Konon Trofimovitch Molody (en russe Конон Трофимович Молодый), né le à Moscou et mort le , plus connu en Occident sous le nom de Gordon Arnold Lonsdale, fut un officier de carrière du Service des renseignements extérieurs du KGB soviétique, du groupe des « illégaux » (agents secrets sans couverture diplomatique) soviétiques parmi les plus remarquables du , en même temps chef du réseau d'espions de Portland, au Royaume-Uni, sous le nom de code « Ben » Biographie officielle de KonoMolody sur le site du SVR - attention: site non neutre.

Biographie Un homme de nulle part

Le , les détectives du Département spécial de Scotland Yard sous la direction du commissaire de police (superintendant) George Gordon Smith ont arrêté à Londres cinq personnes, toutes faisant partie du réseau d'espions de l’île de Portland. L’une d’elles était un homme d'affaires canadien du nom de Gordon Lonsdale travaillant dans le commerce des juke-box, du bubble-gum et des machines à sous. Il voyageait souvent en Europe continentale, organisait beaucoup de fêtes et avait un grand nombre d'amies.

Le vrai Gordon Arnold Lonsdale

Gordon Arnold Lonsdale est né le à Cobalt, en Ontario, au Canada.

Son père, Emmanuel Jack Lonsdale, était un mineur et sa mère, Olga Elina Bousa, était une immigrante de la Finlande. Les Lonsdales s’étaient séparés en 1931 et une année plus tard Olga retourna avec son fils dans sa Finlande natale. Le jeune homme est supposé être mort vers 1943 à l'âge de . Son identité usurpée avait permis aux Soviétiques d’obtenir les papiers pour la réutilisation par leur agent secret Konon MolodyArthur Tietjen, Soviet Spy Ring, publié par Pan Books en 1961.

Il y a peu de doute que le Lonsdale né à Cobalt en 1924 n'était pas le Lonsdale arrêté à Londres en 1961 : celui-là avait été circoncis, ce dernier ne l'était pas.

La jeunesse de l’espion

Konon Molody est né à Moscou en 1922, dans la famille d'un scientifique. Son père est mort en 1929 et sa mère Evdokia Molodaïa (en russe Евдокия Константиновна Молодая) avait du mal à élever toute seule deux enfants.

À l'âge de 10- le garçon est envoyé vivre en Californie pour y vivre avec sa tante Tatiana Piankova (en russe Татьяна Константиновна Пьянкова) et apprendre l'anglais Русская Тоска. Section du bas « Почти все ».

L'adolescent parlant à la perfection l'américain est revenu en URSS en 1938 pour terminer ses études secondaires dans un lycée soviétique et y obtenir l'équivalent du baccalauréat.

La Grande Guerre patriotique

Après l'attaque de l'URSS, le , lors de la Seconde Guerre mondiale (voir détails Opération Barbarossa) par le régime hitlérien et ses alliés, le jeune homme s'engage comme volontaire dans l'Armée rouge et suit avec gloire toute la guerre pour la finir à Berlin avec le grade d'officier subalterne .

Il a été décoré de l'ordre de l'Étoile rouge, de l'ordre de la Guerre patriotique de et ainsi que de multiples médailles, dont la médaille "du mérite militaire" et la médaille du Courage.

Institut du commerce extérieur

Après la guerre, il a suivi la formation à l'Institut du commerce extérieur près le ministère du commerce extérieur d'URSS où il a commencé à apprendre le chinois. En , Konon a reçu le diplôme avec mention.

Pendant ses études supérieures, il a été repéré par le futur ministère de la Sécurité d'État (MGB, futur KGB) pour devenir candidat aux éléments opérationnels au sein de la Première direction générale du KGB.

Formation d'espion

Il entre au département du service d'espionnage de l'URSS en 1951 et y suit une formation d’espion dans le service des « illégaux ». Il se marie à cette époque avec une enseignante de russe Mon père s'appelait Ben interview avec le fils de Konon Molody.

Travail sous la direction de William Fisher à New York vignette|gauche|100px|William Fisher sous le faux nom de Rudolf Abel sur un timbre commémoratif de l'Union soviétique en 1990

Rapidement après sa formation d'espion, le Soviétique Konon Molody, devenu étranger sous un faux nom, émigre, via l’Allemagne fédérale, aux États-Unis où il est placé sous le commandement secret du colonel William Fisher, qui dirigeait un réseau d’« illégaux » (en russe : нелегальная резидентура) à New York. Le jeune « éclaireur » Molody joue alors un rôle subalterne et remplit des tâches techniques dans la chasse secrète des nazis-criminels de guerre Мертвый сезон.

Début de la mission secrète autonome

En 1954, à bord d’un navire céréalier soviétique, Molody part illégalement pour le Canada où il utilise les vrais-faux papiers, afin de se faire passer pour Gordon Arnold Lonsdale. Sur place, le prétendu Lonsdale réussit à obtenir de vrais papiers canadiens y compris un passeport authentique pour partir à l'étranger.

L'année suivante, le faux Canadien était dans la capitale britannique, prenant des cours de chinois à la School of Oriental and African Studies. Son plus grand souci à cette époque était de cacher le fait qu'il parlait déjà très bien cette langue.

Couverture : capitaliste – millionnaire et aristocrate

Molody-Lonsdale est entré dans le commerce en vendant et louant des juke-box, du bubble-gum et des machines à sous aux pubs, clubs et cafés. Cela l’amenait souvent en Europe continentale où il a pu recruter d'autres agents et monter des boîtes aux lettres pour les communications secrètes.

Assez rapidement ses affaires deviennent très florissantes. Il crée plusieurs entreprises et devient vite un vrai capitaliste, possédant une fortune de plusieurs millions de livres sterling. En 1960, une de ses créations industrielles a reçu la médaille d'or à la foire européenne de Bruxelles "La saison pas morte de Konon Molody" ТИТУЛ РАЗВЕДЧИКА (12-2003).

Épouse

Douze longues années, de 1952 à 1964, une petite femme, vivant en URSS avec sa mère et sa sœur, attendait dans une chambre d'un appartement communautaire au nord de Moscou son millionnaire de mari qui courait les jupons en Angleterre pour consolider sa couverture de dandy. Elle s’appelait Galina Petrovna Péchikova (en russe Галина Петровна Пешикова) et était l'épouse légitime du vaillant « éclaireur » soviétique Konon Molody.

Les rares lettres qu’elle recevait de son mari portaient sur l'enveloppe des caractères chinois. Sa famille et ses proches ne savaient pas où il était en réalité : afin de brouiller les pistes, Konon Molody alias « Gordon Lonsdale » alias « tovaritch Ben » était supposé se trouver au fin fond de la Chine profonde, aidant les camarades communistes de Mao Zedong à « construire une société meilleure » La bien-aimée de l'espion Lonsdale Un amour long comme une vie.

Ils se voyaient quand même de temps en temps, en général dans les pays du Pacte de Varsovie et en cachette. C’est ainsi que leur fils Trophime a été conçu. Molody n’a pas assisté à l’accouchement. Lorsque « Lonsdale » a reçu un télégramme secret du Centre : « Trophime… », il n’a même pas compris au début qu’il s’agissait de la naissance de son fils.

Mais jusqu’à son arrestation, le procès et la condamnation en 1961, la femme de Molody était persuadée que son mari était diplomate en Chine.

Le réseau d'espions de l’Île de Portland

Lonsdale-Molody, agent illégal sous le nom de code de « Ben », avait pour tâche principale le rôle d’officier traitant d’une source anglaise recrutée auparavant par le KGB en Pologne communiste – Harry Houghton, sujet de sa Majesté britannique Dossier sur Houghton sur le Site du SVR, considéré comme source de haute qualité et importance, dont le nom de code est « le Chah ».

L’ancien cryptographe au cabinet de l'attaché de l'Amirauté britannique près l'ambassade du Royaume-Uni à Varsovie, avait été rapatrié en Angleterre à cause de problèmes d'alcoolisme et nommé dans un centre de recherches de la marine militaire britannique spécialisé en conception de sous-marins.

Molody alias Lonsdale s’était présenté à Houghton en tant qu' « Alec Johnson » commandant de la marine américaine. Houghton pensait travailler pour les services secrets amis américains qui, soi-disant, voulaient ainsi vérifier la fiabilité des données de leurs alliés britanniques Свой среди чужих.

Houghton avait réussi à recruter à son tour sa maîtresse qui travaillait dans le laboratoire de photographie de la base navale THE RING OF CONFIDENTIALITY: From the Echo, first published Friday 8 décembre 2000. En faisant les copies des blueprints dans le centre de dessin technique des sous-marins, elle faisait une copie supplémentaire qu’elle sortait secrètement et passait discrètement à son amant Houghton.

Lorsque les Soviétiques ont constaté l’importance et le volume des documents ainsi copiés, ils ont transféré des États-Unis un couple américain des illégaux, Morris Dossier sur Morris Cohen sur le Site du SVR et Léontine Cohen Dossier sur Léontine Cohen sur le Site du SVR, sous les fausses identités néo-zélandaises de Peter et Helen Kroger. Ils s'occupaient de la miniaturisation des copies en faisant des photos micropoints pour ensuite les faire expédier secrètement en URSS au quartier général du KGB.

C'est ainsi que le réseau d'espions de Portland a été constitué et a fonctionné pendant plus de cinq ans. Ainsi, les Soviétiques en savaient autant sur les sous-marins britanniques que l'Amirauté de la Couronne.

La trahison

Le réseau de Lonsdale a été grillé par un officier de sécurité de la République populaire de Pologne, Michal Goleniewski. Celui-ci, agent du département anglais du service de sécurité polonais, avait été recruté comme source sous le nom de code de « Sniper » par la CIA, en 1958.

Sans connaître tous les détails, l'agent double avait entendu dire que le service des renseignements du « frère soviétique » avait recruté une source anglaise en Pologne, ce que la CIA avait communiqué au MI5.

Après une longue enquête menée par Charles John Lister Elwell « MI5 man broke island spy ring », Daily Echo, 22 janvier 2008., le contre-espionnage britannique finit par se mettre sur les traces de Harry Houghton puis de tout le réseau dirigé par Molody-Lonsdale, sans toutefois avoir découvert la vraie identité de celui-ci.

Les enquêtes des Britanniques n’ont pas encore abouti lorsque Goleniewski prend la fuite pour les États-Unis. Craignant que les Soviétiques ne mettent en garde tous les réseaux que pouvait connaître le transfuge, le MI5 et Scotland Yard décident de précipiter les arrestations du réseau de Molody.

Procès et condamnation

Placé en garde à vue au Département spécial de Scotland Yard, Molody-Lonsdale déclara au commissaire de police (superintendant) George Gordon Smith qu'il ne parlerait de rien, ne donnerait même pas son nom ni son adresse. Les services de renseignements occidentaux, y compris le MI5, la CIA et la Gendarmerie royale du Canada, ont dû recourir à des enquêtes approfondies pour apprendre quelque chose sur ce personnage. Ils n'ont pu trouver autre chose que le fait qu'il était Russe, avait un passé de marin et n'était pas l'homme qu’il prétendait être selon les papiers d’identité en sa possession. Lorsque lui et ses associés sont arrivés au procès à la Old Bailey (Cour d'assises centrale de Londres) le , personne ne savait qui il était vraiment.

Jugé à Londres en 1961, il est accusé d'espionnage, avec ses associés Harry Houghton, Ethel Gee, Peter et Helen Kroger. Refusant toujours de révéler son identité réelle, « Gordon Lonsdale » est condamné à de prison. C'est en purgeant leurs peines à la prison de Wormwood Scrubs que Monody et Peter Kroger ont rencontré George Blake, autre « illégal » soviétique condamné.

L'échange En 1964, « Gordon Lonsdale » a été échangé contre l'espion britannique Greville Wynne qui avait été arrêté par les Soviétiques. Dans le cadre du processus d’échange, les Soviétiques ont reconnu que le prétendu Canadien « Gordon Lonsdale » était bel et bien leur espion et ont révélé aux Britanniques son vrai nom, Konon Molody.