L’Akhal-Teké (en , « cheval turkmène » ; en ) est une race de chevaux originaire d'Asie centrale. Traditionnellement élevé par la tribu des Tékés, il doit son nom à la vallée de l'Ahal. Son berceau se situe dans le Sud du Turkménistan et le Nord de l'Iran actuels.

Très rapide, l'Akhal-Teké est aussi réputé pour son endurance et sa sobriété. Doté d'une morphologie fine, sèche et souple, il est reconnaissable à sa robe aux reflets métalliques, qui a suscité une longue fascination dans le monde occidental. Cheval apte aux parcours d'endurance et de randonnée au long cours, il est aussi le détenteur d'un record olympique en dressage, à travers son représentant Absinthe, monté par le cavalier soviétique Sergueï Filatov. La race a failli disparaître dans les années 1950 à l'ère soviétique, en raison de la lutte contre le nomadisme et du développement de la motorisation. Bien qu'il reste à faibles effectifs, l'Akhal-Teké est désormais aussi élevé au Kazakhstan, en Russie, ainsi que dans des pays occidentaux dont l'Allemagne, la Suisse, les États-Unis et la France.

Cette race est devenue l'emblème du Turkménistan, particulièrement depuis la dislocation de l'URSS. Elle s'y confond avec l'identité nationale et le culte présidentiel. Les présidents du Turkménistan Saparmyrat Nyýazow et Gurbanguly Berdimuhamedow, dont les statues équestres respectives les figurent à dos de « cheval turkmène », ont consacré des écrits à cette race, notamment mentionnée dans le Ruhnama.

Dénomination

vignette|Bronze d'un « cheval céleste » retrouvé au Nord de la Chine, dynastie Han, -|alt=Bronze d'un cheval fin à la longue encolure courbée.

Comme le souligne l'ethnologue française Carole Ferret, les noms attribués aux races ou lignées de chevaux d'Asie centrale sont souvent associés à ceux des ethnies humaines qui les élèvent par les observateurs extérieurs. Les Turkmènes distinguent leurs chevaux par leurs usages : le džins-at est le cheval le plus fin et délicat, caractérisé par son attachement indéfectible envers son maître. Dans les sources écrites européennes, tous les chevaux des Turkmènes sont indistinctement nommés « Turcomans », indépendamment de l'ethnie qui les élève. Jusqu'à la fin du , les chevaux turkmènes exportés en Russie sont connus sous ce nom. De tous ces chevaux dits « Turcomans », ceux de la tribu des Tékés sont les plus réputés, ce qui entraîne une tendance au remplacement du nom de « Turcoman » par celui de « Téké ». Les Tékés finissent par s'établir dans la vallée de l'Ahal, ce qui impose peu à peu la désignation des chevaux par la combinaison du nom de la tribu et du nom du lieu.

Il existe des variantes orthographiques du nom de cette race de chevaux en français. Le dictionnaire de Véronique Pidancet-Barrière, aux éditions Belin, Les mots du cheval, l'orthographie par une combinaison de deux noms propres, « Akhal-Teké », de même que l'autrice tchèque Helena Kholová. Le Dictionnaire encyclopédique du cheval de Jean-François Ballereau (Belin, 2010). et Races équines de France par Lætitia Bataille et Amélie Tsaag Valren (éditions de La France Agricole, 2017) écrivent . La traduction française de l′Encyclopédie mondiale des chevaux de l'auteur italien Gianni Ravazzi orthographie « Akhal-téké ». Carole Ferret l'orthographie avec des minuscules, « akhal-téké », de même que le guide Delachaux. La graphie Akhal-Teke, sans accent, correspond à la transcription anglaise. La seule graphie juste, en principe, fait appel aux lettres initiales en majuscules, puisqu'il s'agit d'une combinaison de deux noms propres.. Les formes « Achal-Teké », « Ahal-Teke » et « Akhal-Tekin » sont répertoriées dans certaines sources, mais elles sont considérées comme fautives..

Le nom d'Akhal-Teké (et ses variantes orthographiques) est désormais utilisé partout dans le monde pour désigner cette race de chevaux, sauf en Iran, où ces chevaux sont toujours dénommés « Turcomans », et au Turkménistan. D'après Ferret, le nationalisme y entraîne la promulgation du nom de (en turkmène : turkmen at). Elle l'analyse comme une volonté de ne pas donner d'appartenance tribale à cette race : . Ces chevaux sont parfois nommés « Turcs ».

La race peut aussi être nommée « Pur-sang Akhal-Teké » ou « Akhal-Teké de Pur Sang », notamment pour la distinguer du registre du Demi-sang Akhal-Teké. D'après Ferret, cette question de la pureté de la race Akhal-Teké est très sensible, sur fond de rivalité entre le Turkménistan et la Russie.

Histoire

vignette|Akhal-Teké noir dans les montagnes, dans un élevage du Turkménistan.|alt=Tête d'un cheval noir sur paysage de montagne et de désert.

Carole Ferret distingue deux grands types de chevaux en Asie centrale : le cheval des steppes, petit et doté d'un pelage épais ; le cheval du désert, longiligne et racé. Le cheval du désert est nettement plus rare et onéreux que le cheval des steppes, ce qui explique que des soins attentifs lui soient prodigués.

Depuis l'époque d'Ivan le Terrible, une forme d'admiration, voire de culte, a toujours existé autour des chevaux du type de l'Akhal-Teké :

Comme l'Arabe, l'Akhal-Teké est une race d'origine ancienne mentionnée de longue date. La documentation à son sujet est particulièrement abondante. mais elle présente des failles importantes, notamment pour ce qui est de retracer son histoire et ses origines. D'après Ballereau, .

Une dernière difficulté réside dans l'absence de caractérisation génétique des chevaux du Turkménistan, qui permettrait de pouvoir distinguer les Akhal-Teké d'éventuelles autres races.

Origine

vignette|gauche|Étalon Akhal-Teke présenté en costume traditionnel.|alt=Dans un parc aux barrières blanches, une jeune fille en costume rouge traditionnel orné de pièces monte un étalon bai lui aussi en harnachement traditionnel avec des tapis et des pompons.

Le berceau de la race Akhal-Teké se trouve dans les oasis du désert du Karakoum et les steppes des alentours d'Achgabat, au sud du Turkménistan et au Nord de l'Iran. L'analyse génétique menée sur plusieurs milliers de sujets en 2019 confirme que la race est ancienne, d'autres travaux scientifiques attestant que l'Akhal-Teké constitue l'une des plus anciennes races de chevaux au monde. L'origine de tous les chevaux domestiques acdtuls a été établie par la lignée DOM2 originaire de la steppe pontique (d'après une vaste étude publiée dans Nature en 2021) vers 2000 ans av-J.C., ce qui invalide la thèse d'une origine plus ancienne..

Le voyageur Ibn Battûta souligne la présence de chevaux de qualité supérieure en Asie centrale. Le cheval dit « Turcoman » fait l'objet d'un commerce dans tout le Proche-Orient, en Russie, en Europe et en Inde.

Selon les sources turkmènes et russes La tradition locale veut que ce cheval soit élevé depuis au Turkménistan, notamment pour les courses. Ses premières traces remonteraient à av. J-C. Si l'Akhal-Teké est continuellement présenté comme l'une des plus anciennes races de chevaux au monde., le nationalisme turkmène entraîne des revendications qui ne sont pas soutenues par l'archéologie. L'Akhal-Teké est parfois présenté comme vieux de (comme les Turkmènes eux-mêmes), cité par ., notamment dans le Ruhnama.

Une légende très populaire au Turkménistan voit dans l'Akhal-Teké le descendant des fameux chevaux de Ferghana, ou « chevaux célestes », appréciés des Chinois.. Des gravures rupestres de chevaux à Aravan, vieilles de ans, sont décrites comme figurant des Akhal-Teké. Le voyageur et journaliste français Jean-Louis Gouraud, en se basant sur les représentations anciennes du cheval de Ferghana, estime le lien entre ces deux races de chevaux peu crédible, en particulier en raison du modèle des chevaux de Ferghana représentés dans les peintures de Giuseppe Castiglione.

L'Akhal-Teké est souvent cité comme un descendant direct du cheval Turcoman. Au , il est exporté vers la Russie sous le nom d'« Argamak ».

En 1956, G. Nečiporenko voit dans l'Akhal-Teké le descendant des montures des Massagètes et des Parthes ; des vestiges archéologiques datés de l’époque des Scythes, découverts dans les tombeaux des montagnes de l’Altaï, sont aussi cités comme ancêtres de cette race. Alexander Klimuk, ancien directeur du Haras de Stavropol en Russie, estime que l'Akhal-Teké a conservé sa « pureté » génétique durant des siècles, car les croisements n'auraient pas apporté à cette race du désert des qualités profitables.

Selon les sources occidentales

La littérature hippologique occidentale accorde plutôt la revendication d'ancienneté à la race Arabe, si bien que la majorité des sources du affirment que l'Akhal-Teké descendrait de l'Arabe. Le zootechnicien soviétique K. Gorelov explique l'origine des races Akhal-Teké et Jomud par le fait qu'un membre de la tribu des Jomud et un membre de la tribu des Teké auraient dérobé chacun un cheval arabe, et que le premier aurait obtenu un cheval aux plus longues jambes et à l'encolure plus fineK. Gorelov, Ahal-tekinskoe konevodstvo Turkmenskoj SSR [L’élevage du cheval akhal-téké dans la République de Turkménie], 1928, Achgabat, Izdanie narodnogo komissariata zemledeliâ Turk, , cité par .. Le journaliste équestre autrichien Martin Haller décrit des croisements pratiqués avec l'Arabe sous Tamerlan. Pour Bonnie Lou Hendricks (université de l'Oklahoma), la race a réellement pris forme au .

Le zootechnicien soviétique V. O. Vitt, en se basant sur les sources hippologiques publiées en occident entre les et , note que ces sources ne mentionnent pas le « cheval arabe », mais louent les qualités du « cheval turc », et qu'aux siècles suivants, des chevaux turcs ont été qualifiés à tort d'arabes. La Royal Geographical Society décrit en 1891 l'Akhal-Teké comme le meilleur des chevaux Turcomans..

Carole Ferret souligne la versatilité des sources hippologiques, qui attribuent des origines « nobles » aux races de chevaux en fonction des modes de leur époque. Ebhardt inclut l'Akhal-Teké au groupe équin III de son classement en quatre groupes.

La docteure en études grecques et romaines Carolyn Willekes cite l'Akhal-Teké comme le descendant direct des chevaux touraniens et Turkoman.

Élevage traditionnel

vignette|Démonstration de dressage d'un Akhal-Teké dans la province d'Ahal, au Turkménistan.|alt=Cheval noir dressé sur ses membres postérieurs, vu de profil.

Dans le désert, l'amplitude thermique peut atteindre 80° sur une année, avec des journées très chaudes suivies de nuits très froides. La race Akhal-Teké devient mince et solide, adaptée à ces rudes conditions. Le voyageur et diplomate suisse Henri Moser (1899) estime que ces chevaux ont été sélectionnés grâce à l’alamane (razzia à main armée), qui exige d'eux endurance et vitesse. Carole Ferret souligne que le succès de ces raids de pillage dépend fortement des qualités des chevaux utilisés, mais aussi de leurs conditions de préparation, impliquant une technique dite d'« assèchement », qui consiste à priver le cheval d'aliments humides.

Le cheval peut accéder à la tente de son propriétaire nomade. Les méthodes de gestion des Turkmènes impliquent aussi de l'envelopper continuellement dans du feutre, été comme hiver, avec la tête qui dépasse, et de le garder attaché à des piquets. Henri Moser estime que cette habitude est à l'origine de la peau fine, du poil ras et des reflets dorés de la race, ainsi que de l'absence de crinière, en raison du frottement des couvertures, cité par .. Le régime alimentaire des chevaux se compose de rations de luzerne séchée, d'orge et d'un peu de protéines animales, typiquement du gras de mouton. Les animaux sont nourris à la main par la famille de leur propriétaire. Les poulains sont sevrés très tôt, et entrainés dès vingt-et-un mois en vue des courses de yearlings.