L'élection présidentielle française de 1965, deuxième élection présidentielle de la , se tient les 5 et afin d’élire le président de la République française pour un mandat de sept ans.

Sous la République, cette élection présidentielle est la première à se dérouler au suffrage universel direct, le premier président ayant été élu en 1958 par un collège électoral de grands électeurs. Le scrutin de 1965 a lieu à la suite de la victoire du « oui » au référendum de 1962 sur l'élection au suffrage universel du président de la République. Il s'agit alors de la seconde élection présidentielle au suffrage universel direct après celle de 1848, sous la République, mais seuls les hommes étaient autorisés à voter.

Au premier tour, six candidats sont en lice. Après avoir hésité à se présenter, le président sortant, Charles de Gaulle, brigue un second mandat et obtient 44,6 % des suffrages. La gauche se présente unie autour de la candidature de François Mitterrand (31,7 %), tandis que le centriste Jean Lecanuet devient le troisième homme (15,6 %) en prenant des voix à de Gaulle. L'extrême droite présente la candidature de l'avocat Jean-Louis Tixier-Vignancour (5,2 %), alors que les deux autres candidats obtiennent moins de 2 % chacun.

Mis en ballottage de façon inattendue, le général de Gaulle était donné largement vainqueur dès le premier tour par les sondages jusqu'à quelques semaines avant le scrutin. Mais contrairement à ses adversaires, il n'a quasiment pas fait campagne malgré le rôle essentiel de la télévision, où il s'est retrouvé au centre des attaques de ses concurrents. Pour le second tour, il consent à des interventions télévisées et se voit réélu avec 55,2 % des suffrages exprimés face à François Mitterrand. Son second mandat commence le .

Contexte vignette|redresse=0.6|gauche|Charles de Gaulle, président de la République depuis 1959. vignette|redresse=0.6|gauche|Logo de l'OAS, qui tente à plusieurs reprises de tuer le général de Gaulle, le conduisant à organiser le référendum du .

En 1958, l'enlisement de la guerre d'Algérie provoque la chute de la Quatrième République française. Devenu président du Conseil des ministres à la faveur de la crise de mai 1958, le général Charles de Gaulle fait adopter une nouvelle Constitution par référendum le . Trois mois plus tard, il est élu président de la République par un collège électoral de quelque grands électeurs (parlementaires, conseillers généraux, représentants des conseils municipaux). Il prend ses fonctions le .

Depuis son retour au pouvoir, la droite détient la majorité absolue à l'Assemblée nationale. Les élections législatives de 1962, consécutives à la chute du premier gouvernement Pompidou, donnent même une majorité absolue au parti présidentiel, l'UNR-UDT, et aux Républicains indépendants de Valéry Giscard d'Estaing. Les élections cantonales de 1964 et les municipales de marquent cependant un recul du score des candidats gaullistes..

Durant son septennat, le général de Gaulle parvient à mettre un terme à la guerre d'Algérie. Mais le conflit entraîne de fortes tensions en France métropolitaine et une série d'attentats de la part de l'OAS : le chef de l'État échappe ainsi à plusieurs tentatives d'assassinat. Après le cessez-le-feu en 1962, son traitement des rapatriés d’Algérie est très critiqué, tout comme l’absence de réactions de l’armée française lors des massacres de harkis et d’Européens en Algérie.

Après l’attentat du Petit-Clamart, qui manque de peu de lui coûter la vie, Charles de Gaulle décide de soumettre au peuple une proposition d’élection du président de la République au suffrage universel direct. Ce projet est très controversé au sein de la classe politique traditionnelle, qui dénonce une réduction des prérogatives des élus et le risque de plébiscite. Lors du référendum du , le « oui » l’emporte avec plus de 62 % des suffrages exprimés. Précédemment, seule l'élection présidentielle de 1848 s'était tenue au suffrage universel direct : ce scrutin avait conduit au pouvoir Louis-Napoléon Bonaparte, qui avait mené un coup d'État avant la fin de son mandat.

Sous la présidence de Gaulle, le nouveau franc (plan Pinay-Rueff) est institué et la France connaît une forte croissance économique dans le contexte des Trente Glorieuses et de la recherche d'une troisième voieEn croissance moyenne de 5,5 % par an. Cf. .. En matière extérieure et de défense, le pays est la quatrième puissance à mettre au point la force de dissuasion nucléaire et se réconcilie avec l'Allemagne de l'Ouest à l'occasion de la signature du traité de l'Élysée. De Gaulle prône une « Europe des nations » par opposition au fédéralisme européen. En 1964, il reconnaît la république populaire de Chine.

Les partis d'opposition (notamment le Parti communiste français, la SFIO et des formations centristes) dénoncent un style de gouvernance trop personnel. Le parlementaire de gauche François Mitterrand fait état d'un « coup d'État permanent ».

Modalités

vignette|redresse|La Constitution de la scellée du Grand sceau de France.

Conformément à l'article 6 de la Constitution, le président de la République française est élu pour un mandat de sept ans. Si aucun candidat ne recueille la majorité absolue des suffrages exprimés au premier tour de scrutin, un second tour a lieu quatorze jours plus tard : seuls peuvent alors se présenter les deux candidats arrivés en tête au premier tour après retrait éventuel de candidats mieux placés..

Chaque candidat doit satisfaire plusieurs conditions : être de nationalité française et ne pas être privé de ses droits civiques concernant l'éligibilité ; avoir au minimum ; être inscrit sur une liste électorale ; recueillir 100 de parlementaires ou d'élus locaux : ces parrainages doivent provenir d'au moins trente départements ou collectivités d'outre-mer différents et pas plus d'un dixième des élus signataires ne doit provenir du même département ou de la même collectivité d'outre-mer.

L'État donne les mêmes facilités à tous les candidats pour faire campagne, mais seuls ceux ayant obtenu au moins 5 % des suffrages exprimés peuvent obtenir le remboursement du cautionnement ou de leurs dépenses de campagne.

En vertu de l'article 58 de la Constitution, le Conseil constitutionnel est le garant de la régularité de l'élection, de l'examen des réclamations et de la proclamation des résultats..

Les dates du scrutin sont fixées en Conseil des ministres et publiées au Journal officiel. L'élection est fixée au (premier tour) et au (éventuel second tour) , publié au JORF du , ..

Candidats

Tableau de synthèse Le , le Conseil constitutionnel arrête la liste des noms des six candidats à l'élection du président de la République, établie par ordre alphabétique..

Nom, âge et parti(âge à la date de publication par le Conseil constitutionnel) Mandats et fonctionsau moment de l'élection Commentaires Marcel Barbu() Indépendant 80px Aucune(député de l'Assemblée constituante de 1945) Il parvient au dernier moment à décrocher les parrainages, se déclarant à une demi-heure de la fin du dépôt des candidatures. Élimination au (appelle à voter François Mitterrand) Charles de Gaulle() Union pour la nouvelle République – Union démocratique du travail (UNR-UDT) 80px Président de la République(depuis 1959) Il annonce sa candidature à un second mandat le . Jean Lecanuet() Mouvement républicain populaire (MRP) 80px Sénateur de la Seine-Maritime(depuis 1959) Conseiller général de la Seine-Maritime(depuis 1958) Il annonce sa candidature le . Élimination au (appelle à voter contre le général de Gaulle) Pierre Marcilhacy() Parti libéral européen (PLE) 80px Sénateur de la Charente(depuis 1948) Il est désigné candidat le . Élimination au (aucune consigne de vote) François Mitterrand() Convention des institutions républicaines (CIR) 80px Président de la CIR(depuis 1964)Président de la FGDS(depuis 1965)Député de la Nièvre(depuis 1962)Maire de Château-Chinon(depuis 1959)Président du conseil général de la Nièvre(depuis 1964) Il déclare sa candidature le . Candidat unique de la gauche, il est investi par la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (SFIO, CIR) et soutenu par le PCF, le Parti radical et le PSU. Jean-Louis Tixier-Vignancour() Comités Tixier-Vignancour (CTV) 80px Aucune(ancien député des Basses-Pyrénées) Candidat dès le , il effectue une « tournée des plages » à l'été 1965. Élimination au (appelle à voter François Mitterrand)

Charles de Gaulle, président sortant

Une candidature tardive vignette|redresse|Georges Pompidou, Premier ministre depuis 1962, est régulièrement cité comme possible candidat de la majorité gaulliste en cas de non-candidature du général de Gaulle à un second mandat.

À l'origine du changement du mode de scrutin de l'élection du président de la République en 1962, Charles de Gaulle maintient longtemps le suspens sur une candidature pour un second mandat. Au début du mois de , un sondage effectué auprès des 25 membres du gouvernement révèle que 12 d'entre eux pensent qu'il se représentera contre 12 qu'il briguera sa succession, tandis que le Premier ministre, Georges Pompidou, ne se prononce pas, bien qu'intimement convaincu que le Général briguera à nouveau la fonction suprême..

À partir de 1963, le général de Gaulle est préoccupé par son état de santé (il subit une délicate opération de la prostate le ) et craint pour sa succession en cas d'empêchement... Les années précédentes, il a été la cible de plusieurs attentats de l'OAS dans le contexte de la guerre d'Algérie. Cette situation l'a conduit à rédiger un testament politique mentionnant le nom de successeurs souhaités. En tant que Premier ministre, c'est Georges Pompidou qui est le plus souvent mentionné pour être candidat en cas de retrait du Général, mais les noms de Michel Debré et Jacques Chaban-Delmas circulent également..

Selon Alain Peyrefitte, le président sortant a pris la décision de se représenter dès le Les Brûlures de l'histoire – Les élections présidentielles : 1965, Mitterrand contre de Gaulle, diffusé sur France 3, Kuiv Productions, 1993, 46 min 07 s.. Mais il annonce sa candidature seulement le , à bientôt 75 ans, lors d'une intervention télévisée à : Cette décision de se représenter aurait notamment été motivée par l'échec des négociations de l'Europe des Six sur le Marché commun agricole. Il reçoit le soutien des Républicains indépendants (RI) de Valéry Giscard d'Estaing ; contrairement à l'opposition, cette frange centriste de la majorité considère qu'il est ..

Une campagne minimaliste et critiquée Peu de temps avant la tenue du premier tour, alors que le général de Gaulle ne mène pas campagne et ne propose ni programme ni lignes directrices, l'opposition estime que sa stratégie repose sur le mot d'ordre « Moi ou le chaos ».

L'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) se montre favorable à sa réélection, la Pravda censurant même des déclarations critiques du secrétaire général du Parti communiste français (PCF), Waldeck Rochet, lors de la déclaration de candidature du Général.

La Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), mécontente de sa politique agricole, et l'Association nationale des Français d'Afrique du Nord, d'Outre-Mer et de leurs amis (ANFANOMA), qui dénonce son traitement des rapatriés d’Algérie, appellent à voter contre le président sortant.

François Mitterrand, candidat de l’union de la gauche

Une longue indécision à gauche vignette|redresse|Waldeck Rochet, secrétaire général du Parti communiste français, première force électorale à gauche qui se rallie à la candidature du socialiste François Mitterrand.