La sculpture romaine - partie la mieux préservée de l'art romain - réunit la perfection idéalisée de la sculpture grecque classique au plus grand désir de réalisme romain. Comme elle a été faite par des sculpteurs grecs pour des Romains, mais en grande partie sur des modèles grecs, on pourrait parler de « sculpture gréco-romaine », , , . Numériques: , .. Elle s’est répandue de l'Atlantique à l'Asie, et du avant l'ère commune (AEC) jusqu'au cours de l'Antiquité tardive, au de l'ère commune (EC) — ou après Jésus-Christ. Elle n’est donc pas restée sans changements. D'autre part, elle est le produit et le reflet de la société romaine où le père, pater familias, a le rôle dominant, ce qui a déterminé autant les commandes privées de portraits ou d'objets décoratifs que les commandes publiques associées à la célébration du pouvoir à Rome (édition papier : , ., aristocratique, puis militaire. Cette aristocratie ne constituait qu'une très petite partie de la société romaine, qui était un monde rural à 90 % et constitué d’esclaves pour une très grande partie.
Les riches Romains demandaient, en effet, des portraits ressemblants et des sculptures décoratives dérivées de modèles grecs renommés. De son côté, le pouvoir romain a toujours su faire exécuter des monuments à sa gloire et célébrer ses victoires. Les sculpteurs pouvaient travailler tous les matériaux disponibles autour du bassin méditerranéen et faire transporter leur réalisation sur des milliers de kilomètres pour répondre à une commande.
La sculpture romaine a été longtemps présentée comme une répétition de la sculpture grecque antique et même comme un déclin, dès que l'on a cru y reconnaître de simples copies des sculptures grecques célébrées dans l'Antiquité. Cependant elle est reconnue depuis le comme un objet d'étude à part entière. Les études actuelles sur les « copies » mettent en valeur les nouveautés introduites au cours des premiers siècles de l'art romain. Des innovations radicales ont eu lieu par la suite, surtout aux .
Comme au cours de toute l'Antiquité, la sculpture reflète bien plus la volonté de riches et puissants commanditaires que la personnalité artistique des artisans-artistes. Les sculpteurs qui ont travaillé à Rome et pour Rome n’étaient pas des Romains - la plupart étaient grecs - mais ils ont mis leur art au service des Romains, afin de donner une forme plastique aux valeurs qu’entendaient affirmer les RomainsTonio Hölscher, Römische Bildsprache als semantisches System, Heidelberg, 1987.. Beaucoup de ces sculpteurs étaient de condition modeste, esclaves ou affranchis. Quelques fragments de sculpture en bois qui se sont conservés dans l’eau sont la trace de matériaux fragiles appartenant à des sculptures romaines disparues.
Sculpture « romaine ». Vue d'ensemble
Ce type de sculpture se laisse difficilement aborder : non seulement il s’agit d’art gréco-romain, composé des deux cultures, mais . Et, par ailleurs, il est nécessaire de détacher un art romain, sur l'étendue de l'empire, de ce qui se passe dans la ville de Rome ou dans la péninsule. Enfin, Rome, d'abord républicaine, et qui pratiquait très peu la sculpture, a intégré politiquement et culturellement, au cours des siècles, des populations qui la pratiquaient. C'est donc un art éclectique, à très forte dominante grecque. Plus généralement, la culture de la société romaine antique, dans l'espace immense de l'empire romain, s'est constituée par l’intégration, surtout au contact de la Grèce antique, de sa religion, de sa littérature et de sa sculpture. D’autres parties de l’empire ont contribué à la culture romaine, au Moyen-Orient, en Égypte et en Afrique du Nord et, ailleurs, en Occident. Les nombreux bas-reliefs qui subsistent nous renseignent sur la vie quotidienne dans l'empireVie quotidienne sur bas-relief : par exemple cette scène de taverne d'Augusta Treverorum (Trèves) : « III. La caupona (taverne) : manger sur le pouce », sur Lugdunum (musée), exposition Une salade, César, 2021.. Cependant, une caractéristique de la société romaine à considérablement orienté la sculpture. En effet, initialement républicaine, l'aristocratie romaine se distinguait par la valeur accordée à ses portraits familiaux, obtenus par empreinte, garants de la lignée du patriciat ancestral. L'importance des portraits sculptés a perduré ensuite.
Par ailleurs, tout ce qui était en bronze dans l’Antiquité a été fondu, sauf exception, et réutilisé ultérieurement. Malheureusement, la majorité des statues était en bronze. Enfin, les sculptures romaines, comme les autres sculptures antiques, ont pu être en terre cuite ou en calcaire. On en a trouvé de nombreux exemplaires et leurs carrières, en Provence., par exemple.
Cet article emploie le mot « sculpture » dans un sens élargi, puisque sont abordées les monnaies et médailles, l'orfèvrerie, le travail du verre et de l'ivoire, à côté du travail du marbre, du calcaire - parmi d’autres pierres - et du bronze, ainsi que de la terre cuite. Le bois sculpté est à peine évoqué car il n'a guère subsisté.
Sculpture « gréco-romaine »
On peut parler d'une sculpture « gréco-romaine » car le modèle grec a servi de référence quasi unique pendant six siècles. Lorsque Rome, au , a pris possession de la péninsule et s'est trouvée confrontée aux colonies grecques qui y étaient implantées, elle a découvert la sculpture hellénistique de l'époque, juxtaposée à la sculpture grecque classique, mais aussi à des décors de temples ou à des statues de culte dans le style caractéristique de la sculpture grecque archaïque. Jusqu'à la fin de la République l'art grec est, en effet, bien vivant.
La plupart des sculptures, des statues, lorsqu’elles étaient en bronze, reluisaient comme de l’or. Celles en marbre ou en terre cuite étaient peintes, en partie ou en totalité, y compris les vêtements, les cheveux et les yeux. Ces derniers points ont été constatés sur des sculptures hellénistiques. Rome "hérite" de ces traditions, comme l'attestent le Laocoon et l'ensemble des statues de Sperlonga qui conservent des traces de couleurs.. Les yeux des statues de bronze n'étaient pas vides, ceux d'Auguste et de Livie, au Louvre, en sont un exemple singulier.. Toutes ces statues semblaient vivantes..
Par le droit de la guerre, dans l'Antiquité, beaucoup d'entre elles sont donc arrivées à Rome et ont participé à l'évolution du regard des Romains, surtout dans l'art du portrait familial et honorifique. Ces riches et puissants Romains, dès la fin du AEC, ont fait travailler des sculpteurs grecs et ces commandes se sont ajoutées au butin exposé au cours des parades triomphales des vainqueursFrançois Queyrel, « La modernité de la sculpture hellénistique vue de Rome » in .. Toutes ces productions - originales ou copies - se sont répandues dans l'Empire romain, en particulier avec les statues des empereurs placées, par les personnalités locales, dans toutes les grandes villes à l'occasion du passage de chaque nouvel empereur dans leur ville. En raison du brassage des populations qui s'est opéré au fil du temps, des formes dérivées des styles grecs romanisés ont donné l'occasion de nouvelles solutions, surtout au cours du EC. C’était à la fin de l'Antiquité tardive, avec une nette séparation entre ce qui se passait, sur le plan artistique comme sur le plan politique, entre l'ancien empire romain d'Occident et l'empire d'Orient, Byzantin.
Points spécifiques à la sculpture romaine
Cette sculpture possède, dans l'ensemble, certains traits caractéristiques. À la différence de la sculpture grecque qui peut avoir été conçue pour être vue sous plusieurs angles, la sculpture romaine est, bien plus souvent, frontale : « c’est la tête et le corps vus de face qui comptent avant tout. » Le portrait y tient une place bien plus considérable qu'à l'époque hellénistique, et sa valeur est renforcée par la tradition des imagines, ces masques des ancêtres qu’on exposait dans l’atrium des puissants, l'aristocratie des patriciens auxquels il faut ajouter certains notables issus de la plèbe : les Homines quasi-boni. Ces images servent d’abord à montrer leur uirtus ; leur vertu, mot qui dérive du latin vir, « l'homme » en tant que « mâle », concept révélateur de la société patriarcale romaine. Cette qualité, les statues-portraits sont censées l'inspirer à ceux qui les contemplent. L'expression sévère de ces portraits est donc supposée manifester la « force de caractère » de la personne en question, une force qui a fait ses preuves au cours de l'existence. Par ailleurs, la tradition romaine, surtout celle de la République, jugeait qu'il était indigne pour un Romain de se laisser aller à la contemplation ou à la possession d'une œuvre d'art. L'histoire de l'art n'existait pas mais les anecdotes sur des artistes, compilées par des Romains, comme Pline, ont servi de premières bases à l'élaboration de l'histoire de l'art dès la Renaissance.
Pline l'Ancien, aux tous débuts de notre ère, veut clairement poser l'existence d'un art romain indépendant de l'art grec. Il rappellePline, Histoire naturelle, XXXIV, 18-19. ce qui distingue l'art grec de l'art romain en portant son attention sur la nudité : si l'art grec privilégie le nu héroïque, la sculpture romaine privilégie le port de la cuirasse ou de la toge. Elle valorise ainsi les vertus militaires et civiques. C'est aussi d'un point de vue moral que Pline critique des comportements condamnables par leur immodestie : comportement des empereurs en particulier, alors que leur fonction les appelle, selon lui, à l'exemplarité et la modération. Les vertus traditionnelles romaines, mos majorum, fondées sur le travail, la fidélité, la frugalité, le refus de l'oisiveté, sont alors perverties par la profusion de matériaux luxueux entrés à Rome grâce aux conquêtes, avec l’arrivée des œuvres d'art étrangères et des objets de luxe.
Origines et métamorphoses de la sculpture romaine Repères chronologiques On ne possède pas de trace de sculpture romaine avant que les Romains n’aient colonisé l'Italie, au début du . Auparavant, Rome s’était développée au sein des peuples Latins. Ceux-ci, sous les rois Étrusques, pratiquaient le commerce avec les Grecs et leur achetaient des objets de luxe. De leur côté, les Étrusques (voisins des Latins), qui ont donné ses derniers rois à Rome avant la République, pratiquaient la sculpture et appréciaient celle des Grecs, ainsi que leur peinture, les objets d'importation grecque et la culture grecque en général.
Peu avant la domination de Rome sur le monde grec et donc avec la fin de l’époque hellénistique, autour de 100 avant l'ère commune, Cicéron place déjà le moment où l'Italie est comme « remplie des arts et des sciences grecques »Cicéron, Pro Archia, 5 : .. Les sculpteurs grecs, qui circulaient dans le bassin méditerranéen, prenaient leurs modèles sur des statues et des compositions que tous pouvaient voir, copier et en tirer des moulages : toutes celles rassemblées à Pergame - actuellement en Turquie - et surtout celles du Grand Autel de cette capitale, ou bien sur des sarcophages avec scènes de batailles comme celles du sarcophage dit « d'Alexandre », qui avait encore toutes ses couleurs. Des ensembles en terre cuite peinte, comme le fronton de Civitalba, du AEC, et des bronzes éventuellement dorés, comme l'Hercule du Capitole, du AEC, montrent que l'Italie était déjà un des centres les plus actifs du monde d'alors, avec un art grec produit pour des Romains.
Ces Romains riches avaient aussi la coutume de se faire tirer le portrait, pour diverses raisons qui seront développées ensuite. Il en existe donc une multitude tout au long de la République romaine et de l'Empire romain. On peut ainsi avoir un aperçu de l'histoire de la sculpture romaine avec seulement quelques exemples de portraits bien caractéristiques.
vignette|160px|left|Pseudo-Brutus. Bronze(la tête seule). Musées du Capitole. Première moitié du AEC ou AEC (?).