thumb|upright|Siciste de bouleau (Sicista betulina), illustration extraite de Novae species quadrupedum. Peter Simon Pallas (, Berlin - ) est un zoologiste et botaniste allemand qui se mit au service de l'Empire russe.

Biographie Formation Peter Simon Pallas est le fils de , originaire de Prusse-Orientale, professeur d'anatomie et chirurgien principal au collège médico-chirurgical de Berlin (aujourd'hui, la Charité). Sa mère, née Suzanne Liénard, descend d'une famille de huguenots de Metz. Il est d'abord formé par des précepteurs et montre très tôt un penchant pour l'histoire naturelle. Dès l'âge de treize ans, il parle couramment le latin et le grec, ainsi que le français et l'anglais, en plus de l'allemand, sa langue natale. La Prusse est alors en plein essor grâce au règne de Frédéric II. Le jeune Pallas suit d'abord les cours du collège médico-chirurgical en anatomie, physiologie, chirurgie, ainsi qu'en botanique et en zoologie. Il fréquente ensuite les universités de Halle (1758-1759) et de Göttingen (1759-1760), où il apprend notamment la botanique, selon le système de Carl von Linné. En 1760, il rejoint celle de Leyde où il obtient son titre de docteur à l'âge de 19 ans, grâce à une thèse intitulée De infestis veventibus intra viventia.

Il voyage aux Pays-Bas et à Londres, enrichissant ses connaissances médicales et chirurgicales. Il rencontre Thomas Pennant, naturaliste britannique, avec qui il entretiendra une riche correspondance. C'est Pallas qui fournit à Pennant les matériaux lui permettant la rédaction de son Arctic Zoology. Il retourne à Berlin en 1762.

Il s'installe l'année suivante à La Haye, avec la permission de ses parents, pour y trouver une situation mais il est finalement trop occupé par ses travaux de recherche. Il y fait la connaissance de Samuel Gottlieb Gmelin. Il fait part de son système de classification des animaux à Cuvier qui l'approuve. Il écrit, en 1766, Miscellania zoologica, qui inclut la description de plusieurs nouveaux vertébrés qu'il a découverts dans les collections du muséum danois. Sa notoriété est déjà si grande, qu'il devient membre, à l'âge de 23 ans, de la Royal Society de Londres en 1764, ainsi que de l'Académie de Rome. Il commence à organiser un voyage en Afrique du Sud et en Asie mais il doit y renoncer, son père le rappelant à Berlin en 1766. Il commence alors à travailler sur son Spicilegia zoologica (paru à Berlin en 1767-1804, en deux tomes).

Expédition de 1768-1774 dans les provinces centrales et en Sibérie Le , Pallas est nommé par Catherine II de Russie professeur d'histoire naturelle à l'Académie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg. Il refuse au début mais finalement accepte en . Il est élu membre de l'Académie le . Il arrive en Russie à la fin de avec sa femme et leur petite fille. Il est nommé assesseur de collège avec un traitement de 800 roubles par an, somme confortable pour l'époque.

La Grande Catherine s'intéresse à l'étude des ressources naturelles de son empire et, après sa propre expédition de 1767 de Saint-Pétersbourg jusqu'à Simbirsk, décide de favoriser les travaux des savants dans ce sens. Pallas est choisi pour diriger une expédition en Sibérie dans la région d'Orenbourg pour y collecter des spéciments d'histoire naturelle. Elle part de Saint-Pétersbourg le en étant dirigée du point de vue militaire par le capitaine Nikolaï Rytchkov et composée de plusieurs groupes. Le premier, outre Pallas, comprend trois jeunes étudiants, et Vassili Zouïev (futurs académiciens), ainsi que d'Anton Weber, d'un dessinateur, Nikolaï Dmitriev, et d'un taxidermiste, Pavel Choumski. L'expédition se rend dans les gouvernements de Russie centrale, puis dans la région de la Volga, vers la Caspienne et ensuite vers l'Oural, la Sibérie occidentale, l'Altaï, la région du lac Baïkal et la Transbaïkalie. L'expédition prend fin le . Les autres groupes de l'expédition, qui prennent par la suite des itinéraires différents, sont dirigés par le botaniste suédois Johann Peter Falck, auquel succèdent le géographe allemand Johann Gottlieb Georgi en 1772, le naturaliste russe Ivan Lepekhine (dans le gouvernement d'Orenbourg), le naturaliste allemand Samuel Gottlieb Gmelin, qui meurt dans l'actuel Daghestan prisonnier par des tribus montagnardes locales, et enfin le naturaliste allemand Johann Anton Güldenstädt. thumb|upright|Cyanopica cyana identifiée comme Corvus cyanus par Pallas pendant son expédition (dessin de Geissler, paru dans Zoographia rosso-asiatica). L'itinéraire de Pallas est le suivant : la première année Pallas part de Saint-Pétersbourg vers Novgorod, Tver, Kline, Moscou, Vladimir, Kassimov, Mourom, Arzamas, Penza, Simbirsk, Samara, Stavropol et de nouveau à Simbirsk. Après un hivernage à Simbirsk, l'expédition se rend de nouveau en à Stavropol, puis à Samara et Syzran et le village de Serny (aujourd'hui ) ; après être retournée à Samara, l'expédition traverse le village de Borsk et se rend à Orenbourg, puis à Yaïtsk, avant de passer l'hiver à Simbirsk ; ensuite elle longe le fleuve Oural jusqu'à Gouriev, puis traverse la steppe jusqu'à Oufa, où Pallas s'installe jusqu'en 1770. Il y termine pendant l'hiver son récit de voyage Reise durch verschiedene Provinzen des Rußischen Reichs, publié à Saint-Pétersbourg l'année suivante.

En , Pallas quitte Oufa et passe l'été à étudier les monts Oural et les mines de la région d'Ekaterinbourg. Il passe par la rivière Toura, puis hiverne à Tcheliabinsk avec deux séjours à Tobolsk et à Tioumen avant de retourner à Tcheliabinsk. En , il quitte Tcheliabinsk avec les hommes de troupe et rejoint Omsk en mai, puis l'expédition gagne Tomsk, après avoir parcouru l'Altaï. Il passe l'hiver à Krasnoïarsk avec les autres membres et les hommes de troupe F. Keppen, Pierre Simon Pallas // Русский биографический словарь [Dictionnaire biographique russe] en 25 tomes, 1896—1918 / A. A. Polotsvov, Saint-Pétersbourg: Императорское Русское Историческое Общество [Société historique impériale russe], éd. I. N. Skorokhodov, tome 13, 711 pages et y rédige le second tome de son Reise durch verschiedene Provinzen des Rußischen Reichs. Johann Euler est avisé par les lettres de Pallas qu'il reçoit que ce dernier avait l'intention d'aller jusqu'en Chine, mais qu'il a dû y renoncer à cause de sa santé. Il lui fait part également des difficultés qu'il a rencontrées au cours de l'année passée (1771) et des insuccès qu'il a éprouvés. Il écrit dans le même esprit à Johann Peter Falck et avoue perdre tout désir de poursuivre cette expédition, se sentant étranger à la Sibérie. Heureusement la santé de Pallas finit par s'améliorer au moment où le groupe de Johann Gottlieb Georgi (qui a succédé à Falck, devenu opiomaneIl se suicide à Kazan au printemps 1774) parvient à Krasnoïarsk. Il quitte l'endroit en et après avoir séjourné à Irkoutsk, parvient au lac Baïkal gelé, dont il explore les abords. Il demeure au village de Seleguinsk (aujourd'hui Novoseleguinsk), puis à Kiakhta ; après être retourné à Seleguinsk, Pallas explore la Daourie, puis retrouve Seleguinsk et Irkoutsk et enfin Krasnoïarsk, où il demeure jusqu'en , date après laquelle il prend le chemin du retour vers la Russie européenne.

Son itinéraire de retour passe par Tomsk, Tara, Sarapoul et Kazan. En septembre, il s'arrête à Tsaritsyne (aujourd'hui Volgograd), où il demeure jusqu'au printemps suivant. Pendant l'hiver 1773-1774, il en profite pour entreprendre plusieurs excursions scientifiques, dont une à Astrakhan. Il arrive via Moscou à Saint-Pétersbourg le . Au milieu de grandes difficultés, Pallas aura parcouru verstesC'est-à-dire , dont verstes ont été partagées avec Sokolov et Zouïev. Même aujourd'hui, ce voyage paraîtrait extrêmement périlleux et difficile, a fortiori selon les conditions de l'époque. De plus Pallas supportait mal le climat rigoureusement continental de ces contrées. Il retourne à Saint-Pétersbourg affaibli physiquement et déjà grisonnant à l'âge de trente-trois ans. L'hiver, il fallait utiliser des télègues à patins et en toute période de l'année, il était difficile de trouver des chevaux convenables aux relais. Il devait traverser des rivières en canot, parfois dormir à la belle étoile et lutter contre les ennuis de santé dus au froid l'hiver ou aux fortes chaleurs d'été. De plus, le voyage était dangereux à cause de l'hostilité des tribus nomades et des voleurs de grand chemin.

Résultats de l'expédition de 1768-1774 thumb|right|Rhinocéros laineux in Mémoires de l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg. Les résultats de l'expédition dépassent toutes les espérances. Des spécimens précieux sont collectés dans le domaine de la zoologie, de la botanique, de la paléontologie, de la géologie, de la géographie physique, ainsi que des informations et des pièces d'histoire ou d'économie, d'ethnographie, etc. Toutes les collections sont rassemblées à Saint-Pétersbourg, surtout à la Kunstkamera. Beaucoup sont recueillies aujourd'hui dans différents musées dépendant de l'Académie des sciences de Russie et une partie est acquise par l'université de Berlin. Toutes les collections sont ensuite étudiées par Peter Simon Pallas pendant les longues années de sa carrière.

vignette|gauche|Fragment de la météorite Krasnoïarsk exposé dans la Grande galerie de l’Évolution, au Muséum national d'histoire naturelle (Paris, 18 octobre 2017 - 10 juin 2018). En 1772, Pallas apprend l'existence d'un morceau de métal de , trouvé près de la ville de Krasnoïarsk. Pallas assure son transport à Saint-Pétersbourg et l'étudie à son retour dans la capitale impériale. L'analyse montre qu'il s'agit d'un nouveau type de météorite, baptisé pallasite par Ernst Chladni en 1794. La météorite elle-même, d'abord désignée sous le nom de « fer de Pallas », est aujourd'hui appelée météorite Krasnoïarsk.

Au cours de cette expédition, Pallas découvre et décrit de nombreuses espèces de mammifères, d'oiseaux, de poissons, d'insectes, etc. ainsi que de céphalocordés, du genre Branchiostoma qu'il prend d'abord pour des mollusques. Il entreprend aussi plusieurs fouilles et découvre des restes de buffles préhistoriques, de mammouths et de rhinocéros laineux.

La résonance est fort importante auprès des milieux scientifiques de l'époque, car l'expédition a permis de découvrir des spécimens inconnus dans des régions méconnues, comme l'Altaï ou la Sibérie orientale, et de décrire d'un point de vue géographique et géologique des régions inhabitées et intouchées par l'homme. Certaines espèces décrites par Pallas disparaissent quelques dizaines d'années plus tard, comme le tarpan (Equus ferus ferus). Toutes ces découvertes donnent lieu à de nombreuses publications de Pallas parues à Saint-Pétersbourg, en latin et en allemand, ainsi qu'en russe ou en français et traduites plus tard à Londres ou à Paris.

Carrière scientifique après 1774 thumb|right|Vue du Collège de l'amirautéÉquivalent au ministère de la Marine au milieu du . Pallas est nommé en 1777 membre du département topographique impérial, en 1782 conseiller de collège et en 1786, historiographe du Collège de l'amirauté. Il poursuit ses études scientifiques.

Il fait paraître en 1778-1779 son Novae species quadrupedum, e glirium ordine... qui décrit de nombreuses nouvelles espèces de vertébrés de Sibérie.

Il devient l'ami de l'impératrice Catherine II, sans doute rapprochés par leurs origines germaniques. Elle ordonne que tous les herbiers rassemblés par d'autres naturalistes lui soit accessibles. Ce qui permet à Pallas de faire paraître sa Flora Rossica (1784-1788) qui décrit plus de trois cents espèces de plantes.

Pallas est démis de ses fonctions en 1792, pour une raison inconnue.