L’obusite (du français « obus », le suffixe « -ite » ne désignant pas ici une inflammation), en (« choc de l'obus »), est une association de troubles psychiques et physiques observés chez certains soldats de la Première Guerre mondiale, essentiellement dans le contexte de la guerre de tranchées ; il s'agit d'un syndrome de la catégorie des stress post-traumatiques.

Étymologie Le terme d'« obusite » est inventé lors de la Première Guerre mondiale, lorsque sont apparus de nouveaux patients atteints de maladies nouvelles (ils sont également dénommés « pithiatiques »). Les traumatismes psychiques étaient mal connus à l'époque, il est donc question de « commotion », « choc émotionnel », « syndrome des éboulés. », « plicaturés » ou « obusite ». D'autres noms ont aussi été donnés à l'obusite, comme « traumatophobie » ou névrose de guerre.

Au , le terme « obusite » n'est plus utilisé et fait automatiquement référence aux soldats de la Grande Guerre. L'obusite est un « trouble de stress post-traumatique » (TSPT) : des cauchemars persistent longtemps après un événement, faisant constamment revivre une expérience terrorisante. Les soldats sont les plus touchés par un .

Causes Il était supposé que l'obusite résultait de plusieurs facteurs impliquant le stress et l'anxiété, ce qui inclut : excès de stress et de peur dus aux bombardements incessants, peur d'être déchiqueté, peur d'être enseveli, peur répétée d'être violemment tué. Selon un médecin militaire psychiatre allemandArte, 1914-1918, La Guerre moderne. Propos ayant été censuré par l'administration militaire. (nom inconnu) : En outre, l'onde de choc d'une bombe peut provoquer un traumatisme crânien et endommager le tissu cérébral, avec pour conséquence un abaissement du seuil de tolérance au stress.

Symptômes vignette|154x154px|Ancien combattant vraisemblablement atteint d’obusite.. Des états post-traumatiques dus aux combats ont été décrits bien avant l'utilisation des obus explosifs. On en trouve mention dans lÉpopée de Gilgamesh ou chez Homère et Hérodote, avant que les médecins des guerres napoléoniennes ne parlent de « vent du boulet »...

Les symptômes, peu analysés par les médecins militaires des périodes antérieures, apparaissaient chez des soldats des tranchées atteints par l'onde de choc d'une explosion (obus, bombe, mine, grenade…), voire ensevelis sous les retombées de l'explosion et qui, après avoir été dégagés, étaient retrouvés dans une attitude et position mutiques (parfois sourds, muets ou aveugles), parfois pliés en deux ou en position accroupie avec incapacité de se relever (c'est l'abasie des « plicaturés vertébraux » selon une dénomination des médecins militaires), parfois totalement paralysés, hémiplégiques ou paraplégiques, alors même que l'examen clinique ne montrait aucune lésion capable d'expliquer ces attitudes.

Il s'agirait d'affections psychosomatiques que certains psychiatres décrivent sous de nouveaux noms comme « myocloniques rythmiques », « météoriques abdominaux », « spondylitiques » ou « éructants avec régurgitation alimentaire » de (1872-1929), chef du service de neurologie de la militaire, basé à MarseilleRapport de , , , « Neurologie et neuropsychiatrie, rapports des et »..

L'obusite pouvait encore se caractériser par des tremblements incontrôlés plus ou moins intenses, avec des malades atteints de vomissements incontrôlables (les « vomisseurs »), de « chorée rythmique » (se tordant en tous sens), de violentes « contractures » leur tordant les mains ou les pieds (varus équin) ou de syndromes de folie inconnus qui donnèrent le nom de « psychose des barbelés ». La commotion peut s'accompagner d'un regard vide, émotionnellement détaché, que la langue anglaise nommera plus généralement « ».

Elle peut s'accompagner également d'un rictus (voir photo ci-dessus) que les tommies surnommèrent « »... Certains auteurs séparent plus nettement obusite () et stress post-traumatique : le premier demeure temporaire alors que le second atteint durablement la victime..

Accusations de simulation Cette absence d'apparente relation de cause à effet a fait accuser de nombreux soldats de simulation ; ces soldats « suggestionnés » ou supposés simulateurs étaient classés dans une catégorie de troubles relevant du « pithiatisme », qui seraient une nouvelle forme d'hystérie associée à des (selon Babinski en 1917).

De nombreux médecins, tels le neurologue Jean Athanase Sicard, jugent que les malades mentent. Des noms paradoxaux de nouveaux syndromes sont inventés : « simulation inconsciente », « simulation de création » ou « simulation de fixationRapport d', du , Service de neurologie de l'hôpital militaire Michel-Lévy, Marseille, , . ». Une hypothèse posée à l'époque par le médecin-chef Antoine Porot (neuropsychiatre) est qu'il s'agirait d'une maladie commençant avec une « attitude réflexe antalgique » qui se fixe ensuite lors d'un stade hystérique avec enfin des .

Les malades sont même anesthésiés au chloroforme, non pas pour les soulager, mais pour dépister les simulateurs, sous la menace du conseil de guerre pour ceux qui refuseraient. Certains malades perdent provisoirement leurs rigidité et contractures durant l'anesthésie. Parfois, la menace de l'anesthésie ou du conseil de guerre fait disparaître la contracture, ce qui renforce le point de vue de la Société de neurologie qui, tout en émettant le vœu que les soient envoyés .

Dans l'Armée britannique, le psychologue consultant définit en 1916 le , classé comme traumatisme mental. Il préconise des centres spécialisés de repos près de la ligne de front. L'expérience demeure néanmoins sans lendemain. britanniques furent traités pour ces traumatismes durant la Première Guerre mondiale, dont dans le seul , le plus grand hôpital psychiatrique de Londres Edgar Jones et Simon Wessely, , , ..

Traitements Les médecins militaires avaient pour mission de renvoyer le plus possible de ces soldats au front et détecter ceux qui pourraient simuler pour éviter les combats.

Le torpillage électrique Certains neuropsychiatres militaires de l'époque jugent que, les pithiatiques étant des hystériques, ils sont « fonctionnels » et curables par contre-suggestionBabinski et Froment, Hystérie, pithiatisme et troubles nerveux d'ordre réflexe, Paris, 1917.. Ces neuropsychiatres ont rapidement mis au point de nouveaux traitements et inventions consistant par exemple à emprisonner les personnes recourbées dans des carcans redresseurs ou à soumettre les pithiatiques à un « traitement faradique » ou « torpillage électrique » (impulsions électriques). En France, ce traitement était notamment appliqué par le Service de santé des armées au fort Saint-André à Salins-les-Bains dans le Jura, avec un « centre d'entraînement » pouvant accueillir jusqu'à environ guérisCourrier du général Brochin, commandant de la militaire, envoyé au ministre de la Guerre, archives du Service de santé des armées carton , Neuro-psychiatrie, correspondance conservée au Val-de-Grâce, les Archives du Service de santé des armées constituent une mine de renseignements sur l'histoire de la Grande Guerre.. Aucun effet positif n'a été démontré à moyen terme ; les soldats ayant momentanément surmonté leurs symptômes voyaient leurs contractures revenir. Plusieurs des malades de ce centre ayant refusé ce traitement, ils sont d'abord mis en isolement plusieurs jours, ensuite qualifiés d', puis dénoncés par le pour finalement être passés en conseil de guerreJean-Yves Le Naour, Les soldats de la honte, Éditions Perrin, 2011, ..

Notes et références

Voir aussi Articles connexes

Bibliographie . . . (Étude sur les traitements infligés aux traumatisés des tranchées). Joël Calmettes, Le Soldat inconnu vivant, film documentaire.

Liens externes

Jean-Yves Le Naour, publie sur le site de www.roymodus.com des extraits du rapport médico-légal de l'inconnu dit Anthelme Mangin, Assistance Judiciaire, du , Tribunal de Rodez. . - Documentaire en de la télévision britannique.

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