La Salamandre tachetée (Salamandra salamandra) est une espèce d'urodèles de la famille des Salamandridae.

En français elle est également nommée salamandre terrestre, salamandre commune ou salamandre de feu.

Le nom vernaculaire salamandre tachetée généralement attribué à l'espèce Salamandra salamandra peut également s'appliquer à d'autres espèces ou sous-espèces du genre Salamandra présentant un motif tacheté, comme la salamandre nord-africaine Salamandra algira, ou encore la salamandre maculée Ambystoma maculatum.

Il s'agit de l'un des urodèles les plus répandus et les plus reconnaissables d'Europe.

Description Leur coloration jaune (parfois orangé) et noire permet de différencier très facilement cette espèce en Europe. Les salamandres mesurent jusqu'à , et possèdent une peau luisante d'aspect huileux. Les salamandres se déplacent lentement et sont très peu agiles (comparativement aux lézards), elles sont incapables de fuir les prédateurs lorsqu'elles se trouvent à découvert. Elles peuvent éventuellement régénérer des parties perdues ou blessées du corps et se défendre par la sécrétion d'une neurotoxine, le samandarinLa salamandre est-elle dangereuse?.

Taille Les salamandres adultes d'Europe centrale peuvent atteindre une taille maximale allant de 23 à et une masse corporelle d'environ . Le poids peut cependant varier selon les proies avalées et d'autre part parce que les femelles adultes contiennent des larves en développement dans leur abdomen au printemps. Un individu de bien nourri peut atteindre ou plus, notamment pour les femelles fécondées.

Des études dans le cadre d'une cartographie des forêts autour de Heidelberg en Allemagne ont montré que la taille de n'était atteinte que par la sous-espèce à bandes (S. s. terrestris). La salamandre tachetée méridionale (S. s. salamandra) atteint en comparaison seulement de long, rarement 20. Les femelles deviennent en moyenne plus grandes que les mâles et avec un poids souvent supérieur à .

Description vignette|Une salamandre dans un ruisseau. C'est un animal nocturne, muni de grands yeux noirs adaptés à la vision nocturne et crépusculaire. La peau lisse et noire de la salamandre tachetée est interrompue sur le dos par un motif jaune, occasionnellement orange, de points et/ou de lignes. Par la variabilité de ce motif, on peut identifier les individus séparément. Dans les régions où les deux aires de répartition se chevauchent (essentiellement dans certaines régions d'Allemagne), ce niveau élevé de variation du motif dorsal rend difficile la détermination des deux sous-espèces les plus communes (terrestris et salamandra).

De plus, il semble que pour la sous-espèce terrestris le dessin des taches change encore clairement durant les deux premières années. Dans certains cas exceptionnels on peut trouver des salamandres tachetées sans taches, entièrement noires. Parfois des salamandres blanchâtres, albinos, sont observées.

Les larves de salamandres présentent des marques jaunâtres ou brillantes à la base des pattes, dans leur partie proximale. Ces marques permettent de faire la différence avec les larves de tritons.

Comme chez d'autres espèces d'amphibiens, certains facteurs écologiques peuvent affecter l'intensité de la coloration des salamandres. Sur un sol jaunâtre, par exemple du lœss, leur couleur jaune est souvent plus intense. Sur un sol foncé, par exemple du mor ou de la tourbe brune, elle est plus sombre. Sous l'influence de la sécheresse et de la chaleur, leurs couleurs se ternissent, et, en cas de longue exposition à ces deux facteurs, toute la surface de la peau apparaît fragile et plissée. , puisque toute la surface de la peau remplit un rôle respiratoire chez les salamandres adultes, et ne fonctionne de façon optimale que dans un environnement humide. En soulevant et en abaissant le fond de la bouche, la salamandre peut respectivement inspirer et expirer, tout en coordonnant simultanément la fermeture et l'ouverture des narines. C'est le principe respiratoire de la pompe refoulante, commun chez les poissons à poumon (comme le dipneuste).

Organe voméro-nasal Les salamandres disposent d'un organe olfactif supplémentaire à côté du nez, l'organe voméro-nasal. Il s'agit d'une longue bosse à terminaison aveugle située sur la face externe des conduits nasaux, dont l'épithélium contient des cellules olfactives reliées aux nerfs olfactifs du nez. Cet organe est probablement impliqué dans la recherche d'un partenaire sexuel ou aide l'animal à s'orienter sur le terrain.

Glandes parotoïdes thumb|right|Les glandes parotoïdes de la salamandre tachetée peuvent libérer des sécrétions toxiques Situées juste derrière les yeux, les très surprenantes glandes parotoïdes (ou parotides) sont caractéristiques de l'espèce, et sont par exemple absentes chez les tritons. Toutefois on les trouve également chez la salamandre noire ou les crapauds (au sens strict, c’est-à-dire le genre Bufo). Pour la protection contre les ennemis, les glandes parotoïdes ainsi que des rangées de glandes dorsales peuvent excréter une sécrétion empoisonnée.

Sécrétions cutanées thumb|right|Formule chimique du samandarin, alcaloïde toxique produit par la peau de la salamandre La peau épaisse et brillante de la salamandre tachetée est munie de nombreuses glandes qui sécrètent une fine couche de mucus empoisonné par une neurotoxine qui agit par contact avec les muqueuses. Les sécrétions produites par les glandes des salamandres tachetées sont classées parmi les alcaloïdes. Jusqu'ici les composés organiques Samandarin (CHNO), Samandaridin (CHNO) et Samanderon (CHN0) ont été identifiés.

Normalement, ces sécrétions ne traversent pas la peau saine humaine, le simple contact ou la manipulation de cet animal est inoffensif et ne provoque pas de réaction pour la plupart des personnes. On note cependant parfois des irritations sur les sujets qui y seraient plus sensibles. Un animal non alerté par les couleurs noire et jaune ou inexpérimenté (comme un chiot ou un chat) qui tente de mordre ou manger une salamandre la rejette généralement immédiatement, et peut être affecté de troubles comme la contraction involontaire des muscles des mâchoires, la rigidité du cou et/ou une forte production de salive, et dans certains cas isolés la mort.

Les sécrétions cutanées servent principalement à inhiber la croissance de bactéries et de champignons à la surface de la peau humide de l'animal (propriétés bactéricides et antifongiques).

Mue Les salamandres tachetées subissent des mues successives à intervalles réguliers, notamment au cours de la croissance. Comme pendant le processus de mue la défense par la sécrétion de toxines cutanées est fortement réduite, la salamandre effectue cette procédure essentiellement dans des endroits cachés. Elle commence la mue en frottant sa tête ou sa bouche contre du bois, des pierres ou un autre support. Après que la tête est libérée de la vieille peau, la peau se resserre autour du cou. Si l'ancienne peau enserre trop fortement le cou, cela peut conduire dans certains cas extrêmes à la mort par suffocation, en particulier chez les jeunes spécimens. Au moyen de mouvements saccadés, l'amphibien essaie ensuite de faire descendre la peau sous la poitrine afin de libérer ses pattes avant puis arrière pour finalement se débarrasser complètement de son ancienne peau. L'ancienne peau est souvent mangée.

Émissions sonores Les salamandres tachetées, comme les autres membres de la famille des Salamandridae, ne possèdent pas de sacs vocaux comme les Anoures (grenouilles, crapauds, rainettes, etc.). Elles sont néanmoins capables d'émissions sonores, caractérisées tour à tour comme des grognements légers ou des piaulements. pensent que les phénomènes bioacoustiques chez la salamandre tachetée sont de « nature coïncidentale » et résultent de mécanismes de pression mécanique de l'air lorsque les animaux sont effrayés. Dans ce cas, ils ne représenteraient pas de vraie communication sonore, ce qui est étayé par le fait que les urodèles ne possèdent pas d'oreille moyenne ni de tympan.

Mode de vie et comportement Ne craignant pas les prédateurs, les salamandres se déplacent lentement, et n'hésitent pas à traverser des espaces à découvert, souvent au péril de leur vie quand il s'agit de routes fréquentées.

Espérance de vie En captivité la salamandre tachetée peut atteindre un âge avancé. On rapporte ainsi le cas d'une salamandre maintenue de 1863 à 1913 (soit 50 ans) dans un terrarium du Musée zoologique de Göttingen dont la collection a été transférée ultérieurement au Musée Alexander Koenig de l'institut de recherche zoologique de BonnDr Wolfgang Böhme, Zoologisches Forschungsinstitut und Musem Alexander Koenig, Zum Höchstalter des Feuersalamanders, Salamandra, p. 176-179, 15.09.1979.

En milieu naturel, une espérance de vie supérieure à 30 ans a été scientifiquement attestée.

Reproduction thumb|left|Larve de salamandre tachetée. Les taches jaunes à la base des pattes, caractéristiques, permettent de différencier ces larves de celles des tritons thumb|right|Larve de salamandre tachetée, en fin de développement larvaire La reproduction de la salamandre tachetée est un cas particulier parmi les amphibiens autochtones d'Europe Centrale. Alors que la plupart des amphibiens se rendent dans des étangs et des mares au printemps durant une certaine période, afin de s'accoupler et d'y déposer leurs œufs, les salamandres tachetées s'accouplent exclusivement hors de l'eau. La période d'accouplement dure d'avril à septembre avec un pic d'activité en juillet. La femelle ne se rend jusqu'à une zone d'eau qu'à la fin de la période embryonnaire, au printemps, afin de déposer les larves.

La salamandre tachetée atteint la maturité sexuelle en 2 à 4 ans. En dehors de la période d'accouplement — par exemple dans leur lieu d'hibernation —, les partenaires sexuels sont difficilement différenciables. Durant l'été cependant le cloaque gonfle et présente une fente longitudinale bien visible chez le mâle. Chez la femelle, la région du cloaque reste plate même durant la période de reproduction. Les partenaires sexuels se rencontrent probablement grâce aux phéromones sécrétées puis au contact physique.

Pour l'accouplement, le mâle se glisse sous la femelle et l'entoure avec ses pattes avant. Au moyen de son cloaque, la femelle absorbe une petite masse de sperme, accrochée au sommet d'un cône gélatineux, le spermatophore, déposé sur le sol par le cloaque du mâle. Les spermatozoïdes peuvent être conservés plusieurs années dans des glandes spécialisées du cloaque, qui constituent une spermathèque. Lors de l'ovulation, ils remontent l'oviducte jusqu'à sa partie antérieure, à la rencontre des ovocytes qui pénètrent par l'ostium. La femelle porte les embryons pendant plusieurs mois dans la partie terminale de l'oviducte communément appelée utérus (on parle de développement intra-utérin). Durant cette phase de développement, les larves sont entourées par des membranes contenant un liquide très fortement concentré en urée. On suppose que cette très forte concentration d'urée contribue à augmenter la vitesse de développement des larves dans la femelle. Pour la naissance des larves, la femelle se rend dans l'eau et dépose la nouvelle génération dans un endroit approprié des berges ; cela se passe essentiellement la nuit. Selon l'âge, la taille corporelle et les conditions d'alimentation de la femelle, des portées de seulement quelques salamandres jusqu'à 70 individus sont ainsi mises au monde, avec une moyenne de 30 larves. Ce nombre est très faible en comparaison de certains amphibiens (les grenouilles en pondent des milliers), mais comme les embryons de salamandre se développent dans le corps de leur mère, les larves résultantes sont mieux formées et ont un meilleur taux de survie.