vignette|Drapeau de la communauté polyamoureuse, créé par Red Howell en 2022. Ce design a été sélectionné parmi quatre via un sondage en ligne conduit par le blog PolyamProud en .

Le polyamour, aussi appelé la polyamorie. ou le pluriamour. (du grec ancien , « nombreux », et du latin , « amour »), est une orientation relationnelle qui désigne la capacité à aimer et/ou avoir de l'affection pour plusieurs personnes en même temps, ce qui peut se traduire par plusieurs relations amoureuses non exclusives.

Les relations non exclusives se veulent fondées sur la liberté, l'égalité entre partenaires, le respect des choix individuels et de l'autonomie de chacun, ainsi que le consentement sexuel.

Des personnes qui ne sont pas polyamoureuses peuvent être engagées dans des relations non exclusives : on parle alors de personnes « polyaccueillantes ». ou « polyacceptantes ».

Définition Le polyamour se définit comme « l'orientation relationnelle qui représente la capacité d’affectionner plusieurs personnes en même temps ». Les relations polyamoureuses (par exemple trouple, relation polyamoureuse hiérarchique, anarchie relationnelle) sont des schémas relationnels non exclusifs choisis pour s’engager/relationner avec autrui.. Les relations polyamoureuses sont une forme assumée de relation avec plusieurs partenaires.

Les relations non exclusives sont parfois confondues avec : l'adultère , p. 80., qui est une forme de non-exclusivité, mais non consentie par tous les partenaires ; l'échangisme ou le libertinage, qui sont des formes de non-exclusivité sexuelle à visée récréative pour un couple (ou un(e) célibataire), mais qui impliquent tout de même une exclusivité affective ou sentimentale et ne comportent pas la dimension éthique et politique du concept de polyamourYves-Alexandre Thalmann, Vertus du polyamour, la magie des amours multiples, Éditions Jouvence, 2006, . (remise en question de la monogamie) ; la polygamie, qui est une non-exclusivité conjugale ou matrimoniale. Certaines relations polyamoureuses n'impliquent pas forcément une vie conjugale ou un mariage. De plus, les polyamoureux évitent le terme polygamie, celui-ci étant Catherine Ternaux, La Polygamie, pourquoi pas ? , Paris, Grasset, 2012..

Historique et terminologie

Naissance des concepts Dans un ouvrage intitulé Le Nouveau Monde amoureux, écrit en 1816 mais qui ne sera publié qu'en 1967, le philosophe Charles Fourier définit les bases théoriques de « l’amour multiple », une diversité romantique vécue et assumée. Charles Fourier critique de façon radicale le mariage exclusif, qui réduit les femmes à la condition de « ménagères », encourageant leur « asservissement ». Il appelle à la multiplication des liens amoureux au cœur d’« un ordre compatible avec le développement des passions » et permettant d’« innover en jouissance amoureuse »..

Au début des années 1920, au sein des mouvements marxistes et libertaires, naît la première théorisation des relations non exclusives, sous le nom d'« amour-camaraderie » chez l'autrice soviétique Alexandra Kollontaï, qui en définit trois principes : l'égalité des rapports mutuels ; l'absence de possessivité et la reconnaissance des droits individuels de chacun des membres du couple ; l'empathie et le souci réciproque du bien-être de l'autre.

Pour Alexandra Kollontaï, le mariage bourgeois et la fidélité des femmes est une « captivité amoureuse », dictée par le souci de « concentrer le capital » économique dans une même famille.

Le terme « » apparaît pour la première fois aux États-Unis au cours des années 1960, en référence à la pratique non monogame responsable décrite dans En terre étrangère, un roman de Robert A. Heinlein, auteur américain de science-fiction, qui aura une importante influence sur la contre-culture des années 1970 aux États-Unis, p.75. Le mot devient d'usage courant à partir de la fin des années 1990, principalement sur Internet, via des sites dédiés ou sur le forum Usenet alt.polyamory, créé en par Jennifer Wesp.. En 2007, le mot anglais entre dans le Oxford English Dictionary.

Depuis la seconde moitié des années 2000, le « polyamour » obtient une visibilité médiatique de plus en plus importante. Des ouvrages, comme La Salope éthique de Dossie Easton et ou, en France, les livres de Françoise Simpère (qui préfère employer le terme de « lutinage »), exposent les principes du mouvement et dispensent des conseils relationnels. Des communautés de polyamoureux existent dans de nombreux pays, la communauté francophone se structurant majoritairement autour du site polyamour.info et se retrouvant pour des échanges d'expériences et des témoignages lors de « cafés poly ». La taille de ces communautés, bien que croissante, reste relativement petite et de nombreux polyamoureux cachent leur vie sentimentale auprès de leur famille ou de leurs collègues de travail, p. 83..

Selon Niena Rodrigues-Ribeiro Bonnefoy, sexothérapeute et auteur d'articles sur le sujet., il est préférable de parler de « polyamorie » et de « relations non exclusives » plutôt que de regrouper tout sous le terme « polyamour » qui tend à confondre une orientation relationnelle non choisie et des schémas relationnels choisis.

Certaines personnes pratiquant le polyamour utilisent une terminologie tirée du terme « lutinage » utilisé par Françoise Simpère. Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir En , Jean-Paul Sartre propose à Simone de Beauvoir, après un an de relation, un « pacte de poly-fidélité », lui proposant de vivre des amours multiples entre lesquelles leur relation resterait la principale. Beauvoir acceptant, il s'exclame : Leur exemple, publiquement assumé, marque fortement les milieux intellectuels parisiensEntretien avec Michel-Antoine Burnier, « Sartre et Beauvoir, le pacte de poly-fidélité », Nouvelles Clefs.. Cependant, en 2008, la Britannique Carole Seymour-Jones, autrice du livre , décrit le comportement de Beauvoir comme un « abus d’enfant » se rapprochant de la « pédophilie ». En 2015, dans Simone de Beauvoir et les femmes, Marie-Jo Bonnet qualifie de « contrat pervers » le modus operandi entre Beauvoir et Sartre, qui consistait en ce que la première séduisait de jeunes étudiantes mineures pour les envoyer ensuite au second. Dans ses Mémoires d’une jeune fille dérangée, Bianca Lamblin relate son admiration pour Simone de Beauvoir, qui était alors sa professeur, alors qu'elle avait seize ans. Cette dernière la poussera vers Sartre. L'écrivaine raconte que . En vue des accusations de détournement de mineur et de pédocriminalité, il est difficile de considérer les relations entretenues par Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre comme respectant le consentement de toutes les personnes concernées (mineures) et donc l'éthique voulue par les personnes polyamoureuses.

Critique de la monogamie thumb|Pride polyamoureuse à San Francisco en 2004.

Pour Meg-John Barker, psychologue, le polyamour remet en question deux éléments clés de la « construction dominante de la sexualité dans la culture occidentale » : le fait que les relations romantiques doivent être monogames, et dans certains cas, le fait que les relations romantiques doivent se limiter à deux personnes, p. 77..

La critique de la monogamie peut prendre plusieurs formes : individualiste, dans la défense du droit de chacun à s'éloigner des normes culturelles et sociétales ; utilitariste, certains polyamoureux défendant l'idée que la norme monogame est néfaste à l'épanouissement sexuel ; spirituelle, certains polyamoureux inscrivant leur pratique de non-possessivité amoureuse dans une démarche d'épanouissement personnel. Pour Meg-John Baker encore, . politique, enfin, la non-exclusivité amoureuse pouvant rejoindre une critique plus générale des discours dominants sur la sexualité, les relations hommes-femmes, ou l'organisation de la société. C'est ce qui fait dire à Françoise Simpère, figure majeure de la promotion du polyamour en France, que Françoise Simpère, entretien par Sophie Caillat. « Les “polyamoureux”, ces “indignés” de la monogamie », rue89, 6 juillet 2011..

Marxisme Les critiques politiques de l'exclusivité amoureuse, antérieures à la théorisation du polyamour, font partie des critiques de la famille et du mariage nées au dans les mouvements marxistes, féministes et anarchistes. À cette époque, la loi accordait au mari un pouvoir quasi-total sur son épouse, qui pouvait dans certains cas ne pas avoir d'existence légale propre (principe de coverture).

Dans L'Origine de la famille, de la propriété privée et de l'État (1884), Friedrich Engels propose une histoire des structures familiales d'un point de vue marxiste. Il est très virulent avec la « famille monogamique », fondée selon lui sur la transmission du capital et « la domination de l'homme ». Il note d'ailleurs que « la monogamie n'est monogamie que pour les femmes seulement », donnant l'exemple du Code Napoléon, qui réprime l'adultère des femmes mais autorise celui des hommes (à partir du moment où il a lieu hors du lit conjugal), p. 49..

Néanmoins, considérant que , il prédit que l'égalité des sexes qu'il appelle de ses vœux , p. 62.

Au début des années 1920, la Soviétique Alexandra Kollontai va plus loin et remet en question la nature exclusive du sentiment amoureux. Estimant que la morale amoureuse est liée à l'idéologie (au sens marxiste du terme), elle propose une histoire politique de l'amour. Elle dénonce l'idéal amoureux monogame de son temps comme étant celui de la bourgeoisie, qui lie de manière indissociable amour, sexualité et mariage, dans l'objectif d'accumulation et de transmission du capital, section I..

Kollontai théorise un idéal amoureux, nommé « amour-camaraderie », qu'elle veut plus adapté aux besoins de la classe ouvrière. Ses principes, qui sont ceux du polyamour moderne, sont basés sur la « solidarité fraternelle » libérée de la possessivité, section II. Elle-même vit ouvertement des amours multiples.

Partisan des relations libres depuis les débuts de son engagement dans le mouvement du 4 Mai, le chef du Parti communiste chinois Mao Zedong défendait au début de sa carrière politique l'évolution des relations amoureuses vers le polyamour, comme dans la première édition de 1927 du Rapport sur l'enquête menée dans le Hunan à propos du mouvement paysan, où il présente comme une marque d'émancipation l'existence de couples polyamoureux : ..

Anarchisme individualiste En France, à la même époque, les milieux individualistes libertaires remettent en question le bien-fondé du couple et expérimentent, sous le terme d'amour libre, d'autres modalités de la vie romantique et sexuelle. Par exemple, la vie en communauté de libre sexualité, vie de célibataire pour Madeleine Pelletier, pionnière du droit à l'avortement et du contrôle des naissancesMadeleine Pelletier, L’émancipation sexuelle de la femme, Giard et Brière, 1911., défense du libertinage et de l'échangisme pour E. Armand, qui voulait même en faire une normeGaetano Manfredonia, Francis Ronsin, E. Armand et « la camaraderie amoureuse », le socialisme révolutionnaire et la lutte contre la jalousie, Groupe de Travail « Free Love and the Labour Movement », International Institute of Social History, Amsterdam, 2000., ou légitimation de la figure de l'amant ou de la maîtresse pour Jane de Magny et Georges-Anquetil. Parmi ces expérimentations, on retrouve quelques exemples d'« amours plurielles », comme Sophie Zaïkowska qui vit quelques années avec deux hommesPierre Beaudet, « D'une théorie de l'amour libre à la mise en pratique de l'union libre. Les "milieux libres" anarchistes (France, 1900-1914) », International Institute of Social History..