Les , ou , sont une sous-famille de poissons appartenant à la famille des pomacentridés. Elle contient trente espèces faisant toutes partie du genre Amphiprion. Ce sont des poissons d'une dizaine de centimètres dans les tons d'orange et de noir. Certaines espèces présentent des bandes ou des barres blanches. Ils fréquentent les lagons et les récifs coralliens du bassin Indo-Pacifique et de la mer Rouge où ils se nourrissent généralement de copépodes et de larves de tuniciers.

Les poissons-clowns sont remarquables à plusieurs titres. Ils sont principalement connus pour la relation mutualiste qu'ils forment avec dix espèces d'anémones de mer, normalement mortelles pour les poissons. Ils se distinguent également des autres espèces de poissons-demoiselles par leur hermaphrodisme successif protandre quand les autres espèces sont généralement protogynes. Cette particularité définit une structure sociale particulière au sein d'une anémone. L'individu dominant est la femelle, plus imposante que le reste du groupe. Elle forme un couple stable avec un mâle sexuellement actif, un peu plus petit. Les autres individus du groupe sont des mâles immatures qui n'interviennent pas dans la reproduction.

Sans être véritablement menacés, les poissons-clowns subissent une pression importante liée à la destruction de leur habitat par les activités humaines et les conséquences du réchauffement climatique. Même si beaucoup proviennent d'élevages, certains individus sont prélevés dans la nature pour le marché de l'aquariophilie marine. En 2003, le poisson-clown à trois bandes est choisi par le studio d'animation Pixar pour incarner Nemo, le petit poisson héros du film d'animation Le Monde de Nemo, ce qui les rendra très populaires.

Description vignette|gauche|alt=Un poisson-clown rouge sombre. Il présente deux fines bandes blanches sur le haut du corps|Le poisson-clown à joues épineuses atteint de long. vignette|Amphiprion ocellaris. Les poissons-clowns sont de taille modeste ; adultes leur taille varie de (Amphiprion pacificus) à (Amphiprion biaculeatus).

Les caractéristiques qui les distinguent des autres sous-familles sont leurs 50 à 78 rangs d’écailles, des opercules généralement dentelés, une nageoire dorsale composée de dix épines — neuf ou onze dans de rares cas — et généralement 14 à 20 rayons souples.

Les motifs colorés sont le meilleur moyen d'identifier les différentes espèces dans leur environnement. D'autres caractères utiles comme la forme des dents, la disposition des écailles de la tête et les proportions ne sont accessibles qu'en laboratoire sur des spécimens naturalisés.

Leur couleur, globalement dans les tons d'orange, varie du jaune-orangé à l'orange sombre voire au rose. Certaines espèces ont de zéro à trois bandes verticales blanches ou une bande dorsale. La couleur blanche des bandes est due à des cellules particulières qui réfléchissent la lumière, des iridophores. On observe des variations géographiques de la couleur pour les espèces à large aire de répartition. D'autres facteurs interviennent également sur la coloration des poissons-clowns comme le mélanisme et la taille des individus. Le mélanisme est induit par l'anémone de mer hôte. Il intervient en quelques heures après la mise en contact des partenaires. La plus-value adaptative de ce changement est inconnue. Les bandes forment des motifs disruptifs qui favorisent le camouflage..

Il n'y a pas de différence de couleur entre les stades mâles et femelles chez les poissons-clowns sauf quelques exceptions. Pour A. clarkii, elles existent mais ne sont pas systématiques. Les mâles de A. perideraion et A. akallopisos présentent souvent des bords orange sur les rayons souples et la caudale. Les juvéniles ont par contre une livrée différente de celle des adultes. Ils se ressemblent beaucoup entre les différentes espèces ce qui rend très difficile leur identification. Il faut généralement observer les autres poissons du groupe dans l'anémone pour pouvoir connaître l'espèce exacte d'un juvénile.

Écologie et comportement Alimentation thumb|alt=Une larve de copépode translucide avec de grandes antennes.|Les poissons-clowns se nourrissent essentiellement de plancton, comme ce copépode. Le plancton représente la source principale de l'alimentation des poissons-clowns. L'étude du contenu stomacal de spécimens capturés révèle généralement des copépodes et des larves de tuniciers. A. perideraion consomme également une quantité importante d'algues broutées sur les récifs proches ou gobées en pleine eau.

Parfois, en aquarium, un spécimen à qui l'on présente un aliment de grande taille qu'il ne peut pas consommer entièrement le rapporte pour le mettre en sécurité sur son territoire — c'est-à-dire l'anémone. Les anémones sont carnivores et c'est finalement l'hôte qui mange les aliments qu'elle était censée protéger. Le poisson ne nourrit pas intentionnellement l'anémone même si cela peut sembler être le cas pour un observateur. À l'état sauvage ce comportement est absent. Les aliments sont consommés directement à l'endroit où ils sont trouvés car les poissons-clowns ne rencontrent pas d'aliments de taille importante.

Reproduction La durée maximum de vie reste mal connue à l'état sauvage. Il existe des observations attestant des longévités de 6 à . Néanmoins, la protection des anémones de mer offre un avantage décisif et on estime pour les femelles A. percula une espérance de vie de . En 1992, le record de longévité en captivité pour des poissons-clowns était de pour des individus A. frenatus et A. perideraion élevés au Muséum-aquarium de Nancy en France. Le spécimen A. perideraion était toujours vivant à cette date. Il n'y a pas de lien entre la taille des individus et leur âge : les petits subadultes ne sont pas nécessairement jeunes, la structure sociale des poissons-clowns ayant un impact sur la taille des individus. Par contre, la femelle est toujours la plus âgée du groupe.

Les espèces d'Amphiprioninae sont assez similaires en termes de reproduction et de développement : œufs, larves, juvéniles.

Accouplement et ponte thumb|alt=Deux poissons-clowns oranges barrés de blanc patrouillent autour d'une anémone verte sous laquelle luit une ponte rouge vif.|Un couple de poissons-clowns de Madagascar et leur ponte, dans le parc naturel marin de Mayotte. Amphiprion et Premnas sont les seuls parmi les demoiselles à former des couples qui peuvent durer des années. Ce lien est à corréler avec la petite taille de leur territoire centré autour de l'anémone hôte et leur structure sociale qui favorisent ce comportement.

La période de reproduction dépend de la localisation. Dans les zones tropicales, elle a lieu toute l'année avec des moments de pic ; Dans les zones subtropicales ou tempérées chaudes, la reproduction se limite au printemps et à l'été quand la température de l'eau est la plus haute. Pour certaines populations, il semble également exister des liens entre la nidification et le cycle lunaire, la ponte intervenant à la pleine lune. Le clair de lune permettrait de maintenir alerte le mâle qui assure la majorité de la surveillance du nid. De plus, comme les larves sont attirées par la lumière, le disque lunaire les regrouperait vers la surface, facilitant ainsi leur dispersion grâce aux vagues et aux courants marins.

thumb|alt=Le mâle d'un couple de poissons-clowns nettoie avec sa bouche les œufs du couple collés sur un surplomb.|Un couple de poissons-clowns du Pacifique et sa ponte. La période des amours est généralement générique et ritualisée. Plusieurs jours avant la ponte, on observe une augmentation de l'activité sociale caractérisée par des courses poursuites, l'érection des nageoires et la préparation du nid. Le mâle adopte un comportement de , nage rapide de haut en bas pour attirer la femelle, que l'on retrouve chez d'autres Pomacentridés. Il devient également plus agressif envers sa partenaire et s'exhibe immobile en face d'elle ou sur le côté, toutes nageoires déployées.

Le mâle choisit un site pour le nid sur une roche nue proche de l'anémone. Parfois, il mordille les tentacules de l'anémone pour qu'elles se rétractent et il libère ainsi un lieu de ponte sous le disque de l'anémone. Les anémones des fonds sableux n'offrent pas de surface propice à la ponte. A. polymnus résout ce problème en ramenant une surface adéquate de son territoire tels que des tests d'échinodermes, des coquilles de mollusques bivalves, des bouts de feuille de palmier, voire des canettes. Ce support de ponte peut ainsi être déplacé de plusieurs mètres jusqu'à l'anémone.

Le site choisi est alors débarrassé de tous les éléments indésirables comme les algues et les débris par le mâle qui les picore. Il est finalement rejoint par sa partenaire indiquant ainsi qu'elle est prête à pondre. Le couple se secoue une fois le nettoyage terminé.

thumb|left|alt=Le museau d'un poisson-clown fait face à une centaine d'œufs ovales orangés|Un mâle protège sa ponte. On distingue nettement les embryons avec les yeux et le sac vitellin.

La ponte intervient le matin et dure de à plus de . L'ovipositeur conique de la femelle est alors proéminent et lui permet de coller les œufs à la roche. Elle nage lentement en zigzag en se frottant l’abdomen sur la roche, suivie de près par le mâle qui fertilise les œufs au fur et à mesure. Le nid peut compter de 600 à . Le nombre des œufs dépend de la taille des individus et de l'expérience du couple. En général les couples plus expérimentés pondent plus d'œufs. Le jour, le mâle surveille et ventile les œufs avec ses nageoires pectorales jusqu'à leur éclosion. Il chasse les espèces mangeuses d'œufs comme les labres et maintient le nid sain en retirant à la bouche les débris et les œufs morts. La femelle s'occupe principalement de se nourrir mais peut occasionnellement l'assister.

Les œufs sont elliptiques et mesurent environ 3 à de long. Ils adhèrent à la roche par une touffe de petits filaments. Ils incubent en une semaine. Juste avant l'éclosion, l'embryon avec ses grandes pupilles miroitantes est visible à travers la membrane transparente. On distingue aussi le sac vitellin rouge-orangé qui donne la couleur générale de la ponte.

Stade larvaire et installation L'éclosion a généralement lieu peu après la tombée de la nuit, six ou sept jours après la ponte. La température de l'eau intervient dans la durée d'incubation. Une eau plus froide ralentit le développement des œufs sans les altérer. Après éclosion, les larves se dispersent dans le plancton, vivant à la surface des océans passivement portés par les courants. Les larves sont transparentes et mesurent environ 3 à . La période larvaire dure de 8 à et est l'une des plus courtes parmi les Pomacentridés, ce qui explique certainement la faible aire de répartition de certaines espèces.

thumb|alt=Un petit poisson orange vif sort des bouts renflés d'une anémone de mer|Un jeune Premnas biaculeatus dans son anémone Entacmaea quadricolor.

Le stade larvaire se termine lorsque la larve rejoint le fond. Cela amorce la métamorphose en juvénile qui acquiert ses nouvelles couleurs. Cette transformation intervient en environ un jour. Il est alors vital pour le petit de trouver une anémone de mer pour s'associer faute de quoi il sera probablement dévoré par un prédateur. Certaines espèces localisent les cnidaires en suivant un marqueur chimique alors que d'autres les repèrent à vue ou par hasard. En laboratoire, A. perideraion est attiré vers une source de mucus brut extrait de Heteractis crispa. Ce comportement peut être reproduit avec de l'amphikuemine, un ammonium quaternaire obtenu à partir de mucus purifié de H. crispa. Néanmoins, A. clarkii, également symbiote de H. crispa, n'est pas attiré par la molécule. A. ocellaris est attiré par Stichodactyla haddoni grâce à la tyramine, et la tryptamine induit la recherche de l'anémone.