Le monastère de Patience de Laval est un monastère de Clarisses Urbanistes pour des religieuses de Sainte Claire situé à Laval qui exista du au . On les nommait souvent aussi, à Laval, les Patientines ou dames de Patience du nom que leur enclos avait jadis porté. Les religieuses étaient soumises à la juridiction immédiate de l'évêque du MansPar les bulles des papes Eugène IV, du 5 février 1446, et du pape Léon X, du 10 décembre 1519, reçues et admises par Louis de Bourbon, cardinal et évêque du Mans, dans son ordonnance, donnée à Angoulême en 1536. Présentation

Les religieuses Urbanistes étaient des Clarisses qui suivaient la règle mitigée, donnée par le Pape Urbain IV en 1263. Ce Pape, entre autres adoucissements de la règle primitive donnée à Sainte Claire par Saint François d'Assise, avait permis de recevoir des dons et de posséder des biens et des revenus.

Origine thumb|upright|Fresque figurant Sainte Claire d'Assise, par Simone Martini (basilique Saint François d'Assise) Guy XV de Laval qui faisait profession d'une dévotion singulière pour Saint François d'Assise, déciee en 1494 de faire une fondation en faveur des religieuses de cet ordre qui s'étaient attachées à la règle d'Urbain IV donnée en 1263. Deux ans plus tôt, Marguerite de Lorraine, belle-sœur du comte de Laval, avait fondé, près de Château-Gontier, un couvent de religieuses urbanistes, qui plus tard fut transféré dans sa terre du Buron.

Guy XV leur attribue le lieu de Patience, voisin du couvent des Frères mineurs de l'observance ou Cordeliers, et que l'on appelait aussi Clos de ParadisCe lieu avait été acheté vers 1405 par Guy XII de Laval de l'héritier de Macé des Arsiz. D'après les aveux de 1407 et 1444, il contenait trois journeilz de terre en jardin et courtilz et six quartiers de vigne ou environ, tenans ensemble. Il s'étendait du mur du jardin des Cordeliers ou de la caserne Corbineau à la rue des Tuyaux, qu'il longeait depuis la fontaine, qui fait face à la rue des Fossés, jusque vers la maison qui porte aujourd'hui le .. Des causes que nous ignorons l'empêchèrent de mettre ce dessein à exécution.

Il y avait alors à Laval plusieurs femmes pieuses, qu'on appelait Sœurs du tiers-ordre de Saint François. Le tiers-ordre, fondé à la demande de plusieurs personnes vivant dans le monde, par Saint François d'Assise, avait sans doute été établi à Laval par les Cordeliers qui s'y étaient fixés à la fin du .

En 1497, Guy XV qui n'avait pas abandonné son projet, en faveur des religieuses franciscaines, pensa à réunir en communauté les personnes qui formaient à Laval le tiers-ordre de Saint François et leur fit donation du lieu de PatienceJean du Bouchet, doyen de Saint-Tugal figure comme témoin, avec le chantre Pierre Le Baud, dans l'acte do fondation de Patience par Guy XV et sa femme, Catherine d'Alençon, en 1497 : « Joannes Dubouschrt, jurium doctor, protonotariusapostolicus et decanus S. Tugalis de Lavalle » . Dom Piolin, Histoire de l'Église du Mans, t. V. .

Fondation Dans la charte de fondation Guy exigeait que les religieuses de Patience descendissent, à chaque fête du Saint-Sacrement, jusqu'au lieu où la procession avait coutume de passer, se tinssent à genoux pendant son passage et rentrassent ensuite au couvent. Il retenait pour lui et ses successeurs le droit d'entrer dans la maison et d'en sortir quand bon lui semblerait. Il n'exigeait en retour de sa libéralité, que la participation aux trésors de prières des religieuses.

Le texte de cette charte n'est pas clair et l'on n'y voit pas si les Sœurs du tiers-ordre en entrant en communauté embrassèrent la règle du Pape Urbain. On pourrait le croire, car la charte oblige les religieuses à porter des voiles de lin, selon l'usage d'Allemagne et de plusieurs autres provinces et royaumes ; ce qui semble insinuer l'obligation de porter l'habit religieux. Le droit que se réserve Guy d'entrer dans le couvent et d'en sortir à son gré paraîtrait aussi indiquer que les religieuses étaient cloîtrées et avaient entièrement quitté le monde, au milieu duquel il était permis aux sœurs du tiers-ordre de vivre.

Tiers-ordre

Il n'en était pourtant pas ainsi, car outre que nous trouvons postérieurement à la fondation, plusieurs pièces qui donnent encore aux religieuses de Patience le nom de religieuses du tiers-ordre, un document nous apprend que ce ne fut que plus tard que ces religieuses se cloîtrèrent véritablement.

On lit dans un ouvrage, publié à Rome en 1587Exercpta è libro de origine seraphicae religionis Franciscanae, anctore F. Francisco Gonzaga ejusdem religionis ministro generali. Rome, 1587., que les sœurs du couvent de Patience de Laval, continuèrent dans le principe à suivre la règle du tiers-ordre ; plus tard, dit le même ouvrage, elles se cloîtrèrent et l'ont toujours été depuisL'auteur n'a pas indiqué d'une manière précise la date de cet important changement. On peut croire qu'il eut lieu vers le milieu du . Il se forma en effet vers le commencement de ce siècle, des congrégations de tierçaires, où l'on vivait en communauté de biens, faisant les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. Ces congrégations furent érigées en corps de religion. Ainsi outre le tiers-ordre séculier, il y en avait un régulier de l'un et de l'autre sexe, que Léon X confirma par une bulle en 1521. Les religieuses de Patience en entrant en communauté étaient donc restées du tiers-ordre et c'est à bon droit que l'on continua à leur en donner le nom, jusqu'à ce qu'elles eussent embrassé la règle du second ordre ou des Clarisses, mitigée par le Pape Urbain IV..

Second ordre Des pièces plus récentes nomment en effet les religieuses de Patience, religieuses de Sainte-Claire, et cette dénomination quoique inexacte fait voir qu'elles avaient abandonné le tiers-ordre. Une déclaration de 1790 dit que : La communauté était sous la règle de Sainte Claire, et du second ordre de Saint François ; celle règle fut d'abord réformée par le Pape Urbain.

Marguerite de La Roë et Marguerite Hatry furent les premières religieuses de Patience. Ce furent elles qui durent veiller aux constructions nécessaires à l'établissement de la communauté et que la fondation de Guy laissait à leur charge. Les commencements furent assez difficiles ; mais en 1517 l'existence de la communauté parut assez assurée et les travaux assez avancés, pour que Marguerite de La Roë put réclamer des donations faites à condition que le couvent serait fait ou érigé.

Construction de l'église Après la mort de Guy XV, son neveu Guy XVI de Laval continua ses bienfaits au nouvel établissement. Le , il donna à Gilles Georget et à Marguerite sa femme, à leur vie durant, sa Courtillerie de la Vivancière, sise en la chatellenie de Courbeveille pour les désister et départir de maisons, terres et jardins situées au lieu de Patience, que jadis leur avait donné le comte de Laval, son oncle, le nouveau couvent ne pouvant sans ces terres et jardins être bonnement cloux ni edifié.

En 1523, l'église était construite et l'office des religieuses s'y faisait régulièrement. L'église est entièrement terminée en 1525 et le de cette année, la dédicace en est faite par Yves Mahyeuc, évêque de RennesLe jour suivant, il procède à l'inhumation d'Anne de Montmorency, épouse de Guy XVI de Laval..

La première supérieure, Marguerite de la Roë, fille du seigneur de Thorigné, est parvenue à surmonter toutes les difficultés qui contrarièrent cet établissement à son origine. Elle avait obtenu du seigneur, de sa sœur aînée, dame de la terre de la Perrine dans la paroisse d'Athée, et de plusieurs autres personnes, des dons de terrains et d'argent.

Tous les autres travaux sont terminés en 1526, et Louis de Bourbon, cardinal, évêque du Mans fait l'érection en clôture le de cette année. La confirmation du Pape Clément VII ne fut accordée qu'en 1536.

Jamet Neveu fait construire un grand bâtimentQui existait encore au , il a été un moment caserne de gendarmerie.. Il y fait faire une chambre pour sa fille qui prit le voile dans cette maison en 1547. Pour La Beauluère, ce grand édifice date du commencement du et sa construction est postérieur à l'érection du couvent.

Fortune ? Un état de 1530 à 1536 fait monter les revenus de biens fonds à 167 livres 13 sous, et les rentes à 180 livres. En 1555 les religieuses sont taxées pour les biens qu'elles possèdent dans l'étendue du comté de LavalRobert le Bret, juge ordinaire du comté de Laval, François Bricel, juge des exempts par appel et René Thibault, licencié es lois, commissaires ordonnés par le roi sur le fait « des francs fiefs et nouveaux acquêts au pays et comté de Laval, » transigent avec honorable homme François Touillon, procureur des dames de Patience, pour la somme de 80 livres tournois. Le comte de Laval leur fait remettre cette somme par noble et sage Fiacre Amy, son procureur. .

En 1629, les religieuses avaient vendu une partie d'une maison située entre leur couvent et celui des Cordeliers, qu'elles avaient précédemment achetée. Elles avaient mis dans les conditions de cette vente que le preneur ne pourrait loger es dites choses ou les affermer à aucuns hérétiques, taverniers ou personnes mal notées, ou qui tinssent brelans ou jeu de courte boulle, billes ou quilles. Mais elles pensèrent qu'en vendant cette maison elles ne pourraient par la suite faire aucune augmentation de ce côté à leur couvent, et obtinrent de l'acheteur qu'il résiliât son marché. La fortune des religieuses de Patience ne fut jamais bien considérable.

Dans une supplique qu'elles adressent en 1609 aux commissaires ordonnés par le roi en la chambre du trésor à Paris, sur le fait et liquidation de ses droits et devoirs des fiefs et nouveaux acquêts, elles déclarent que tous leurs revenus ne reviennent ensemble qu'à la somme de 515 livres tournoisSur laquelle somme il leur faut nourrir et entretenir jusqu'au nombre de trente-cinq filles religieuses, deux servantes et deux jardiniers, quatre chapelains, un receveur et homme d'affaires : que sans les aumônes qui leur sont faites, elles ne pourraient vivre; que pendant les dernières guerres elles n'ont pu jouir de leurs revenus à cause des incursions et dégâts des gens de guerre qui rendaient leurs biens vaques et inhabités, volaient les bestiaux et ravageaient leurs terres..

Des différends se sont élevés dans l'intérieur de la communauté. Charles de Beaumanoir, évêque du Mans, étant a Laval, logé au prieuré de Saint-Martin, passa les 21, 22 et à remettre la bonne intelligence dans le monastère.

En 1635, une colonie des religieuses de Patience va fonder le couvent des Clarisses Urbanistes de Fougères. Les religieuses de Laval font, dans la suite, des embellissements et agrandissements à leur église, et reçoivent le , d'Anne de Champagne, veuve de Pierre Le Cornu, seigneur du Plessis de Cosmes, une somme de 1000 livresUne fois donnée, pour leur église ; suppliant les dames religieuses de lui faire dire après sa mort un service annuel à l'église Notre-Dame d'Avesnières. Ils font ce don à cause de leur fille Anne le Cornu, religieuse en 1638 à Patience.

Calice Une religieuse, Marguerite de Vassé, offre en 1632 au couvent un calice, reconnu comme exceptionnel, et fabriqué par l'orfèvre Jean Bodet en 1540. Cet ouvrage religieux est racheté et offert par le président Charles de Gaulle en tant que chanoine honoraire à la Basilique Saint-Jean-de-Latran en 1965.

Au début du , les religieuses supplient le roi d'avoir égard à leur situation difficile et de leur accorder exemption des taxes auxquelles elles sont imposées.