rapides et bien armés, et plus d'un millier d'hommes. Le directeur de la Gazette de la Louisiane était un ami de Jean Lafitte, et le journal relatait les exploits des contrebandiers en raillant les autorités.

Son frère et lui ont ensuite fondé Galveston, premier port cotonnier du Texas, où ils furent espions au service de l'Espagne, contre les révolutionnaires mexicains, entre et , selon les archives espagnoles à Séville. Ils en chassent le corsaire français Louis-Michel Aury, qui harcelait un empire espagnol en proie à l’anarchie. En 1820-1821, ils doivent quitter cette nouvelle base opérationnelle, livrant aux flammes leur « maison rouge » sur Galveston, qui reste après leur départ la première ville du Texas.

Le Congrès des États-Unis a entretemps voté en 1820 une loi qui punit de pendaison le trafic d'esclaves W. T. Block, Pirate Lafitte, Bowie dealt in slave trade via SE Texas, .. vignette|Mort du pirate Jean Lafitte, publication de 1837. Ce qui lui arrive ensuite reste obscur, et les théories sont nombreuses cet article permet de se faire une idée du nombre de théories circulant autour de sa fin de vie et sa disparition et propose une bibliographie très complète en anglais (voir ).. S'il est attesté que Pierre meurt dans la région du Yucatán fin 1821 Voir la FAQ du site de la Lafitte Society., selon les sources les moins douteuses, Jean Lafitte serait mort soit en 1823 lors d'un combat naval entre son navire, le General Santander, et une flottille espagnole Hypothèse retenue par la Lafitte Society sur son site officiel., soit en 1826 au cours d'un ouragan. D'autres dates sont citées par nombre de généalogistes et historiens, amateurs ou professionnels, mais il est en tous cas impossible de trouver de témoignage irréfutable concernant la fin de vie de Jean Lafitte après 1822, date de son évasion d'une prison cubaine.

Un manuscrit controversé, connu sous le nom de Journal de Jean Laffite, raconte comment, après que sa mort fut annoncée dans les années 1820, il aurait vécu dans plusieurs États des États-Unis, fondé une famille à Saint-Louis, Missouri et écrit ce journal avant de décéder aux alentours de 1840. Dans les années 1950, le journal est traduit du français en anglais, et édité aux États-Unis. Le manuscrit original est acheté par Price Daniel, Gouverneur du Texas, et est aujourd’hui exposé à la bibliothèque Sam Houston Regional Library and Archives, à Liberty, au Texas. Rien ne permet d'affirmer que ce manuscrit soit une contrefaçon ou qu'il soit authentique.