thumb|Le mémorial Lili Marleen et Lale Andersen à Langeoog.
Lili Marleen est une chanson d'amour allemande dont les paroles sont inspirées du poème écrit en avril 1915 par le romancier et poète allemand Hans Leip et publié en 1937 dans son recueil de poèmes .
Dans sa version originale, elle a d'abord été interprétée par la chanteuse Lale Andersen en 1938. Les versions les plus populaires ont été chantées (en allemand ou en anglais) par Marlene Dietrich qui modifia le titre en « Lili Marlene » (titre utilisé en France).
Le poème Le romancier et jeune officier allemand de la Garde impériale Hans Leip a écrit (en français « Chanson d'une jeune sentinelle ») à Berlin dans la nuit du 3 au 4 pendant la Première Guerre mondiale, avant son départ pour le front russeJean-Pierre Guéno, « L’incroyable histoire d'une chanson : Lili Marleen », émission Au cœur de l'histoire sur Europe 1, 18 avril 2012.
Leip était amoureux de deux jeunes filles : LiliDe son vrai prénom Betty mais lui et son colocataire l'ont surnommé Lili., nièce de sa logeuse, et Marleen, infirmière, qu'il a unies en une seule. Consigné à la caserne pour de nombreuses indisciplines, il déprime alors qu'il fait les cent pas en tant que sentinelle. Il écrit alors sur son lit de camp les trois premières strophes sur cet amour fugitif (il dessine en même temps une portée musicale sur son manuscrit) avant d'être envoyé sur le Front de l'EstFranck Ferrand, « Lili Marleen, hymne nazi ou chant de la liberté ? », émission L'ombre d'un doute sur France 3, 18 avril 2012. Il publie en 1937 un recueil, où figure Le petit accordéon du port, avec les 5 strophes.
Selon une autre version de la genèse du poème, démentie depuis, Hans Leip était amoureux de Lilly Freud (1888-1970), fille de Marie Freud, la sœur de Sigmund Freud. Hans Leip a admis avoir connu Lilly Freud qui, en 1917, a épousé l'acteur et metteur en scène Arnold Marlé. Après ce mariage, Leip aurait composé un poème sur « Lilly Marlé », devenu « Lili Marleen ». Lilly Freud-Marlé disait elle-même être la « Lili Marleen » de la chanson, ce qui se raconte encore dans sa famille. L'hypothèse, parfois encore colportéeJean-Pierre Guéno, la véritable histoire de la plus belle chanson d’amour de tous les temps, éditions Télémaque, 2010 Canal Académie, a été démentie définitivement par Rosa Sala Rose, qui a produit en 2008 la meilleure étude sur cette chanson, consacrant un chapitre à cette hypothèse pour conclure, documents à l'appui, qu'elle n'était pas fondéeRosa Sala Rose, Lili Marleen. Die Geschichte eines Liedes von Liebe und Tod, traduit de l'espagnol par Andreas Löhrer, 2010, p. 37-58.
La chanson D'abord un échec vignette|Version Electrola CE 6993/ORA 4198-2 de la Lilli Marlen du 2 août 1939. Quand, en , la chanteuse réaliste allemande Lale Andersen découvre le poème de Hans Leip qu'il vient de publier dans un recueil de poésie (l'ayant complété des deux strophes qui évoquent la mort du jeune soldat), elle demande à son ancien amant le compositeur de le mettre en musique, une première version romantique, et interprète la chanson la même année dans des petits cabarets de Berlin et de Münich. En , elle demande également au compositeur Norbert Schultze (avec lequel elle a eu une aventure sans lendemain en ) de mettre aussi ce poème en musique, ce qu'il fait en lui fredonnant une mélodie qu'il avait créée deux années plus tôt pour une publicité radiophonique pour le dentifrice Schultze Norbert, Mit dir, Lili Marleen. Die Lebenserinnerungen des Komponisten Norbert Schultze, Zurich et Mayence, Atlantis, 1995., une mélodie plus martiale. Lale chante alternativement les deux versions dans les cabarets. Elle préférait la première version, plus douce, et essayait les deux pour découvrir laquelle aurait les faveurs du public. La seconde, martiale, qui est enregistrée dans la nuit du au pour le premier label allemand s'est imposée pendant la Seconde Guerre mondialeMartin Pénet, « Lili Marleen », émission La Marche de l'Histoire sur France Inter, 8 mai 2013.
Cette chanson nostalgique, jugée par la critique , est un échec commercial avant la guerre (seulement sept cents exemplaires du disque vendus).
Un succès inespéré en Allemagne nazie En 1941, l'Allemagne est en pleine guerre sur plusieurs fronts et, changeant brusquement de statut, cette chanson d'amour va devenir une chanson de temps de guerre. Son succès commence le après que les bombardiers anglais ont détruit l'entrepôt de disques du lieutenant Heinz-Karl Reitgen, directeur de la radio militaire allemande de Belgrade. Celui-ci programme, faute de mieux, le disque alors au rebut. Radio Belgrade était entendue jusqu'aux fronts d'Afrique du Nord et de Norvège.. Les soldats de la Wehrmacht, éloignés de leurs foyers et de leurs amies, envoient des dédicaces lues lors d'une émission populaire. La chanson en est l'indicatif qui clôt la fin du programme tous les soirs avant 22 heures. À son tour, elle devient très populaire.
Le succès est même tel que l'on s'y intéresse au Parti nazi. Joseph Goebbels semble être plutôt hostile à la chanson. Il dit, selon le compositeur Norbert Schultze, qu'elle « sent la danse macabre »Déclaration faite dans le film d'Irene Langemann Lale Andersen. Die Stimme der Lili Marleen (2001). Mais elle bénéficie aussi du soutien de puissants protecteurs : le maréchal Erwin Rommel qui incite les radios à la programmer, jusqu'à 35 fois par jour à Radio Berlin, radio qui imite même l'émission de dédicaces de Radio Belgrade ; Emma Göring qui est la seconde épouse d'Hermann Göring et une ancienne chanteuse d'opéra ; Max Schmeling, boxeur idole des nazis, dont le biographe n'est autre que Hans Leip. Adolf Hitler aurait dit à son aide de camp que cette chanson pourrait même lui survivre.
Une nouvelle version de la chanson, transformée de chant d'amour en marche militaire, ne rencontre aucun succès public. L'affirmation selon laquelle les Einsatzgruppen l'auraient diffusée pendant leurs assassinats n'est pas prouvée, mais il est possible que la chanson ait accompagné les crimes, de même que les valses de Strauss et les symphonies de Mozart et de Beethoven utilisées dans les camps de la mort.
Lili devient un succès mondial Grâce à la radio militaire allemande de Belgrade, cette chanson — ou du moins sa musique — franchit la Méditerranée. Elle est entendue et adoptée par les soldats alliés combattant en Tripolitaine. Ainsi, en 1942, l'émission dédiée aux dédicaces aurait, selon Jean-Pierre Guéno, entraîné quotidiennement un cessez-le-feu momentané, et une sorte de fraternisation entre les troupes anglaises et les troupes allemandes à Tobrouk, lorsque la chanson est diffusée dans les haut-parleurs, chaque soir à 22 heures, après les combats. Pour les belligérants et les civils des deux camps, elle devient l'hymne de la Seconde Guerre mondiale, adopté et chanté en allemand par beaucoup de soldats jusqu'au printemps 1944.
En quelques mois, la chanson est traduite en 43 langues. En 1942, on vend exemplaires du disque et, en l'espace de six mois, la chanson est adaptée dans 48 langues. Les paroles françaises, dues à Henri Lemarchand, sont écrites à la fin de 1941 à la demande de Suzy Solidor, qui crée la version française dans son cabaret « La Vie parisienne » en . L'armée britannique se voit contrainte de faire produire une version anglaise en (après que Goebbels a fait enregistrer par Lale Andersen la chanson adaptée en anglais afin de démoraliser les Alliés), dont les interprétations par Anne Shelton et Vera Lynn en 1943 ont connu un succès fulgurant. À la suite de l'immense succès de la version swing américaine interprétée par les Andrews Sisters et le big band (grand orchestre) de Glenn Miller, les Américains profitent de la Libération pour récupérer les droits de la chanson. L'actrice et chanteuse antinazie Marlène Dietrich finit ainsi, vers la fin de la guerre en 1944, par donner une version américaine, plus langoureuse, mais aussi plus énergique, puisque cette fois, dans la dernière strophe, le souvenir de la femme aimée redonne courage au soldat (qui meurt, enfoui dans sa tranchée, dans la dernière strophe du chant allemand). Dietrich l'interprète dans plus de 60 concerts donnés au cours de la campagne d'Europe qui la voit accompagner la américaine du général Patton. Cette chanson devient dès lors attachée à sa personnalité, Marlène Dietrich se l'appropriant en en modifiant les paroles. Elle lui donne son nom, Lily Marlène (et cette orthographe), et en fait la chanson de la libération.
Elle en fait une chanson vedette de son récital lorsqu'elle s'investit dans sa carrière de chanteuse, en 1953. Elle l'abandonne parfois, notamment en France, jugeant qu’elle « peut réveiller un bruit de bottes pour certains spectateurs ».. Elle fut interdite dans beaucoup de dictatures car rappelant qu'elle était chantée des deux côtés.
Chanson subversive de résistance, car, transcendant les clivages, la chanson est interdite dans plusieurs pays totalitaires (RDA, Yougoslavie de Josip Broz Tito) et devient l'hymne anti-nucléaire pendant la guerre froide. La chanson connaît depuis de nombreuses versions, depuis l'allure pacifiste d'antimilitaristes, l'adaptation punk du groupe Interterror (Adios Lili Marlen), ou rock par La Souris Déglinguée en 1983. Amanda Lear a chanté une reprise de cette chanson dans un style disco en 1978, dans une version mêlant le français et l'allemand, et une autre en allemand-anglais.. En 2004, pour la commémoration du du débarquement de Normandie, la chanteuse Patricia Kaas doit la chanter en Mondovision, mais les Polonais mettent un veto au choix de cette chanson la veille de l'événement, en raison de l'épisode des Einsatzgruppen, lui préférant l’Hymne à l'amour.
Pour l'écrivain John Steinbeck, Lili Marleen est « la seule chose que l'Allemagne nazie ait apportée au monde »John Steinbeck, Daily Express (Londres), 12 juillet 1943, cité par Rosa Sala Rose, Lili Marleen. Die Geschichte eines Liedes von Liebe und Tod, traduit de l'espagnol par Andreas Löhrer, 2010, p. 56.. Le général Eisenhower aurait dit à Hans Leip qu'il était le seul Allemand à avoir rendu le monde plus heureux pendant la guerre.
Les paroles en allemand Version originale par Lale Andersen, 1938 "Sie bliesen den Zapfenstreich" ou, autre version, "Sie bliesen Zapfenstreich" : Lale Andersen a parfois ajouté « den », article défini allemand de l'accusatif masculin singulier, équivalent de « le » en français.
Autres versions Version de Marlène Dietrich Marlène Dietrich ne chante pas le troisième couplet. Celui du "couvre-feu". Lale Andersen avait aussi abandonné ce couplet. Autre différence : dans le dernier couplet, celui de la "bouche amoureuse", Marlène Dietrich substitue "Wer wird bei der Laterne stehn, mit dir Lili Marlène ?" (qui se tiendra près de la lanterne avec toi Lili Marlène ?) à "Werd' ich bei der Laterne stehn, wie einst Lili Marleen" (je me tiendrai près de la lanterne, comme autrefois Lili Marleen"). Cette substitution change le sens de la chanson. Elle se termine par une interrogation, alors que la chanson originale se termine par une affirmation, probablement la mort de la jeune sentinelle.
Version chantée en public par Marlène Dietrich
Marche militaire du III Reich
Version française La première version en français paraît en 1941la chanson : Lili Marleen Fiche de l'émission Karambolage sur www.arte.tv. Des versions de la chanson ont été diffusées en d'autres langues, notamment en français, sous l'Occupation, par la chanteuse Suzy Solidor. Par ailleurs, le étranger d'infanterie en a adopté la mélodie en adaptant les paroles en tant que chant de régiment. Des pastiches circulaient aussi vers la fin de la guerre avec des paroles de circonstances.
Selon le recueil Un siècle de chanson française, volume 1939-1949 aux éditions Paul Beuscher, ces paroles françaises sont signées Henri Lemarchand. Le copyright de 1941 par Appollo Verlag Paul Lincke / Warner Chapell Music France.