Michel Cérulaire (en grec : Μιχαήλ Α' Κηρουλάριος ; né à Constantinople vers 1005, mort le ) fut patriarche de Constantinople du au .

D’abord haut fonctionnaire, il fut impliqué dans un complot contre , qu'il entendait remplacer. Exilé avec son frère à Prinkipo (une des Îles des Princes) et dès lors privé de tout espoir de prendre le pouvoir, il décida qu’une carrière ecclésiastique lui permettrait un nouveau départ. Devenu moine et rappelé d’exil, il gagna la faveur de et fut choisi comme nouveau patriarche de Constantinople à la mort d’Alexis Studite. Dès son entrée en fonction il s’appliqua à uniformiser la pratique religieuse au sein de son patriarcat qui, depuis les conquêtes du , s’était considérablement étendu non seulement en Asie mineure mais aussi en Europe où son influence s’exerçait maintenant également en Bulgarie, en Russie et en Géorgie.

Cependant, en Italie byzantine, la souveraineté de Constantinople était sérieusement ébranlée par les conquêtes lombardes, les territoires conquis passant sur le plan religieux de la juridiction de Constantinople à celle de Rome. En 1050 le Cardinal Humbert fut envoyé par le pape Léon IX à Syracuse en tant qu'archevêque. L'île étant une province Byzantine, occupée par le Normands, etait du ressort du patriarche de Constantinople. Humbert tentat de forcer les évêques de Sicile à adopter le rite germano-latin. Répliquant aux ordres de la papauté de voir les églises de ces territoires se conformer aux rites latins, Michel Cérulaire ordonna aux églises latines de Constantinople de se plier aux rites grecs, entrant en conflit avec le représentant impérial en Italie favorable à un accommodement avec Rome. Les seigneurs Normans finirent par expulser le Cardinal Humbert. Cela poussa le pape a ecrire au Patriarche Michel une lettre par laquelle il clamait la suprématie pontificale universelle en se basant sur la fausse Donation de Constantin.

Le Cardinal Humbert accusa le patriarche Michel d'avoir fait écrire par Léon, archevêque d’Ohrid, une lettre destinée au pape et aux évêques occidentaux condamnant certaines coutumes latines jugées non conformes à la doctrine orthodoxe. Cela occasionna une vive réponse de Humbert, cardinal de Silva Candida, premier secrétaire du pape et esprit aussi bouillant que Michel Cérulaire. Le ton monta et le cardinal persuada le pape d’envoyer une délégation sous sa direction à Constantinople pour signer une alliance militaire avec l'empereur Constantin Monomaque contre les Normands. Humbert considérait que le Patriarche Michel serait un obstacle à cette alliance.

Choqué par la froide réception qui l’attendait chez le patriarche à Constantinople, le cardinal déposa le une bulle sur le maître-autel de Sainte-Sophie anathématisant le patriarche et ses principaux collaborateurs. Ce sur quoi, le patriarche alla voir l’empereur qui, bien qu’il préconisât une politique amicale envers Rome, finit par autoriser le patriarche à faire de même à l’endroit des légats pontificaux.

Fort de cette victoire qui renforçait son influence non seulement face à l’empereur, mais aussi à l’égard de ses collègues orientaux d’Antioche, d’Alexandrie et de Jérusalem, Michel Cérulaire tenta de plus en plus de s’immiscer dans la gestion des affaires de l’État. Après la mort de , Théodora, maintenant seule impératrice, aurait voulu se débarrasser de son trop zélé patriarche, mais son court règne et la précarité de sa position ne lui permit pas de mettre son projet à exécution.

Michel Cérulaire prit part au complot qui devait mettre un terme au règne de , successeur de Théodora, et porter au pouvoir Isaac Comnène. Les relations entre les deux hommes, d’abord cordiales, se détériorèrent rapidement, le patriarche se posant de plus en plus comme l’égal de l’empereur dont il se mit à chausser les bottines de pourpre. Fort du soutien de l’armée, Isaac réagit promptement et, connaissant la popularité du patriarche auprès de la population, le fit arrêter et exiler dans l’île de Marmara, convoquant au même moment un synode visant à le destituer sous prétexte d’hérésie, blasphème et autres turpitudes. Michel Cérulaire résista jusqu’au bout aux pressions pour qu’il se démette de ses fonctions, mais mourut le avant que le procès n’ait lieu.

De la naissance à 1054

thumb|left|L’Empire byzantin à la mort de Basile II; au-delà des frontières, l’influence du patriarche de Constantinople s’exerçait aussi sur la Bulgarie, la Russie, l’Arménie et la Géorgie.

Michel Cérulaire naquit à Constantinople entre 1005 et 1010 dans une famille sénatoriale.

De sa jeunesse on sait seulement qu’il débuta une carrière dans la fonction publique qu’il poursuivit jusqu’en 1040, lorsqu’il fut impliqué dans un complot contre ()Cédrénos, 264 (530); Psellos, Discours et correspondance, IV, 313-317. Il fut découvert et exilé avec son frère aux Îles des Princes. Mais alors que son frère se suicida, Michel décida d’entrer dans les ordres où il ambitionna immédiatement de devenir patriarche.Norwich (1994) .

Il fut rappelé d’exil par ( – ) et gagna par la suite la faveur de (), comploteur comme luiCompromis dans un complot sous le règne de Michel IV, Constantin Monomaque avait été exilé par Jean l'Orphanotrophe dans l'île de Mytilène. Michel Cérulaire partageait avec Constantin la haine de Jean l’Orphanotrophe.. Il fut bientôt promu à la dignité de « syncelle »Psellos, Discours et Correspondance, IV, 319-322., homme de confiance et généralement successeur du patriarche, jouissant d'une position élevée dans la haute administration de l’État; selon le Kletorologion de 899, le syncelle venait en troisième position de la hiérarchie de l’État et son titulaire était considéré comme un membre du SénatBury (1911), .

Lorsque le patriarche Alexis Studite mourut en 1043, l’empereur le choisit comme nouveau patriarche de Constantinople et il fut intronisé le de la même année. Dès le début il consacra toutes ses énergies à exalter le prestige et le pouvoir du patriarcat byzantinLikoudis (2014) para 6.. Si ses notions de théologie et d’histoire ecclésiastique étaient plutôt faibles, il avait gardé de son premier emploi les qualités d’administrateur capable et énergique.. Peu porté à tolérer la diversité, il se mit immédiatement en devoir d’unifier la pratique religieuse à l’intérieur de son patriarcat, en particulier dans la principauté d’Arménie jusque-là indépendante, mais depuis peu annexée à l’Empire. Les Arméniens avaient rejeté les canons du concile de Chalcédoine et étaient considérés de ce fait comme hérétiques, mais ils se distinguaient des Grecs plus par leurs usages dont certains étaient semblables aux Latins, que par leurs croyances dogmatiques. Ils commençaient ainsi le Carême à une date différente des orthodoxes, utilisaient comme les Latins du pain sans levain pour la communion et étaient favorables au jeûne du samedi.. Par ailleurs, les conquêtes du avaient étendu considérablement le champ d’action du patriarcat de Constantinople. En plus de l’Arménie, la Russie, la Bulgarie, et la Géorgie étaient maintenant sous son autorité..

Cette politique d’unification visa également les Latins qui avaient leurs propres églises à Constantinople. Michel Cérulaire éprouvait un mépris profond à l’endroit de Rome et de la papauté dont la souveraineté sur ses États était aussi sérieusement menacée au sud de l’Italie par l’arrivée des Normands que celle de Byzance. Conduits par Robert Guiscard et son frère Tancrède de la famille des Hauteville, ils avaient envahi l’Apulie, la Calabre et la Sicile.. Bientôt seules quelques villes côtières dont Bari demeurèrent aux mains des Byzantins. Pour faire face au danger, l’empereur byzantin avait confié le commandement des troupes impériales d’Italie à un noble lombard du nom d’Argyros, fils d’un Apulien appelé Melo qui en 1020 s’était révolté contre Byzance. En tant que Latin, Argyros était plutôt favorable à une alliance avec Rome. Rappelé à Constantinople en 1046, il entra bien vite en conflit avec le patriarche qui le priva plusieurs fois de la communion en raison du pain azyme employé en Occident pour les hosties..

thumb|right|Léon IX d’après un tableau de l’église Saint-Kilian de Dingsheim (Alsace).

À Rome, la situation en 1046 était tellement chaotique que l’empereur germanique avait dû descendre régler la situation alors que trois papes se disputaient le pouvoir. L’empereur avait installé sur le trône de Saint-Pierre un Lorrain énergique, Bruno évêque de Toul, qui avait pris le nom de et était bien décidé à réformer l’Église d’Occident. Pour ce faire, il devait rétablir l’autorité du pape sur l’Église et uniformiser la pratique religieuse..

Or, les territoires byzantins occupés par les Normands latins passaient automatiquement sous l’autorité ecclésiastique de Rome et le pape ne tenait pas à ce qu’ils retournassent sous celle de Byzance. Aussi ordonna-t-il que leurs églises de rite byzantin se conforment aux usages latins. Répondant du tac au tac, le patriarche ordonna que les églises latines de Constantinople adoptent les usages grecs.. Sur leur refus, il les fit fermer vers la fin de l’année 1052Léon IX, lettres 19 et 29, (dans) Migne, Patrologia Latina, vol. CXLIII, coll. 758 et 764. Ce faisant il contrecarrait la politique de l’empereur qui avait ratifié l’alliance politique et militaire entre Argyros et .

Dans cette foulée, le patriarche demanda à l’archevêque d’Ohrid, primat de l’Église bulgare, d’écrire une lettre à l’évêque de l’église grecque de Tranie en Apulie pour que celui-ci la transmette au pape et aux évêques latins, lettre contenant une violente critique de l’usage des azymes, du jeûne du samedi et d’autres usages réels ou supposés des LatinsLéon d’Ohrid, « Epistola ad Ioannem Episcopum Tranensem », (dans) Migne, P.G., vol. CXX, coll. 836 et sq.. Cette lettre arriva en Italie alors qu’Argyros avait été battu par les Normands en et que le pape avait été amené en captivité à Civitate après la défaite de son armée. Les Normands avaient toutefois autorisé le premier secrétaire du Saint-Siège, Humbert cardinal de Silva Candida, aussi connu comme Humbert de Moyenmoutier (son abbaye d’origine), à demeurer au service du pape. Étant passé à Tranie, il reçut la lettre de Léon d’Ohrid. Ne maîtrisant pas très bien le grec, il en fit une traduction hâtive dont on retenait surtout le ton agressif. Le pape en fut d’autant plus indigné qu’il croyait être en termes amicaux avec l’empereur byzantin. Deux réponses furent préparées par Humbert, l’une destinée à l’évêque d’Ohrid et à Michel, « évêque » de Constantinople qui réaffirmait la suprématie de l’Église romaine en se basant sur la « donation de Constantin », l’autre (dont on ignore le destinataire) était une apologie des usages latinsLeon IX, « Epistola C ad Michaelem Constantinopolitanum », (dans) Migne, P.L., vol. CXLIII, col. 744-769; Adversus Graecorum Calumnias, ibid, col. 931-973. Le pape trouva sans doute le ton de son secrétaire un peu abrupt, car les lettres ne furent pas envoyées immédiatement..