Fadhma Sid Ahmed Ou Méziane, communément appelée Lalla Fatma N'Soumer (en , en , en tifinagh : ⴼⴰⴹⵎⴰ ⵏ ⵙⵓⵎⵔ), née en 1830 à Ouerdja (dans l'actuelle commune d'Abi Youcef, wilaya de Tizi Ouzou), en Algérie et morte en 1863 à Tablat, est une figure du mouvement de résistance algérien au cours des premières années de la conquête de l'Algérie par la France.
De 1854 à , elle mène une résistance contre les Français. Capturée par les forces françaises, elle est emprisonnée jusqu'à sa mort six ans plus tard.
Étymologie
Son surnom est composé de Lalla, qui signifie « Madame », titre honorifique donné au Maghreb à toute femme importante, même non maraboute, respectée pour son statut et son rôle au sein de la communauté, et aux femmes importantes ou issues de grandes familles. Il sert aussi à marquer le respect aux femmes en raison de leur âge ou de leur rang. et désigne une femme sainte ou vénérée..
Soumer est le nom du village à proximité duquel était située la zaouia à laquelle appartenait son lignage, les Sidahmed..
Elle porte aussi le surnom de Lalla N'Ouerdja qui, dans la tradition kabyle, est donné aux jeunes filles qui refusent de se résigner aux usages et aux traditions..
Biographie Jeunesse
Lalla Fatma (née « Fadhma Sid Ahmed Ou Méziane »Femmes du Maghreb, Numéro 9 -Histoire, Femmes et Sociétés - ISSN 1252-7017 - Clio (Toulouse, France) - Claudine Leduc - Éditeur Presses Univ. du Mirail, 1999 - .) naît en 1830 dans le village de Ouerdja, dans l’actuelle commune de Abi Youcef, près d'Aïn El Hammam en Kabylie (Algérie). Son père est le chef d'une école coranique liée à une zaouïa de la confrérie Rahmaniyya de Sidi M'hamed Bou Qobrine, dont elle suit l'enseignement habituellement réservé aux garçons, adapté d'un article publié dans L'Orient-Le Jour à Beyrouth 22/08/2022.. Elle a quatre grands frères.. Elle appartient à la lignée du marabout Ahmed Ou Méziane. Ayant choisi la dévotion et la méditation, Fatma s’impose progressivement dans le monde de la médiation et de la concertation politico-religieuses jusque-là réservées aux hommes. Forte de sa lignée, elle exerce une grande influence sur la société kabyle. Vers l'âge de 20 ans, après la mort de son père, elle refuse un mariage que tente de lui imposer l'un de ses frères avec un de ses cousins, Yahia N At Iboukhoulef. Le mariage ne dure pasN. Robin, Histoire du chérif Bou Bar'la, Revue africaine, XXVIII (1884). et Fatma fuit son village.
Combat
En 1849, accompagnée de son frère Sidi Tahar, avec qui elle se rend au village de Soumeur, Fatma N'Soumer entre dans la résistance et se rallie à Si Mohammed El-Hachemi, un marabout qui participe à l’insurrection du cheikh Boumaza dans le Dahra en 1847.. En 1850, elle soutient le soulèvement du chérif Boubaghla venu de la région des Babors.
Du fait de son rang, l'assemblée de Soumeur, Tajmaât, autorité politique du village, désigne Lalla Fatma et son frère Sidi Tahar, marabouts, pour diriger les Imseblen (volontaires de la mort) venus de nombreux villages de la contrée du Djurdjura tels qu'Aït Itsouregh, Illilten, Aït Iraten, Illoulen u Malou.
En 1854, elle remporte sa première bataille face aux forces françaises à Tazrout (village d'Abi Youcef, près de Aïn El Hammam), connue sous le nom de bataille du Haut Sebaou. Elle dure deux mois, de juin à . Les troupes françaises sont vaincues et contraintes de se retirer. Les villages environnants sont toujours indépendants.
Les troupes françaises, estimées à dirigés par les généraux Mac Mahon et Maissiat, sont confrontées à une forte résistance. En 1857, les troupes du maréchal Randon réussissent à occuper Aït Iraten à la suite de la bataille d'Icheriden. Les combats sont féroces et les pertes françaises considérables.. De leur côté, les autochtones comptent dans leurs rangs armés de poignards et de sabres.
Fatma forme un noyau de résistance. dans le hameau Takhlijt Aït Aatsou, près de Tirourda. .
Le , Fatma est arrêtée par le général Youssouf et conduite au camp du maréchal Randon à Timesguida. Elle est emprisonnée dans la zaouia d'El-Aissaouia, à Tablat, placée ensuite en résidence surveillée sous la garde de Si Tahar ben Mahieddine, où elle meurt en 1863, à l'âge de , éprouvée par son incarcération et affectée par la mort de son frère en 1861, ou éprouvée par ses mauvaises conditions de détention.. Les chefs Si Hadj Mohand Amar, Si Seddik Ben Arab, Si El-Djoudi et Sidi Tahar sont contraints de se rendre. De sa vie, .
vignette|La tombe de Lalla Fatma N'Soumer.
Sa tombe demeure longtemps un lieu de pèlerinage pour les habitants de la région. Ses cendres sont transférées le du cimetière de Sidi Abdellah, à de la zaouia Boumâali à Tourtatine, vers le Carré des martyrs du cimetière d'El Alia, à Alger.
Personnalité et caractère
Émile Carrey, écrivain, et Alphonse François Bertherand, médecin lors de la campagne de Kabylie en 1857, tous deux accompagnant les troupes françaises, la décrivent :
L'historien Georges Duby décrit Lalla Fatma N'Soumer comme , la Velléda, prophétesse germanique..
Entre mythe et réalité
Lalla Fatma N'Soumer est issue d'une famille puissante et respectée. Vivant recluse dans sa chambre, elle prie jour et nuit, officie les cérémonies et s'occupe des pauvres. Appartenant à la confrérie Rahmaniyya, elle est considérée comme prophétesse berbère, ou guide d'une Tarika soufie (mystique musulmane).. .. Lalla organise l’insurrection en collectant les denrées nécessaires aux insurgés. Petite et massive, elle croit en sa bonne étoile et en son pouvoir céleste. D'après les témoins lors de sa capture, « elle paraît hautaine et arrogante sur le pas de sa porte, et avec un regard presque menaçant, elle écarte les baïonnettes des zouaves français, pour se jeter dans les bras de son frère Mohamed Sidi-Taieb ».. Son frère, marabout, couvert de cicatrices de guerre, est un guerrier brave, combatif et défenseur des libertés. Il s'engage dans la résistance contre la colonisation des troupes françaises et est consulté comme sage, d'une filiation vénérée et émancipée, appartenant à une famille de marabouts de la tribu des Illilten.
Son héroïsme lui a valu d'être comparée à Dihya.
Hommages vignette|Poésie populaire de Kabylie honorant Lalla Fatma N'Soumer.|300x300px vignette|Statue de Lalla Fatma n'Soumer à Tizi Ouzou.
Des poésies populaires berbères lui sont consacrées.
Son nom sera scandé par des algériennes lors des manifestations contre la violence de la décennie noire...
Une statue de Lalla Fatma N'Soumer a été réalisée par Bâaziz Hammache à Tizi-Ldjama At-Bu-Yusef. Des statues de Lalla Fatma N'Soumer sont exposées en Algérie.
Son nom a été donné à un méthanier de la marine marchande algérienne, d'une capacité de , réceptionné en 2004 à Osaka au Japon.Photo du navire Lalla Fatma n'soumer sur le site marine-marchande.net.
La vie de Lalla Fatma N'Soumer a fait l'objet du film Fadhma N'Soumer de Belkacem Hadjadj, sorti en 2014..
Quelques écoles et rues portent son nom en Algérie. Le lycée mixte de Tablat porte désormais son nom.
En 2020, la commune d'Etterbeek (Belgique - région bruxelloise) l'honore symboliquement en apposant une plaque à son nom dans la rue Général Vangermée..
Fatma N'Soumer dans la culture Romans
. Héroïnes africaines - Volume 1, Aline Sitoé Diatta, Anne Zingha, Lalla Fatma N'Soumer, Lucie Hubert, Monde Global Editions Nouvelles, 2012.
Dans son roman Ce que le jour doit à la nuit (2008), Yasmina Khadra imagine que son héros est un arrière-petit-fils de Fatma N'Soumer (désignée sous le nom de Lalla Fatna dans le récit).
Filmographie
Fadhma N'Soumer, réalisation Belkacem Hadjadj en 2014.
Notes et références Notes
Références
Annexes
Bibliographie
. . . Habiba Djahnine, Fathma n'Soumer, article de L'Algérie et la France, dictionnaire coordonné par Jeannine Verdès-Leroux, Robert Laffont 2009; . Nour Edinne Mamouzi, Lumière sur l'envers des ombres, édition Nacib, archives officielles des descendants directs. Algérie, une guerre sans gloire, Histoire d'une enquête, Florence Beaugé, Calmann-Lévy, 2005. Fadhma n Sumer, la légendaire femme-combats, Omar Kherdja, 2020.
Articles connexes Histoire de l'Algérie, Conquête de l'Algérie par la France
Liens externes
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