La Marine impériale japonaise (大日本帝國海軍 Dai-Nippon Teikoku Kaigun ou, plus simplement, 日本海軍 Nippon Kaigun ; en anglais, Imperial Japanese Navy ou IJN ; MIJ en français) était la marine militaire du Japon impérial de 1869 à 1947. En Occident la Marine impériale japonaise est parfois désignée, à tort, comme la Flotte combinée (聯合艦隊, Rengō Kantai), mais ce terme désigne en réalité un degré d'organisation des effectifs de la flotte impériale, constituant une grande flotte de guerre conçue pour de vastes opérations en haute mer. En fonction des besoins du moment, la Marine impériale pouvait réorganiser ses navires et dissoudre ou reconstituer sa Flotte combinée, sa Rengō Kantai, mais comme cette dernière mobilisait la plupart des bâtiments les plus importants de la Marine, certains Occidentaux ont fini par confondre la Rengō Kantai avec la Marine elle-même.

Comparée à d'autres marines de guerre des , la Marine impériale japonaise se distingue par la rapidité de son adaptation aux techniques les plus modernes de son époque. Cette adaptation s'est faite très rapidement lors de l'ouverture du pays sur l'Occident avec l'aide des puissances européennes. À l'aube de la Seconde Guerre mondiale, elle s'est imposée comme la troisième marine militaire au monde, et la première de la zone Pacifique. Elle va néanmoins se trouver confrontée aux deux premières forces navales au monde, l'US Navy et la Royal Navy, et après quelques grands succès initiaux, elle verra ses forces presque anéanties lors d'une longue guerre d'usure s'étendant sur tout l'océan Pacifique. Le Japon, après sa défaite finale et la paix, doit renoncer à l'existence même de forces armées, en particulier navales, et leur substitue des forces d'« autodéfense ».

120px|vignette|Les kanjis pour « Marine impériale japonaise »

Origines

vignette|gauche|Samouraïs japonais en train d'aborder des navires mongols en 1281|400px

La longue histoire des relations entre le Japon et le continent asiatique a impliqué le transport de troupes entre la Corée et le Japon dès le début de la période Kofun, au . La première référence importante à des actions navales japonaises se trouve dans les rapports de l'invasion mongole du Japon par la marine de Kubilai Khan en 1281. Le Japon ne disposait pas d'une marine comparable à la marine mongole ; la majeure partie des combats eurent lieu sur le sol japonais. Mais, à cette occasion, un groupe de samouraïs japonais, transporté sur de petites embarcations côtières, aborda et prit le contrôle de plusieurs bateaux de la marine mongole.

vignette|220px|Bateau de guerre côtier japonais « Atakebune » du . vignette|300px|Un navire shuinsen de 1634, qui associe les technologies des bateaux orientaux et occidentaux. Le Japon entreprit un grand effort de construction navale au , quand les seigneurs féodaux en lutte pour la suprématie construisirent une vaste marine côtière composée de centaines de bateaux. Les plus grands de ces bateaux étaient appelés « Atakebune » (安宅船). Il semble que ce soit à cette période que le Japon ait développé les premiers navires cuirassés de guerre de l'histoire, quand Oda Nobunaga, un daimyo japonais fit construire, en 1576, six Ōatakebune (大安宅船), cuirassés de fer. Ces navires appelés Tekkōsen (鉄甲船, littéralement « bateaux cuirassés de fer ») étaient des barges armées de canons multiples et de fusils de grand calibre, capables de vaincre les plus grands des vaisseaux ennemis. Avec eux, en 1578, pendant un blocus naval, la marine du clan Mori fut vaincue à l'embouchure de la rivière Kizu, à Ōsaka. Ces bateaux étaient considérés comme des forteresses flottantes plutôt que comme de véritables navires de guerre et ne furent utilisés que dans des actions côtières.

Le Japon construisit ses premiers navires océaniques au début du , à la suite de la période de rapprochements avec l'Occident. En 1614, le daimyo de Sendai, en accord avec le bakufu Tokugawa construisit le San Juan Bautista, un navire semblable à un galion de , qui transporta l'ambassadeur japonais en Amérique, et qui, de là, partit pour l'Europe. Toujours à la même période, 350 navires shuinsen furent commandés au Bakufu, dotés d'un armement traditionnel, mais incorporant quelques-unes des technologies européennes ; ils devaient être utilisés pour le commerce avec l'Asie. Quoi qu'il en soit, peu de temps après, et pour deux siècles, le Japon opta pour le Sakoku, une politique isolationniste qui interdit la construction de navires capables d'affronter l'océan.

L'étude des techniques occidentales de l'ingénierie navale recommença dans les années 1840 et s'intensifia au rythme de la croissance des expéditions occidentales le long des côtes du Japon, due au commerce avec la Chine et au développement de la chasse à la baleine. En 1852, le Bakufu, craignant des incursions étrangères, commença la construction du premier navire de guerre dans le style occidental, le Shohei Maru.

300px|vignette|Le Kanrin Maru, le premier navire japonais de guerre à vapeur et à propulsion à hélice de 1855.

En 1854, le Commodore Perry des États-Unis obtint l'ouverture du pays au commerce international et l'établissement de concessions étrangères. À partir de là, le gouvernement Tokugawa soutint une politique d'assimilation active des techniques navales occidentales. En 1855, une école de formation navale est fondée à Nagasaki, et des aspirants furent envoyés dans des écoles occidentales, marquant le début d'une tradition de grands chefs militaires formés à l'étranger, dont les amiraux Takeaki Enomoto, Heihachirō Tōgō et plus tard Isoroku Yamamoto furent les brillants représentants. En 1865, des ingénieurs français, notamment , Léonce Verny, ingénieur du Génie maritime élève de Dupuy de Lôme, furent engagés pour construire des chantiers comme l'arsenal naval de Yokosuka et celui de Nagasaki.

Avant la fin du « mandat » du Shogun Tokugawa, en 1867, la marine japonaise possédait huit navires de guerre à vapeur de type occidental, appuyés par le Kaiyo Maru qui servirent contre les forces pro-impériales pendant la guerre de Boshin, aux ordres de l'amiral Enomoto.

D'autres navires furent célèbres : le Jho Sho Maru, le Ho Sho Maru et le Kagoshima, tous construits par Thomas Blake Glover à Aberdeen.

Naissance de la Marine impériale À partir de 1868, date à laquelle commence l'ère Meiji, le Japon n'a de cesse de s'industrialiser et de se militariser pour se protéger des puissances européennes et des États-Unis. Le est créé le ministère des affaires militaires, dont Iwakura Tomomi, Shimazu Tadayoshi et le prince Komatsu Yoshiakira sont les premiers secrétaires. La revue navale organisée le suivant, dans la baie d'Osaka, fait prendre conscience aux Japonais de leur retard. Les six navires japonais des flottes privées domaniales, à savoir les Saga, Choshu, Satsuma, Kurume, Kumamoto et Hiroshima participants n'ont qu'un tonnage global de , bien moins que le seul navire français présent.

La Marine impériale japonaise est officiellement établie en juillet 1869, deux mois après les derniers combats de la guerre de Boshin. En 1871, les marines privées sont dissoutes et leurs onze navires sont ajoutés aux sept de l'ancienne flotte du Bakufu Tokugawa, pour former l'ossature de la nouvelle marine. En 1872, le ministère des affaires militaires, se scinde en deux entités, le ministère de l'armée et celui de la marine, en , Katsu Kaishū prend la tête de ce dernier. Le nouveau gouvernement se lance alors un ambitieux défi : posséder 200 bateaux organisés en 10 flottes. Ce programme est rapidement abandonné, au bout d'un an, du fait du manque de ressources industrielles et de la nécessité du développement des forces terrestres, pour faire face à des rébellions, comme celle de Satsuma, en 1877. La politique maritime est alors marquée par deux principes, Shusei Kokubō (en japonais 守勢国防, littéralement « Défense statique ») et Rikushu Kaijū (陸主海従, l'armée en premier puis la marine), on favorise donc les défenses côtières et les navires de petit tonnage.

Aides et influences étrangères vignette|Le CSS Stonewall en 1865, qui deviendra le Kōtetsu en 1868. Très en retard technologiquement, le Japon décide de s'inspirer de l'exemple des marines occidentales et de recourir à l'achat de bateaux produits à l'étranger, pour moderniser sa flotte. Tout naturellement, le choix se porte sur la Royal Navy, qui domine alors les mers, et qu'un décret impérial de 1870 impose comme modèle à la nouvelle Marine impériale. En 1869, Thomas Blake Glover supervise la construction, en Écosse, du premier navire de guerre moderne japonais, le Jho Sho Maru (renommé par la suite Ryujo Maru), et une mission militaire anglaise, dirigée par le commodore Douglas, visite le Japon en 1873, pour aider au développement de sa marine. Par la suite, le commodore Willan fut engagé pour former les cadets de la marine en 1879. Régulièrement, du fait de la faiblesse de l'industrie nationale, le Japon fait appel aux chantiers navals britanniques pour équiper la flotte. Cette pratique durera jusqu'en 1913 et l'achat des quatre bâtiments de la . Les britanniques ont aussi une influence certaine sur le développement des industries locales comme Ishikawajima et Kawasaki.

vignette|Le Matsushima, bateau de construction française utilisé pour la bataille du fleuve Yalu Une autre influence fut la Jeune École française, qui après sa victoire lors de la guerre qui l'avait opposée à la Chine, commence à intéresser également le Japon. L'utilisation par Courbet de la torpille comme arme décisive pousse le gouvernement japonais à se doter de vingt-deux torpilleurs. On peut retrouver cette influence française, aussi, dans l'acquisition, dès 1869, de son premier cuirassé capable d'affronter l'océan, le Kōtetsu, 10 ans seulement après l'introduction de ces bateaux en Occident (La Gloire étant le premier cuirassé français), ou l'utilisation de mines marines, mais aussi pour la préférence accordée aux navires rapides et endurants. À partir de 1886 et jusqu'en 1890, l'ingénieur du génie maritime Louis-Émile Bertin - à la demande de l'empereur Mutsuhito et du gouvernement japonais - repris le flambeau de Léonce Verny et eu un rôle majeur dans le développement de la marine militaire du Japon et des arsenaux de Kure et Sasebo et de la base navale de YokosukaChristian Dedet : Les Fleurs d'acier du Mikado [archive], Flammarion 1993, .. Les navires de Louis-Émile Bertin, en particulier les croiseurs protégés de constituèrent le noyau de la flotte japonaise de l'amiral Ito qui battit les escadres chinoises commandées par l'amiral Ting lors de la guerre sino-japonaise dans la célèbre bataille navale au large de l'embouchure du Yalou, le , à la frontière sino-coréenne et plus tard, pendant la guerre russo-japonaise, les 27 et , la flotte de l'amiral Rojestvensky, qui était partie de Cronstadt pour l'Extrême-Orient, fut anéantie par l'amiral Togo près des îles Tsushima. vignette|Le destroyer lance-torpilles Kotaka

Vers une marine de haute-mer