Jean de Lattre de Tassigny, né le à Mouilleron-en-Pareds (Vendée) et mort le à Neuilly-sur-Seine (Seine), est un officier général français. Figure importante de la Seconde Guerre mondiale, compagnon de la Libération, il est élevé à la dignité de maréchal de France à titre posthume.
Jeune officier lors de la Première Guerre mondiale, il se bat sur différents fronts, dont Verdun. Il est blessé cinq fois et termine la guerre avec huit citations, la Légion d'honneur et la Military Cross.
Dans l'entre-deux-guerres, il participe à la guerre du Rif au Maroc, où il est de nouveau blessé. Il effectue ensuite une carrière d'officier d'état-major et de commandant de régiment.
Au début de la Seconde Guerre mondiale, en , plus jeune général de France (jusqu'à la nomination à ce même grade de Charles de Gaulle le , à titre temporaire ; il a été promu alors qu'il avait 50 ans), commandant la d'infanterie lors de la bataille de France, il tient tête à la Wehrmacht à la bataille de Rethel, dans les Ardennes, puis sur la Loire, continuant à se battre jusqu'à l'armistice du 22 juin 1940.
Sous le régime de Vichy, il reste dans l'Armée d'armistice, où il occupe des postes de commandement à l'échelon régional, puis comme commandant en chef des troupes en Tunisie. Commandant de la militaire à Montpellier le , lorsque la zone libre est envahie par les troupes allemandes, à la suite du débarquement des Alliés en Afrique du Nord, il est arrêté et condamné à dix ans de prison, pour avoir désobéi au gouvernement, et, seul général en activité à le faire, ordonné à ses troupes de s'opposer aux Allemands. Il parvient à s'évader et rallie le CFLN à Alger, fin 1943.
Après son ralliement à de Gaulle, il est l'un des grands chefs de l'Armée de Libération entre 1943 et 1945, s'illustrant à la tête de la armée, qui, après le débarquement de Provence du , mène la campagne victorieuse, dite « Rhin et Danube », contre le Troisième Reich. Il est le seul général français de la Seconde Guerre mondiale à avoir commandé de grandes unités américaines.
Il est le représentant français à la signature de la capitulation allemande à Berlin, le , aux côtés d'Eisenhower, Joukov, et Montgomery.
Commandant en chef des forces françaises en Allemagne en 1945, il devient inspecteur général de l'Armée de terre et chef d’État-Major général de la Défense nationale en 1947. De 1948 à 1950 auprès du maréchal Montgomery, il est le premier commandant en chef des Forces terrestres de l’Europe occidentale.
Fin 1950, il est envoyé redresser la situation sur le front indochinois, et cumule alors les postes de gouverneur de l'Indochine et de commandant en chef du corps expéditionnaire français en Extrême-Orient. Il remporte en 1951 plusieurs victoires importantes contre le Việt Minh, mais, atteint par la maladie (métastases cancéreuses à la hanche), il doit quitter l'Indochine dès la fin de l'année, pour se faire soigner en France.
Mort le , il reçoit des funérailles nationales, pendant lesquelles il est élevé maréchal de France à titre posthume le , jour de ses obsèques.
Origines familiales vignette|left|80px|Blason de la famille de Lattre de Tassigny.
Membre de la famille de Lattre de Tassigny, famille de l'ancienne bourgeoisie française, il est le fils de Roger de Lattre de Tassigny (1855-1956), et d'Anne Marie-Louise Hénault (1862-1938). Il était le parrain de la femme de lettres Françoise Quintin-Ryszowska.
Carrière militaire Jean fréquente le collège Saint-Joseph de Poitiers. et poursuit ses études à Paris .. De 1898 à 1904, il prépare au lycée Sainte-Geneviève sa rentrée à l'École Saint-Cyr, où il est reçu en 1908. quatrième sur deux cent dix.. Il effectue ses classes au à Provins. Il est élève de Saint-Cyr de 1909 à 1911, dans la promotion « Mauritanie » dont il sort deux cent unième de promotion. Il entre en 1911 à l'École de cavalerie de Saumur.
Première Guerre mondiale vignette|204x204px|Jean de Lattre de Tassigny alors lieutenant au 12e Dragon, en 1914. En 1912, il est sous-lieutenant, affecté au à Pont-à-Mousson puis sur le front.. Il est blessé une première fois le par un éclat d'obus au cours d'une reconnaissance. Le , il est blessé d'un coup de lance d'un uhlan bavarois en chargeant à la tête de son peloton de dragons, puis rapatrié à Montauville. Affaibli par sa blessure, obligé de se cacher dans la cave d'une maison occupée par les Allemands, à Pont-à-Mousson, il est sauvé de la capture par un officier du de hussards en mission de reconnaissance, le sous-lieutenant Schmeltz .
Jeune lieutenant d'infanterie, il rend visite à Georges Clemenceau également né à Mouilleron-en-Pareds, qui le voyant s'éloigner, dit à son fidèle Albert Boulin :
En 1915, il est capitaine au d'infanterie, se bat à Verdun pendant seize mois, au Chemin des Dames et termine la guerre avec cinq blessures, huit citations, la Légion d'honneur (le ) et la Military Cross. Il est affecté au , à l'état-major de la .
Entre-deux-guerres En 1919, il est affecté à la section franco-américaine à Bordeaux, puis au d'infanterie à Bayonne. De 1921 à 1926, il est envoyé au Maroc, où, de 1922 à 1923, il participe à des opérations en Haute Moulouya et à Taza, puis durant la guerre du Rif consécutive à la révolte d'Abdelkrim (1925-1926), devient chef d'état-major de la région de Taza. Il est de nouveau blessé en opération, reçoit trois citations et est nommé chef de bataillon.
De 1927 à 1929, il suit les cours de l'École de guerre, où il est chef de promotion (). Il se marie avec Simonne Calary de Lamazière en 1927, et ils ont un fils, Bernard, en 1928. En 1929, de Lattre est affecté au d'infanterie à Coulommiers.
Le , Jean de Lattre, ami du « Tigre » et son épouse, sont parmi les rares Vendéens catholiques à assister aux obsèques civiles de Georges Clemenceau au « Colombier » de Mouchamps.
En 1931, il est au de l'état-major des armées, puis, il est nommé, en 1932, au grade de lieutenant-colonel à l'état-major auprès du général Weygand, vice-président du Conseil supérieur de la guerre. À ce poste, il suit particulièrement la politique étrangère, dont les relations avec l'URSS et, en politique intérieure, les problèmes de budgets militaires. En , il fait partie, avec Adrien Marquet, Philippe Henriot, Georges Scapini et Xavier Vallat, d'un groupe qui complote contre la République ; à cette occasion, le maréchal Pétain, alors ministre de la Guerre, exprime, sans succès, le souhait que Weygand le « démissionne ».. Au départ de Weygand, atteint par la limite d'âge, de Lattre est maintenu à l'état-major du Conseil supérieur de la guerre auprès du général Georges. En 1935, promu colonel, il commande le d'infanterie à Metz. Entre 1937 et 1938, il suit des cours au Centre des hautes études militaires et devient, en 1938, chef d'état-major du gouverneur militaire de Strasbourg, le général Héring.
Seconde Guerre mondiale Bataille de France vignette|Jean de Lattre de Tassigny, le plus jeune général de brigade de l'armée française en 1939. Promu général de brigade, le , il est chef d'état-major de la , le . Le , il prend le commandement de la d'Infanterie, la « Division des As », qu'il dirige pendant les affrontements avec la Wehrmacht à Rethel, où sa division résiste pendant un mois, repoussant par trois fois les Allemands devant l'Aisne, faisant deux mille prisonniers. Il continue à se battre jusqu’à la Champagne, à , puis il se replie, en menant des combats de retardement, sur la Marne, l'Yonne, la Loire et Nevers. La division conserve sa cohésion militaire tout au long des combats et ceci, malgré la défaite.
Armée de Vichy Après l'armistice, il reste dans l'Armée de Vichy et, de à , il est adjoint au général commandant la militaire à Clermont-Ferrand et commandant militaire du Puy-de-Dôme.. Le découragement des troupes est alors profond, il s'emploie à restaurer la confiance des soldats, par la discipline.. À cette époque, il pense que le régime du maréchal Pétain défend l'intérêt national et se soumet à ses directivesJean-Pierre Azéma, Olivier Wieviorka, Vichy, 1940-1944, Paris, Éditions Perrin, 1997 ; rééd. Perrin, , 2000 et 2004, 374 , .. S'intéressant à la jeunesse, il organise, en dehors des Chantiers de jeunesse, ses propres chantiers et une école de cadres militaires dans le village et le château d'Opme (près de Clermont-Ferrand) , avec pour but de pour une armée apte au travail d'équipe et d'étendre cette expérience à toute l'Armée d'armistice..
En , à la mort du général Huntziger, secrétaire d'État à la Guerre dans le gouvernement Darlan, de Lattre tente, sans succès, d'obtenir ce poste.. Promu général de division, il est commandant en chef des troupes de Tunisie, où il crée une autre école de cadres, à Salammbô (quartier de Tunis). Il n'y reste que quatre mois, de fin au , rappelé alors en métropole, à la demande des Allemands, pour avoir refusé de ravitailler l'Afrika Korps. Par la suite, en 1942, il commande la militaire à Montpellier., est promu général de corps d'armée et crée de nouveau une école de cadres, à Carnon.. Il conserve son poste dans l'armée d'armistice, malgré l'hostilité manifestée par les Allemands à son égard. et le SOL de Montpellier qui le signale comme .
Contrairement à nombre de militaires de l'Armée de Vichy, de Lattre n'a jamais été décoré de la francisqueÉric Conan, Henry Rousso, Vichy, un passé qui ne passe pas, éd. Fayard, Paris, 1994 ; nouvelle édition Gallimard, , Paris, 1996, 513 , . et en particulier parmi les huit généraux commandants de division militaire, il est le seul à ne l'avoir pas été.
Le , le général Giraud, qui vient de s'évader de la forteresse de Königstein et qui commence à prendre des contacts pour ses projets d'avenir, rencontre de Lattre à Montpellier, mais il le trouve .. En , contacté par Jean Moulin pour prendre la tête de l'Armée secrète, de Lattre refuseDaniel Cordier, Alias Caracalla : mémoires, 1940-1943, Paris, éd. Gallimard, 2009, .. À la même époque, il obtient pour le philosophe Jean Cavaillès, qu'il estime, un droit de visite, qui lui permet d'obtenir les livres nécessaires à la rédaction de son livre Sur la logique et la théorie de la scienceJean Cavaillès, Oeuvres complètes de philosophie des sciences, Hermann, 1994, p.480.
Lorsqu'en septembre-, les Alliés préparent l'établissement d'un deuxième front en Afrique du Nord, alors qu'ils sont désireux de s'entendre avec Vichy qui contrôle la région, afin que les Français n'opposent pas de résistance, cherchant donc un chef avec qui traiter pour mettre sur pied les opérations, Weygand ayant refusé, le nom du général de Lattre est évoqué, parmi d'autres (militaires ou politiques) ; il n'est toutefois pas retenu..
Arrestation vignette|Plaque commémorative à la prison Montluc de Lyon. À la suite du débarquement des Alliés en Afrique du Nord, la zone libre est envahie par les troupes allemandes, le . Seul général en activité à le faire., il refuse l'ordre de ne pas combattre donné par le gouvernement de Vichy, en la personne du ministre Bridoux, de Lattre commande à ses troupes de s'opposer aux Allemands, et est arrêté par les gendarmes., le à Saint-Pons-de-Thomières. Il est interné à la prison militaire Furgole de Toulouse, puis à la prison Montluc à Lyon. Le ., il comparaît devant les juges français de la section de Lyon du tribunal d'État, juridiction d'exception siégeant à huis clos et constituée d'un magistrat et de quatre autres juges désignés par le gouvernement : deux officiers généraux, un préfet honoraire et le chef des SOL, Joseph Darnand. Il est condamné à dix ans de prison mais conserve son grade. Il n'est ensuite pas radié de l'ordre national de la Légion d'honneurMémoire en défense présenté au Conseil de l'ordre de la Légion d'honneur par le général de corps d'armée (en retraite) de Lattre de Tassigny.. Cet épisode fait dire au préfet HontebeyrieAlfred-Roger Hontebeyrie, préfet régional à Montpellier, orthographié « Honteberry » par Marc Ferro. que ..
Ralliement à de Gaulle