vignette|Frontispice de Musei Wormiani Historia (1655) montrant l'intérieur du cabinet de curiosités de Worm. vignette|Cabinet d'un particulier, Frans II Francken, 1625, Kunsthistorisches Museum, Vienne. vignette|Le Cabinet de curiosités par Domenico Remps (1690) - Florence. Les cabinets de curiositéshttps://curiositas.org : Les cabinets de curiosités en Europe. sont des pièces, ou parfois des meubles (armoires, cabinets), où sont entreposées et exposées des collections de « choses rares, nouvelles, singulières », pour reprendre la définition du Littré : on y trouve un mélange hétéroclite comprenant :
naturalia, objets d'histoire naturelle des trois règnes : minéral (pierres précieuses, fossiles, pierres étranges comme les héliotropes, les fulgurites ou pierres de foudre (découvertes pour la première fois au )« Sous le nom de pierres à [ou : de] tonnerre on comprend, en pays gallot, les haches ou les couteaux polis de main d'homme, et aussi certains cailloux ronds ou oblongs qu'on trouve dans les champs, et que les paysans croient être tombés du ciel au moment des orages. » Pierre Saintyves (1870-1935), Pierres magiques, bétyles, haches-amulettes et pierres de foudre : traditions savantes et traditions populaires, 1936 . Même information chez Antoine Joseph Dezallier d’Argenville : L'Histoire naturelle éclaircie dans une de ses parties principales : l'oryctologie, qui traite des terres, des pierres, des métaux, des minéraux, et autres fossiles, 1755, . et bien d’autres objets qui intéressaient depuis longtemps les alchimistes) animal (animaux empaillés, insectes séchés, coquillages, squelettes, carapaces, cornes, dents, défenses) végétal (herbiers, herbiers peints, florilèges) artificialia objets créés par l'homme : objets archéologiques, antiquités, médailles, œuvres d'art, armes, objets de vitrine (boîtes, tabatières, petits flacons) modifiés : objets d’art, tels les peintures sur pierre, pièces en pierres fines ou précieuses (camées, intailles), en cristal de roche, ivoire, ambre, nautiles montés en hanap, œufs d’autruche, etc. scientifica (instruments scientifiques, automates, zograscopes, etc.) exotica (plantes, animaux exotiques, objets ethnographiques)
L’une de leurs fonctions était de faire découvrir le monde, y compris lointain (dans le temps et l’espace), de mieux le comprendre, ou de confirmer des croyances de l'époque (on pouvait y voir des restes d'animaux mythiques, des cornes de licorne, l’Agneau tartare, mi-animal, mi-végétal, ou des racines de Baara.).
L'édition de catalogues qui en faisaient l'inventaire souvent illustré, permettait d'en diffuser le contenu auprès des savants européensChristine Davenne, Modernité du cabinet de curiosités, Éditions L'Harmattan, 2004, ..
Histoire Naissance Les cabinets de curiosités marquèrent une étape vers une appréhension plus scientifique du monde. Apparus à la Renaissance en Europe (studiolo en italien, Wunderkammer en allemand), leurs collections, souvent ouvertes à la visite, formèrent par la suite le noyau des musées, muséums et jardins botaniques qui les remplacèrent peu à peu. Ainsi, l’Ashmolean Museum d’Oxford ouvrit en 1683, présentant les collections des cabinets des Tradescant, père et fils, et celles d’Elias Ashmole. Celui-ci établit clairement le lien entre les collections de spécimens et la connaissance scientifique : « Parce que la connaissance de la Nature est très nécessaire à la vie humaine, à la santé et aux conditions qui la permettent, et parce que cette connaissance ne se peut si bien trouver et ne peut être si utilement atteinte sans connaître et approfondir l’histoire naturelle ; et qu’à cette fin il est indispensable d’examiner des spécimens, en particulier ceux qui sont d’une constitution extraordinaire, ou utiles en médecine, ou qui peuvent être mis au service de l’industrie ou du commerce : moi, Elias Ashmole, par passion pour cette branche du Savoir pour laquelle j’ai éprouvé le plus vif plaisir, ce qui reste encore vrai aujourd’hui ; cause pour laquelle j’ai aussi amassé une grande variété de corps composés et de corps simples, et en ai fait don à l’université d’Oxford […] » (Statutes Orders & Rules, for the Ashmolean Museum, in the University of Oxford).
De même, à Londres, la Royal Society (fondée en 1660) avait commencé à se constituer une collection en achetant le cabinet de « raretés naturelles » de Robert Hubert. C’est en 1669 qu’elle prit la décision de compléter ses collections de manière plus systématique en commençant à réunir un herbier exhaustif des îles britanniques. Au début du , le prince électeur de Saxe Frédéric Auguste I, dit Auguste le Fort, transforma les salles de son trésor, le Grünes Gewölbe, en musée public. Enfin, alors que le jardin botanique de Pise existait déjà depuis 1544, il fut imité à la fin du siècle, puis au début du suivant, au jardin botanique de l'université de Strasbourg, au jardin des plantes de Montpellier, puis au jardin royal des plantes médicinales de Paris.
Cabinets de curiosités célèbres Ces cabinets pouvaient être prestigieux. C'était le cas des studioli italiens des d’Este (le Studiolo de Belfiore date de 1447), ceux des Montefeltro vers la fin du siècle, des Médicis au siècle suivant, sans oublier ceux des familles Gonzague, Farnese, ou Sforza. Le Cabinet d’art et de merveilles ("Kunst- und Wunderkammer") de Archiduc Ferdinand II. (Tyrol) (1529-1595) dans le château d’Ambras, Innsbruck en Autriche. Un des plus riches et célèbres et la seule Kunstkammer de la Renaissance qui s’y trouve toujours au bâtiment originalKunst- und Wunderkammer - Schloss Ambras Innsbruck.Chamber of Art and Curiosities, Ambras Castle.. Le château d’Ambras est par conséquent le plus ancien musée du monde. Le cabinet de Rodolphe II de Habsbourg au château de Prague fut l’autre des plus riches et célèbres, à voir aujourd'hui dans le Kunstkammer du Kunsthistorisches Museum Wien, Autriche. Le Cabinet de merveilles Grünes Gewölbe (« la Voûte verte ») d’Auguste le Fort, au Château de la Résidence de Dresde, Allemagne, mis en place entre 1723 et 1729., qui remonte à l'origine au Maurice de Saxe (1521-1553). Le cabinet de curiosités de Palerme: chambre des merveilles qui fait partie d'une maison situé dans le quartier de l'Albergheria, près du marché Ballarò Frédéric III (1452-1486) et son fils Maximilien (1459-1519) avaient le leur.. En effet des Schatzkammern (trésors médiévaux) et pas encore de Kunstkammern (Cabinets de curiosités de la Renaissance et du baroque). En France, Charles V (1337-1380) fut collectionneur, le duc Jean de Berry (1340-1416) fut amateur d'œuvres d'art et bibliophile. François (1494-1547) eut un cabinet à Fontainebleau. Il fit d’André Thevet son cosmographe. Celui-ci, en rentrant du Brésil, écrivit Les Singularités de la France Antarctique (1557) comportant une description de différentes plantes et plus de quarante gravures (flore, faune, rituels des Tupinamba). Henri IV (1553-1610) eut un cabinet des singularités au palais des Tuileries, et un autre à Fontainebleau. Jean Mocquet lui rapporta notamment de ses voyages de nombreuses plantes exotiques qui, si elles avaient résisté au voyage, étaient replantées dans le jardin du Louvre. Il introduisit en France le goût de la botanique exotique. De Gaston d’Orléans (1608-1660), frère de Louis XIII, Bonnaffé nota que « Relégué à Blois, le Duc … forma dans ses jardins un musée de plantes vivaces indigènes et exotiques. Le tout fut légué à Louis XIV, et réparti plus tard entre le Louvre et le Jardin du roiBonnaffé . ». On connaît précisément les plantes qu’il cultivait et l’évolution de son jardin grâce aux catalogues. rédigés par ses botanistes Abel Brunier, puis Robert Morison. En outre, Gaston d’Orléans fit venir des peintres de fleurs à Blois. Daniel Rabel pourrait être le premier d’entre eux, en 1631 et 1632. Le plus célèbre, qui fut ensuite peintre en miniature de Louis XIV, est Nicolas Robert. Rabel et Robert ont notamment laissé des peintures de tulipes, en pleine période de tulipomanie.
Les intailles, camées, médailles (et sculptures antiques ?) du cabinet de Gaston d’Orléans sont aujourd’hui au département des Monnaies, Médailles et Antiques de la Bibliothèque nationale de France) ; les livres à la Bibliothèque nationale ; et les vélins de Nicolas Robert dans la collection des vélins du roi au Muséum national d'histoire naturelle.
On possède une description précise du contenu du cabinet de Louis-Pierre-Maximilien de Béthune, duc de Sully (1685-1761).. La passion des plantes exotiques se prolongea jusqu’au début du avec Joséphine de Beauharnais (1763-1814), qui fit de la Petite Malmaison un jardin d'acclimatation comprenant une grande serre chaude. Elle apporta également son soutien actif aux peintres de plantes et d’animaux. Pierre-Joseph Redouté fut son peintre officiel, après avoir été celui de Marie-Antoinette. Il n’y eut pas de collectionneurs de rang aussi éminent au Royaume-Uni. Néanmoins, le baronnet Hans Sloane (1660-1753), naturaliste, racheta de nombreux cabinets privés et constitua une riche collection de plantes qui fut mise à la disposition de John Ray avant d’être offerte à la nation afin d’être présentée au public (British Museum, 1759, puis Musée d'histoire naturelle de Londres, 1881).
Edmond Bonnaffé note que Sans abandonner tout projet d’éblouir le public par le faste des œuvres d’art présentées ou de l’étonner par la présentation d’objets insolites, voire monstrueux, les propriétaires aux moyens plus modestes constituèrent bien souvent des cabinets d’histoire naturelle qui eurent souvent une influence scientifique, en partie grâce à la publication de leurs catalogues illustrés.
Parmi les cabinets contenant des « miettes de curiosités », on peut mentionner :
Le fils d’André Tiraqueau, Michel, possédait à Fontenay-le-Comte un cabinet décrit en versHymne de Marie Tiraqueau., en 1566, par son neveu, André de Rivaudeau, le rival de Ronsard :
Michel Tiraqueau possédait donc un herbier peint de 500 plantes..